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Sans âme – Gail Carriger

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On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même...

On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même…

A l’origine, Sans âme, premier tome de la saga du Protectorat de l’ombrelle qui en compte 5, a été l’achat d’un moment de faiblesse. Je venais d’assister à une petite conférence sur les vampires pendant un salon du livre et Gail Carriger faisait partie des invités. J’ai très vite été attirée par sa vision des créatures, sa volonté de rompre un peu avec le mythe du mort-vivant ténébreux, en intégrant notamment de l’humour dans ses histoires. La dame m’a semblée fort sympathique, et quand je me suis approchée de sa table, malgré l’horreur absolue de ses couvertures, je n’ai pu résister à son grand sourire. Je n’irais pas dire que je regrette d’avoir découvert son univers, mais de moi-même, je ne serais jamais allée vers le Protectorat de l’ombrelle. Une fois en possession du roman, je me suis tout de même posé quelques questions. Je craignais de tomber sur de la mauvaise bit-lit, mais des avis d’un lectorat masculin comme féminin m’ont détrompée. Néanmoins, après avoir atrocement saigné du cerveau avec le tome 1 d’Anita Blake sous le même genre de conseils, je suis entrée dans ce roman avec une certaine méfiance. Verdict ? Nous sommes au moins sauvés sur un point, contrairement à Laurell K. Hamilton, Gail Carriger sait écrire ! Pour le reste, je ressors mitigée, ni vraiment convaincue, ni follement emballée.

Résumé :
L’Angleterre Victorienne a intégré loups-garous, vampires et fantômes à sa société. Tout semble assez bien organisé pour éviter les conflits mais, le soir d’une réception, Alexia Tarabotti, vieille fille de vingt-six ans, manque de se faire dévorer par un vampire affamé réduit à l’état de bête rampante. Le mystère est d’autant plus grand qu’aucun vampire ne semble avoir enfanté la créature, et que certains solitaires se mettent à disparaître…

Raconté de cette manière, le scénario semble intéressant. Le problème est que nous pouvons aussi faire un résumé tout autre sans être dans le faux. Nous verrons cela plus loin, lorsque j’aborderai les points négatifs. Au départ, l’écriture d’un type victorien très empesé m’a fait très peur. Les premiers gags sont franchement grotesques (un vampire qui tombe sur une tarte à la mélasse et se fait tuer par une ombrelle…) et laissent à craindre des blagues de cour de récréation. Heureusement, l’humour s’affine, donnant des passages délicieusement absurdes. Si Carriger m’a parfois fait hausser les sourcils, elle m’a aussi fait sourire en se moquant des convenances de l’époque, si peu adaptées à l’intrusion de monstres sanguinaires dans les salons et pose de justes questions de bienséance sur, par exemple, comment servir un foie cru à un gentleman loup-garou. De ce point de vue, si on veut se moquer un peu de l’ère Victorienne, de son écriture féminine insupportablement dégoulinante, l’auteur réussit assez bien son pastiche. Malgré les lourdeurs du début, on se prête vite au jeu, et les touches d’esprit deviennent distrayantes.

L’univers est bien pensé également et m’a rappelé Anno Dracula de Kim Newman, qui propose aussi un Londres victorien qui a intégré les vampires à son quotidien. Certaines personnes peuvent survivre à la transformation, d’autres non. Il s’agirait d’une histoire d’excès d’âme, mais il apparaît vite évident que cette explication religieuse n’est pas suffisante. Pour une raison mystérieuse, Alexia Tarabotti fait perdre leurs pouvoirs aux créatures magiques, elle serait donc une « sans âme ». Seules les femmes peuvent offrir le don ténébreux mais elles sont aussi difficiles à transformer, ce qui entraîne une société matriarcale qui les place à l’opposé de la soumission des épouses anglaises de cette époque. Un personnage américain nous permet également de découvrir que tous les pays n’ont pas intégré vampire et loup-garou de la même manière. Ceux-ci sont violemment chassés aux États-Unis, où l’on persiste à les voir comme des œuvres du démon. Le protectorat de l’ombrelle propose donc un monde plutôt riche et travaillé, une révision du mythe assez bien pensée, qui interroge, et donne plusieurs pistes à explorer. On a très envie d’en apprendre davantage sur l’organisation de ce monde et de plonger dans l’intrigue. Or, cette intrigue, qu’est-elle vraiment ?

Un autre résumé : A vingt-six ans, Alexia Tarabotti est toujours vieille fille à cause de son teint trop bronzé pour la bonne société anglaise et de son caractère trop affirmé. Cependant, une forte tension sexuelle la lie à un beau Lord loup-garou. Sauront-ils mettre de côté leur fierté pour s’aimer ? Une aventure riche en émotion les aidera-t-elle à s’unir ? Alexia parviendra-t-elle à perdre enfin sa virginité ?

Tout de suite, le ton change. Il apparaît rapidement, gros comme un château-fort dans un village de trois pelés, que Lord Woolsey et Miss Tarabotti risquent de finir ensemble avant la fin de l’histoire. Mais ce n’est pas le plus gênant. Le plus agaçant surtout, est de commencer notre roman en apprenant que Alexia serait rejetée parce qu’elle est… attention folle révélation… de type italien. Elle n’est manifestement pas laide, on nous précise qu’elle a une forte poitrine, qu’elle est de bonne naissance, mais j’ai pu découvrir dans ce livre que les anglais du XIXe siècle considéraient les italiens comme des parias, un peu comme des roumains. Ce postulat, totalement faux et de mauvaise foi pour donner un prétendu « malus » à un personnage qui doit cependant rester proche d’un lectorat féminin est d’emblée exaspérant. Alexia est aussi énervante, comme l’ensemble des protagonistes. Si je disais plus tôt que l’écriture empesée victorienne n’était pas si mal, j’ai été plus dérangée par le côté très caricatural de tous les personnages présents. Nous n’échapperont donc pas au beau lord bourru et ténébreux, à la femme forte mais maladroite et grande gueule, à sa meilleure amie vieille fille bien plus coincée qui sert de faire-valoir, ou au vampire extravagant du type gay flamboyant. Certes, c’est amusant. Mais l’ensemble manque de finesse et ne permet pas de grandes envolées sur la profondeur des psychologies de chacun. Du coup, en ce qui concerne les relations entre les personnages, tout semble joué d’avance.

Le scénario tombe par conséquent assez vite à plat puisque l’auteur préfère passer d’assez longs chapitres à mettre notre couple en devenir dans une pièce et voir ce qui va bien pouvoir arriver. On ne sait plus très bien à quelle intrigue se raccrocher : la disparition des vampires ou savoir si, enfin, Alexia et ce maudit loup-garou vont faire autre chose que se bécoter et se peloter en respirant très fort. En lisant quelques critiques, d’autres lecteurs avaient souligné le caractère trop sexuel de ce livre. Eh bien j’ai été presque déçue. Je m’attendais, au moins, à des scènes de tournures violemment arrachées et de levrettes sauvages sur un piano. Mais rien de tout cela ! Rien que du touche-pipi pour faire mouiller la culotte des adolescentes en fleur. C’est profondément ennuyeux. On voudrait que cela s’arrête enfin, que les deux imbéciles passent à l’acte une fois pour toute, et permettent à l’intrigue de reprendre un rythme décent. Sauf que, l’auteur semble décider en cours de route que cette affaire-là sera plus intéressante que son scénario… Alors, même si beaucoup de choses interrogent, les questions de fond sont passées à la va-vite, et surtout, le final est un ratage magistral où tout devient d’une violente incohérence, ou d’une facilité honteuse pour qui est en train d’écrire une histoire érotique déguisée en enquête.

Alors pour ceux qui ne veulent pas être spoilés, je dirais juste qu’il ne faut surtout pas s’attendre à ce que les méchants de cette aventure aient des réactions intelligentes ou même logiques, sauf si leur intention inavouée est juste de rapprocher les deux héros du roman.

Pour ceux qui ont lu le livre ou qui s’en fichent, voici quelques points plutôt édifiants : Apprenez que pour attraper un vampire, fût-il millénaire, c’est en réalité très simple, il suffit de leur mettre un mouchoir imbibé de chloroforme sous le nez. Donc, les mort-vivants respirent. Soit, on fait ce qu’on veut avec une espèce imaginaire, mais il faut reconnaître que l’extrême facilité de la solution est décevante. Les disparitions et apparitions de vampires contre-nature coïncident avec l’ouverture d’un club de scientifiques, mais personne n’a l’idée de mener une enquête là-bas. Le nom choisi a aussi de quoi laisser perplexe, club hypocras… Sérieusement, pourquoi ? Mais l’absurdité atteint tous ses sommets quand après avoir capturé toutes les créatures avec une honteuse facilité et bloqué un très vieux vampire avec des menottes (pas si terrible ces bêtes là franchement), les « méchants » ne reconnaissent absolument pas Alexia Tarabotti. Ils savent qu’une « sans âme » vit à Londres, connaissent son nom, mais ont été incapables de l’identifier alors qu’elle fréquente des vampires, des lycans et les milieux huppés de la société anglaise. Sûr que ça demandait une enquête violente ! Mais, malgré le fait qu’ils l’aient vue en si bonne compagnie à plusieurs reprises, ils pensent pouvoir la rallier à leur cause et lui faire confiance. Normal. Pour vérifier si son pouvoir fonctionne réellement, ils choisissent le loup-garou le plus féroce de tous, la laissent seule dans une cellule avec et vont se balader une heure en attendant. Je… Mais, ne venait-on pas de dire à quel point Alexia serait importante pour leurs recherches ? Non, les mecs prennent le risque de la tuer. Pire, si son pouvoir fonctionne, ils la laissent une heure avec le chef de meute qui n’est autre que son grand ami Lord Woolsey. A ce stade, j’ai voulu pleurer des larmes de sang, déchirer ce livre et insulter l’auteur de tous les noms. Je voulais y croire un petit peu quand même, pour l’univers, mais j’ai rarement vu une intrigue aussi improbable même dans un très mauvais film d’action. Donc, Gail Carriger offre une nouvelle scène de haute tension sexuelle dans les cachots et nous dit clairement qu’elle n’en a plus rien à foutre d’écrire un scénario crédible tant que ses personnages peuvent s’avouer leur amour dans une situation « originale ».

Sans âme donne beaucoup de promesses, et autant de déceptions. J’aurais pu pardonner l’aspect romance s’il ne dévorait pas impitoyablement une partie de l’intrigue. Objectivement, il s’agit d’un bon titre, à côté du reste de la production Bit-lit. Je ne suis pas sûre de donner sa chance au deuxième tome même si j’aurais aimé obtenir d’autres précisions sur l’univers (mais les aura-t-on réellement ?). En revanche, cette lecture m’a rappelé que Anno Dracula proposait la même chose avec plus de maturité et que le tome 2 est sorti en poche récemment, donc le temps est peut-être plutôt venu d’aller découvrir Le baron rouge.

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Anno Dracula – Kim Newman

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annodraculaIntrouvable au moment où j’ai découvert son existence, Anno Dracula semblait trop en avance sur les modes littéraires françaises pour réussir son entrée en librairie au début des années 90. Quand Bragelonne a finalement réédité le premier volume, je n’ai pas hésité très longtemps avant de me le procurer. Puis, comme très souvent quand une lecture ne me semble pas très urgente, le temps a passé. Je me suis finalement lancée le mois dernier. Une bonne découverte dans l’ensemble.

Résumé : La dynamique de l’histoire est la suivante : Et si le Dracula de Bram Stoker avait gagné ? En 1888, le comte vampire a épousé la reine Victoria, les vampires se sont intégrés à la société humaine. Mais l’équilibre fragile de cette nouvelle société est perturbé par une série de crimes perpétués contre des femmes vampires. Le coupable ? Un certain Jack L’Eventreur…

Critique :

Beaucoup de bonnes choses sont à relever dans Anno Dracula. Il est d’abord très agréable de croiser une série de personnages aux noms familiers qui appartiennent aussi bien à l’Histoire qu’à la fiction. Certains ne feront que passer, d’autres auront un rôle plus important.  Nous rencontrons Jekyll, Oscar Wilde, Bernard Shaw sera parfois cité, plusieurs scènes se passent au Diogene’s Club… Chaque référence est un hommage à la littérature britannique du XIXe siècle dont les livre est un héritier direct. Nous sommes invités à un jeu de metalecture qui donne souvent à l’avance les clés du récit. Mais la plupart des noms ne servent qu’au clin d’œil pour construire un monde où les œuvres majeures de l’époque victorienne sont réelles. L’auteur se concentre en particulier sur les protagonistes secondaires de Dracula. Newman interroge une victime directe du comte, le Docteur Seward, courtisan désabusé de Lucy.
Distrayante, l’intrigue du tueur de Whitechapel est un bon moyen de révéler les problèmes que peut rencontrer une civilisation dominée par une créature tyrannique venu d’un autre temps. Vlad Tepes veut modeler le monde à sa vision de fanatique religieux tout juste sorti du Moyen-âge, ce qui implique beaucoup d’exécutions arbitraires et une ingérence totale de la capitale. Dans ce joyeux chaos, les vampires ne sont pas plus chanceux que les humains. Comme l’auteur le souligne avec un certain cynisme, la plupart des « ressuscités » meurent bien avant d’avoir dépassé un siècle, tués par leurs semblables, affaiblis par un appétit difficile à sustenter. En effet, le sang humain est une denrée rare pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de s’en faire livrer, quand une milice vampirique n’hésite pas à condamner les meurtres de leurs pairs. Plus que les emprunts au thriller, j’ai surtout été séduite par l’intelligence avec laquelle était dépeintes les créatures. A la fois figures pathétiques et tumeurs malgré-elles de Londres, on ne peut pas dire qu’elles inspirent l’admiration.

Le duo vampire/humain (Genevieve et Charles) qui domine le récit entretient à ce titre des rapports très intéressants, un amour passion impossible qui n’a rien de romantique. Immortelle depuis cinq siècles, Geneviève est désespérément réaliste sur l’avenir de ses sentiments. L’homme qu’elle aime finira par vieillir. Elle pourrait le transformer, mais le temps finirait par les séparer. Le vampire reste condamné à sa nature d’être solitaire.
Un autre aspect abordé est la ligne fragile entre animalité et humanité au moment de la transformation. Le basculement est d’autant plus rapide avec une personne qui s’est imposé trop de limites, un véritable fléau pour les dames guindées de la société victorienne.
En bref, de nombreux petits détails en amont de l’histoire principale ajoutent beaucoup de réalisme à l’univers, et montrent une réflexion très poussée de la part d’un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet.
Si le fin mot de la série de meurtre est annoncée très rapidement, l’idée de base est amusante et une série de rebondissements parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout, même si l’action piétine parfois. Le tout n’est pas de trouver le tueur, mais de voir comment cette catastrophe annoncée pourra bien se terminer. Certes, le final a un côté un peu brouillon, mais je n’ai pas trouvé qu’il gâche l’ensemble. Il permet simplement de refermer une chronique avant de nous plonger quelques 50 ans plus tard, dans une autre époque, pour Le Baron Rouge.

Pour conclure, je ne parlerai pas d’une révélation littéraire (le style manque de rythme) mais assez de bonnes idées pour mériter la lecture des amateurs d’uchronies et de réinterprétation des mythes. La période historique dépeinte ne souffre pas de l’idéalisation un peu trop fréquente du XIXe siècle dans les roman fantasy contemporains qui s’y intéressent, une bonne nouvelle pour les blasés du steampunk. L’écriture rappelle même celle du feuilleton populaire. J’espère avoir le temps de lire la suite dans les prochains mois.

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L’opéra macabre – Jeanne Faivre d’Arcier

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1307-opera_orgUne trilogie de vampires française, vraiment ? Avec un auteur souvent comparé à Anne Rice ? Pourquoi pas. J’ai laissé la curiosité me tenter avec d’autant moins de résistance que les romans ont été écrits bien avant une vague bit-lit qui me rend très méfiante vis-à-vis des femmes spécialisées dans la reprise du mythe.
Comme les deux premiers tomes, après une longue absence éditoriale, ont été rassemblés sous une seule couverture par Bragelone, j’ai pris le temps de découvrir chaque titre avant d’écrire une critique. D’ailleurs, si j’apprécie l’initiative de l’éditeur, je suis restée aux bons vieux « Pocket Terreur ». La vague des illustrations kitch pour les littératures de l’imaginaire, c’est un peu comme la bit-lit, une épidémie, un fléau, un mal que je rejette. Ce n’est pas que je ne veux pas soutenir les auteurs… Mais je me sens coupable de posséder des livres que l’on dirait destiné à 1) une adolescente de quinze ans 2) des livres érotiques bas de gamme.
Cependant, L’Opéra Macabre a de très bons arguments pour attirer les amateurs de fantastique.

Rouge Flamenco

Au début, Jeanne Faivre d’Arcier était une jeune femme passionnée par The Mascarade et fascinée par l’univers d’Anne Rice. Ces belles références donnèrent une histoire sympathique, que l’on trouvera originale aujourd’hui mais qui, pour l’époque, reste encore trop proche du récit de fan. On appréciera le caractère fort de la vampire Carmilla, la capacité de l’auteur à imposer de véritables héroïnes, dont l’intelligence n’a rien d’artificiel. Au bout de la plume, se trouve une personne cultivée. Les références historiques sont claires, maîtrisées, les points scientifiques donnent l’illusion de la vraisemblance, le style est, quand à lui, irréprochable. Il manque cependant quelque chose, un rien d’aisance dans les phrases, souvent trop ampoulées, pour nous mettre tout à fait à l’aise.

A l’instar D’Entretien avec un vampire, Jeanne Faivre d’Arcier fait le choix d’une confidence. Avant le troisième acte, Carmilla livre son passé à un ami vampire. Malheureusement, le discours direct manque de naturel. Tout est beaucoup trop rigide. J’ai lu sans prendre une seule fois goût à l’écriture. Les péripéties étaient là. La rythmique, les accroches, beaucoup moins. L’ensemble manquait de vie… Certes, quoi de plus normal pour un vampire ? (lol) Au niveau de l’intrigue, rien de très exceptionnel non plus. La dame vampire laisse défiler son histoire de manière assez linéaire. Nous n’explorons pas vraiment la profondeur des caractères de chaque protagoniste.
Ayant lu ce premier volume en novembre, mes souvenirs sont assez confus, signe que les aventures de Carmilla ne m’ont décidément pas beaucoup marquées. Si la suite n’avait pas annoncé un scénario en Inde, je ne pense pas que je serais allée plus loin.
J’ai laissé une seconde chance à Madame Faivre d’Arcier. Je ne l’ai pas regretté.

La déesse écarlate

L’avantage de La déesse écarlate est qu’il se lit très bien indépendamment de Rouge Flamenco. S’il faut n’en garder qu’un seul, préférez celui-ci, mieux écrit et, surtout, plus original. Pour ce nouvel opus, Jeanne Faivre d’Arcier opte pour une structure un peu plus fluide et ambitieuse. Exit la première personne, le point de vue unique, tout est à la troisième personne, et, bien que Jonathan reste le personnage principal, d’autres consciences sont de la partie.
Enfant maudit de l’Inde, Jonathan est à peine né que, déjà, les vampires cherchent à le tuer. Ses parents l’abandonnent à un journaliste français et sa femme indienne en donnant une consigne très claire : l’élever en France, ne jamais essayer de retrouver ses origines. Mais Jonathan est un bambin des plus curieux, hanté par les visions d’une belle dame rouge, capable de s’exprimer dans les langues primitives d’Asie avant même de savoir parler… Lorsque sa meilleure amie est kidnappée par une mystérieuse secte appelée L’Hibiscus rouge, le jeune homme renonce à sa vie tranquille et sans histoire d’enseignant pour explorer l’Inde à la recherche des criminels ou, peut-être, de Mâra, la déesse écarlate de ses nuits les plus fiévreuses…

Le voile sera levé peu à peu sur l’étrange passé qui unit la mère des vampires au jeune homme, allant jusqu’à nous révéler des origines de vampiriques qui empruntent au panthéon hindou. Je brûle de vous en dire plus, mais ce serait vous gâcher d’agréables découvertes. L’auteur joue avec les croyances en la réincarnation, perturbe totalement le mythe en plaçant les buveurs de sang dans un folklore où l’idée de vie éternelle elle-même n’a pas la même puissance : toutes les âmes finissent par renaître. En créant des vampires, Mâra perturbe le cycle de la réincarnation.
Autre point très agréable, les dieux existent, se querellent, participent à l’action. D’un chapitre à l’autre, Shiva, Khâli, Yama, et d’autres apportent au roman un second degré assez jubilatoire. Si le début en France est un peu plat, j’ai vraiment été conquise par la mise en scène de toutes ces légendes. Avant, je ne connaissais pas grand-chose à la culture hindoue. Après La déesse écarlate, tout est devenu plus limpide.

L’histoire d’un amour plus fort que les réincarnations échappe très habilement à la niaiserie, et au romantisme. Derrière un corps et un visage parfait, Mâra est l’incarnation de la bête, et c’est cette bête sanglante, dangereuse, porteuse de mort, qui attire Jonathan, un jeune homme lisse, trop pur pour ne pas dissimuler, dans le fond, un monde de perversités. C’était bien pensé. Il n’y aura donc pas de promesse de vie éternelle à deux. Le vampire a ici l’effet révélateur de tout bon démon érotique, il donne au héros une porte vers la démesure dans un voyage initiatique absolument inversé. De toute manière, on peut dire que la relation de ces deux âmes est trop tordue depuis le début, Jonathan se rêvant sous les traits d’un enfant de douze ans qui brûle de désir pour la dame vampire, alors maîtresse de son père. L’attraction irrationnelle des corps, plus que de l’esprit, est le moteur de cette possible réaction, leur drame étant de n’avoir pu consommer leur amour dans une vie antérieure…

La déesse écarlate mérite sa place dans une bonne bibliothèque consacrée aux buveurs de sang, pour ceux qui préfèrent les frissons, la perversion, aux fantasmes trop sages. Bon moment de lecture, il passera cependant à côté du roman culte à cause, toujours, d’un certain manque de profondeur de la part des personnages. Le chaste Jonathan tient bien son rôle, mais un caractère moins superficiel et attendu aurait été préféré. Le rôle de l’amie humaine qu’il veut sauver et qui, devient finalement une sorte d’entrave à l’explosion de ses pulsions sexuelles est amené de manière assez bancale. Heureusement, la fin échappera au retournement que l’on pourrait craindre. Elle est parfaite, logique, satisfaisante, et pourtant cruelle.

Note : Ce deuxième tome d’une trilogie annoncée est resté sans suite près de vingt ans. Tout semblait tombé à l’eau mais, l’année dernière Jeanne Faivre d’Arcier, a livré une « suite », Le dernier vampire. J’essayerai de le tenter un jour.