IMAG0325 (1)Changement dans mes lectures pour cet été et, plutôt que d’aller vers un roman bien distrayant, je m’attaque à du témoignage historique. Je n’avais pas quitté la fiction depuis un petit moment, alors passer à du documentaire fait du bien. L’inconvénient est que la richesse du contenu fait aussi de Dangereusement à l’est un livre sur lequel on pourrait difficilement passer la journée, au risque de lire des passages chargés d’informations en diagonale – ce qui serait dommage. Comme je me suis engagée avec Babelio à publier une critique sous un mois, voici ce que je peux déjà vous dire de la première partie… J’éditerai quand j’en serai venue à bout.

Ce qu’en dit l’éditeur : Dangereusement à l’Est est un récit autobiographique des débuts de carrière de Fitzroy Maclean, diplomate anglais dont on dit qu’il a inspiré le personnage de James Bond (il a très bien connu Iann Flemming), associant le même savant cocktail de diplomatie, d’espionnage, et de voyages. Il se lit comme un fabuleux récit d’aventures, mais aussi comme de fascinantes chroniques présidant à la naissance de l’Europe moderne. Fitzroy Maclean côtoie les grands de son temps et livre des portraits enlevés de Staline, Churchill, Tito… (…)
Ce récit, publié pour la première fois en Angleterre en 1949, a fait l’objet d’une traduction en langue française aux éditions Gallimard en 1952 sous le titre de Diplomate et franc-tireur. (…)

On a plus souvent l’habitude de voir la seconde guerre mondiale d’un point de vue français ou allemand. Découvrir cette période sous la plume d’un britannique, en se concentrant plus spécifiquement sur la partie est du conflit m’a tout de suite semblé intéressant. Je ne pensais pas prendre des risques énormes, étant suffisamment renseignée sur ce chapitre de l’Histoire pour éviter de me sentir trop perdue. Dangereusement à l’Est n’est pas un livre à choisir pour découvrir la seconde guerre mondiale. Beaucoup de choses ne sont pas contextualisées. Néanmoins, il constitue un excellent complément pour mieux comprendre l’organisation de l’URSS et profiter d’anecdotes militaires sur les combats en Afrique du Nord. Une vision globale de la situation mondiale suffit puisque l’auteur attache un soin véritable au détail. L’écriture est élégante, pose des ambiances précises, des personnages locaux et d’agréables touches d’humour britannique. Elle est cependant trop dense pour accrocher très longtemps. Le titre demande une attention soutenue qui ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs mais il faut, de toute manière, être assez motivé par le sujet pour s’y attaquer. En ce qui me concerne, j’apprécie particulièrement la manière qu’a McLean de poser ses décors ou présenter toutes les situations assez folles et cocasses dans lesquelles il s’est retrouvé impliqué.

La première partie, sur ses voyages en urss, est vraiment savoureuse. Avec un art de la tournure, l’auteur fait ressortir à la fois son exaspération et son amusement las devant l’administration communiste qui, sans cesse, se mettra en travers de sa progression. Tout en disséquant toute une machinerie politique inquiétante (en nous présentant d’un bout à l’autre un procès de notables qui rendrait presque 1984 mignon), l’auteur s’imprègne aussi d’une autre culture, celle du peuple russe, de toutes les civilisations asiatiques conquises, qui tentent de vivre dans leurs traditions, de garder un sens de l’accueil, malgré la haine de l’étranger qu’on voudrait leur imposer. On explore des pays souvent oubliés, comme le Turkménistan ou le Kazakhstan, on part à la rencontre de leurs habitants haut-en-couleur, de citées orientales à moitié détruites mais fières et la vodka coule assez à flot pour faire tourner la tête au lecteur lui-même. C’est un beau voyage, émaillé de scènes qui virent au comique absurde quand le narrateur trouve sur sa route des gardes qui veulent l’empêcher de passer pour des raisons qu’ils ne sont jamais capables d’expliquer clairement.

Après l’URSS, McLean retourne chez lui pour rejoindre l’armée. Le changement est assez brutal. Il diversifie le témoignage et, en même temps, laisse un peu sur sa faim. D’abord un peu déçue de constater que le voyage à travers l’est était terminé, je me suis laissée prendre à des récits très différents puisque, d’aventures diplomatiques, nous passions à la guerre. C’est un petit peu moins original, les témoignages militaires étant beaucoup plus fréquents, mais McLean sait ajouter les petits détails qui passionnent. On ne peut qu’être surpris de découvrir avec quelle facilité son équipe parvient à tromper l’ennemi. Je lisais sur la quatrième de couverture que les anecdotes de l’auteur ont inspiré le personnage de James Bond. A partir de ce moment, tout s’éclaire puisque certains passages sont vraiment dignes de films d’action ou d’espionnage que l’on pourrait trouver invraisemblables. On découvre ainsi que, oui, aussi surprenant que cela soit, un soldat en uniforme britannique et avec un accent anglais peut réussir à se faire passer pour un officier italien.  Je ne suis pas assez avancée pour vous en dire beaucoup plus, et cela gâcherait sans doute une partie du plaisir pour qui aurait le courage de se lancer. Mais on peut dire que les 200 premières pages ne manquent pas de rebondissements et de contenus. Elles justifient déjà largement la lecture.

Dangereusement à l’Est est un très bon document historique qui devraient intéressé tous les passionnés de la seconde guerre mondiale et amateurs de belles lettres. Les éditions Viviane Hamy ont fait un beau travail et un choix judicieux en proposant une nouvelle traduction française de l’ouvrage.