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Palissade – Franck Villemaud

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Palissade-franck-villemaudEn parcourant la liste du dernier masse critique Babelio, je me suis laissée tenter par la quatrième de couverture intrigante de Palissade, petit roman publié par les jeunes éditions Taurnada. Comme découvrir un livre, un auteur, et un éditeur est toujours un plaisir, je me suis donc réjouie de pouvoir faire les trois à la fois en recevant le livre dans ma boîte aux lettres. Un « Thriller », comme c’est indiqué sur la couverture, classification devenue un peu fourre-tout mais, si on se passera ici d’une enquête criminelle, ou du profil psychologique finement établi d’un tueur, le noir est bien présent, et s’affirme même de manière étonnante.

Résumé : Remis de sa séparation, Fred quitte l’hôpital psychiatrique et semble décidé à commencer une nouvelle vie dans une petite maison à l’arrière d’un immeuble. Son goût pour le rock, ses qualités de guitariste, lui attirent la sympathie de Roland, son unique voisin, un quinquagénaire alcoolique à la vie dissolue. Une amitié faite de musique, nuits blanches et sévères gueules de bois va se créer entre eux le temps d’un été, avant que tout ne finisse par dégénérer…

Critique : Palissade est le genre de lecture qui fait du bien de temps en temps, rapide, franche, pleine de sensibilité. L’écriture m’a semblé patiner un peu au début, notamment à cause d’une ponctuation hésitante, mais le ton tranché du narrateur s’affirme très vite. On entre très facilement dans sa vie, les ambiances décrites, ses sentiments et impression. Palissade est un texte qui respire l’expérience par tous les mots. Nous ne sommes pas dans le fantasme d’un auteur, on devine qu’une très large partie de ce qui nous est raconté appartient au réel, tant au niveau de la rupture amoureuse au début, que dans les soirées bien arrosées ou le personnage de Rolland. Qui n’a croisé aucun Rolland au détour d’un chemin ou même, comme Fred, à une période un peu trouble de son existence ? C’est tout à fait le type de personnage qui m’inspire autant de sympathie que de rejet. J’aime y voir l’ombre de certaines connaissances, je déteste pourtant qu’on les rappelle à ma mémoire. Pendant une partie de ma lecture, j’avais aussi dans la gorge l’âpre goût des lendemains de soirées qui s’achèvent en blackout.

L’amitié qui se lie entre Fred et Rolland est terriblement crédible, je me suis aisément laissée prendre au piège des apparences, celle de l’éternel « bon ami de bibine » qui s’invite un jour, devient d’un coup meilleur ami, ne part plus, a tous les soirs une nouvelle aventure éthylique à commencer. Et les jours défilent sans qu’on les voit, jusqu’à ce qu’on réalise qu’on y laisse peut-être un peu trop sa tête. Rolland est ce genre de personne, le soutien moral qui a trop besoin de se sentir approuvé dans sa vie débauchée pour te vouloir du bien. Et là, évidemment, les choses commencent à dégénérer. La thématique de l’ami oppressant m’inspire toujours, puisqu’elle est prétexte à créer un huis-clos psychologique vraiment angoissant, rend personnages comme lecteurs paranoïaques, et promet en général une chute inattendue.

S’il serait impossible d’en dire plus au risque de gâcher toute la surprise, je peux dire que le renversement de situation est surprenant. L’auteur nous donne quelques pistes, mais rien qui permette de deviner où il va nous mener. Quand un roman donne des soupçons, nous prépare à être surpris et réussi à le faire, c’est toujours une belle prouesse. Par contre, et là je vais souligner un bémol qui fait que Palissade ne sera pas le coup de cœur qu’il aurait pu devenir. Si le coup de théâtre est beau, je n’ai pas cru un seul instant à la fin. Les personnages sont bien cernés, tout le côté judiciaire laisse cruellement à désirer. Je regrette que l’auteur n’ait pas apporté plus de soin à cet aspect. On peut évidemment excuses les non-dits, le fait de ne pas vouloir s’embêter de descriptions trop administratives, mais les zones d’ombres ne doivent pas céder à la facilité, même si le roman est à l’origine l’adaptation d’une pièce de théâtre (format qui se permet plus facilement les invraisemblances). Parfois, des fins sont très tentantes, on aimerait les écrire, mais confronté à la complexité du réel, on se rend compte qu’il faudrait faire de sacrées acrobaties scénaristiques pour les faire entrer dans le domaine du possible. Alors, peut-être qu’en y travaillant plus, Franck Villemaud y serait arrivé, mais dans l’état, c’est trop surréaliste pour ne pas faire hausser un sourcil. Un peu déçue donc, cependant, Palissade reste une bonne lecture qui trouvera un véritable écho aux abonnés des amitiés à problèmes, fêtes chaotiques et séduira avec son basculement plutôt osé.

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Pestilence – Degüellus

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pestilence1Lancées l’année dernière, déjà riches de 9 petits romans aux couvertures tape-à-l’œil, les éditions Trash remettent la littérature populaire au goût du jour, et pas n’importe laquelle, puisque nous parlerons ici de gore. Titres, illustrations, résumés ne laissent aucune ambigüité possible. Si certains achètent des livres pour frémir devant des histoires érotiques, d’autres préfèreront peut-être un exercice d’écriture inverse, où la bonne idée de scénario devient celle qui permet d’aligner des scènes crades, sanglantes et répugnantes. Mais, comme au cinéma, le bon gore ne se satisfait pas d’une simple grandiloquence. Quand les effets sont bien dosés, que le spectateur/lecteur arrive à s’intéresser au parcours des personnages, c’est toujours mieux.
Pour ma première rencontre avec Trash, dont le concept m’a beaucoup amusée, j’ai donné une chance à Pestilence du mystérieux Degüellus (pas si secret en fait, puisqu’il s’agit de l’auteur Julien Heylbroeck) qui propose une virée dans un Moyen-âge très noir.

Résumé : Une pestilence bubonique terrible fait des ravages dans le petit village de Ragondard. La paranoïa est partout, toute personne soupçonnée d’avoir attiré la colère divine sur la communauté est brûlée. Tancrède Barbet, médecin itinérant attiré par la tragédie, décide de remonter jusqu’aux origines de l’épidémie. La vérité semble bien moins ésotérique que prévu…

Critique :

Du gore au Moyen-âge, sans aller vers la folie meurtrière de quelques psychopathes, il fallait y penser. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle à quel point l’époque se prête bien au genre, et l’exagération est à peine nécessaire. Esprits encore très primaires, conditions de vie déplorables font déjà une partie du travail au regard de notre civilisation très policée. Nous pataugeons dans la saleté. Le décor planté ne met pas à l’aise. Au lieu d’un univers médiéval romantique, nous recevons l’une des pires visions possible ce qui, et c’est le plus intéressant pour la construction de l’histoire, permet de lâcher le fléau de la superstition sur chaque protagoniste.
Si Tancrède Barbet échappe à la paranoïa générale, il n’en est rien de son entourage, nourri d’idées mystiques, complètement ignorant des réalités du monde. Démunis face au grand nettoyage de la peste, les villageois cherchent des coupables, des sacrifices susceptibles d’apaiser le Ciel. C’est aussi le moment de régler de vieilles querelles. D’abord, les juifs y passent, puis tous ceux qui dérangent. Et Barbet, avec ses discours novateurs, trop difficiles à comprendre pour des âmes convaincues de l’existence de la magie, n’est jamais à l’abri d’une exécution arbitraire… surtout lorsqu’un prêtre zélé se mêle de l’affaire.

Côté gore, les descriptions détaillées de la maladie donnent de quoi soulever les cœurs sans la moindre complaisance. Pas de sadisme possible dans les peintures d’excroissances purulentes et d’hommes défigurés. Il est presque heureux que Degüellus ait su modérer ses effets en créant une véritable intrigue, sinon, il n’est pas certain que les plus grands amateurs du genre aient pu aller au bout de 150 pages aussi écœurantes. Mais d’autres choses sont à noter bien sûr, des scènes d’orgie rabelaisienne, et quelques massacres « accidentels » pendant les accès de folie qui saisissent les pauvres habitants.

Victime de la défiance des autres, le docteur Barbet a besoin de trouver le nid infectieux. Le roman est suffisamment bien construit pour nous tenir en haleine, laisser grandir des soupçons, des hypothèses. Qui pourrait bien vouloir la mort d’un village tout entier ? Les révélations semblent plus délirantes les unes que les autres.
En fait, nous ne sommes pas loin d’une invasion zombie à la sauce médiévale et sans réels éléments fantastiques, puisque même l’art médical du héros est incapable de guérir les infectés. Barbet n’apparaît donc pas, comme le véritable sauveur de la situation, nous savons par avance que ce n’est pas avec ses connaissances rudimentaires et ses onguents fantaisistes qu’il parviendra à sauver qui que ce soit. Les malades sont tous condamnés. Ceci n’est pas un spoiler, la rudesse de l’époque le veut.

Pestilence est une lecture rapide, distrayante, dont l’ambiance s’imprègne durablement dans l’esprit. Si le genre vous plaît ou vous intrigue, ça se tente. Si vous êtes par avance certain de ne pas avoir le cœur bien accroché, ce sera un choix risqué mais, à défaut d’aimer les descriptions dégoûtantes vous aurez, au moins, une aventure sur laquelle vous concentrer.

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Humpty Dumpty à Oakland – Philip K. Dick

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humptyJe le connaissais pour quelques adaptations cinématographiques et sa personnalité tordue mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire ses livres. L’un d’eux m’est passé sous la main. Depuis le temps que je guettais l’occasion, je n’ai pas hésité une seconde. Bien sûr, je ne prends pas le meilleur chemin, je me retrouve à lire l’un des rares et méconnu roman ‘réaliste’ d’un auteur de science-fiction. Mais ça me laisse au moins une certaine primauté non ? L’essentiel, de toute façon, est que le talent de Philip K. Dick n’ait pas beaucoup souffert du passage d’un genre à l’autre.

 

Résumé : Dans les années 50, lorsque le vieux Jim Fergusson prend la décision de vendre son garage automobile pour éviter la menace d’une crise cardiaque, Al Miller s’inquiète du devenir de son petit business de voitures d’occasions. Il lui faut envisager une reconversion alors qu’il n’a jamais rien réussi dans sa vie. Le salut arrivera-t-il grâce à un riche producteur de disque dont les affaires semblent plus que suspectes ?

Critique :
Même avec un contexte des plus banales, K. Dick parvient à perdre son lecteur dans une histoire de plus en plus déroutante. Le speech de départ semblait pourtant clair : un type veut continuer à vivre, l’autre essaye de survivre. Du point de vue de Jim Fergusson, tout se passe bien. Sa retraite est assurée, et un riche producteur lui offre même l’opportunité de gérer le garage d’une zone commerciale en construction. Il hésite. Sa passion pour la mécanique le laisse très tenté malgré les mises en garde de son médecin. Après tout, il aura une équipe, ce ne sera plus à lui de mettre les mains dans le cambouis.
Pour Al Miller, les choses ne sont pas aussi simples. En fait, les choses ne sont jamais simples pour ce tout juste trentenaire qui vit avec sa femme « comme un noir », et même un moins que noir, puisque les propriétaires de son misérable appartement ne sont pas blancs. Dans une Amérique encore très marquée par la ségrégation raciale, Al ne vaut vraiment rien. En découvrant l’existence du riche producteur et en entendant quelques rumeurs à son sujet, le jeune homme est convaincu d’être en présence d’un grand manipulateur. Il se met en tête de déjouer ses plans et prouver ses mauvaises intentions même si, dans le fond, il n’a aucune idée de leur nature. Pourtant, le commercial semble des plus accorts. Serait-ce un piège ?

Humpty Dumpty à Oakland rendrait n’importe qui paranoïaque. L’auteur nous perd, nous ne savons plus très bien qui croire. Faut-il faire confiance à Jim que la maladie rend peut-être un peu sénile, ou à Al, qui a tout du parfait looser ? Comme lui, nous nous surprenons à nous méfier de tout, à entrer dans les calculs très méfiants d’un petit prolétaire qui se sent pris au piège d’une logique capitaliste et cherche désespérément à sauver son libre arbitre. Derrière tout cela, une machinerie infernale le dépasse. N’est-il pas suspect de voir le riche, le puissant, essayer d’aider un pauvre type comme lui ? Les questions tournent sans cesse, les thèses se confirment à un chapitre, sont écartées au suivant. Une seule chose est certaine, cette histoire tournera mal.
Il serait difficile d’en dire plus sans spoiler. Al est un cas désespéré à la logique défaillante mais parfois surprenante de lucidité. Son combat, qu’il soit fondé ou non, semble perdu d’avance. On ne lutte pas contre sa propre société quand on n’a aucun moyen d’exister. Quant aux conclusions à tirer de ce roman, je ne saurais me prononcer. Je ne suis pas certaine que l’auteur ait cherché à faire passer un message concret tant Al inspire peu d’empathie. Ce serait plutôt une expérience de lecture, l’histoire hallucinée d’un pauvre type qui ne fait que se couler, en détruisant des choses au passage. Un Humpty Dumpty à Oakland, tout simplement…

Hors des sentiers de la science-fiction, Philippe K. Dick est un excellent auteur, maître de l’absurde et de l’humour grinçant. Ce n’est ni drôle ni tragique, c’est quelque chose entre les deux, si cela peut exister. Tout ça pour une histoire de garage à vendre ! On referme le livre avec la sensation d’avoir fait un voyage des plus curieux, même si la fin est peut-être un peu en-dessous de ce qui pouvait être espéré. Si vous voulez découvrir l’auteur dans un autre registre, ou même le découvrir tout court pour les frileux de SF, n’hésitez pas sur ce titre. A défaut d’en tirer une leçon de philosophie, vous aurez le cerveau retourné bien comme il faut.

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L’Araignée rouge – Fabrice Delphi

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Toujours à la recherche d’une littérature étrange et oubliée, j’ai profité d’une réédition de L’Araignée rouge pour découvrir l’un des plus curieux romans de l’époque décadente. Son auteur, Delphi Fabrice, n’évoquera probablement rien à personne. Il fait parti de ces écrivains plutôt talentueux auxquels l’Histoire littéraire n’a pas laissé de chances. Trop proche de personnalités comme Jean Lorrain pour se faire une place, Delphi s’est effacé derrière des collaborations et l’écriture facile de romans de gare.

Delphi Fabrice Pourtant, la lecture de L’Araignée rouge marque l’esprit et méritait, en cela, de sortir de l’ombre. Nous sommes aux frontières du fantastique, emportés tout entier dans le délire frénétique d’un fou drogué à l’éther. Le roman fit un petit scandale à sa sortie, et l’on comprend vite pourquoi.
L’histoire s’ouvre sur le témoignage inquiétant de l’auteur. Un personnage singulier rencontré dix ans plus tôt, Andhré Mordann, lui a fait parvenir un journal avant d’être arrêté par la police couvert de sang et serré contre des pierres tombales. Ainsi, commence une plongée sombre et délirante dans les jours d’Andhré. Le jeune homme n’est pas fou, mais la vie le fait souffrir. Eternel inadapté, il ne se fait pas à l’hypocrisie familiale, déteste la campagne, trouve sa contemplation vaine. L’idée du couple bourgeois l’ennuie et « le fantôme de son enfance » le poursuit. On voudrait le marier à une fille de bonne famille dont l’âme trop lisse ne l’attire pas. Lui, au contraire, cherche des personnes aussi brisées que lui. Si elles ne le sont pas, il tourmente leur sensibilité pour leur léguer un peu de sa souffrance. Ses satisfactions sont cruelles. Andhré incarne, sans compromis, la figure d’un être en rupture avec la société. Il est cynique, car il sait son mal incurable. Intelligent et cultivé, il préfère les bouges à son milieu. La salubrité du Paris populaire lui est une sorte de consolation. La misère ne ment pas. Elle le laisse s’avilir tout entier, et s’émerveiller dans l’horreur.

Mais, la mélancolie seule n’explique pas l’attitude d’Andhré. Elle n’est que le point de départ de son malheur. Son impossibilité à donner un sens à son existence a fait de lui un éthéromane. En bon observateur, Delphi esquisse le portrait d’un drogué qui ne pouvait ressentir la vie autrement qu’en s’empoisonnant l’âme.
« Anéanti devant mon impuissance, j’étais sans courage pour échafauder une illusion de travail. Non, je n’avais même pas le peu de volonté nécessaire pour m’employer à quelque oeuvre utile et banale dont la réalisation ne laisserait pas en moi une place pour l’inquiétude. Et des cours, et des nuits, je m’hébétais dans la monotonie d’une existence à la dérive qu’une angoisse aiguë torturait par crises. C’est alors que je connus mon ami, mon confident, mon consolateur, celui qui est toujours là, l’éther… »
D’abord envoutant, l’éther inspire les pires cauchemars après quelques prises et, bien que l’enchantement soit à jamais perdu, le consommateur continue d’en boire avec l’espoir de retrouver la volupté des premiers jours. Le journal s’enlise dans les ténèbres d’une ivresse noire, marquée de cadavres, de noyés, de fantômes et d’araignées.

Des dizaines d’araignées rouges courent le long des pages. Le plus souvent, il s’agit de mains nerveuses et agitées, parfois cerclées de bagues, qui, sous le regard du narrateur, se détachent des corps, semblent exister indépendamment de celui-ci. Elles sortent aussi des fleurs, rouges, leurs pattes s’éployant comme des pétales. Au fil des jours, la tension monte. Le personnage glisse vers un point de non retour complètement désespéré. Gogol fait pâle figure à côté de ce journal d’un fou qui impose un fantastique dérangeant, martèle l’esprit et nous rend presque suffocants.
Impossible de lâcher le livre avant la fin. L’auteur nous piège dans un vortex infernal, en arrivant presque à nous faire ressentir les effets de l’éther à coup de symboles sanglants, et de créatures rampantes qui, irrésistiblement, conduisent à la mort, aux passions assassines.
Tous les clichés du fantastique fin du siècle répondent présents. Delphi les enchaîne de manière excessivement tactile et visuelle. La lecture est brillamment indigeste et l’auteur ne s’en cache pas en annonçant, dans une lettre à Jean Lorrain (qui était éthéromane), un « récit noir, noir, noir… ».
L’Araignée rouge
est une épreuve mentale. On en sort comme d’un mauvais rêve, à bout de souffle, étourdi, l’esprit en feu et balloté. Delphi signe un livre d’une rare violence, et sans doute l’un des premiers textes psychédéliques. Les effets de l’éther sont palpables, et, je dirais même qu’il n’est plus besoin d’en consommer pour goûter ses désordres cauchemardesques.  Une expérience littéraire des plus troublantes.

Une illustration de l'Araignée rouge par Delphi Fabrice.

Une illustration de l’Araignée rouge par Delphi Fabrice.

Extrait :
« – Enfin, monsieur Mordann, quelles joies pouvez-vous trouver à gâcher ainsi votre existence ?
Et les yeux clairs s’attachaient sur moi, interrogateurs, si sympathiquement interrogateurs, qu’un sanglot soulevait ma poitrine et que, tout d’un trait, je criais mes secrètes tortures, la maladie du doute qui était en moi, cette maladie de la sensation à outrance, quand même et toujours, qui s’était attachée à mon âme comme une rouille, stridait à mes oreilles comme un essaim de guêpes obstinées… Oh ! mes luttes d’agonie, mon besoin de respirer, de vivre la vie de tout le monde, d’aimer et de haïr – les clamais-je assez ; disais-je assez mes souffrances, mon âme se débattant dans les mailles du réseau aranéeux ; sans cesse rompues, sans cesse resserrées, tissé par l’idée infatigable, tel un brouillard sur ma pensée ! Oh ! oui, l’expliquais-je assez ma peine, l’enlisement de tout mon être à la recherche de l’absolu dans la sensation, ma descente vers les assises immuables de la volupté, et la catastrophe certaine qui m’attendait, le jour où mon cerveau pris de vertiges allait osciller comme le plancher d’une barque sur le dos liquide de je ne savais quel chimérique océan… »

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Participation à mon premier concours de nouvelles

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Hier, je suis allée poster une nouvelle pour mon tout premier concours. Je ne pensais pas oser le faire un jour et je suis plutôt heureuse d’être allée au bout de ma démarche.

L’inspiration m’avait complètement quittée avec mon Master de recherches. Entre les exposés et le simili mémoires à préparer, la partie imaginaire de mon cerveau refusait de s’activer. Néant total depuis janvier. J’ai songé pendant l’été à le réactiver, ce ne fut pas un grand succès, mis à part de vagues écrits pour du jeu de rôle (histoire de ne pas prendre de risques ni perdre la main).
Ce sont de vagues cours d’écriture en classe qui m’ont remotivée. Grâce à mes études, j’ai eu connaissances de quelques concours que je me suis laissée de côté, au cas ou, si jamais le thème m’inspirait une aventure… Les projets n’étant pas trop entamés en novembre, je pouvais bien me permettre une ou deux fantaisies personnelles.
Le sujet d’un concours de roman noir, en particulier, me tournait en tête. Une nouvelle avec l’obligation d’être sombre ? ça restait dans mon registre. Les consignes étaient assez libres pour ne pas contrarier ma créativité et me permettre d’utiliser mon texte futur en dehors de ce contexte.
Tout se précipita dans ma tête après un appel téléphonique de ma mère au sujet d’une veille tapisserie. Je tenais déjà les personnages et la fin de l’histoire.
Pour respecter les délais, je me suis imposée une page d’écriture presque tous les soirs, ce qui représente environ 2h de travail pour moi.
Il y a eu des doutes comme toujours, la crainte de ne pas être à la hauteur du projet, de ne pas être capable de respecter le nombre minimal de pages (bien heureusement dépassé !). Puis, au bout du compte, vient le moment de conclure et les grandes hésitations. J’avais une fin en tête dès la première phrase. Sur le coup, elle m’a semblée trop brutale. J’ai voulu en dire un peu plus, le résultat recevait des avis mitigés. Après de longues tergiversations, je suis donc revenue à mon idée initiale, preuve qu’il ne faut jamais contrarier son instinct !
Par souci de confidentialité, je ne peux malheureusement vous en dire plus pour l’instant. Contentez-vous de savoir que l’action principale se déroule dans un château. Les résultats arriveront au printemps, j’en donnerai un aperçu à ce moment (une éternité sur internet, je sais…).

D’ici-là, je vais m’atteler à la rubrique « Mes textes » et poursuivre d’autres projets qui s’écartent un peu du roman et de la nouvelle (impératifs universitaires obligent).

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Est-ce érotique ou pornographique ?

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Confessions d’un pornocrate romantique

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La couverture des éditions Blanche.

J’aime qu’un livre me surprenne, qu’il s’extirpe des codes habituels pour entraîner le lecteur dans un univers particulier sans craindre l’indécence. Confessions d’un pornocrate romantique avait tout pour m’inviter à la lecture : un titre amusant, un genre intrigant (du roman noir érotique par un ancien auteur de sf) et un speech plein de promesses.

J’ai découvert Maxim Jakubowski alors que je travaillais sur mon projet de recherches de M1 dans une interview où il parlait de J. G. Ballard. Comme ce nom ne me disait rien, je suis donc allée voir ses livres de plus près. Les résumés m’ont tenté. Voyez pour celui du Pornocrate : Une ancienne strip-teaseuse bibliophile et tueuse à gages est engagée pour retrouver le dernier manuscrit qu’un auteur érotique coureur de femmes aurait laissé avant de mourir. Parallèlement à cette enquête, se mêlent alors des chapitres désordonnés de l’ouvrage, un pour chaque aventure. Il apparaît cependant rapidement que toutes ces histoires ne mènent qu’à une seule femme.

Ça m’a semblé cool pour une petite lecture tranquille qui me sortirait de mes thèmes habituels (je ne suis pas une grande adepte du polar). L’ennui, c’est que, finalement, il s’agit moins d’un roman noir que d’un livre érotique sur toute la première partie. Et, quand je dis érotique, je pèse assez mes mots. Les scènes ne nous épargnent aucun détail, les descriptions sont servies par des métaphores plus crues et écœurantes que la réalité même. J’avais bien du mal à comprendre ce que l’auteur essayait de faire, exciter le lecteur ? C’est raté, c’est risible. Certains passages s’étendent sur une dizaine de pages en déployant tout le grotesque d’un film porno. Je les ai subies mal à l’aise avec le sentiment que ce livre ne s’adressait définitivement pas à moi. Le scénario n’avance pas tant chaque personnage se prend l’envie de faire l’amour partout au bout d’une page de sérieux. La surenchère de sexualité ne sert absolument pas l’histoire, est d’un voyeurisme dérangeant, franchement lassant. Si quelques scènes vulgaires servies de pratiques SM au rabais peuvent vous amuser ou émoustiller, aucun doute que vous passerez un bon moment…

Car, mis à part cela (les ¾ du livre tout de même), je ne regrette pas d’être allée au bout de la lecture. L’auteur a l’avantage d’avoir une écriture cultivée dont on sent la maturité (tant qu’il évite les scènes de sexe, qui lui vont finalement fort mal). Le personnage de la « tueuse » et de l’auteur sont maîtrisés, assez rapidement sympathiques et, c’est bien parce qu’ils retiennent notre intérêt que l’on poursuit pour plonger plus en avant dans leur psychologie. J’ai également apprécié le côté très musical de l’oeuvre. Amateur de vieux rock  country et de jazz, Jakubowski ne se prive pas pour donner ses références à ses personnages, et associer leurs souvenirs à des groupes. J’aime beaucoup la connexion des arts en littérature. Non, il y avait vraiment de quoi créer une ambiance générale très sympa.

La révélation finale n’est pas folle, puisque nous savons très tôt que le « pornocrate » enchaîne les conquêtes à cause d’une fêlure amoureuse (logique), mais bien amenée. Au final, Confessions d’un pornocrate romantique me donne l’impression d’une œuvre brouillon, qui aurait pu être intéressante et agréablement subversive, mais passe à côté de ses thèmes pour se concentrer sur « la baise ».

Un livre à ne conseiller qu’aux amateurs de littérature érotique à tendance pornographique. Les autres pourrons passer leur chemin sans rien manquer.