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Pestilence – Degüellus

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pestilence1Lancées l’année dernière, déjà riches de 9 petits romans aux couvertures tape-à-l’œil, les éditions Trash remettent la littérature populaire au goût du jour, et pas n’importe laquelle, puisque nous parlerons ici de gore. Titres, illustrations, résumés ne laissent aucune ambigüité possible. Si certains achètent des livres pour frémir devant des histoires érotiques, d’autres préfèreront peut-être un exercice d’écriture inverse, où la bonne idée de scénario devient celle qui permet d’aligner des scènes crades, sanglantes et répugnantes. Mais, comme au cinéma, le bon gore ne se satisfait pas d’une simple grandiloquence. Quand les effets sont bien dosés, que le spectateur/lecteur arrive à s’intéresser au parcours des personnages, c’est toujours mieux.
Pour ma première rencontre avec Trash, dont le concept m’a beaucoup amusée, j’ai donné une chance à Pestilence du mystérieux Degüellus (pas si secret en fait, puisqu’il s’agit de l’auteur Julien Heylbroeck) qui propose une virée dans un Moyen-âge très noir.

Résumé : Une pestilence bubonique terrible fait des ravages dans le petit village de Ragondard. La paranoïa est partout, toute personne soupçonnée d’avoir attiré la colère divine sur la communauté est brûlée. Tancrède Barbet, médecin itinérant attiré par la tragédie, décide de remonter jusqu’aux origines de l’épidémie. La vérité semble bien moins ésotérique que prévu…

Critique :

Du gore au Moyen-âge, sans aller vers la folie meurtrière de quelques psychopathes, il fallait y penser. Dès les premières pages, l’auteur nous rappelle à quel point l’époque se prête bien au genre, et l’exagération est à peine nécessaire. Esprits encore très primaires, conditions de vie déplorables font déjà une partie du travail au regard de notre civilisation très policée. Nous pataugeons dans la saleté. Le décor planté ne met pas à l’aise. Au lieu d’un univers médiéval romantique, nous recevons l’une des pires visions possible ce qui, et c’est le plus intéressant pour la construction de l’histoire, permet de lâcher le fléau de la superstition sur chaque protagoniste.
Si Tancrède Barbet échappe à la paranoïa générale, il n’en est rien de son entourage, nourri d’idées mystiques, complètement ignorant des réalités du monde. Démunis face au grand nettoyage de la peste, les villageois cherchent des coupables, des sacrifices susceptibles d’apaiser le Ciel. C’est aussi le moment de régler de vieilles querelles. D’abord, les juifs y passent, puis tous ceux qui dérangent. Et Barbet, avec ses discours novateurs, trop difficiles à comprendre pour des âmes convaincues de l’existence de la magie, n’est jamais à l’abri d’une exécution arbitraire… surtout lorsqu’un prêtre zélé se mêle de l’affaire.

Côté gore, les descriptions détaillées de la maladie donnent de quoi soulever les cœurs sans la moindre complaisance. Pas de sadisme possible dans les peintures d’excroissances purulentes et d’hommes défigurés. Il est presque heureux que Degüellus ait su modérer ses effets en créant une véritable intrigue, sinon, il n’est pas certain que les plus grands amateurs du genre aient pu aller au bout de 150 pages aussi écœurantes. Mais d’autres choses sont à noter bien sûr, des scènes d’orgie rabelaisienne, et quelques massacres « accidentels » pendant les accès de folie qui saisissent les pauvres habitants.

Victime de la défiance des autres, le docteur Barbet a besoin de trouver le nid infectieux. Le roman est suffisamment bien construit pour nous tenir en haleine, laisser grandir des soupçons, des hypothèses. Qui pourrait bien vouloir la mort d’un village tout entier ? Les révélations semblent plus délirantes les unes que les autres.
En fait, nous ne sommes pas loin d’une invasion zombie à la sauce médiévale et sans réels éléments fantastiques, puisque même l’art médical du héros est incapable de guérir les infectés. Barbet n’apparaît donc pas, comme le véritable sauveur de la situation, nous savons par avance que ce n’est pas avec ses connaissances rudimentaires et ses onguents fantaisistes qu’il parviendra à sauver qui que ce soit. Les malades sont tous condamnés. Ceci n’est pas un spoiler, la rudesse de l’époque le veut.

Pestilence est une lecture rapide, distrayante, dont l’ambiance s’imprègne durablement dans l’esprit. Si le genre vous plaît ou vous intrigue, ça se tente. Si vous êtes par avance certain de ne pas avoir le cœur bien accroché, ce sera un choix risqué mais, à défaut d’aimer les descriptions dégoûtantes vous aurez, au moins, une aventure sur laquelle vous concentrer.

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Folie(s), Collectif des Artistes Fous

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artistesfouQuand on fait connaissance avec les Artistes Fous et qu’on aime les projets éditoriaux indépendants qui n’ont pas peur de revendiquer une image délurée, à faire fuir les « gens bien » tout en disant des choses intelligentes (desfois), l’adhésion est rapide. Pour leur dernière anthologie, c’est assez naturellement que le collectif a essayé de rassembler des textes marqués par la douce vésanie. Les 18 histoires proposées vont-elles nous faire renoncer aux trois-quarts de nos neurones ? Non, car la sélection n’est finalement pas si hystérique que la tête hallucinée en couverture nous le laisse croire. Chaque auteur s’est approprié le mot « folie ». Nous n’échappons pas aux récits attendus de schizophrénie, bien sûr, mais elle peut aussi être plus implicite, s’exprimer par un renversement des valeurs, une société où tout va de travers ou une nouvelle assez délirante pour nous faire perdre nos repères. Du thriller psychologique, à la SF ou au fantastique, le lecteur part à la rencontre de personnages qui ont quelques problèmes avec le réel, leur identité, ou une quelconque créature venue du fond de l’espace. Les auteurs y ont mis tant d’imagination qu’on pourra peut-être regretter l’absence de « folies » plus cliniques, de portraits psychologiques détaillés, capables de voir au-delà du simple dédoublement de personnalité. Ce n’est cependant qu’un petit bémol, très vite oublié, puisque le contenu reste d’une grande qualité.

La variété des styles, des univers est appréciable. Le sujet laissait un espace assez libre pour la sensibilité de chaque auteur et force est de constater que tous ne voient pas la folie de la même manière. Un texte angoissant, terrifiant, peut ainsi laisser place à une poésie teintée de mélancolie. Je n’ai pas le souvenir d’avoir trouvé une nouvelle plus pénible à lire qu’une autre malgré les différences de formats (certaines histoires font quatre pages, d’autres ont plutôt la taille d’une novella). Les textes sont maîtrisés, et les structures aussi la plupart du temps.

Pour la suite de cette chronique, j’ai néanmoins dû faire une sélection honnête pour vous parler des 9 textes (la moitié donc) qui ont le plus retenu mon attention. Je ne ferai pas de classement même s’il y a de réels coups de cœur. A vous de les deviner. Je précise bien sûr qu’il y a une large part de subjectivité dans ce choix, la diversité d’auteurs faisant que certaines références toucherons plus que d’autre. Au moins, il y a de quoi satisfaire un large spectre de goûts !

Nuit Blanche, Sylvie Chaussée-Hostein
Il était très bien pensé d’ouvrir le recueil avec cette nouvelle. Même après la lecture des 17 autres textes, elle reste la plus marquante. Les ressors scénaristiques sont suffisamment bien gérés pour nous tenir en haleine jusqu’à la fin, donner de fausses pistes, faire trembler à la fois à cause d’une tension grandissante et du décor glacial d’une tempête de neige qui va piéger les personnages sur le col d’une montagne. La fin a su me surprendre et, même si nous manquons peut-être d’éléments pour l’accepter tout à fait, la licence de la folie, le prétexte de la tempête, rendent tout assez vraisemblable.

Cauchemars, Maniak
Le texte était court, il sera malheureusement difficile d’en parler sans trop le révéler, mais j’ai apprécié l’exercice auquel l’auteur s’est prêté. L’idée était tordue (il faut bien le dire !), elle demandait un effort de neutralité narrative pour fonctionner jusqu’au bout et ne pas nécessiter d’explications détaillées sur l’univers inconnu dans lequel le lecteur arrive brusquement aux dernières lignes. L’écriture très visuelle, servie par des phrases courtes, marche très bien.

Marie-Calice, Missionnaire de l’extrême, Nelly Chadour
Inspirée par les débats qui enflamment les grenouilles de bénitier chaque année quand arrive le Hell Fest, Nelly Chadour nous plonge dans les pensées paranoïaques d’une fanatique catholique bien décidée à sauver quelques pécheurs parmi les sauvages adeptes du Métal. C’est un joli pied de nez aux détracteurs du festival. La tonalité est légère, drôle, et même si j’ai été un peu moins convaincue par la conclusion, je me dois de conseiller la lecture de cette nouvelle à tous les habitués du Hell Fest.

La nuit où le sommeil s’en est allé, Cyril Amourette
Il y a, pour commencer, une plume très élégante. J’ai beaucoup aimé l’idée d’un carnet tenu au jour le jour dans un monde où le sommeil s’en est allé qui m’a à la fois rappelée les premiers chapitres de Sandman et la manière qu’a J. G. Ballard de faire basculer les repères de toute une civilisation à partir d’un dérèglement dans l’univers. (Il me semble d’ailleurs avoir lu après coup que Cyril Amourette était un amateur de l’auteur.) J’ai apprécié imaginer ce que serait une existence d’où le sommeil est banni et la destruction incroyablement rapide de la société que cela implique. Finalement, un scénario apocalyptique très simple, qui ne demande même pas de grandes catastrophes naturelles pour donner froid dans le dos.

C15 Herr Mad Doktor
Déjà remarqué dans l’anthologie Créatures, Herr Mad Doktor continue de très bien s’illustrer avec une écriture intelligente et un art de la nouvelle maîtrisée. En s’aventurant dans une histoire d’anticipation sociale qui révèle une sorte de folie collective, l’auteur crée un univers à part entière, qui invite une réflexion plus philosophique. La fin est assez habile pour échapper au côté donneur de leçon en offrant, au contraire, une chute aussi logique qu’inquiétante. Certainement l’interprétation du thème que j’ai préférée.

Le maître des belougas, Sylvie Conseil
Dans un asile, deux patients se rencontrent. L’un prétend voir un autre monde, l’autre, obsédé par le blanc, rêve d’un bélouga de compagnie. Un texte qui développe un bel univers onirique, en abordant la folie sous un regard presque tendre.

La Maman de Martin, Morgane Caussarieu
Martin est un enfant adopté. Sa grosse tête effraie sa mère et ses céphalées lui font vivre un véritable cauchemar. Pourtant, il aime sa mère, sans mesure. J’ai été assez contente de retrouver l’écriture de Morgane dans une histoire qui, pour ne pas faire exception, est aussi violente que dérangeante. Une relation complexe lie Martin et sa mère, faite de rejet et d’amour disproportionné. L’enfant nourrit des pensées très simples d’un bout à l’autre de l’histoire. Tandis que la tension monte, le style n’évolue pas, ce qui appuie le malaise du lecteur.

Les soupirs du voyeur, Corvis
Voilà une nouvelle qui traite d’un bout à l’autre de sexe, des pratiques les plus sages aux plus criminelles, sans jamais perdre une certaine élégance de langue. C’est cru, malsain, parfois choquant, jamais repoussant. J’ai beaucoup aimé le point de départ, qui ne manquait pas d’humour. La confidence d’un homme impuissant qui ne peut vivre ses désirs qu’à travers les actes d’un autre conduit à une plongée progressive dans l’horreur. L’auteur en appelle aux côtés les plus voyeuristes du lecteur, car la chute dans la perversion a toujours cette fascinante attraction.

Le Décalage, Ludovic Klein
Quelle meilleure manière de terminer un recueil sur la folie que par le témoignage fictif d’un jeune homme qui essaye de renouer avec son quotidien après des années en hôpital psychiatrique ? La première partie donne beaucoup de vérités tranchantes. Mais j’ai moins aimé la seconde moitié qui m’a donné le sentiment que l’auteur se perdait un peu en cours de route pour trouver une fin. Dommage, un monologue un peu plus creusé sur la distance qu’éprouve le narrateur vis-à-vis de ce monde « après l’hôpital » aurait suffit.

L’autre plus de ce recueil est aussi dans sa réalisation. La couverture est très belle dans ses tons rouges et bleus foncés, et chaque texte est illustré par un artiste différent, sur des pages couleurs et glacées. Toujours un plaisir pour les yeux.

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Anno Dracula – Kim Newman

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annodraculaIntrouvable au moment où j’ai découvert son existence, Anno Dracula semblait trop en avance sur les modes littéraires françaises pour réussir son entrée en librairie au début des années 90. Quand Bragelonne a finalement réédité le premier volume, je n’ai pas hésité très longtemps avant de me le procurer. Puis, comme très souvent quand une lecture ne me semble pas très urgente, le temps a passé. Je me suis finalement lancée le mois dernier. Une bonne découverte dans l’ensemble.

Résumé : La dynamique de l’histoire est la suivante : Et si le Dracula de Bram Stoker avait gagné ? En 1888, le comte vampire a épousé la reine Victoria, les vampires se sont intégrés à la société humaine. Mais l’équilibre fragile de cette nouvelle société est perturbé par une série de crimes perpétués contre des femmes vampires. Le coupable ? Un certain Jack L’Eventreur…

Critique :

Beaucoup de bonnes choses sont à relever dans Anno Dracula. Il est d’abord très agréable de croiser une série de personnages aux noms familiers qui appartiennent aussi bien à l’Histoire qu’à la fiction. Certains ne feront que passer, d’autres auront un rôle plus important.  Nous rencontrons Jekyll, Oscar Wilde, Bernard Shaw sera parfois cité, plusieurs scènes se passent au Diogene’s Club… Chaque référence est un hommage à la littérature britannique du XIXe siècle dont les livre est un héritier direct. Nous sommes invités à un jeu de metalecture qui donne souvent à l’avance les clés du récit. Mais la plupart des noms ne servent qu’au clin d’œil pour construire un monde où les œuvres majeures de l’époque victorienne sont réelles. L’auteur se concentre en particulier sur les protagonistes secondaires de Dracula. Newman interroge une victime directe du comte, le Docteur Seward, courtisan désabusé de Lucy.
Distrayante, l’intrigue du tueur de Whitechapel est un bon moyen de révéler les problèmes que peut rencontrer une civilisation dominée par une créature tyrannique venu d’un autre temps. Vlad Tepes veut modeler le monde à sa vision de fanatique religieux tout juste sorti du Moyen-âge, ce qui implique beaucoup d’exécutions arbitraires et une ingérence totale de la capitale. Dans ce joyeux chaos, les vampires ne sont pas plus chanceux que les humains. Comme l’auteur le souligne avec un certain cynisme, la plupart des « ressuscités » meurent bien avant d’avoir dépassé un siècle, tués par leurs semblables, affaiblis par un appétit difficile à sustenter. En effet, le sang humain est une denrée rare pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de s’en faire livrer, quand une milice vampirique n’hésite pas à condamner les meurtres de leurs pairs. Plus que les emprunts au thriller, j’ai surtout été séduite par l’intelligence avec laquelle était dépeintes les créatures. A la fois figures pathétiques et tumeurs malgré-elles de Londres, on ne peut pas dire qu’elles inspirent l’admiration.

Le duo vampire/humain (Genevieve et Charles) qui domine le récit entretient à ce titre des rapports très intéressants, un amour passion impossible qui n’a rien de romantique. Immortelle depuis cinq siècles, Geneviève est désespérément réaliste sur l’avenir de ses sentiments. L’homme qu’elle aime finira par vieillir. Elle pourrait le transformer, mais le temps finirait par les séparer. Le vampire reste condamné à sa nature d’être solitaire.
Un autre aspect abordé est la ligne fragile entre animalité et humanité au moment de la transformation. Le basculement est d’autant plus rapide avec une personne qui s’est imposé trop de limites, un véritable fléau pour les dames guindées de la société victorienne.
En bref, de nombreux petits détails en amont de l’histoire principale ajoutent beaucoup de réalisme à l’univers, et montrent une réflexion très poussée de la part d’un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet.
Si le fin mot de la série de meurtre est annoncée très rapidement, l’idée de base est amusante et une série de rebondissements parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout, même si l’action piétine parfois. Le tout n’est pas de trouver le tueur, mais de voir comment cette catastrophe annoncée pourra bien se terminer. Certes, le final a un côté un peu brouillon, mais je n’ai pas trouvé qu’il gâche l’ensemble. Il permet simplement de refermer une chronique avant de nous plonger quelques 50 ans plus tard, dans une autre époque, pour Le Baron Rouge.

Pour conclure, je ne parlerai pas d’une révélation littéraire (le style manque de rythme) mais assez de bonnes idées pour mériter la lecture des amateurs d’uchronies et de réinterprétation des mythes. La période historique dépeinte ne souffre pas de l’idéalisation un peu trop fréquente du XIXe siècle dans les roman fantasy contemporains qui s’y intéressent, une bonne nouvelle pour les blasés du steampunk. L’écriture rappelle même celle du feuilleton populaire. J’espère avoir le temps de lire la suite dans les prochains mois.

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Le Chemin d’Ombres – Patrick Eris

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couv1024159Un livre, une rencontre, et maintenant, la critique. Publié en 1989 aux éditions Fleuve Noir, Le Chemin d’Ombre a trouvé une seconde vie en 2013 dans la collection poche de Lokomodo. Bien que l’action se passe en Angleterre, il n’est donc plus trop tard pour découvrir avec Patrick Eris un petit thriller d’anticipation à la française.

Histoire : Dans un futur proche, un groupe de psychologues, médecins et ingénieurs se réunissent autour d’une invention qui doit établir une connexion entre les rêves. Coupés du monde en pleine campagne anglaise, ils font passer une série de tests à trois malades à la psyché brisée. Les résultats ne sont pas très probants. Mais quelques meurtres inexpliqués sèment bientôt la confusion dans le pays.

Une vingtaine d’années après sa publication, Le Chemin d’Ombre a subi une grande réactualisation. Au lieu de revenir avec une SF un peu datée, Patrick Eris a laissé au placard les vieilles technologies de la première version pour celles qui nous entourent. Avec son écriture très moderne, le roman parvient à donner l’illusion de la nouveauté dans le catalogue des éditeurs.
La forme a l’avantage d’échapper aux modes littéraires qui ont marqué les années 80. Elle s’inscrit assez adroitement dans l’héritage fantastique laissé par le XIXe siècle puis Lovecraft en optant pour une action en huis-clos. Tous les éléments du roman d’horreur sont réunis : la grande maison perdue dans la campagne, le conciliabule des docteurs, l’étrange machine qui pourrait bien révolutionner le monde, et des cobayes perçus comme fous. Il ne reste plus qu’à laisser les personnages faire monter la tension jusqu’à l’éclatement final.

L’intemporalité du livre rend, finalement, l’intrigue assez secondaire. On apprécie l’ambiance vieillie du décor dans un univers contemporain, et les portraits des personnages clés qui sont l’un des points forts du livre. Si tout commence à travers le regard d’une psychologue (Marion), le lecteur découvrira très vite le passé déchiré des êtres sensibles qu’un groupe d’intellectuels va projeter froidement dans le monde des rêves. Vont-ils y trouver la paix ? L’incroyable invention réussira-t-elle là où les plus grands spécialistes de la psychiatrie ont baissé les armes ? Ce n’est pas l’important. L’écriture très fluide de l’auteur, la sensibilité de ses observations, permet surtout quelques grands moment de plaisir avec des passages très justes sur la souffrance des rejetés, des oubliés. Tous, piégés dans le refus de la réalité, cherchent à vivre sans parvenir à se réconcilier avec un vécu troublé. Si les caractères ne sont pas très appuyés, en tenant parfois trop de l’archétype médical, la simplicité et l’évidence des mots employés font passer de très bons moments.
Plus faible restera le thème du roman. Dans les années 2010, les rêves communs qui s’incarnent dans la réalité ont été rebattus sous toutes les formes, et Le Chemin d’Ombres, avec sont format très court, apporte peu d’idées. La quête des personnages soumis à l’expérience scientifique est très prévisible. On quittera donc l’histoire sans avoir rien appris, mais avec un souvenir assez ému pour les âmes perdues qui ont croisé notre chemin le temps d’une lecture.

Le Chemin d’Ombres
est ce genre de titre que l’on peut dévorer en une journée. Le style coule tout seul, l’ambiance est agréable, le rythme ne laisse pas un seul temps pour l’ennui. Plus proche de la novella que du roman par sa structure peu attachée aux détails, c’est aussi une très bonne entrée dans l’univers d’un auteur français familier d’une tradition fantastique qui prend ses racines en Grande-Bretagne et capable d’adopter avec naturel une narration assez anglo-saxonne. De ce point de vue, je dois dire que je n’avais pas adhéré si facilement à l’écriture d’un hexagonal depuis très longtemps. A mettre sans hésiter entre les mains d’adolescents égarés quelque part entre les rayonnages dystopies et urban fantasy des mauvaises productions young adults.

Note : Ah, et j’allais presque oublier mes remarques habituelles sur la couverture… Je tiens donc à ajouter que l’illustration est vraiment très jolie. ça fait même très pochette d’album pour un groupe abonné aux scènes obscures.

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Créatures – Collectif aux éditions de La Madolière

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creaturesQuand on achète la production d’une petite maison d’édition, on ne sait jamais très exactement à quoi s’attendre. En novembre dernier, La Madolière organisait une soirée dédicace pour la sortie de sa nouvelle anthologie. Une belle surprise.

Déjà, la couverture. La Madolière se démarque habilement de tous les petits projets éditoriaux des littératures de l’imaginaire actuelles en évitant l’écueil de l’image épique colorisée en fausse 3D. S’il y a bien des figures féminines lascives, elles s’intègrent dans un cadre couleur plus travaillé, plus sombre aussi, avec un crâne fondu en arrière-plan qui ne frappe pas le regard d’emblée. Bref, c’est un bon boulot, digne d’un album graphique. L’illustrateur vient d’ailleurs du monde des comics et m’a dessiné un chouette Wolverine sur l’une des pages, sans doute perturbé de ne l’avoir rencontré dans aucune histoire. Car, si le x-man le plus populaire de Marvel ne se mêle pas à l’intrigue des nouvelles, les mutants de tous bords y sont très présents.

Le contenu du collectif respecte parfaitement le pacte tacite instauré par l’illustration. Il ne faut pas s’attendre à rencontrer le folklore habituel de l’urban fantasy. Les fées, sirènes, loup-garous et vampires brillent par leur absence. Chaque auteur a essayé de créer autre chose. Il s’agira parfois d’une créature inventée mais aussi, très souvent, d’un jeu sur ce qu’évoque le mot même de « créatures ». Pourquoi pas un clone, un enfant, un clochard ? Toujours dans la diversité, les gens littéraires se croisent. Si les ambiances pesantes, horrifiques dominent, beaucoup de textes se limitent au fantastique et certains s’aventurent dans la science-fiction.
Malgré la qualité de la plupart des nouvelles, tout n’est évidemment pas égal mais l’essentiel de mes reproches sera plus tourné sur la structure que sur l’écriture. Nous avons de belles plumes, mises au service d’histoires dont l’impact semble parfois un peu faible. Par exemple, lorsqu’une atmosphère est bien installée, j’ai tendance à rester sur ma fin en tombant, finalement, sur une conclusion trop attendue, ou trop confuse.
Plutôt que décrire chaque texte, je vous laisserai donc avec mon Top 5 et un aperçu de ce qui vous attend.

Chrise in Chrysalide – Stéphane Croenne
L’auteur écrit le monologue très poignant d’une enfant née sans bras ni jambes. L’écriture a réussi à me garder du début à la fin en résistant aux excès pathétiques malgré la détresse de la narratrice. La fin est, quand à elle, parfaitement réussie pour un texte d’horreur. Un petit bémol cependant : l’âge très jeune de la fille (à peine dix ans) rend assez peu crédible son registre de langue, aussi plaisant soit-il.

Le Miracle de la vie – Morgane Caussarieu
La courte et efficace histoire de l’accouchement d’une adolescente de quatorze ans, dont la mère pro-vie a refusé l’avortement. Avec une précision clinique et des ajouts fantastiques, difficile d’en ressortir sans estomac retourné, ainsi qu’une brûlante envie de l’envoyer à quelques membres de civitas, histoire de les dérider un peu.

Manuel d’Observation à l’usage des amateurs de Rouge-Gorge – Marie-Anne Cleden
Je ne pensais pas que cette nouvelle serait un coup de cœur avant d’en lire la fin. Mais force est de reconnaître qu’elle est bien construite, et très drôle puisqu’elle donne une réponse à cette question loufoque : Que se passerait-il si un rouge-gorce garou rencontrait une fan de bit-lit ?

L’Organiste – Sébastien Parisot
Un jour, les organes décidèrent de prendre leur indépendance, l’ordre du Monde en fut bouleversé. Histoire étrange, volontairement absurde, je ne saurais dire si j’ai pris un réel plaisir à la lire, mais on ne peut qu’être admiratif du travail de l’auteur. Car il fallait pouvoir faire tenir cette idée d’un bout à l’autre, rendre visuellement crédible une société d’organes. Le pari est gagné, c’est original, osé, et ce n’est pas très loin du conte philosophique (sous acide).

XXL – Mathieu Fluxe
Dernière place gagnée de justesse pour trois raisons. D’abord, le ton du récit colle très bien à l’histoire. Ensuite, le thème est amusant : un homme pourvut d’un très gros membre, fait carrière dans le porno avant de se faire greffer un tentacule pour lui donner une taille encore plus démesurée et rejoindre les freaks de l’érotisme. La fin donne même une leçon au personnage comme au lecteur, avec un second degré qui évite toute maladresse moralisatrice.

Maintenant que je suis lancée, j’aimerais évoquer d’autres textes dont l’ambiance m’a retenue, comme Le Gardien de Guillaume Lemaître ou Créatures de l’Asphalte de Gaëlle Saint-Etienne. Il est impossible de ne pas être réducteur avec 20 textes dont chacun ont des qualités particulières. Pour découvrir des auteurs français appuyés par un bon concept éditorial, le mieux est donc encore de se procurer ce livre et se faire sa propre opinion en compagnie d’auteurs qui sortent des sentiers un peu trop rebattus de la production imaginaire actuelle.

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L’opéra macabre – Jeanne Faivre d’Arcier

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1307-opera_orgUne trilogie de vampires française, vraiment ? Avec un auteur souvent comparé à Anne Rice ? Pourquoi pas. J’ai laissé la curiosité me tenter avec d’autant moins de résistance que les romans ont été écrits bien avant une vague bit-lit qui me rend très méfiante vis-à-vis des femmes spécialisées dans la reprise du mythe.
Comme les deux premiers tomes, après une longue absence éditoriale, ont été rassemblés sous une seule couverture par Bragelone, j’ai pris le temps de découvrir chaque titre avant d’écrire une critique. D’ailleurs, si j’apprécie l’initiative de l’éditeur, je suis restée aux bons vieux « Pocket Terreur ». La vague des illustrations kitch pour les littératures de l’imaginaire, c’est un peu comme la bit-lit, une épidémie, un fléau, un mal que je rejette. Ce n’est pas que je ne veux pas soutenir les auteurs… Mais je me sens coupable de posséder des livres que l’on dirait destiné à 1) une adolescente de quinze ans 2) des livres érotiques bas de gamme.
Cependant, L’Opéra Macabre a de très bons arguments pour attirer les amateurs de fantastique.

Rouge Flamenco

Au début, Jeanne Faivre d’Arcier était une jeune femme passionnée par The Mascarade et fascinée par l’univers d’Anne Rice. Ces belles références donnèrent une histoire sympathique, que l’on trouvera originale aujourd’hui mais qui, pour l’époque, reste encore trop proche du récit de fan. On appréciera le caractère fort de la vampire Carmilla, la capacité de l’auteur à imposer de véritables héroïnes, dont l’intelligence n’a rien d’artificiel. Au bout de la plume, se trouve une personne cultivée. Les références historiques sont claires, maîtrisées, les points scientifiques donnent l’illusion de la vraisemblance, le style est, quand à lui, irréprochable. Il manque cependant quelque chose, un rien d’aisance dans les phrases, souvent trop ampoulées, pour nous mettre tout à fait à l’aise.

A l’instar D’Entretien avec un vampire, Jeanne Faivre d’Arcier fait le choix d’une confidence. Avant le troisième acte, Carmilla livre son passé à un ami vampire. Malheureusement, le discours direct manque de naturel. Tout est beaucoup trop rigide. J’ai lu sans prendre une seule fois goût à l’écriture. Les péripéties étaient là. La rythmique, les accroches, beaucoup moins. L’ensemble manquait de vie… Certes, quoi de plus normal pour un vampire ? (lol) Au niveau de l’intrigue, rien de très exceptionnel non plus. La dame vampire laisse défiler son histoire de manière assez linéaire. Nous n’explorons pas vraiment la profondeur des caractères de chaque protagoniste.
Ayant lu ce premier volume en novembre, mes souvenirs sont assez confus, signe que les aventures de Carmilla ne m’ont décidément pas beaucoup marquées. Si la suite n’avait pas annoncé un scénario en Inde, je ne pense pas que je serais allée plus loin.
J’ai laissé une seconde chance à Madame Faivre d’Arcier. Je ne l’ai pas regretté.

La déesse écarlate

L’avantage de La déesse écarlate est qu’il se lit très bien indépendamment de Rouge Flamenco. S’il faut n’en garder qu’un seul, préférez celui-ci, mieux écrit et, surtout, plus original. Pour ce nouvel opus, Jeanne Faivre d’Arcier opte pour une structure un peu plus fluide et ambitieuse. Exit la première personne, le point de vue unique, tout est à la troisième personne, et, bien que Jonathan reste le personnage principal, d’autres consciences sont de la partie.
Enfant maudit de l’Inde, Jonathan est à peine né que, déjà, les vampires cherchent à le tuer. Ses parents l’abandonnent à un journaliste français et sa femme indienne en donnant une consigne très claire : l’élever en France, ne jamais essayer de retrouver ses origines. Mais Jonathan est un bambin des plus curieux, hanté par les visions d’une belle dame rouge, capable de s’exprimer dans les langues primitives d’Asie avant même de savoir parler… Lorsque sa meilleure amie est kidnappée par une mystérieuse secte appelée L’Hibiscus rouge, le jeune homme renonce à sa vie tranquille et sans histoire d’enseignant pour explorer l’Inde à la recherche des criminels ou, peut-être, de Mâra, la déesse écarlate de ses nuits les plus fiévreuses…

Le voile sera levé peu à peu sur l’étrange passé qui unit la mère des vampires au jeune homme, allant jusqu’à nous révéler des origines de vampiriques qui empruntent au panthéon hindou. Je brûle de vous en dire plus, mais ce serait vous gâcher d’agréables découvertes. L’auteur joue avec les croyances en la réincarnation, perturbe totalement le mythe en plaçant les buveurs de sang dans un folklore où l’idée de vie éternelle elle-même n’a pas la même puissance : toutes les âmes finissent par renaître. En créant des vampires, Mâra perturbe le cycle de la réincarnation.
Autre point très agréable, les dieux existent, se querellent, participent à l’action. D’un chapitre à l’autre, Shiva, Khâli, Yama, et d’autres apportent au roman un second degré assez jubilatoire. Si le début en France est un peu plat, j’ai vraiment été conquise par la mise en scène de toutes ces légendes. Avant, je ne connaissais pas grand-chose à la culture hindoue. Après La déesse écarlate, tout est devenu plus limpide.

L’histoire d’un amour plus fort que les réincarnations échappe très habilement à la niaiserie, et au romantisme. Derrière un corps et un visage parfait, Mâra est l’incarnation de la bête, et c’est cette bête sanglante, dangereuse, porteuse de mort, qui attire Jonathan, un jeune homme lisse, trop pur pour ne pas dissimuler, dans le fond, un monde de perversités. C’était bien pensé. Il n’y aura donc pas de promesse de vie éternelle à deux. Le vampire a ici l’effet révélateur de tout bon démon érotique, il donne au héros une porte vers la démesure dans un voyage initiatique absolument inversé. De toute manière, on peut dire que la relation de ces deux âmes est trop tordue depuis le début, Jonathan se rêvant sous les traits d’un enfant de douze ans qui brûle de désir pour la dame vampire, alors maîtresse de son père. L’attraction irrationnelle des corps, plus que de l’esprit, est le moteur de cette possible réaction, leur drame étant de n’avoir pu consommer leur amour dans une vie antérieure…

La déesse écarlate mérite sa place dans une bonne bibliothèque consacrée aux buveurs de sang, pour ceux qui préfèrent les frissons, la perversion, aux fantasmes trop sages. Bon moment de lecture, il passera cependant à côté du roman culte à cause, toujours, d’un certain manque de profondeur de la part des personnages. Le chaste Jonathan tient bien son rôle, mais un caractère moins superficiel et attendu aurait été préféré. Le rôle de l’amie humaine qu’il veut sauver et qui, devient finalement une sorte d’entrave à l’explosion de ses pulsions sexuelles est amené de manière assez bancale. Heureusement, la fin échappera au retournement que l’on pourrait craindre. Elle est parfaite, logique, satisfaisante, et pourtant cruelle.

Note : Ce deuxième tome d’une trilogie annoncée est resté sans suite près de vingt ans. Tout semblait tombé à l’eau mais, l’année dernière Jeanne Faivre d’Arcier, a livré une « suite », Le dernier vampire. J’essayerai de le tenter un jour.

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Scream Test – Grégoire Hervier

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scream testJ’avais juré de ne rien acheter au salon du livre jeunesse de Montreuil. Je n’y allais que pour y faire du repérage, pour avoir le plaisir de dire que « j’y étais », parce que ça fait toujours bien, etc. Evidemment, comme toujours, j’ai fini par craquer sur un stand, celui du Diable Vauvert, un éditeur qui me fait de l’œil depuis de nombreuses années. Ça devient presque une habitude. Dès que je croise un auteur de cette maison en dédicaces, je cède. Il faut bien soutenir les indépendants qui nous plaisent, et, même si ce sont les auteurs américains qui m’ont amenée vers le Diable (Poppy Z. Brite, Scott Heim), j’ai beaucoup de curiosité pour les français qu’ils publient.
La découverte de Grégoire Hervier a d’abord été très humaine. Entre un slasher dans une téléréalité internet et une dystopie orwelienne, il y avait de quoi discuter des heures, partager des références, des idées, en oubliant presque de passer par la caisse. Je suis finalement repartie avec le thriller et sa couverture sanglante tout à fait indiquée pour montrer de saines lectures pendant ses pauses au travail, et, cette fois, le roman n’a pas attendu l’année suivante pour devenir autre chose qu’un titre sur une étagère. Je l’ai lu dans la semaine. Une histoire plus légère, écrite pour tenir en haleine, à côté de toutes les choses très moyennes que j’ai difficilement terminées ces derniers mois, était la bienvenue pour me sauver d’une profonde lassitude de la lecture.

Histoire : Sans être d’une originalité exceptionnelle, le speech sait retenir l’attention. L’idée d’une téléréalité où les candidats sortants sont littéralement éliminés est amusante. Forcément, nous y avons tous déjà pensés un jour. Ici, il n’y aura pas de jeu de survie cependant. Les candidats n’ont aucun contact avec l’extérieur, l’émission est aussi plate que Loft Story. Ils sont six, il n’en restera qu’un seul. Ils ont six jours pour faire leurs preuves, ou mourir si le public ne parvient pas à les sauver…

Critique :

Scream Test est une bonne lecture pour qui veut plonger dans un slasher rapide, efficace, qui emprunte au thriller sans adhérer complètement au genre. Etant une lectrice très peu portée sur tout ce qui touche au polar, ce dernier point m’allait très bien. Les amateurs de film d’horreur reconnaîtront d’ailleurs beaucoup de références et de clins d’œil aux formules classiques des scénarios, à commencer par le choix des personnages de l’émission. Tous incarnent l’archétype d’un slasher. Il n’y a donc pas de réel suspens sur le dénouement de chaque journée. Une fois les présentations faites, l’ordre d’exécution est, pour ainsi dire, déjà donné : la pimbêche et le sportif d’abord, la vierge et l’asocial en dernier. En bon spécialiste du cinéma, et plus particulièrement de celui auquel il rend hommage, l’auteur assume le pastiche en nouant une agréable connivence avec son lectorat. Nous frôlons parfois la parodie, avec les bévues ridicules du FBI ou le cliché d’un tueur fan de Marilyn Manson, mais sans tomber dans une mauvaise surenchère. L’humour est implicite, il est même dommage que l’auteur ne l’assume pas davantage.

D’ailleurs, le défaut principal du livre est bien là. Beaucoup de bonnes idées, mais une exploitation encore trop timide. Les personnages ne sortent pas de la caricature, l’enquêtrice ne parvient pas à s’affirmer, elle ne sert qu’à faire progresser l’enquête et nous suivons tout en surface. Le choix de ne presque rien dire de ce qui se passe à l’intérieur de l’émission est un parti pris défendable, mais qui semble retenir beaucoup d’analyse possible. Nous en apprenons très peu sur le quotidien des victimes, et, par conséquent, nous n’avons pas le temps de nous y attacher un minimum pour être dérangé par leur mort ou par le chagrin de leur famille. C’est ennuyeux dans la mesure où l’auteur donne très rapidement toutes les clés en main pour connaître une très large partie du dénouement.

Malgré de bons arguments, Scream Test restera donc un livre distrayant, assez dynamique pour fonctionner mais trop rapide si l’on cherche à trembler ou à réfléchir sur le phénomène de société qu’est la téléréalité. Dans sa hâte, l’auteur passe à côté d’un certain nombre d’éléments qui auraient pu donner un impact très lourd au texte. L’idée de forcer les gens à payer pour empêcher l’exécution des concurrents, avec les conséquences évidentes d’un tel plan (des parents qui se ruinent pour sauver leurs enfants) avait de quoi créer beaucoup de malaise, comme la course à la gloire désespérée, et manquée, d’adolescents dupés par leurs écrans trop colorés.
Un autre regret concerne les très nombreuses références et historiques qui viennent rompre la narration. L’auteur hésite encore entre le roman et l’essai, comme s’il nous livrait ses notes de lectures au lieu de les mettre en pratique de manière concrète, vivante, au sein même de l’action. Il est toujours possible d’y voir les maladresses d’un premier roman, une certaine difficulté à se lâcher, à trouver ses marques, alors que toutes les bases sont posées pour aller plus loin. Parfois empesée, l’écriture reste cependant agréable, et s’affine au fil des pages. C’est dynamique, la structure est maîtrisée, et le point positif est que nous n’avons pas le temps de nous ennuyer.

Ce n’est certes pas la découverte de l’année, mais j’ai passé un bon moment avec cette lecture et ne peux que la conseiller pour un bon moment de détente. En ce qui concerne l’auteur, j’attends avec intérêt de lire la suite de son travail.

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Une place à prendre – J. K. Rowling

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place à prendreComme tout adolescent des années 2000, j’ai grandi avec Harry Potter. Alors, quand J. K. Rowling s’est détourné des sorciers pour aborder un roman plus mature et plus adulte, la tentation de me jeter dessus, par simple curiosité, a été très forte.
Les premières critiques sont tombées, parfois enthousiastes, parfois mitigées, jamais totalement négatives. Vu la taille du livre, j’ai préféré attendre l’été. Ensuite, je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à trouver la motivation de le terminer.

Histoire : Pagford était une petite commune apparemment tranquille jusqu’à ce qu’un notable en lice pour les prochaines élections ne soit frappé d’une mort soudaine. Les habitants sont sous le choc, et, surtout, le programme politique semble à refaire. D’un côté certains veulent reprendre le flambeau du défunt, de l’autre, certains ont des projets plus « conservateurs » tandis que quelques éléments isolés y voient la possibilité de réaliser d’obscures ambitions. Dans des familles où tout va de travers une fois la porte fermée, les adolescents vont se rebeller à leur manière contre des autorités qu’ils refusent de se reconnaître. Peu à peu, des révélations sont traînées sur la place publique par le biais d’un forum internet… Les soupçons grandissent, les querelles se cristallisent autour d’un sujet sanglant, qui n’est finalement qu’un prétexte : Faut-il ou non fermer la clinique pour drogués de la citée.

Critique :

Vous l’avez peut-être constaté, faire un résumé de ce livre est un travail ardu, ce qui permet de soulever le premier défaut du roman : il est confus. L’auteur profite de son aisance à l’écrit pour sauter d’un personnage à l’autre, mais les trop nombreux points de vue ont tendance à délayer l’action plus que de raison. Mais peut-on vraiment parler d’action ? Si une curiosité mal placée pour les petites existences de vos voisins ne vous retient pas, vous ne trouverez tout simplement pas de raison pour continuer à tourner les pages. Avec un plaisir certain, Rowling s’attarde sur des scènes du quotidien, des disputes entre parents et adolescents, maris et femmes, amants et amantes… ça n’en finit jamais. La mort brûlante qui ouvre l’histoire ne semble qu’un prétexte, la promesse d’un scénario sans cesse repoussé à plus tard.
La moitié du livre passe. Toujours rien. Les adolescents s’imposent comme des héros redresseurs de torts dont la mission est de dénoncer les vices d’adultes qui ne comprennent rien à rien, les parents sont dépassés, et la mère droguée de l’histoire, fière représentante de la clinique à fermer, est toujours autant droguée. De l’annonce d’un roman de mœurs anglais acéré (comme les britanniques savent si bien les faire) nous passons à la sitcom de 20h. Des épisodes cours, des drames, peu de contenu, mais des personnages colorés à foison, des rires, des larmes, de l’émotion. Quand la quatrième de couverture laisse espérer une intrigue politique autrement plus fine, on ne peut que se sentir un peu arnaqué.

La progression m’a beaucoup rappelé Harry Potter 7. On lit sans trop savoir pourquoi parce que l’écriture passe toute seule, et il faut attendre les 200 dernières pages pour être happé par une succession d’événements plus invraisemblable les uns que les autres. Le truc finit donc par prendre. Un peu trop tard, comme si Rowling essayait de lâcher tout ce qu’elle avait en réalisant qu’il serait peut-être temps de donner une conclusion à tout cela, même si, à force de partir dans tous les sens, ce qui aurait dû être le fil conducteur s’est perdu depuis un moment dans un fouillis de mots et d’informations inutiles. Le résultat est baroque. Soudain, le lecteur passe dans le roman noir. Violence, mort, sexe, drogue, ça ne s’arrête plus. Mais du coup, l’effet est très bancal. Ça marche, parce qu’on est trop surpris pour réfléchir à ce qui se passe. L’exagération sauve l’histoire jusqu’à ce qu’on puisse enfin fermer le livre. On a de quoi manger pour quelques heures, ça vaut un fast-food.
Malgré tout, je reconnais à l’auteur le mérite de ne pas avoir sombré dans le bon sentiment que l’on pouvait craindre. La fin sera contrastée. Quoiqu’un peu vide, elle laisse apercevoir un bon potentiel de base. Pour en venir aux qualités, j’ai apprécié la variété des points de vue qui empêchent la réelle prise de parti et rompent avec le monde manichéen d’Harry Potter. Derrière ses maladresses, l’auteur témoigne d’une vraie finesse d’esprit. Sur l’épineuse question de la clinique, le point de vue n’est pas très clair. Le personnage de la droguée n’attire pas la moindre sympathie, il est visible que son cas est sans espoir. Son assistante, pleine de bonnes intentions, voit son côté militante de gauche très souvent ridiculisé, et le cynisme des « conservateurs » a quelque chose de désespérant. Pour autant, sous les questions politiques, hypocrisie de bon ton à part, il devient vite évident que, dans le fond, tout le monde sait qu’il se porterait mieux sans ces problèmes de camés. Alors oui, en versant dans la critique sociale, il y avait de quoi faire du bon. Rowling s’aventure sur un terrain qui dérange toujours beaucoup, mais ne va pas au bout de son sujet. Elle se perd dans des tourments d’adolescents mal dans leur peau et en conflit avec leurs parents. Les deux « histoires » s’associent mal puisque, visiblement plus proche des jeunes (une déformation de sa carrière d’écrivain jeunesse ?), l’auteur revient à un ton très Potterien, en se dressant clairement contre des adultes implacables qui ratent tous leur vie, et se vengent sur leurs enfants.
Malheureusement, la richesse du ton et de la langue en pâtissent. Le roman devient une sorte d’ovni, plus proche de la littérature jeune adulte que de la littérature adulte, même s’il essaye d’y prétendre. Très clairement, si vous n’avez jamais lu l’auteur et que ce n’est pas la nostalgie qui vous pousse à ouvrir Une place à prendre, ne vous y attardez pas au-delà après avoir dépassé la barre des vingt ans.

Les points positifs restent ceux qui avaient fait la force de la saga des sorciers, une écriture très vivante, des personnages marquants, une bonne touche d’humour anglais et une compréhension du genre humain assez fine, qui se permet des envolées plus osées et sombres pour le plus grand bonheur du lecteur contrarié par la plasticité infantile des personnages d’Harry Potter. Contrairement à ce qui a pu être dit, même s’il n’y a pas de magie, Rowling est dans la continuité. On sent qu’elle a besoin de se rattraper, d’écrire sur une adolescence dont elle a dû gommer toutes les dérives avec la contrainte d’écrire pour un jeune public. Alcool, sexe, drogue, mutilation, persécution, tous les thèmes sont là… et rendent le changement de registre encore assez timide.
Sans être incroyable, Une place à prendre est donc encourageant pour la suite de la carrière de l’auteur qui, espérons le, a appris de ses erreurs et gagné en maturité dans ses prochaines œuvres. Loin de me décourager, je découvrirai donc avec plaisir son roman policier dans un futur proche.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Une illusion passagère – Dermot Bolger

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une-illusion-passagere-300701-250-400Parmi les sorties de la rentrée, le petit livre de Bolger ne paye pas de mine mais a l’avantage de marquer l’esprit. On le termine vite, mais quelque chose reste. La sensibilité de l’auteur fait mouche, cruellement.

Résumé : Pendant un voyage en Chine, Martin, un haut fonctionnaire irlandais de cinquante-cinq ans se souvient d’une vie qui s’étire derrière lui. Sa femme le délaisse, ses filles sont adultes, le futur ne sera qu’une mort lente. Etouffé par sa solitude, il demande les services d’une masseuse à son hôtel dans l’espoir inavoué de retrouver un peu de chaleur humaine, de renouer avec les plaisirs d’une jeunesse perdue.

 

Critique :
Une soirée. Les quelques centaines de pages du livre ne décriront rien de plus. Une soirée, le temps de traverser toute une vie, d’espérer encore, d’entrevoir le futur. Tout sera dit. La plume de Bolger est habile, légère, et juste. Elle nous attache à ce pauvre Martin qui, malgré son statut, ressemble à l’homme le plus banal du monde, à l’aube de cet âge où tout peu basculer à tout jamais. Un bon métier, une épouse aimée, une belle vie de famille. Que demander de plus ? Il n’y a jamais eu d’histoire à raconter, aucune fausse note dans un quotidien parfaitement réglé. Martin est toujours resté à sa place, dans l’ombre, attaché aux valeurs d’une vieille Irlande qui s’éteint, et dont l’économie elle-même voit son heure arriver. Pour son voyage en Chine, il le sait, tout ne sera qu’une mascarade destinée à laisser l’honneur sauf. L’avenir ne brille pas pour le pays, et l’idée de prendre une retraite anticipée sonne aussi le glas pour lui.
Que faire lorsque tout ce qu’on a construit est soufflé par le temps ? Ses trois filles n’ont plus besoin de lui, sa femme a décidé de faire chambre à part, elle estime avoir passé le temps pour « ces choses-là ». L’homme se souvient des bons moments et s’étonne. Comment tout à pu disparaître ? Pourquoi les sentiments d’autrefois ne peuvent-ils plus renaître ? La distance forcée dans son couple est une entaille profonde, une torture perpétuelle. Il pourrait aller voir ailleurs, bien sûr, mais Martin est un homme droit qui ne connaît pas l’excès, qui n’a jamais si s’imposer, même s’il était drôle avant. Seulement, ses traits d’humour aussi ont fini par disparaître avec l’âge et les longues journées sérieuses au travail.

Seul dans une chambre d’hôtel à des kilomètres de son foyer, serait-il temps de céder pour la première fois ? Bolger oppose fantasme et réalité en explorant les doutes, les regrets d’un homme qui, en Chine, engage une dernière lutte contre la vieillesse, l’angoisse de vivre les trente prochaines années dans un même état de stagnation. Une asiatique moitié masseuse, moitié prostituée pourrait-elle mettre fin à une existence d’austère dignité ?
Non sans humour, le texte tire un portrait grinçant d’un type ordinaire que les convenances ont vieilli avant l’âge et dont l’existence tranquille et sécuritaire n’a plus rien à apporter une fois le noyau familial morcelé. Ce n’était pas prévu, encore moins souhaité. Mais, à cinquante-cinq ans, il n’est pas dit que les convictions de toute une vie puissent changer.

Dermot Bolger est une excellente découverte. Le genre d’auteur à rendre poignant un récit aussi court que simple. Une illusion passagère nous fait partager les pensées d’un « n’importe qui » que l’on finit par trouver familier. On s’y attache, on aimerait sincèrement le soutenir dans sa quête de bonheur désespérée. L’auteur s’est fait connaître pour ses romans critiques d’une certaine bourgeoisie catholique irlandaise. Je pense que je ne manquerais pas de lire un titre plus épais pour avoir un meilleur aperçu plus dense de ses visions acérées.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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La femme à 1000° – Hallgrimur Helgason

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la-femme-a-1000--315548-250-400Lire de la littérature islandaise n’est pas une occasion qui se présente très souvent alors, puisqu’une Masse Critique s’annonçait, pourquoi ne pas la saisir ? M’étais-je dit le mois dernier. Ce serait, au moins, une découverte certaine avec ce lointain pays scandinave dont on sait finalement assez peu de choses.

Oh, comme j’ai eu tort ! Si j’avais su ce dans quoi je m’embarquais, toutes mes excuses à l’éditeur, l’auteur, aux organisateurs, mais, je n’aurais jamais signé. La quatrième de couverture me laissait pourtant redouter le pire : une vieille sur un ordinateur dans un garage pour le côté badass, un retour fantaisiste sur la seconde guerre mondiale pour l’aspect provocateur, et on obtient évidemment un parfait titre de rentrée aux allures vaguement intellectuelles. C’est dit, il y aura du concept, de l’Histoire, des discours moralisateurs, tout ce qui peut inciter n’importe quel chaland à l’achat. La couverture donnait également le ton. J’aurais dû suivre mon intuition. Mais, comme je ne l’ai pas fait, je suis bien obligée de tenter la critique d’un livre que je n’ai ni aimé, ni terminé. Pardonnez-moi encore, je mets généralement un point d’honneur à aller au bout de mes romans, mais 630 pages grand format de cette teneur étaient au-delà de mes forces. Mon cerveau en est arrivé à ce point critique où il refusait tout simplement de lier les mots les uns aux autres pour faire sens.

Pourquoi ? Simplement parce que, si on retire la toile de fond de la maigre architecture de cet ouvrage, tout tombe à terre et on ne rencontre que du vide, des lieux communs à la pelle, une trame historique douteuse, une psychologisation ratée et une assez détestable fausse modestie de la part de l’auteur comme du personnage principal.
Mis à part pour l’aspect « cool », l’idée d’une vieille femme geek dans un garage n’apporte absolument rien à l’affaire. Le concept peut faire sourire un moment, c’est bien, il fallait y penser ! L’auteur surfe sur une mode, sur un genre de fantasme qu’il essayera de nous rappeler à chaque page qui se déroule dans le présent. Le problème, c’est que non seulement, l’originalité est assez creuse, mais en plus, loin d’être sympathique, le caractère forcé de la pauvre Herra devient vite insupportable. Ce n’est rien d’autre qu’un archétype, celui du personnage féminin qui se veut fort, dominateur, au point d’en devenir ridicule. Et, très franchement, qui s’intéresse à ses histoires de trolling sur internet ? Elle se fait passer pour une femme sexy pour se moquer de vagues pervers ? Bien ! Hilarant ! J’ai fait pareil à 13 ans… Pas à ce point certes, mais ça fait toujours rire les collégiens. Pour le côté super classe, on va repasser. Je crains que l’auteur n’ait qu’une piètre idée de ce monde. On sent bien qu’il essaye. Mais, non, vraiment, il faut repasser, ça n’est pas “cool” un seul instant.
Et je ne vous cite bien sûr qu’un détail parmi toutes les choses qui m’ont donné envie de jeter ce livre par la fenêtre. Entre les discours gratuitement misandres sur tous ces hommes vraiment stupides qui lui sont passés dessus et une psychologie faiblarde du pourquoi devient-on nazi, agrémentée de grands moments de lucidité tels que « et pourtant, dans le fond, il n’était pas si méchants. », il y a de quoi pleurer de désespoir.

Donc, nous disions, la vieille dans le présent ne sert à rien, et, de toute façon, elle sait se rendre assez haïssable pour bloquer tout sentiment de compassion. C’est peut-être un peu ma faute aussi, mais je n’aime pas me faire imposer 630 pages par une vieille peau narcissique. La construction du récit elle-même, n’est également qu’une question de concept. ça brasse l’air, ça donne l’impression de mouvement, au milieu d’un vaste désert. Les allers/retours incessants d’une époque à l’autre apportent bien peu de choses, une nouvelle réflexion inutile, tout au plus. Aucune intrigue réelle ne se met en place. A aucun moment, on ne va se demander comment le personnage est arrivé à telle ou telle situation. ça ne marche pas. On s’en fiche relativement. Et puis, à force de nouvelles scènes toutes plus invraisemblables les unes que les autres afin de nous montrer sans le moindre sens de la mesure que cette dame a une vie exceptionnelle, on finit par se taper le crâne en se demandant, pourquoi, mais pourquoi donc 600 pages pour essayer désespérément d’avoir l’air cool ? A ce stade, c’est un peu symptomatique non ?

On rira peut-être des grands moments de ridicule moralisateur. Herra enfant qui reste bloquée 3 jours le bras levé pour le salut nazi après avoir été traumatisée par un allemand… Non. Je veux qu’on arrête ce massacre. Ce serait drôle si le récit était d’un burlesque assumé, mais je vous assure, je le crains, Helgason est très sérieux et se croit malin.
Puisqu’il n’y a donc rien attendre de ce récit, aucune intrigue, que l’on connaît d’avance la fin : elle va mourir, le lecteur sera enfin libéré, je doute aller plus loin. Après 400 pages de lectures à sans cesse espérer une sorte de retournement de situation, je ne m’attends pas à la moindre nouveauté, tous les chapitres suivent des segments relativement semblables, c’est d’une platitude affolante.
D’habitude, j’essaye de rester un minimum objective… Cette critique fait exception parce que… enfin… Je ne suis pas assez cruelle pour vous conseiller de voir par vous-même, il y a 600 pages, ça représente tellement d’heures de lecture plus constructives.

Néanmoins, comme je ne suis pas tout à fait vilaine, je terminerai sur des points positifs qui m’ont assez intéressée au début du roman. Du point de vue d’un français, il est toujours assez intéressant d’avoir un aperçu de ce qu’a pu être la situation des islandais pendant la seconde guerre mondiale. J’ai aussi beaucoup apprécié les comparaisons entre les scandinaves et le reste du monde, les islandais et les autres scandinaves. Pour avoir frayé avec cette culture d’assez près, je peux au moins dire qu’à ce niveau, les piques touchent juste et amusent réellement qui connaît le sujet. Après, pour faire dans la mauvaise foi, évidemment, on pourra dire que n’importe quel islandais serait capable d’en faire de même.
Pour conclure ? Helgason est peut-être très sincère dans sa démarche, mais j’ai quand même l’impression qu’il se moque un peu du monde.

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