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Absyrialle – Fabrice Chauliac

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couv68241187.pngVoy’el est une maison d’édition que je croise depuis quelques années dans le paysage imaginaire français, et dont je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire les titres. Quand Livraddict a lancé un partenariat avec eux, j’y ai donc vu l’occasion de m’y mettre. Sur plusieurs romans, mon choix s’est porté sur Absyrialle. Mauvaise pioche, disons le tout de suite, non sans embarras car j’aurais voulu publier un billet encourageant sur la production d’un éditeur indépendant qui met la SFFF en avant. Il faut cependant reconnaître que la couverture donne envie. J’ai reçu ce livre en e-pub, mais il a tout pour attirer en papier. L’intrigue promise par la couverture offre une belle accroche aussi.

Résumé : Europe, fin du XVIIIe siècle. L’éruption du volcan islandais Laki en 1783 plonge le monde dans l’obscurité et l’obscurantisme. Le nuage de soufre qui recouvre une partie de l’Europe dévaste les cultures, entraîne la famine, fait tomber les pouvoirs en place, et remet en perspective toutes les croyances établies. Beaucoup y voient la trace d’un châtiment surnaturel, que tout le monde désigne sous le nom de Fléau. L’Église vacille d’autant plus que l’éruption du Laki révèle l’existence d’une cité enfouie, Absyrialle. Mais cette cité, son architecture, sa richesse, ses moeurs et ses occupants ne sont pas les vestiges d’une civilisation ancienne et oubliée. Bien au contraire, Absyrialle est toute puissante et ses origines restent mystérieuses, tout comme les desseins des princes démons qu’on y vénère. Théodule, écrivain public et philosophe ne se doute pas combien sa rencontre avec Galoire de Montbrun, envoyé du Vatican au passé trouble, va l’entraîner au cœur des complots les plus sombres de la Cité.

Les thèmes me promettaient réellement un voyage littéraire sympathique. J’avais l’espoir de trouver un univers original, une uchronie à une époque assez inhabituelle pour le genre, puisque le XIXe siècle est souvent privilégié. Le côté sombre me parlait aussi, bien entendu. Si on entre au temps des Lumières, ses perruques poudrées, son libertinage décadent, avec quelques démons, de la violence, et une ville volcanique, eh bien je me sens partante. La lecture révèle aussi des éléments qui, si on me les avait présentés de vive voix, m’auraient fait tout autant envie. Il s’agit d’un roman principalement orienté vers les intrigues politiques, chose que j’adore en général, surtout si tous les coups bas sont permis. Absyrialle a un petit côté roman de cape et d’épée qui peut rappeler Dumas, avec une tendance similaire à alterner de nombreux points de vue dans des chapitres courts. Un autre point séduisant est la présence de personnages historiques qui fascinent l’imagination populaire. Le récit s’ouvre avec le mystérieux comte de Saint-Germain, et nous retrouvons un peu plus loin le Marquis de Sade. Et pourtant, je n’ai pas réussi à m’impliquer dans l’histoire malgré tous mes efforts.

Dès les premières pages, l’entrée dans ce roman n’est pas aisée. Il faut se faire à un style qui manque de fluidité, une volonté pas tout à fait maîtrisée d’écrire « à la manière de » (qui peut devenir gênante quand les dialogues sont beaucoup trop compassés), une tendance à placer trop de subordonnées dans un ordre qui n’est pas très instinctif, au lieu de commencer les phrases par le plus évident. Le ton s’améliore en cours de récit, mais il faut ensuite faire face à un autre problème, qui est l’alternance de point de vue sans focalisation interne réelle sur les personnages. Il est difficile de se sentir impliqué dans les aventures de chacun, voire de les identifier, de leur trouver des petits traits de caractère qui fait que l’on s’y attache. Ce manque de travail sur la profondeur est très visible sur les personnages féminins, qui sont des caricatures jusque dans leur manière de s’exprimer.

Dans cette galerie assez lisse, Galoire et Théodule sont des repères rassurants, mais le changement de points de vue à tout va empêche de les développer, ce qui est dommage car l’auteur pose des bases qui pourraient en faire de bons héros. Tout est trop centré sur l’action pure pour permettre de beaux moments d’introspection ou de description. Je ne me suis pas sentie concernée par les intrigues politiques, et je ne savais même pas clairement ce que je suivais tant l’auteur s’attache à rester flou, ce qui n’est pas forcément la meilleure des idées, surtout quand une partie de la complexité de l’intrigue repose sur des non-dits volontaires. Le côté XVIIIe siècle m’a aussi semblé très peu marqué. La présence de personnages historiques est un peu la seule chose qui rappelle l’époque, le reste nous plonge dans une période moderne assez trouble, reconnaissable à ses combats d’épée en pleine rue.

J’ai attendu les scènes plus violentes avec les démons comme un second souffle, en songeant que je pourrais peut-être au moins apprécier des moments de perversion et torture « amusants », façon Sade, mais l’impression de rester en surface m’a laissée assez indifférente. J’ai cependant lu que d’autres critiques moins habitués à ce genre de scènes les ont trouvées dérangeantes. Au final, ma lecture a été laborieuse, et, malgré trois semaines sur ce titre, je ne suis pas arrivée à le terminer. Je me suis attachée à dépasser la moitié au cas où la deuxième partie ferait tout décoller, comme cela arrive parfois. La magie n’a pas pris avec moi.

Je remercie Livraddict et les éditions Voy’el pour ce partage, et suis assez désolée de ne pas avoir fait une sélection de lecture pertinente contre une critique. Absyrialle garde cependant une proposition d’univers intéressant, et beaucoup d’ingrédients qui ont de quoi susciter l’intérêt. Si l’auteur corrige les écueils propre au ‘premier roman’, il y a des chances pour que ses productions futures méritent d’être suivies.

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Rêves de gloire – Roland C. Wagner

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couv50627538Le nom de Roland C. Wagner est assez familier dans le monde de la SF française. N’ayant jamais eu l’occasion de me pencher sur l’auteur, j’ai profité d’un partenariat pour me lancer. L’idée de Rêve de gloire me semblait inspirante, une histoire du rock inventée, psychédélique, sous forme de faux témoignages, de quoi retenir toute mon attention de lectrice. Malheureusement, cette plongée dans une Algérie revisitée m’a assez peu secouée.

Résumé : Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : «On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit…»
De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…

Rêve de gloire est le genre de titre pour lequel je suis bien embarrassée de devoir donner un avis. Même s’il m’est tombé des mains à plusieurs reprises, j’ai voulu lui donner sa chance, regardé les avis d’autres chroniqueurs, tous très enthousiastes, et je me suis sentie un peu seule au monde, voire frustrée, d’échapper à toute la grandeur de l’œuvre. Avec ses 800 pages et sa documentation, je ne doute pas un instant d’être confrontée à un travail conséquent, à des années d’écriture qu’il serait gênant d’insulter. Le souci, c’est que je ne suis définitivement pas entrée dedans.
Il m’a semblé que, malgré un thème attirant, Rêve de gloire ne s’adressait pas à moi mais plus à la génération années 60, à laquelle appartient l’auteur, qui reste nostalgique des vinyles et d’une jeunesse passée, aujourd’hui peut-être un peu trop fantasmée. Je ne me suis jamais excessivement documentée sur la guerre d’Algérie, et, j’ai trouvé que les repères manquaient un peu pour faire entrer une personne peu instruite sur le sujet dans le roman. Pourtant, j’avais déjà apprécié sans aucun souci les peintures d’auteurs comme Camus ou Cossery, contemporains de cette époque. Sur la question du rock, même souci. Ce livre ne parlera qu’aux amateurs férus du genre et, plus spécifiquement, aux chineurs. Là, je suis un peu moins gênée, mais il n’empêche que la recherche d’un vinyle perdu m’a semblé bien vite insuffisante, et trop superficielle, pour maintenir l’attention du lecteur. Sans toutes ces conditions réunies pour apprécier le livre, il y a des chances pour passer totalement à côté du travail de Roland C. Wagner. De fait, je n’y ai pas vu un roman susceptible de survivre au temps, et de garder une forte puissance d’évocation dans une dizaine d’années. Trop centré sur ses goûts propre et ceux de ses amis, l’auteur en aurait peut-être oublié une large frange des lecteurs. Si le livre a néanmoins touché assez de cibles, tant mieux, en ce qui me concerne, j’ai fini par démissionner.

Comme je l’ai exprimé, l’intrigue est trop faible pour retenir l’intérêt. Non seulement on ne sait pas très bien dans quel genre de délire le personnage principal veut nous embarquer mais, surtout, le caractère polyphonique de l’ensemble brouille totalement les pistes. Plusieurs discours se mêlent, sur quelques pages seulement à chaque fois. Des personnages interviennent, sans se présenter, sans poser le moindre enjeu. On les lit trois pages, le temps d’une anecdote, puis on passe à autre chose. Comme la fragmentation de la narration n’est jamais annoncée, il est parfois compliqué de faire des raccords, surtout qu’en trois pages de textes, le personnage n’a pas le temps de devenir vraiment reconnaissable. Donc des voix se succèdent, sur 800 pages, et on ne sait jamais vraiment pourquoi on lit ça, quelle motivation y trouver. J’aime les narrations à plusieurs voix, mais là, le découpage m’a semblé profondément artificiel et donc agaçant. Ça ne faisait pas vraiment sens, j’ai fini par lire en diagonal faute de savoir pour quelle raison je continuais de tourner les pages.

La découverte de toute une Afrique du Sud différente où le rock aurait pu émerger ? Bof au final. L’uchronie ne m’a pas convaincue. La simple modification d’un événement dans l’issue de la guerre d’Algérie n’est définitivement pas suffisante pour partir dans un délire d’évolution parallèle dans le rock. Si cette scène n’a pas émergée là-bas, les raisons sont bien plus profondes. Roland C. Wagner ne fait que gratter la surface et, au final, trouve un simple prétexte pour inventer une histoire du rock basée sur de faux témoignages. Mouais.
Pour m’être régalée avec des livres comme Acid Test, Las Vegas Parano ou Sur la route, je suis pourtant cliente pour des récits bien marqués par les excès encore nouveau des années 60/70. Sauf que dans ce livre, rien à faire, on sent que l’écriture se veut « à la manière de » sans y arriver vraiment, sans nous faire vibrer avec les personnages, sans nous donner envie de poursuivre au moins parce que l’ambiance, les expériences de vies sont à la fois terribles, géniales, et folles. Je n’ai pas accroché le style, que j’ai trouvé assez lourd, trop grammaticalement “correct”, sans rythme réel.

Je suis donc assez désolée pour cette critique très sceptique de Rêves de gloire. En un sens, je comprends que l’on puisse être admiratif de toute l’énergie dépensée par l’auteur pour faire vivre cette œuvre. Mais cela n’a pas dépassé pour moi le stade de livre rêvé dans l’esprit d’un auteur, qui ne sera jamais plus qu’un pavé assez indigeste de 800 pages dont on serait bien en peine de savoir quoi en faire. Je préfère en retourner à de vrais témoignages du rock plutôt que perdre du temps sur des inventions qui ne réussissent même pas à avoir une résonance en moi.