Tag Archives: science fiction

by

Anthologie Créatures des Otherlands II

No comments yet

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , , , , ,

product_thumbnail.phpArrivée discrètement, Otherlands est une maison d’édition dont les anthologies fantastiques et horrifiques aux thèmes originaux commencent à faire parler d’elles. Le nouvelliste Tim Corey, à l’initiative du projet propose une sorte d’univers partagé, lié par les phénomènes étranges, rarement rassurants, qui font irruption dans le quotidien des Otherlands. Bien entendu, les créatures ne sont pas en reste. Un deuxième volume n’était pas de trop pour en présenter d’autres avec quinze auteurs dont je fais partie avec le texte On l’appelait Sombra. Démons, monstres imaginaires, expériences scientifiques tragiques, toutes les acceptations de la créatures sont représentées à travers des nouvelles qui vont du fantastique à la science-fiction pour des rencontres du troisième type qui laisseront souvent des traces… sanglantes.

L’anthologie s’ouvre sur trois nouvelles où les créatures sont aussi créations, le résultat d’une science dégénérée. D’abord dans l’espace, nous assistons avec Artikel Unbekannt à l’accouplement monstrueux entre le cadavre d’une femme et de la machine. En quelques pages, une intelligence artificielle témoigne du désastre. Emmanuel Delporte file ensuite le même thème avec bien plus de sadisme, puisque cette fois, il n’y a plus d’erreur malheureuse, mais une véritable séance de torture pour créer une vie impie en forçant l’union d’une femme avec une sorte de créature de Frankenstein, en compagnie d’un savant fou allemand. Plus de doute, nous entrons dans un hommage impertinent au film de série b. Hommage que poursuit Ruwan Aerts avec Contre Nature. Les scientifiques restent à l’honneur, mais la forme change. Le récit est coupé par le journal audio d’un homme mystérieusement disparu. On avance peu à peu pour découvrir l’évolution d’une nouvelle molécule sur des cobayes animales, puis le délire avancé du docteur Fremont.

A ce moment de la lecture, on peut s’inquiéter de ne pas rencontrer des créatures un peu plus légendaires, mais elles arrivent heureusement avec Fuir de Chris B. Honspaq. Une jeune fille séquestrée et apparemment torturée cherche à échapper à son père. Pourquoi met-il tant d’acharnement à l’éloigner des Hommes ? On appréciera une ambivalence des points de vue, où le monstre n’est pas toujours le même pour tout le monde. Julien Heylbroeck nous entraîne ensuite dans une courte nouvelle où il s’agit d’extirper un démon mille-pattes écœurant des murs d’une habitation de Kyoto.

Julien Roturier revient à l’humain en abordant la notion de pouvoirs ou de malédiction. Ire réversible commence comme une enquête classique sur une attaque de loup-garou. Les lycanthropes sont pourtant loin d’être le seul sujet et problème d’une nouvelle noire, qui joue sur les faux-semblants.
Le problème de malédiction est plus net dans le texte de Barnett Chevin où tout commence aussi par une sombre histoire de jeune fille cruellement séquestrée par sa famille. Cependant, il est plus évident cette fois que quelque chose ne tourne pas très rond chez l’enfant, quelque chose au niveau de son ventre, plus particulièrement… La nouvelle nous entraîne dans le monde de la prostitution, où les hommes finissent victimes. C’est aussi ce milieu que choisit d’exploiter Loïc Lendemaine avec, cette fois, un prédateur imprudent.
Toujours dans l’idée du monstre tapis dans l’ombre, Richard Ely nous donne à lire les dernières volontés de l’héritier McCarthy qui demande la destruction immédiate de sa demeure du Yorkshire et déconseille de s’aventurer dans les bois du domaine. Une chose terrible y rôde…

Rachel Rostalski explore des terrains plus bibliques, un peu moins effrayants, mais certainement plus hérétiques. Et si les anges n’avaient simplement pas d’âme ?
Dans des temps reculés et imprécis vivait aussi une sorcière dont un homme était amoureux. La plume de Dean Venetza nous conte l’histoire tragique et poétique de leur éternelle union.

Edgar et les cancrelats de Teddy Wadble nous attire à nouveau dans le présent. Si je devais choisir une nouvelle préférée parmi toutes celles de l’anthologie, j’élis celle-là sans hésiter. Edgar est ce genre de personnage qu’on aime détester, un peu à l’image d’Ignatius Reilly dans La Conjuration des imbéciles. C’est un homme exagérément gros, un vieux garçon sale, fat, faignant, et alcoolique qui évolue dans une rue dont il ne sort jamais, et dans un appartement dégoûtant menacé par une invasion de cafards. L’écriture de l’auteur parvient bien à saisir l’ambiance, la saleté environnante, le tout sans manquer d’humour. Et, finalement, sans aller dans le sanglant, nous tenons certainement le texte qui, avec des détails très faciles à imaginer, soulève facilement l’estomac. Je n’avais encore jamais lu Teddy Wadble, mais si ses autres productions sont de ce registre, je le retiendrais avec plaisir.

Plus anecdotique, le texte de Dola Rosselet développe sur deux pages le thème de la femme fatale, du dîner en amoureux qui n’est finalement pas ce que l’on croit. C’est bien mené, mais cela manque de surprise et d’originalité (considérant qu’on a déjà retrouvé des chutes assez similaires dans l’anthologie).
L’anthologie se clôt avec un retour dans un futur plus ou moins lointain, où les hommes sont classés en fonction d’une intelligence établie à leur naissance, et où Ville et Nature sont devenues des entités à part. Des hommes pénètrent la forêt pour comprendre quels nouveaux mouvements menacent leur civilisation. Des idées intéressantes, mais la nouvelle se traîne malheureusement trop en longueur, sur des thèmes déjà exploités en sf et qui ne demandaient pas conséquent par tant de développement pour un texte court. C’est assez dommage, car la chute de Jérôme Baronheid est bonne.

Dans tous les cas, une bonne sélection des éditions Otherlands qui devrait ravir les amateurs de frissons, même si certains thèmes sont plus récurrents que d’autres. Il ne faut pas s’aventurer cependant dans l’anthologie avec une idée précise du genre de créatures que l’on souhaite trouver, car très peu appartiennent à des légendes connues, l’acceptation du terme est très vaste, ce qui permet de bonnes surprises.

by

Rêves de gloire – Roland C. Wagner

No comments yet

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , ,

couv50627538Le nom de Roland C. Wagner est assez familier dans le monde de la SF française. N’ayant jamais eu l’occasion de me pencher sur l’auteur, j’ai profité d’un partenariat pour me lancer. L’idée de Rêve de gloire me semblait inspirante, une histoire du rock inventée, psychédélique, sous forme de faux témoignages, de quoi retenir toute mon attention de lectrice. Malheureusement, cette plongée dans une Algérie revisitée m’a assez peu secouée.

Résumé : Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : «On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit…»
De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…

Rêve de gloire est le genre de titre pour lequel je suis bien embarrassée de devoir donner un avis. Même s’il m’est tombé des mains à plusieurs reprises, j’ai voulu lui donner sa chance, regardé les avis d’autres chroniqueurs, tous très enthousiastes, et je me suis sentie un peu seule au monde, voire frustrée, d’échapper à toute la grandeur de l’œuvre. Avec ses 800 pages et sa documentation, je ne doute pas un instant d’être confrontée à un travail conséquent, à des années d’écriture qu’il serait gênant d’insulter. Le souci, c’est que je ne suis définitivement pas entrée dedans.
Il m’a semblé que, malgré un thème attirant, Rêve de gloire ne s’adressait pas à moi mais plus à la génération années 60, à laquelle appartient l’auteur, qui reste nostalgique des vinyles et d’une jeunesse passée, aujourd’hui peut-être un peu trop fantasmée. Je ne me suis jamais excessivement documentée sur la guerre d’Algérie, et, j’ai trouvé que les repères manquaient un peu pour faire entrer une personne peu instruite sur le sujet dans le roman. Pourtant, j’avais déjà apprécié sans aucun souci les peintures d’auteurs comme Camus ou Cossery, contemporains de cette époque. Sur la question du rock, même souci. Ce livre ne parlera qu’aux amateurs férus du genre et, plus spécifiquement, aux chineurs. Là, je suis un peu moins gênée, mais il n’empêche que la recherche d’un vinyle perdu m’a semblé bien vite insuffisante, et trop superficielle, pour maintenir l’attention du lecteur. Sans toutes ces conditions réunies pour apprécier le livre, il y a des chances pour passer totalement à côté du travail de Roland C. Wagner. De fait, je n’y ai pas vu un roman susceptible de survivre au temps, et de garder une forte puissance d’évocation dans une dizaine d’années. Trop centré sur ses goûts propre et ceux de ses amis, l’auteur en aurait peut-être oublié une large frange des lecteurs. Si le livre a néanmoins touché assez de cibles, tant mieux, en ce qui me concerne, j’ai fini par démissionner.

Comme je l’ai exprimé, l’intrigue est trop faible pour retenir l’intérêt. Non seulement on ne sait pas très bien dans quel genre de délire le personnage principal veut nous embarquer mais, surtout, le caractère polyphonique de l’ensemble brouille totalement les pistes. Plusieurs discours se mêlent, sur quelques pages seulement à chaque fois. Des personnages interviennent, sans se présenter, sans poser le moindre enjeu. On les lit trois pages, le temps d’une anecdote, puis on passe à autre chose. Comme la fragmentation de la narration n’est jamais annoncée, il est parfois compliqué de faire des raccords, surtout qu’en trois pages de textes, le personnage n’a pas le temps de devenir vraiment reconnaissable. Donc des voix se succèdent, sur 800 pages, et on ne sait jamais vraiment pourquoi on lit ça, quelle motivation y trouver. J’aime les narrations à plusieurs voix, mais là, le découpage m’a semblé profondément artificiel et donc agaçant. Ça ne faisait pas vraiment sens, j’ai fini par lire en diagonal faute de savoir pour quelle raison je continuais de tourner les pages.

La découverte de toute une Afrique du Sud différente où le rock aurait pu émerger ? Bof au final. L’uchronie ne m’a pas convaincue. La simple modification d’un événement dans l’issue de la guerre d’Algérie n’est définitivement pas suffisante pour partir dans un délire d’évolution parallèle dans le rock. Si cette scène n’a pas émergée là-bas, les raisons sont bien plus profondes. Roland C. Wagner ne fait que gratter la surface et, au final, trouve un simple prétexte pour inventer une histoire du rock basée sur de faux témoignages. Mouais.
Pour m’être régalée avec des livres comme Acid Test, Las Vegas Parano ou Sur la route, je suis pourtant cliente pour des récits bien marqués par les excès encore nouveau des années 60/70. Sauf que dans ce livre, rien à faire, on sent que l’écriture se veut « à la manière de » sans y arriver vraiment, sans nous faire vibrer avec les personnages, sans nous donner envie de poursuivre au moins parce que l’ambiance, les expériences de vies sont à la fois terribles, géniales, et folles. Je n’ai pas accroché le style, que j’ai trouvé assez lourd, trop grammaticalement “correct”, sans rythme réel.

Je suis donc assez désolée pour cette critique très sceptique de Rêves de gloire. En un sens, je comprends que l’on puisse être admiratif de toute l’énergie dépensée par l’auteur pour faire vivre cette œuvre. Mais cela n’a pas dépassé pour moi le stade de livre rêvé dans l’esprit d’un auteur, qui ne sera jamais plus qu’un pavé assez indigeste de 800 pages dont on serait bien en peine de savoir quoi en faire. Je préfère en retourner à de vrais témoignages du rock plutôt que perdre du temps sur des inventions qui ne réussissent même pas à avoir une résonance en moi.

by

Le Sauveteur de touristes – Eric Lange

2 comments

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , ,

couv42366297Avec Le sauveteur de touristes, je repars pour un tour du côté des éditions Taurnada qui avaient déjà attiré mon attention sur le titre Palissade. Une fois de plus, le résumé annonçait une histoire si particulière que je n’ai pu résister à l’envie de tenter un nouveau partenariat pour découvrir un peu mieux un catalogue composé de titres résolument originaux. C’est ainsi que je me suis retrouvée embarquée dans un techno-thriller fou qui est devenu un petit coup de cœur pour moi. Je pense même pouvoir affirmer qu’il s’agit de ma meilleure expérience de partenariat jusqu’à présent.

Résumé : Journaliste-reporter de guerre spécialiste des images et vidéos choc, Tom Harlem est la cible d’un attentat pendant une mission. De retour en France et encore très marqué, il pète littéralement les plombs devant le cynisme de son employeur. Viré, ruiné, recherché par un tueur auquel il doit de l’argent, il se retrouve obligé d’accepter un étrange contrat pour sauver sa peau. La jeune héritière d’une grande fortune a mystérieusement disparu pendant son dernier voyage en Asie. Tom devra exploiter ses contacts plus ou moins fréquentables à travers le monde pour retrouver ses traces, et mettre à jour un complot totalement dingue.

Il est des livres sur lesquels on pourrait écrire des pages entières pour en souligner tous les défauts, et d’autres avec lesquels il est plus compliqué de s’étendre. Le sauveteur de touristes est un petit roman de 170 pages qui respecte totalement sa fonction, celle de distraire d’un bout à l’autre en proposant une intrigue aussi tirée par les cheveux que cohérente (eh oui, il fallait le faire !). L’écriture est agréable. On se laisse de suite embarquer par la narration à la première personne de Tom, et rien ne vient gâcher le voyage. Le ton de Eric Lange est assez grinçant, on ne passe pas à côté des critiques à peine voilée de certaines institutions modernes, mais il arrive heureusement à ne pas trop en faire. J’ai craint, au début, d’avoir droit à de la critique facile style vieux punk sur le retour. Cependant, l’humour, et la finesse de la plume permettent d’éviter les phrases « coup de poing » qui se parodient elles-mêmes. L’affaire autour d’Open Life est tellement burlesque qu’on ne pourrait pas reprocher à l’auteur de trop en faire… C’est assumé, et c’est ce qui rend l’histoire si bonne.

En fait, tout est absolument exagéré. On peine à croire qu’il est possible de tenir une bonne intrigue en allant au Moyen-Orient, en France, à Bangkok, en Inde, aux États-Unis, en Égypte, en Angleterre, en Australie en si peu de pages. Non seulement le changement échevelé de décor se passe bien, mais pour chaque pays, une nouvelle ambiance prend le relais. En quelques mots, Lange nous offre la vision, les odeurs, la vie d’un autre territoire. Le lecteur est véritablement transporté, comme assez rarement dans un récit où l’on découvre des mondes encore inconnus. J’ai souvent eu la sensation qu’un carnet de voyage s’était tout simplement glissé au milieu du scénario, mais tout s’adapte suffisamment bien à l’intrigue pour qu’elle ne devienne pas un bête prétexte à étaler des observations de globe-trotter.

Les personnages qui jalonnent la route de Tom sont aussi assez incroyables. Il fallait oser, par exemple, faire du plus gros crack de l’informatique une sorte de gourou bicéphale à double pénis terrés dans les rues miséreuses de Bangkok. Dis comme cela, on pourrait croire à une blague. Au fond, c’en est une mais, à ce moment, il semble déjà acquis que tout sera insolemment trop énorme pour être vrai.
Au final, tout en gardant le ton du roman noir, Eric Lange va nous mener peu à peu sur une intrigue qui flirte avec la science-fiction. Il serait difficile d’en dire plus, hélas, la technologie prend rapidement une place importante dans le récit.

Si vous êtes à la recherche d’une lecture sympathique, sans prise de tête mais avec un certain nombre de références culturelles pour décoller un peu de chez vous (et donner, qui sait, des idées de vacances pour les plus téméraires), je conseille la lecture du Sauveteur de touristes. Plus mitigée sur Palissade, je suis désormais convaincue que suivre les publications de Taurnada peut réserver de bonnes surprises.

by

Anthologie Robots chez La Madolière

1 comment

Categories: Actualités & projets, Tags: , , ,

10285785_782551021792989_6403282298771276457_oAprès une longue absence côté critique (mais enfin, les rendez-vous deviennent exceptionnels), je reprends le clavier pour un post un peu particulier. J’aimerais vous faire une vraie chronique de l’anthologie Robots, parue chez La Madolière, mais on pourrait mettre en doute mon objectivité. En effet, j’ai le plaisir d’être au sommaire avec la nouvelle De sang avide. L’autre raison est que je ne voudrais pas risquer l’incident diplomatique avec mes co-auteurs qui, je le sais, attendent tous des louanges sur leurs textes – et ont déjà préparé la hache en cas de désaccord. Que l’on se le dise cependant, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce livre en général. La date de la sortie permet de découvrir le travail des autres, d’avoir une idée de ce à quoi ressemble un projet auquel nous n’avons fait qu’ajouter une petite pierre, un texte noyé au milieu d’autres. Après la joie d’être retenu, l’autre bon moment est aussi celui de lire et apprécier les contributions de chacun.

Pour parler un peu de la maison d’édition, La Madolière publie une anthologie par an sur un thème spécifique depuis trois ans. Morts dents lames était consacré à la violence, Créaturedont vous pouvez trouver le billet – annonçait bien le sujet, tout comme Robots qui prend dignement la relève. Et, quoique le titre puisse laisser craindre le piétinement de sentiers rebattus par la SF populaire, les nouvelles utilisent la diversité et, surtout, loin des vieux clichés, donnent une vision très contemporaine du robot, souvent en accord avec les évolutions technologiques et questions éthiques actuelles.

Plutôt qu’une critique texte par texte, je vous propose un voyage entre les différentes histoires, même s’il est possible que je m’attarde plus sur certains écrits que d’autres. Tout commence avec Gaëlle Saint-Etienne, grande habituée des anthologies de La Madolière. Un génie récupère un robot envoyé dans l’espace bien avant de naissance et aimerait déchiffrer son langage. Plus léger, Jean-Marc Sire présente ensuite un robot qui fuit l’usine pour aller cueillir les pommes du verger et aider la femme de son maître à préparer des confitures. Une nouvelle très mignonne, pleine d’humour et au dénouement inattendu, mais heureux, chose qui risque de ne pas arriver très souvent par la suite. On reste dans la poésie avec Xavier Portebois. Un joueur de oud doit apprendre à utiliser des bras bioniques. Mais jusqu’à quel point devra-t-il sacrifié son humanité pour vivre sa passion ? Laurent Pendarias a fait dans l’original. Déjà remarqué dans l’anthologie Créature en donnant la parole au dernier représentant d’une race d’escargots géants, il présente cette fois le monologue d’une camionnette de livraison fort présomptueuse. En quelques pages, le véhicule s’appliquera à expliquer combien nous, humains, sommes prévisibles. La chute est délicieuse. Bien plus scientifique, le texte de Joël Tardivel-Lacombe s’amuse avec les lois de la robotique d’Isaac Asimov. Puis, cap au Far West en compagnie de Patrick Lorin, d’un robot sherif et d’un robot pasteur, venu dans un village de cow-boy apporter un peu de droiture et de valeurs morale. La nouvelle est assez longue mais agréable à suivre. On ne sait pas vraiment ce qu’on attend de la fin, mais je peux assurer que c’est un joli coup. En parlant de morale d’ailleurs, la suite pourrait heurter les âmes pudibondes puisque Pierre Berger s’applique à nous décrire une scène erotico-technologique teintée de mélancolie.

Sur un fond de paranoïa qui n’aurait rien à envier à Philip K. Dick, David Mons trace le portrait d’un tyran fou qui semble intouchable, avec quelques vaches-robot tueuses au passage (et oui, et pourquoi pas ?). On poursuit à couteaux tirés aussi avec Luce Basseterre et un robot capable d’imiter n’importe quel textile qui pourrait bien faire des envieux. Guillaume Lemaître, autre habitué mais aussi collaborateur de La Madolière peint un futur où les implants robotiques sont devenus une normalité, même si le coût du meilleur matériel fait que les indifférences sociales persistent. Sous m’avancer dans le scénario, qui part d’une étrange défaillante chez un cyborg de pacotille, j’ai beaucoup aimé tous les enjeux sociaux en arrière fond, et presque regretté que le format nouvelle ne permette pas d’en apprendre un peu plus sur ce monde. Plus léger, mais non moins glaçant, Alexis Potsche fait dans la simplicité apparente : un homme est très en retard à son examen, le contrôleur androïd d’un train pourrait bien tout faire rater. Court, et efficace.

Auteur que j’apprécie de suivre d’une anthologie à l’autre, Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor a encore réussi à sortir un texte bien loufoque de ses labos. Un savant fou a enfin mis au point un sérum, concentré de nanobots, qui doit le rendre invulnérable. Malheureusement, quand la mégalomanie touche le personnage d’une nouvelle de science-fiction, on doit toujours craindre les ennuis au tournant… Ensuite, vient donc mon texte sur lequel je m’attarde dans un autre post que celui-ci. Il est très agréablement suivi par Solveig Kulik, nouvelle débarquée qui mérite le détour avec son automate qui voulait devenir un humain. Ambiance plutôt « steampunk » cette fois, dans un XIXe siècle où pantins de bois et poupées de porcelaine n’ont rien à envier aux robots modernes. Un conte touchant, mais un peu cruel aussi. Jones Southeast est aussi un revenant, et c’est un monologue complètement délirant qui nous est servi à travers un narrateur un peu trop accro aux substances psychotropes, alcools et aux possibilités infinies de la technologie.

Retour au XIXe siècle avec Fanny Angoulevant qui nous emmène dans l’Angleterre Victorienne la plus convenue possible pour y faire atterrir une androïd perdue dans la timeline. Le ton passe progressivement de la romance à l’horreur et vu mon « amour » (très limité) pour ce qui touche au victorien, je ne peux qu’être interpellée. Je ne sais pas si c’est volontaire, mais le thème du robot créé pour incarner la femme parfaite m’a beaucoup rappelé L’Eve-Future de Villiers de l’Isle-Adam, comme la suite et les conséquences de l’expérience manquée – et déjà assez terrifiante – de ce roman. Plus sympathique, le robot de Frédéric Darriet, s’occupe de rescapés d’un univers post-apocalyptique et se prend d’amitié pour une petite fille.

Xavier-Marc Fleury propose d’une nouvelle d’anticipation sociale qui soulève aussi de nombreuses questions de fond. Nous voici dans un futur où il est possible de remplacer ses morts par des robots à leur image, en y transférant les souvenirs que gardent leurs proches d’eux. Evidemment, cette « mode » dérange et provoque de lourdes oppositions de la part de pro-humains. En fait, j’ai trouvé l’idée si passionnante que j’ai été un peu déçue du traitement très manichéen de la chose. Les pro-humains sont assimilés à des conservateurs du genre FN alors que je trouve pourtant difficile d’être du côté d’une société qui nie le deuil avec des machines. Ceci dit, ça donne à réfléchir, tout en présentant une jolie histoire et c’est bien le principal. Lilie Bagage nous montre comment un robot peut progressivement gagner une identité humaine et pour finir ce tour (plutôt long au final) Julien Chatillon-Fauchez entraîne le lecteur dans une jungle isolée où vit depuis des siècles un immense robot octopus qui a fuit les hommes pour ne pas finir démantelé. Sur ses traces, une journaliste au chômage va découvrir bien plus que sa curiosité ne l’espérait. La nouvelle clot le recueil avec quelques réflexions philosophiques et, surtout, une fin apaisée, véritable réconciliation entre l’homme et la machine, ce qui ne semblait pas toujours évident pendant ce voyage !

by

Alternative Rock – Collectif

No comments yet

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , , ,

alternativeL’Histoire de la science-fiction et de la musique rock s’est souvent croisée. Avec une nouvelle collection, Folio SF rend hommage à deux genres intimement liés, où musiciens et écrivains ne cessent de se renvoyer la balle à travers leurs romans/nouvelles ou chansons. Avec cinq nouvelles d’anglo-saxons, l’anthologie Alternative Rock rappelle donc l’amour de quelques figures emblématiques d’une littérature souvent mal comprise en France pour les icones populaires que sont Elvis, les Beatles, Janis Joplin, Jimi Hendrix, … Une bonne initiative en somme, preuve que la science-fiction continue sa conquête hexagonale en s’intégrant enfin dans une culture identifiable par tous !

Critique :
Avec son petit format, son nombre raisonnable de pages (200) et son sujet, Alternative Rock semble très vite un cadeau idéal pour un nostalgique de la grande époque 60/70 un peu en froid avec la science-fiction. On regrettera cependant une cible principale vieillissante pour toucher un public large. Beaucoup de jeunes lecteurs assez peu portés sur l’histoire détaillée d’Elvis ou des Beatles pourraient être déçus par les références pointues d’auteurs contemporains (ou presque) aux groupes, à la scène et aux phénomènes de mode de ces années-là. Rien sur les 80’s ou 90’s, pas même un avant goût du punk. Non, nous restons aux fondations du rock et, si cela a l’avantage de faire réviser les classiques, j’ai cependant regretté de ne pas rencontrer des figures auxquelles m’identifier.

Sur les cinq nouvelles, la formule n’a pas toujours pris non plus, bien que seule la première me paraisse un réel mauvais choix. En effet, Le douzième album de Stephen Baxter est une entrée très abrupte dans le recueil. A coups de références très spécialisées, le narrateur essaye d’imaginer ce qu’aurait pu être le douzième album des Beatles. J’ai davantage eu le sentiment d’écouter une discussion entre fans sur-référencée et très ennuyeuse quand on ne se sent pas concerné que celui de lire une histoire dont on attend un dénouement intéressant…
En tournée, écrit à trois mains par Gardner Dozois, Jack Dann et Michael Swanwick, apporte déjà plus de légèreté bien que nous restions dans un fantasme d’admirateurs à très faible portée. On appréciera l’effort de mise en scène des personnages d’Elvis, Buddy Holly et Janis Joplin qui vont se retrouver à la croisée de leur carrière. Plutôt touchant.
Elvis le rouge de Jon Williams propose une histoire alternative où Elvis aurait refusé de s’engager dans l’armée, devenant un artiste communiste. Si le concept est amusant, je n’ai pas été réellement convaincue par l’uchronie. L’idée d’un frère jumeau décédé à la naissance (le vrai Elvis) avec lequel communique son frère m’a laissée sceptique tout le long. Je ne suis vraiment pas preneuse de ce genre de ficelles scénaristiques qui frôlent très souvent la mièvrerie. Ensuite, les conclusions tirées par l’auteur sur les conséquences de la décision d’Elvis m’ont semblées plus clichées que réalistes, et, surtout, arrivent en une sorte de résumé final qui bâcle un peu la réflexion de fond à laquelle on aurait pu s’attendre.

Heureusement, après ces trois nouvelles américaines, arrivent les anglais ! Je ne voudrais pas froisser les adeptes des auteurs outre-Atlantique, mais force est de constater que, lorsqu’il s’agit de parler rock’n’roll, les britanniques sont diablement plus dans le ton – ce qui correspond aussi à l’époque d’écriture des nouvelles, il faut le dire. Alors que les premiers gardent une écriture assez sage, des idées inspirées par le fantasme, l’admiration, les derniers y mettent la forme et le fond. Michael Moorcock n’a pas volé sa réputation puisqu’il signe avec Un chanteur mort ce qui est pour moi la meilleure nouvelle de l’anthologie. Pas le meilleur texte de sa carrière, loin s’en faut, mais en tout cas le plus fidèle à mes attentes de lectrice quand on me tend un livre sur le rock et la SF. Déjà, nous avons droit à Jimi Hendrix plutôt qu’aux Beatles et Elvis. Ensuite, il s’agit d’un road trip à l’anglaise (on a d’ailleurs droit à un taclage d’Easy Rider) avec un ex-roadie de Jimi complètement camé et le « fantôme » de ce dernier. C’est cru, ça parle de sexe, d’alcool, de drogue avec une précision qui ne relève clairement pas de l’invention. C’est cool, distrayant, et ça fait du bien.
Ian MacLeod reste dans un esprit assez proche avec Snodgrass où il nous présente un John Lennon qui, après avoir lâché son groupe au début de sa gloire, a mené une vie d’errances, de galère et de boisson. L’idée de la chute d’un musicien pendant que le reste du groupe s’élève et connaît un succès commercial est bien menée, assez universelle pour nous faire oublier le groupe dont il s’agit. Le seul problème de cette nouvelle est malheureusement sa longueur assez peu justifiée. Elle nous rend enthousiaste au début, et nous lasse sur la deuxième partie.

En conclusion, Alternative Rock est effectivement un cadeau sympathique pour les non-initiés à la SF et fans de la première heure des légendes du rock. La cible est à la fois trop large et trop pointue pour toucher un public de 20/40 ans réellement fan de rock, car celui-là attendrait une plus grande diversité dans les références, et peut-être cette liberté de ton que j’ai appréciée chez nos voisins britanniques, et qui manque cruellement aux américains.
C’est une jolie proposition, je suis heureuse d’avoir pu redécouvrir Moorcock, et eu l’occasion de me pencher plus en détail sur la bibliographie de MacLeod, mais pour une convaincue comme moi, l’ensemble reste encore trop policé.

(Mon message à folio sf serait : A quand les années fin 70 et 80 ?)

by

Le Chemin d’Ombres – Patrick Eris

No comments yet

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , , ,

couv1024159Un livre, une rencontre, et maintenant, la critique. Publié en 1989 aux éditions Fleuve Noir, Le Chemin d’Ombre a trouvé une seconde vie en 2013 dans la collection poche de Lokomodo. Bien que l’action se passe en Angleterre, il n’est donc plus trop tard pour découvrir avec Patrick Eris un petit thriller d’anticipation à la française.

Histoire : Dans un futur proche, un groupe de psychologues, médecins et ingénieurs se réunissent autour d’une invention qui doit établir une connexion entre les rêves. Coupés du monde en pleine campagne anglaise, ils font passer une série de tests à trois malades à la psyché brisée. Les résultats ne sont pas très probants. Mais quelques meurtres inexpliqués sèment bientôt la confusion dans le pays.

Une vingtaine d’années après sa publication, Le Chemin d’Ombre a subi une grande réactualisation. Au lieu de revenir avec une SF un peu datée, Patrick Eris a laissé au placard les vieilles technologies de la première version pour celles qui nous entourent. Avec son écriture très moderne, le roman parvient à donner l’illusion de la nouveauté dans le catalogue des éditeurs.
La forme a l’avantage d’échapper aux modes littéraires qui ont marqué les années 80. Elle s’inscrit assez adroitement dans l’héritage fantastique laissé par le XIXe siècle puis Lovecraft en optant pour une action en huis-clos. Tous les éléments du roman d’horreur sont réunis : la grande maison perdue dans la campagne, le conciliabule des docteurs, l’étrange machine qui pourrait bien révolutionner le monde, et des cobayes perçus comme fous. Il ne reste plus qu’à laisser les personnages faire monter la tension jusqu’à l’éclatement final.

L’intemporalité du livre rend, finalement, l’intrigue assez secondaire. On apprécie l’ambiance vieillie du décor dans un univers contemporain, et les portraits des personnages clés qui sont l’un des points forts du livre. Si tout commence à travers le regard d’une psychologue (Marion), le lecteur découvrira très vite le passé déchiré des êtres sensibles qu’un groupe d’intellectuels va projeter froidement dans le monde des rêves. Vont-ils y trouver la paix ? L’incroyable invention réussira-t-elle là où les plus grands spécialistes de la psychiatrie ont baissé les armes ? Ce n’est pas l’important. L’écriture très fluide de l’auteur, la sensibilité de ses observations, permet surtout quelques grands moment de plaisir avec des passages très justes sur la souffrance des rejetés, des oubliés. Tous, piégés dans le refus de la réalité, cherchent à vivre sans parvenir à se réconcilier avec un vécu troublé. Si les caractères ne sont pas très appuyés, en tenant parfois trop de l’archétype médical, la simplicité et l’évidence des mots employés font passer de très bons moments.
Plus faible restera le thème du roman. Dans les années 2010, les rêves communs qui s’incarnent dans la réalité ont été rebattus sous toutes les formes, et Le Chemin d’Ombres, avec sont format très court, apporte peu d’idées. La quête des personnages soumis à l’expérience scientifique est très prévisible. On quittera donc l’histoire sans avoir rien appris, mais avec un souvenir assez ému pour les âmes perdues qui ont croisé notre chemin le temps d’une lecture.

Le Chemin d’Ombres
est ce genre de titre que l’on peut dévorer en une journée. Le style coule tout seul, l’ambiance est agréable, le rythme ne laisse pas un seul temps pour l’ennui. Plus proche de la novella que du roman par sa structure peu attachée aux détails, c’est aussi une très bonne entrée dans l’univers d’un auteur français familier d’une tradition fantastique qui prend ses racines en Grande-Bretagne et capable d’adopter avec naturel une narration assez anglo-saxonne. De ce point de vue, je dois dire que je n’avais pas adhéré si facilement à l’écriture d’un hexagonal depuis très longtemps. A mettre sans hésiter entre les mains d’adolescents égarés quelque part entre les rayonnages dystopies et urban fantasy des mauvaises productions young adults.

Note : Ah, et j’allais presque oublier mes remarques habituelles sur la couverture… Je tiens donc à ajouter que l’illustration est vraiment très jolie. ça fait même très pochette d’album pour un groupe abonné aux scènes obscures.

by

Créatures – Collectif aux éditions de La Madolière

1 comment

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , , , , , ,

creaturesQuand on achète la production d’une petite maison d’édition, on ne sait jamais très exactement à quoi s’attendre. En novembre dernier, La Madolière organisait une soirée dédicace pour la sortie de sa nouvelle anthologie. Une belle surprise.

Déjà, la couverture. La Madolière se démarque habilement de tous les petits projets éditoriaux des littératures de l’imaginaire actuelles en évitant l’écueil de l’image épique colorisée en fausse 3D. S’il y a bien des figures féminines lascives, elles s’intègrent dans un cadre couleur plus travaillé, plus sombre aussi, avec un crâne fondu en arrière-plan qui ne frappe pas le regard d’emblée. Bref, c’est un bon boulot, digne d’un album graphique. L’illustrateur vient d’ailleurs du monde des comics et m’a dessiné un chouette Wolverine sur l’une des pages, sans doute perturbé de ne l’avoir rencontré dans aucune histoire. Car, si le x-man le plus populaire de Marvel ne se mêle pas à l’intrigue des nouvelles, les mutants de tous bords y sont très présents.

Le contenu du collectif respecte parfaitement le pacte tacite instauré par l’illustration. Il ne faut pas s’attendre à rencontrer le folklore habituel de l’urban fantasy. Les fées, sirènes, loup-garous et vampires brillent par leur absence. Chaque auteur a essayé de créer autre chose. Il s’agira parfois d’une créature inventée mais aussi, très souvent, d’un jeu sur ce qu’évoque le mot même de « créatures ». Pourquoi pas un clone, un enfant, un clochard ? Toujours dans la diversité, les gens littéraires se croisent. Si les ambiances pesantes, horrifiques dominent, beaucoup de textes se limitent au fantastique et certains s’aventurent dans la science-fiction.
Malgré la qualité de la plupart des nouvelles, tout n’est évidemment pas égal mais l’essentiel de mes reproches sera plus tourné sur la structure que sur l’écriture. Nous avons de belles plumes, mises au service d’histoires dont l’impact semble parfois un peu faible. Par exemple, lorsqu’une atmosphère est bien installée, j’ai tendance à rester sur ma fin en tombant, finalement, sur une conclusion trop attendue, ou trop confuse.
Plutôt que décrire chaque texte, je vous laisserai donc avec mon Top 5 et un aperçu de ce qui vous attend.

Chrise in Chrysalide – Stéphane Croenne
L’auteur écrit le monologue très poignant d’une enfant née sans bras ni jambes. L’écriture a réussi à me garder du début à la fin en résistant aux excès pathétiques malgré la détresse de la narratrice. La fin est, quand à elle, parfaitement réussie pour un texte d’horreur. Un petit bémol cependant : l’âge très jeune de la fille (à peine dix ans) rend assez peu crédible son registre de langue, aussi plaisant soit-il.

Le Miracle de la vie – Morgane Caussarieu
La courte et efficace histoire de l’accouchement d’une adolescente de quatorze ans, dont la mère pro-vie a refusé l’avortement. Avec une précision clinique et des ajouts fantastiques, difficile d’en ressortir sans estomac retourné, ainsi qu’une brûlante envie de l’envoyer à quelques membres de civitas, histoire de les dérider un peu.

Manuel d’Observation à l’usage des amateurs de Rouge-Gorge – Marie-Anne Cleden
Je ne pensais pas que cette nouvelle serait un coup de cœur avant d’en lire la fin. Mais force est de reconnaître qu’elle est bien construite, et très drôle puisqu’elle donne une réponse à cette question loufoque : Que se passerait-il si un rouge-gorce garou rencontrait une fan de bit-lit ?

L’Organiste – Sébastien Parisot
Un jour, les organes décidèrent de prendre leur indépendance, l’ordre du Monde en fut bouleversé. Histoire étrange, volontairement absurde, je ne saurais dire si j’ai pris un réel plaisir à la lire, mais on ne peut qu’être admiratif du travail de l’auteur. Car il fallait pouvoir faire tenir cette idée d’un bout à l’autre, rendre visuellement crédible une société d’organes. Le pari est gagné, c’est original, osé, et ce n’est pas très loin du conte philosophique (sous acide).

XXL – Mathieu Fluxe
Dernière place gagnée de justesse pour trois raisons. D’abord, le ton du récit colle très bien à l’histoire. Ensuite, le thème est amusant : un homme pourvut d’un très gros membre, fait carrière dans le porno avant de se faire greffer un tentacule pour lui donner une taille encore plus démesurée et rejoindre les freaks de l’érotisme. La fin donne même une leçon au personnage comme au lecteur, avec un second degré qui évite toute maladresse moralisatrice.

Maintenant que je suis lancée, j’aimerais évoquer d’autres textes dont l’ambiance m’a retenue, comme Le Gardien de Guillaume Lemaître ou Créatures de l’Asphalte de Gaëlle Saint-Etienne. Il est impossible de ne pas être réducteur avec 20 textes dont chacun ont des qualités particulières. Pour découvrir des auteurs français appuyés par un bon concept éditorial, le mieux est donc encore de se procurer ce livre et se faire sa propre opinion en compagnie d’auteurs qui sortent des sentiers un peu trop rebattus de la production imaginaire actuelle.

by

Une nouvelle, un concours affligeant

7 comments

Categories: Actualités & projets, Tags: , ,

Quatre pages pour un concours de nouvelles, c’est une chose qui se tente. Lorsque j’ai entendu parler d’un concours universitaire, j’avais déjà une vague idée du type de textes qui allait gagner mais, sait-on jamais, une surprise pouvait peut-être voir le jour au milieu du pré-formatage ordinaire… Au pire, les résultats confirmeraient mes réserves sur ce genre de manifestation. Que pensez-vous qu’il arriva ?
Le thème, Babel, était riche, vaste. Les participants ont retenu la tour, je suppose que c’était déjà bien. Je n’ai pas écrit de nouvelle sentimentalo-larmoyante pour toucher la brave ménagère. J’ai évité les affectations de style à coup de langage parlé mal maîtrisé, ponctuation aléatoire et vocabulaire simpliste. Trop pour permettre un quelconque développement. Je n’ai pas repris un mythe antique connu pour flatter les références culturelles du lecteur, qu’importe les fautes de syntaxe et autres lourdeurs. J’ai évité le coup trop classique du « ce n’est qu’un rêve ! », et de jouer sur les sujets de société qui plaisent, histoire de me donner un air engagé.

Comme vous pouvez-vous en douter, je n’avais pas mis grand-chose dans ma poche pour gagner. Mais, tout de même, comme l’a dit un ami concurrent, le sentiment d’humiliation est peut-être plus terrible lorsque l’on perd face à des adversaires qu’on ne peut admirer.
Plus désabusée que lui, je réfléchis encore et toujours à l’état déplorable de littérature. Le mauvais goût, acceptable, touchant, pour un jury d’amateurs pleins de bonnes intentions, ne l’est plus pour des enseignants de faculté. J’espérais trouver un peu plus de rigueur. Le fond ? La maîtrise des mots ? L’originalité ? Critères secondaires semble-t-il.

Le jury annonce ravi que la première place a été attribuée à l’unanimité cette année. Ils ont trouvé, peut-être, une future Anna Gavalda, en plus mauvais. C’est bien. On peut donc consacrer sa vie à la grande littérature du XIXe, et encourager cela. A ce niveau, il semble que l’on puisse également se permettre de distribuer un volume relié du concours en gardant les fautes des auteurs… Quatre nouvelles de quatre pages, l’effort de relecture était-il donc si difficile ? Belle image pour l’université.
Mais la plaisanterie ne s’arrête pas là. Une chose, surtout, m’avait poussé à venir à la remise des prix : une comédienne devait lire des bouts choisis des textes de chacun. J’étais curieuse d’entendre, pour la première fois, une lecture d’un de mes textes… Hélas, je crains qu’elle ne résonne à jamais dans ma pauvre tête, pour massacrer un peu plus le passage élu. Une comédienne, dites-vous ? J’ignorais que sur-jouer était un signe de talent. Je passerai sur les mimiques ridicules, la fausse émotion, nos envies de rires et nos regards en coin désespérés. Pourquoi cette brave dame s’infligeait-elle cela ? Je regrette de ne pas avoir écrit une suite de choses abominables.

Une heure perdue. On ne m’y reprendra plus… Sauf si un thème m’inspire, car je suis aussi heureuse de vous présenter une courte nouvelle de science-fiction sur un mythe de Babel inversé. Le projet me tenait à cœur et j’espère en faire dans le futur quelque chose de plus abouti.
Je vous invite à lire REMISE A ZERO

by

Sécheresse – J. G. Ballard

4 comments

Categories: Chroniques littéraires, Tags: , ,

secheressefolioAu début des années 60, Ballard livrait quatre romans apocalyptiques où le monde était à chaque fois victime d’une catastrophe naturelle : montée des eaux (Le Monde englouti), terrible tempête (Le vent de nulle part), aridité (Sécheresse) et fixité du temps (La forêt de cristal). Sécheresse est généralement considéré comme le pendant désertique du Monde englouti. Plus figé, à l’image du sable, et de la poussière, c’est un roman contemplatif auquel on accroche plus difficilement. Mais, comme mon expérience de lecture se limite pour l’instant à ce seul ouvrage, j’en ferai une critique à part.

Résumé :
A la suite d’une catastrophe écologique, la pluie a cessé de tomber et le monde s’assèche. La spécificité de Ballard est de nous faire entrer directement à Hamilton et Mount Royal où le désastre s’installe : les populations sont de plus en plus nombreuses à abandonner leurs logements pour rejoindre la côte, les fleuves sont presque asséchés et la pénurie d’eau alourdit l’air d’une tension certaine. Charles Ransom, un ex-médecin, assiste à la disparition de son monde avec un grand pragmatisme, comme si, au fond, il s’y était toujours préparé nous dit-on. Il lui faudra pourtant apprendre à survivre dans un milieu de plus en plus hostile.

Les quelques 300 pages de Sécheresse passent lentement. Le soleil est omniprésent, brûlant et pesant. Sans pluie, la société humaine s’arrête de tourner, et tout meurt peu à peu, végétaux et êtres vivants. Les rivières se vident pour ne laisser qu’un lit de boue où brillent des arrêtes de poisson et rouillent des cargos enlisés. L’eau croupit çà et là dans quelques cratères. Sur la côte, la mer ne cesse de reculer pour laisser une plage de sel pleine de cadavres. Des visions terribles, sublimées par la plume de l’auteur, ouvrent chaque chapitre. Plus qu’une histoire, Ballard peint des tableaux annoncés par des très titres visuels comme « Le cygne mourant », « La terre qui pleure », « Le lion blanc ». Le surréalisme d’un Dali ou d’un Magritte n’est jamais très loin, l’idée du Beau non plus, même si l’horreur est partout.
Sécheresse est l’histoire d’un monde à l’agonie. Les grands buildings deviennent le reflet d’une civilisation passée qui semble déjà lointaine au regard de petits groupes d’hommes clairsemés, désunis, qui survivent tant bien que mal au bord de la mer en retrouvant une sauvagerie primitive. La disparition de l’eau fige le temps et interrompt l’évolution.

Qu’arriverait-il si, du jour au lendemain, tout disparaissait ? Ballard essaye de répondre à cette question, et cela avec d’autant plus de finesse qu’il a connu cette situation car, finalement, Sécheresse est aussi une vision brutale de la fin de l’Empire britannique à Shanghai en 1941. Né parmi les colons, l’auteur a vu, à douze ans, son quotidien basculer dans le Rien après la défaite de Pearl Harbour. Prisonnier des camps japonais, il se souvient, et avec quelle force, des hôtels luxueux abandonnés, des rues traversées de poussière, des cratères d’obus dans les rizières, de la violence qu’engendre la misère, des sociétés organisées sur la plage et, aussi, de l’importance terrible que peut prendre un magazine, quand il est le dernier vestige d’un monde évaporé.
Ransom ne cède pas à la barbarie de ses semblables car il refuse de renoncer à ses souvenirs et, donc, au monde d’avant. Mais, autour de lui, c’est une société toute autre qui se crée, faite de rites nouveaux qui se chargent d’un sens tout particulier. Si vous avez lu Sa majesté des mouches, vous y trouverez un certain écho, à plus grande échelle.
Aventure humaine, Sécheresse ne pose pas la question de la survie à tout prix, à la différence d’autres romans du genre. Les hommes ne s’opposent pas, ils s’adaptent, comme s’il ne s’agissait que d’une situation provisoire avant le retour de la pluie. Seul le lendemain compte, et la question de la disparition totale de l’eau à long terme ne se pose pas, sinon à travers une tension permanente qui rompt les liens sociaux. Les cadavres sont, quand à eux, enfermés dans les voitures rouillées qui, dès lors, deviennent les tombeaux de ce nouveau monde.

Sécheresse fait partie de ces livres qui ne mènent apparemment nulle part et que l’on referme pourtant avec un sentiment des plus étranges, la tête encore chargée d’images terribles, trop précises pour n’être qu’un fantasme. On pense forcément à l’adolescence d’un auteur qui disait vouloir « inventer la réalité », à un monde qui a existé pour disparaître à jamais et à toutes ces anciennes citées recouvertes par le sable…
Finalement, pas besoin de zombies pour créer une atmosphère angoissante, survolée par la mort, où les passions humaines les plus sinistres se déchaînent. Et si, tout simplement, l’occident se transformait en un vaste désert ?

by

Nouvelle SF, livre sur les gothiques, article, biographie et projets en tout genres

No comments yet

Categories: Actualités & projets, Tags: , , , , ,

Mes publications se raréfient ces derniers temps, et pour cause, depuis le début de l’année, je n’ai pas vraiment l’occasion de me reposer. Pour tout dire, voilà une semaine que je n’ai pas ouvert un seul livre, et – là ça devient tragique – le x-men universe de décembre n’a toujours pas quitté mon sac.

Peu après le nouvel an, j’achevais un dossier pour un cours sur la littérature et l’Histoire. J’ai pris les années folles et la génération d’après-guerre : Les heureux et les damnés de Fitzgerald, Chéri/La fin de chéri de Colette, et Ces corps vils d’Evelyn Waugh… Mais finalement, j’avais surtout envie de parler d’Evelyn Waugh. J’en profiterai pour lui dédier un article dans la semaine.

L’université de Rennes organisait aussi un concours de nouvelles sur le thème de Babel. 15 000 signes à rendre pour le 14 janvier. En le découvrant le mois dernier je me suis dit qu’il serait trop bête de ne pas y participer. Mais, à cause du dit dossier, je n’ai pu m’y mettre avant cette semaine. J’avais un tas d’idées, il m’a fallu faire très vite et très court, en gérant avec les soirées du week-end. Pas sûr que ça ait du succès, néanmoins, je tenais à aller au bout de ma démarche pour respecter un pacte scellé avec moi-même en premier lieu, et aussi parce qu’à force d’y réfléchir, je pense sérieusement à utiliser cette nouvelle pour en faire la base d’un roman de SF. Quelque chose d’assez sérieux, qui pourrait aussi heurter la pensée actuelle (vraiment un pile ou face pour le concours à ce niveau). Je vous en parlerai un peu plus fin mars.

Pour être dans le concret, j’ai également proposé d’écrire un article pour le journal des étudiants de lettres de Rennes 2, L’Effeuillé. Ce mois-ci, le numéro porte sur la fantasy et c’est sans surprise que je me suis attachée à présenter la trilogie de Gormenghast. La revue sera prochainement dans tous les couloirs de la fac ! J’aimerais donner suite à cette expérience en février mais le thème est sur le Japon… Très franchement, je ne vois pas encore sur quel sujet m’épandre.

Cette semaine était également occupée par un stage en informatique organisé par mon master. Nous avons créé le site de notre projet commun où nous devrons tous écrire une biographie de 35 000 signes sur une personnalité oubliée du siècle dernier. J’ai choisi Delphi Fabrice, auteur de L’Araignée rouge, et je reconnais que, sur ce plan, je suis vraiment très en retard. Je crois que je me donne un peu trop de travail, je vais essayer de lui consacrer tout la deuxième moitié de ce mois.

Mais pour ce début de semaine, mon objectif est lire et annoter les quelques 33 pages que m’ont envoyé mes auteurs pour un projet d’édition qui se doit d’être achevé à la fin du mois de mars. J’ai choisi de ‘passer la commande’ d’un petit livre dédié à la culture gothique. « N’y en a-t-il pas assez ? » me diriez-vous ? Ah, les éditions Camion Noir et les Carnets Noirs ont déjà fait un super boulot pour les sujets de fond. Ici, le but sera plutôt de donner un panorama général, sans grande prise de tête, pour tous les curieux qui voudraient explorer ce monde au-delà des clichés. En plus, nous auront l’auteur de jesuisgothique.com pour l’illustration, et ça, c’est tout de même assez cool. Je vous en dirai un peu plus très prochainement car, de ce côté, les choses vont aller très vite. Donc à bientôt

1 2