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Absyrialle – Fabrice Chauliac

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couv68241187.pngVoy’el est une maison d’édition que je croise depuis quelques années dans le paysage imaginaire français, et dont je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire les titres. Quand Livraddict a lancé un partenariat avec eux, j’y ai donc vu l’occasion de m’y mettre. Sur plusieurs romans, mon choix s’est porté sur Absyrialle. Mauvaise pioche, disons le tout de suite, non sans embarras car j’aurais voulu publier un billet encourageant sur la production d’un éditeur indépendant qui met la SFFF en avant. Il faut cependant reconnaître que la couverture donne envie. J’ai reçu ce livre en e-pub, mais il a tout pour attirer en papier. L’intrigue promise par la couverture offre une belle accroche aussi.

Résumé : Europe, fin du XVIIIe siècle. L’éruption du volcan islandais Laki en 1783 plonge le monde dans l’obscurité et l’obscurantisme. Le nuage de soufre qui recouvre une partie de l’Europe dévaste les cultures, entraîne la famine, fait tomber les pouvoirs en place, et remet en perspective toutes les croyances établies. Beaucoup y voient la trace d’un châtiment surnaturel, que tout le monde désigne sous le nom de Fléau. L’Église vacille d’autant plus que l’éruption du Laki révèle l’existence d’une cité enfouie, Absyrialle. Mais cette cité, son architecture, sa richesse, ses moeurs et ses occupants ne sont pas les vestiges d’une civilisation ancienne et oubliée. Bien au contraire, Absyrialle est toute puissante et ses origines restent mystérieuses, tout comme les desseins des princes démons qu’on y vénère. Théodule, écrivain public et philosophe ne se doute pas combien sa rencontre avec Galoire de Montbrun, envoyé du Vatican au passé trouble, va l’entraîner au cœur des complots les plus sombres de la Cité.

Les thèmes me promettaient réellement un voyage littéraire sympathique. J’avais l’espoir de trouver un univers original, une uchronie à une époque assez inhabituelle pour le genre, puisque le XIXe siècle est souvent privilégié. Le côté sombre me parlait aussi, bien entendu. Si on entre au temps des Lumières, ses perruques poudrées, son libertinage décadent, avec quelques démons, de la violence, et une ville volcanique, eh bien je me sens partante. La lecture révèle aussi des éléments qui, si on me les avait présentés de vive voix, m’auraient fait tout autant envie. Il s’agit d’un roman principalement orienté vers les intrigues politiques, chose que j’adore en général, surtout si tous les coups bas sont permis. Absyrialle a un petit côté roman de cape et d’épée qui peut rappeler Dumas, avec une tendance similaire à alterner de nombreux points de vue dans des chapitres courts. Un autre point séduisant est la présence de personnages historiques qui fascinent l’imagination populaire. Le récit s’ouvre avec le mystérieux comte de Saint-Germain, et nous retrouvons un peu plus loin le Marquis de Sade. Et pourtant, je n’ai pas réussi à m’impliquer dans l’histoire malgré tous mes efforts.

Dès les premières pages, l’entrée dans ce roman n’est pas aisée. Il faut se faire à un style qui manque de fluidité, une volonté pas tout à fait maîtrisée d’écrire « à la manière de » (qui peut devenir gênante quand les dialogues sont beaucoup trop compassés), une tendance à placer trop de subordonnées dans un ordre qui n’est pas très instinctif, au lieu de commencer les phrases par le plus évident. Le ton s’améliore en cours de récit, mais il faut ensuite faire face à un autre problème, qui est l’alternance de point de vue sans focalisation interne réelle sur les personnages. Il est difficile de se sentir impliqué dans les aventures de chacun, voire de les identifier, de leur trouver des petits traits de caractère qui fait que l’on s’y attache. Ce manque de travail sur la profondeur est très visible sur les personnages féminins, qui sont des caricatures jusque dans leur manière de s’exprimer.

Dans cette galerie assez lisse, Galoire et Théodule sont des repères rassurants, mais le changement de points de vue à tout va empêche de les développer, ce qui est dommage car l’auteur pose des bases qui pourraient en faire de bons héros. Tout est trop centré sur l’action pure pour permettre de beaux moments d’introspection ou de description. Je ne me suis pas sentie concernée par les intrigues politiques, et je ne savais même pas clairement ce que je suivais tant l’auteur s’attache à rester flou, ce qui n’est pas forcément la meilleure des idées, surtout quand une partie de la complexité de l’intrigue repose sur des non-dits volontaires. Le côté XVIIIe siècle m’a aussi semblé très peu marqué. La présence de personnages historiques est un peu la seule chose qui rappelle l’époque, le reste nous plonge dans une période moderne assez trouble, reconnaissable à ses combats d’épée en pleine rue.

J’ai attendu les scènes plus violentes avec les démons comme un second souffle, en songeant que je pourrais peut-être au moins apprécier des moments de perversion et torture « amusants », façon Sade, mais l’impression de rester en surface m’a laissée assez indifférente. J’ai cependant lu que d’autres critiques moins habitués à ce genre de scènes les ont trouvées dérangeantes. Au final, ma lecture a été laborieuse, et, malgré trois semaines sur ce titre, je ne suis pas arrivée à le terminer. Je me suis attachée à dépasser la moitié au cas où la deuxième partie ferait tout décoller, comme cela arrive parfois. La magie n’a pas pris avec moi.

Je remercie Livraddict et les éditions Voy’el pour ce partage, et suis assez désolée de ne pas avoir fait une sélection de lecture pertinente contre une critique. Absyrialle garde cependant une proposition d’univers intéressant, et beaucoup d’ingrédients qui ont de quoi susciter l’intérêt. Si l’auteur corrige les écueils propre au ‘premier roman’, il y a des chances pour que ses productions futures méritent d’être suivies.

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Anthologie Créatures des Otherlands II

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product_thumbnail.phpArrivée discrètement, Otherlands est une maison d’édition dont les anthologies fantastiques et horrifiques aux thèmes originaux commencent à faire parler d’elles. Le nouvelliste Tim Corey, à l’initiative du projet propose une sorte d’univers partagé, lié par les phénomènes étranges, rarement rassurants, qui font irruption dans le quotidien des Otherlands. Bien entendu, les créatures ne sont pas en reste. Un deuxième volume n’était pas de trop pour en présenter d’autres avec quinze auteurs dont je fais partie avec le texte On l’appelait Sombra. Démons, monstres imaginaires, expériences scientifiques tragiques, toutes les acceptations de la créatures sont représentées à travers des nouvelles qui vont du fantastique à la science-fiction pour des rencontres du troisième type qui laisseront souvent des traces… sanglantes.

L’anthologie s’ouvre sur trois nouvelles où les créatures sont aussi créations, le résultat d’une science dégénérée. D’abord dans l’espace, nous assistons avec Artikel Unbekannt à l’accouplement monstrueux entre le cadavre d’une femme et de la machine. En quelques pages, une intelligence artificielle témoigne du désastre. Emmanuel Delporte file ensuite le même thème avec bien plus de sadisme, puisque cette fois, il n’y a plus d’erreur malheureuse, mais une véritable séance de torture pour créer une vie impie en forçant l’union d’une femme avec une sorte de créature de Frankenstein, en compagnie d’un savant fou allemand. Plus de doute, nous entrons dans un hommage impertinent au film de série b. Hommage que poursuit Ruwan Aerts avec Contre Nature. Les scientifiques restent à l’honneur, mais la forme change. Le récit est coupé par le journal audio d’un homme mystérieusement disparu. On avance peu à peu pour découvrir l’évolution d’une nouvelle molécule sur des cobayes animales, puis le délire avancé du docteur Fremont.

A ce moment de la lecture, on peut s’inquiéter de ne pas rencontrer des créatures un peu plus légendaires, mais elles arrivent heureusement avec Fuir de Chris B. Honspaq. Une jeune fille séquestrée et apparemment torturée cherche à échapper à son père. Pourquoi met-il tant d’acharnement à l’éloigner des Hommes ? On appréciera une ambivalence des points de vue, où le monstre n’est pas toujours le même pour tout le monde. Julien Heylbroeck nous entraîne ensuite dans une courte nouvelle où il s’agit d’extirper un démon mille-pattes écœurant des murs d’une habitation de Kyoto.

Julien Roturier revient à l’humain en abordant la notion de pouvoirs ou de malédiction. Ire réversible commence comme une enquête classique sur une attaque de loup-garou. Les lycanthropes sont pourtant loin d’être le seul sujet et problème d’une nouvelle noire, qui joue sur les faux-semblants.
Le problème de malédiction est plus net dans le texte de Barnett Chevin où tout commence aussi par une sombre histoire de jeune fille cruellement séquestrée par sa famille. Cependant, il est plus évident cette fois que quelque chose ne tourne pas très rond chez l’enfant, quelque chose au niveau de son ventre, plus particulièrement… La nouvelle nous entraîne dans le monde de la prostitution, où les hommes finissent victimes. C’est aussi ce milieu que choisit d’exploiter Loïc Lendemaine avec, cette fois, un prédateur imprudent.
Toujours dans l’idée du monstre tapis dans l’ombre, Richard Ely nous donne à lire les dernières volontés de l’héritier McCarthy qui demande la destruction immédiate de sa demeure du Yorkshire et déconseille de s’aventurer dans les bois du domaine. Une chose terrible y rôde…

Rachel Rostalski explore des terrains plus bibliques, un peu moins effrayants, mais certainement plus hérétiques. Et si les anges n’avaient simplement pas d’âme ?
Dans des temps reculés et imprécis vivait aussi une sorcière dont un homme était amoureux. La plume de Dean Venetza nous conte l’histoire tragique et poétique de leur éternelle union.

Edgar et les cancrelats de Teddy Wadble nous attire à nouveau dans le présent. Si je devais choisir une nouvelle préférée parmi toutes celles de l’anthologie, j’élis celle-là sans hésiter. Edgar est ce genre de personnage qu’on aime détester, un peu à l’image d’Ignatius Reilly dans La Conjuration des imbéciles. C’est un homme exagérément gros, un vieux garçon sale, fat, faignant, et alcoolique qui évolue dans une rue dont il ne sort jamais, et dans un appartement dégoûtant menacé par une invasion de cafards. L’écriture de l’auteur parvient bien à saisir l’ambiance, la saleté environnante, le tout sans manquer d’humour. Et, finalement, sans aller dans le sanglant, nous tenons certainement le texte qui, avec des détails très faciles à imaginer, soulève facilement l’estomac. Je n’avais encore jamais lu Teddy Wadble, mais si ses autres productions sont de ce registre, je le retiendrais avec plaisir.

Plus anecdotique, le texte de Dola Rosselet développe sur deux pages le thème de la femme fatale, du dîner en amoureux qui n’est finalement pas ce que l’on croit. C’est bien mené, mais cela manque de surprise et d’originalité (considérant qu’on a déjà retrouvé des chutes assez similaires dans l’anthologie).
L’anthologie se clôt avec un retour dans un futur plus ou moins lointain, où les hommes sont classés en fonction d’une intelligence établie à leur naissance, et où Ville et Nature sont devenues des entités à part. Des hommes pénètrent la forêt pour comprendre quels nouveaux mouvements menacent leur civilisation. Des idées intéressantes, mais la nouvelle se traîne malheureusement trop en longueur, sur des thèmes déjà exploités en sf et qui ne demandaient pas conséquent par tant de développement pour un texte court. C’est assez dommage, car la chute de Jérôme Baronheid est bonne.

Dans tous les cas, une bonne sélection des éditions Otherlands qui devrait ravir les amateurs de frissons, même si certains thèmes sont plus récurrents que d’autres. Il ne faut pas s’aventurer cependant dans l’anthologie avec une idée précise du genre de créatures que l’on souhaite trouver, car très peu appartiennent à des légendes connues, l’acceptation du terme est très vaste, ce qui permet de bonnes surprises.

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Anthologie Malpertuis VI

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malpertuis VIPour la sixième année, Malpertuis, spécialiste de la littérature fantastique, propose sa sélection de nouvelles athématiques mais toujours portées vers un imaginaire bizarre et quelque peu angoissant. Parmi les éditeurs français qui publient des anthologies, Malpertuis est l’un des rares à lancer chaque année des appels à textes libres.
On ne sait pas toujours très exactement à quoi se préparer en voyageant d’une histoire à l’autre, mais il est certain que le lecteur est amené à découvrir plusieurs auteurs très présents sur la scène SFFFH francophone. J’y figure cette fois-ci avec Scène de chasse ordinaire mais cet article sera surtout l’occasion de parler de mes camarades.

Vingt-deux auteurs ! Cela fait du monde, assez pour avoir des coups de cœur, et des impressions plus mitigées sur certains titres. Même si le genre de prédilection de Malpertuis est le fantastique, plusieurs textes ont des tendances SF. On reconnaît parfois des nouvelles très certainement écrites pour correspondre à d’autres appels à textes mais, loin de trouver cela gênant, j’ai au contraire pu en profiter pour voir des exercices de style qui participent à la diversité de l’anthologie.
Je ne vais pas vous faire un résumé de chaque nouvelle, mais une sélection des dix qui ont le mieux retenu mon attention. Oui, c’est une liste cruelle, mais cela ne signifie pas pour autant que les textes non cités ne sont pas bons, au contraire, le choix n’est pas simple à faire. Dans l’ordre chronologique, voici ce que nous pouvons trouver :

Ouverture courte et efficace, 3 kilogrammes de Sylas nous fait suivre une femme célibataire qui, grâce à un narrateur mystérieux, a enfanté sans père. Une histoire bien sombre qui fera aisément passer l’envie d’avoir un « autre soi » pour combler le vide de son existence.

L’imbricorioniste d’Elisa M. Poggio est certainement le texte le plus sf de l’anthologie. C’est aussi une plongée dans un monde aussi fascinant que terrifiant, où il devient possible d’obtenir un bilan de sa propre vie grâce à des observateurs qui connaissent tous nos gestes. La nouvelle soulève des questions très intéressantes en montrant toute la distance qui peut exister entre les actes d’une personne, ses raisons profondes, et les fausses intentions que l’on peut tirer d’un simple résumé des faits. La nouvelle peine un peu à trouver une fin, mais vaut largement le détour pour ses qualités introspectives.

Avec un titre comme Le dernier jouir du condamné, je soupçonne Bruno Pochesci d’avoir construit sa nouvelle pour parodier le célèbre texte d’Hugo. Une sorte de délire érotico-morbide étrange, où un condamné en pince pour son avocate, et une chute qui laisse sans voix. La fin est assez consternante mais, en même temps, elle ne se laisse pas oublier.

On continue dans la parodie avec Lloupa rouge. Eric Vial-Bonacci s’attaque au conte du Petite Chaperon rouge. C’est une jeune fille moderne, et elle a peur de sa grand-mère qui la maltraite. Mais où est le loup ? Il faudra le lire pour obtenir la réponse.

Dette de sang rend un bel hommage à la littérature fantastique du XIXe siècle. Thierry Jandrok situe son histoire dans un asile de Bucareste pendant la seconde guerre mondiale. Tout ce qu’il faut pour poser une ambiance sinistre d’emblée est là. On progresse comme dans une enquête pour éclaircir le mystère des patients zoophages qui se montrent curieusement lucides et en meilleure forme que les autres…

Sans terminus d’Anthony Boulanger m’a rappelé un petit appel à textes où la situation initiale était imposée. J’ai été heureuse de lire un nouveau texte de cet auteur, qui avait déjà retenu mon attention dans l’anthologie L’homme de demain des Artistes fous associés. Un esprit plein de rancœur revit en boucle le jour où il est tombé sur les rails d’un train à cause de la foule. L’auteur nous propose un petit texte qui rappelle que, dans la panique, les faits ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Emilie Querbalec est aussi une habituée des Artistes fous associés et des anthologies en général. L’auteur à suivre développe surtout des mondes et hantises intérieurs. Lisse le cordon est le texte le plus sombre que j’ai pu lire d’elle. J’aime particulièrement le titre. Un texte sur les passions parfois très vives de l’adolescence qui ne sont pas toujours durables des deux côtés, notamment quand elles impliquent deux jeunes filles.

Cherchez l’intrus mérite bien sa place tant il est délirant. Sur une dizaine de pages, Guillaume Suzanne livre un dialogue complètement échevelé entre un groupe de zombies. Un humain se ferait passer pour l’un d’entre eux et risque de les contaminer, qui est ce traître ?

Les textes délirants se poursuivent avec Le chant de la harpie, le soir au fond des bois d’Yves Daniel-Crouzet. Un démon grincheux s’improvise narrateur pour nous raconter comment il a été invoqué par une femme qui voulait faire assassiner son mari en lui donnant la peur de sa vie. Hélas, il semble qu’il faudra plus qu’un simple « bouh ! » pour impressionner l’époux.

L’anthologie se termine sur une note moins burlesque et plus réaliste. Avec Externalisé, Dominique Lémuri ne nous donne pas forcément à rire. Elle propose au contraire un texte très documenté sur les conditions de travail d’immigrés indiens, retenus dans des bureaux où ils recopient des rapports à la chaîne toute la journée. L’ajout du fantastique dans un contexte déjà bien glauque aggrave considérablement la situation du narrateur qui se retrouve confrontés à plusieurs phénomènes étranges, un rapport illisible, un balayeur à ne jamais regarder dans les yeux…

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Rêves de gloire – Roland C. Wagner

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couv50627538Le nom de Roland C. Wagner est assez familier dans le monde de la SF française. N’ayant jamais eu l’occasion de me pencher sur l’auteur, j’ai profité d’un partenariat pour me lancer. L’idée de Rêve de gloire me semblait inspirante, une histoire du rock inventée, psychédélique, sous forme de faux témoignages, de quoi retenir toute mon attention de lectrice. Malheureusement, cette plongée dans une Algérie revisitée m’a assez peu secouée.

Résumé : Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : «On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit…»
De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…

Rêve de gloire est le genre de titre pour lequel je suis bien embarrassée de devoir donner un avis. Même s’il m’est tombé des mains à plusieurs reprises, j’ai voulu lui donner sa chance, regardé les avis d’autres chroniqueurs, tous très enthousiastes, et je me suis sentie un peu seule au monde, voire frustrée, d’échapper à toute la grandeur de l’œuvre. Avec ses 800 pages et sa documentation, je ne doute pas un instant d’être confrontée à un travail conséquent, à des années d’écriture qu’il serait gênant d’insulter. Le souci, c’est que je ne suis définitivement pas entrée dedans.
Il m’a semblé que, malgré un thème attirant, Rêve de gloire ne s’adressait pas à moi mais plus à la génération années 60, à laquelle appartient l’auteur, qui reste nostalgique des vinyles et d’une jeunesse passée, aujourd’hui peut-être un peu trop fantasmée. Je ne me suis jamais excessivement documentée sur la guerre d’Algérie, et, j’ai trouvé que les repères manquaient un peu pour faire entrer une personne peu instruite sur le sujet dans le roman. Pourtant, j’avais déjà apprécié sans aucun souci les peintures d’auteurs comme Camus ou Cossery, contemporains de cette époque. Sur la question du rock, même souci. Ce livre ne parlera qu’aux amateurs férus du genre et, plus spécifiquement, aux chineurs. Là, je suis un peu moins gênée, mais il n’empêche que la recherche d’un vinyle perdu m’a semblé bien vite insuffisante, et trop superficielle, pour maintenir l’attention du lecteur. Sans toutes ces conditions réunies pour apprécier le livre, il y a des chances pour passer totalement à côté du travail de Roland C. Wagner. De fait, je n’y ai pas vu un roman susceptible de survivre au temps, et de garder une forte puissance d’évocation dans une dizaine d’années. Trop centré sur ses goûts propre et ceux de ses amis, l’auteur en aurait peut-être oublié une large frange des lecteurs. Si le livre a néanmoins touché assez de cibles, tant mieux, en ce qui me concerne, j’ai fini par démissionner.

Comme je l’ai exprimé, l’intrigue est trop faible pour retenir l’intérêt. Non seulement on ne sait pas très bien dans quel genre de délire le personnage principal veut nous embarquer mais, surtout, le caractère polyphonique de l’ensemble brouille totalement les pistes. Plusieurs discours se mêlent, sur quelques pages seulement à chaque fois. Des personnages interviennent, sans se présenter, sans poser le moindre enjeu. On les lit trois pages, le temps d’une anecdote, puis on passe à autre chose. Comme la fragmentation de la narration n’est jamais annoncée, il est parfois compliqué de faire des raccords, surtout qu’en trois pages de textes, le personnage n’a pas le temps de devenir vraiment reconnaissable. Donc des voix se succèdent, sur 800 pages, et on ne sait jamais vraiment pourquoi on lit ça, quelle motivation y trouver. J’aime les narrations à plusieurs voix, mais là, le découpage m’a semblé profondément artificiel et donc agaçant. Ça ne faisait pas vraiment sens, j’ai fini par lire en diagonal faute de savoir pour quelle raison je continuais de tourner les pages.

La découverte de toute une Afrique du Sud différente où le rock aurait pu émerger ? Bof au final. L’uchronie ne m’a pas convaincue. La simple modification d’un événement dans l’issue de la guerre d’Algérie n’est définitivement pas suffisante pour partir dans un délire d’évolution parallèle dans le rock. Si cette scène n’a pas émergée là-bas, les raisons sont bien plus profondes. Roland C. Wagner ne fait que gratter la surface et, au final, trouve un simple prétexte pour inventer une histoire du rock basée sur de faux témoignages. Mouais.
Pour m’être régalée avec des livres comme Acid Test, Las Vegas Parano ou Sur la route, je suis pourtant cliente pour des récits bien marqués par les excès encore nouveau des années 60/70. Sauf que dans ce livre, rien à faire, on sent que l’écriture se veut « à la manière de » sans y arriver vraiment, sans nous faire vibrer avec les personnages, sans nous donner envie de poursuivre au moins parce que l’ambiance, les expériences de vies sont à la fois terribles, géniales, et folles. Je n’ai pas accroché le style, que j’ai trouvé assez lourd, trop grammaticalement “correct”, sans rythme réel.

Je suis donc assez désolée pour cette critique très sceptique de Rêves de gloire. En un sens, je comprends que l’on puisse être admiratif de toute l’énergie dépensée par l’auteur pour faire vivre cette œuvre. Mais cela n’a pas dépassé pour moi le stade de livre rêvé dans l’esprit d’un auteur, qui ne sera jamais plus qu’un pavé assez indigeste de 800 pages dont on serait bien en peine de savoir quoi en faire. Je préfère en retourner à de vrais témoignages du rock plutôt que perdre du temps sur des inventions qui ne réussissent même pas à avoir une résonance en moi.

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Antho-Noire …pour nuits de légendes

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antho noireL’Antho-Noire …pour nuits de légendes est la troisième anthologie dans laquelle je publie une nouvelle. Un bel objet reçu il y a une quinzaine de jours que je me suis fait un plaisir de découvrir dans son intégralité. Les projets collectifs de la Cabane à Mots ont une ligne directrice commune, celle d’aller dans les recoins les plus sombres des genres littéraires. Après le polar et l’érotisme, voici la fantasy et la proposition de s’adresser à un public « jeune adulte », soit à partir de treize ans. Avec cette étiquette, on pourrait craindre des textes édulcorés, moins tranchants que prévu, mais l’anthologie s’en sort avec les honneurs. Tout est bien noir, et on ne peut pas tellement dire que la violence nous est épargnée. La limite d’âge permet surtout d’éviter la tentation de flirter avec les limites de la décence et un lecteur qui apprécie les petits frissons sans pour autant s’amuser d’un étalage de perversions y trouvera facilement son compte. Sans aller dans la complexité, les textes sont loin d’être simplifiés à l’excès. Les treize ans et plus sont pris pour des lecteurs comme les autres et non des enfants à moitié analphabètes. J’ai tenu à ne pas trop trahir mon écriture pour ma nouvelle (dont je parle plus en détails ici), et il a été agréable de constater que les six autres auteurs sélectionnés maîtrisent également très bien la langue, le rythme, la progression de leur histoire.

Lapis lazulis de Sidonie Gatel est certainement le texte le plus touchant de l’ouvrage. Il est très justement placé en premier, ce qui permet une entrée en douceur dans une série d’univers qui n’auront rien de très enchanteur. Nous avons une histoire assez classique de la fantasy sur un fond de chasse aux sorcières, avec une bonne progression. La petite présentation de l’auteur nous apprend qu’il s’agit de son premier texte publié, et c’est une entrée plutôt réussie dans le monde de l’imaginaire !

Castrum Liberonis est la nouvelle la moins fantasy de l’ensemble. Sylvie Arnoux s’appuie sur une légende régionale pour entraîner le lecteur dans une inquiétante guerre de pouvoir médiévale fantastique. En toute franchise, j’ai un peu moins adhéré. L’idée m’a semblé quelque peu trop ambitieuse dans ce format, et de manière parfaitement subjective, les histoires de pacte démoniaque me laissent souvent de marbre. Castrum Liberonis a cependant le mérite de proposer un univers moins dépaysant que les autres, en ajoutant à la diversité du titre.

Avec La Renaissance d’Aya, Valérie Simon propose certainement le texte le mieux écrit du collectif. Sa plume n’est pas débutante, et cela se sent d’emblée. Les schémas ordinaires du conte sont repris à la perfection. C’est à un point que l’on attend avec impatience la conclusion pour savoir à quel moment l’auteur décidera de nous emporter vers quelque chose de moins convenu. Heureusement, le fin mot est à la hauteur. J’ai apprécié le pastiche tout en regrettant que l’auteur ne donne pas des signes de ses intentions assez tôt. Le virement est un peu brutal, mais parfaitement cohérent, et on ne peut que sourire à la morale ironique qu’il nous livre.

Ren, la légende du chat-vampire permet de s’échapper un peu des châteaux-forts occidentaux, pour une visite au Japon médiéval. Le changement d’air fait du bien. L’écriture de Kinrenka est aussi fluide que légère, on apprécie le voyage inspiré par des légères plus orientales. En peu de pages, les personnages deviennent assez attachants pour que l’on s’inquiète de leur sort et, à ce titre, cette nouvelle est sans doute celle qui s’adresse le mieux aux adolescents.

Mon petit coup de cœur va cependant à Callie J. Deroy et son Règne de Déléora. Contrairement aux autres auteurs, Callie prend le parti de ne rien nous décrire d’autre qu’une bataille. L’action est immédiate, le personnage et la situation globale posée en même temps que le combat, et l’on se surprend à suivre un combat sur lequel on ne sait presque rien, à prendre parti pour l’héroïne de l’aventure sans connaître les tenants et aboutissants de tout cela. Même sans une chute assez délicieuse, le texte restait bon en exécutant à lui seul la prouesse de tenir grâce à une simple description coupée au milieu de ce qui semble une plus bien plus vaste fresque.

Une bonne surprise aussi avec Les couloirs de Vüdrang de Patrick Godard qui mise sur l’humour en nous contant le périple d’une drôle d’équipée composée d’un guerrier, du barde Rocquer Djonnie et d’une elfe défigurée. J’ai beaucoup aimé les fausses sources de bas de page qui permettent de compléter efficacement un univers jalonné de petites histoires et de créatures surprenantes. On sent que l’auteur s’amuse beaucoup avec le genre, et la conclusion à tout cela est une bonne manière de quitter la fantasy pour revenir à la réalité.

L’Antho-noire …pour nuits de légendes est d’une assez belle variété pour ne pas s’adresser uniquement aux lecteurs de fantasy, une simple préférence pour les fins glaçantes devrait suffire !

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Le Sauveteur de touristes – Eric Lange

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couv42366297Avec Le sauveteur de touristes, je repars pour un tour du côté des éditions Taurnada qui avaient déjà attiré mon attention sur le titre Palissade. Une fois de plus, le résumé annonçait une histoire si particulière que je n’ai pu résister à l’envie de tenter un nouveau partenariat pour découvrir un peu mieux un catalogue composé de titres résolument originaux. C’est ainsi que je me suis retrouvée embarquée dans un techno-thriller fou qui est devenu un petit coup de cœur pour moi. Je pense même pouvoir affirmer qu’il s’agit de ma meilleure expérience de partenariat jusqu’à présent.

Résumé : Journaliste-reporter de guerre spécialiste des images et vidéos choc, Tom Harlem est la cible d’un attentat pendant une mission. De retour en France et encore très marqué, il pète littéralement les plombs devant le cynisme de son employeur. Viré, ruiné, recherché par un tueur auquel il doit de l’argent, il se retrouve obligé d’accepter un étrange contrat pour sauver sa peau. La jeune héritière d’une grande fortune a mystérieusement disparu pendant son dernier voyage en Asie. Tom devra exploiter ses contacts plus ou moins fréquentables à travers le monde pour retrouver ses traces, et mettre à jour un complot totalement dingue.

Il est des livres sur lesquels on pourrait écrire des pages entières pour en souligner tous les défauts, et d’autres avec lesquels il est plus compliqué de s’étendre. Le sauveteur de touristes est un petit roman de 170 pages qui respecte totalement sa fonction, celle de distraire d’un bout à l’autre en proposant une intrigue aussi tirée par les cheveux que cohérente (eh oui, il fallait le faire !). L’écriture est agréable. On se laisse de suite embarquer par la narration à la première personne de Tom, et rien ne vient gâcher le voyage. Le ton de Eric Lange est assez grinçant, on ne passe pas à côté des critiques à peine voilée de certaines institutions modernes, mais il arrive heureusement à ne pas trop en faire. J’ai craint, au début, d’avoir droit à de la critique facile style vieux punk sur le retour. Cependant, l’humour, et la finesse de la plume permettent d’éviter les phrases « coup de poing » qui se parodient elles-mêmes. L’affaire autour d’Open Life est tellement burlesque qu’on ne pourrait pas reprocher à l’auteur de trop en faire… C’est assumé, et c’est ce qui rend l’histoire si bonne.

En fait, tout est absolument exagéré. On peine à croire qu’il est possible de tenir une bonne intrigue en allant au Moyen-Orient, en France, à Bangkok, en Inde, aux États-Unis, en Égypte, en Angleterre, en Australie en si peu de pages. Non seulement le changement échevelé de décor se passe bien, mais pour chaque pays, une nouvelle ambiance prend le relais. En quelques mots, Lange nous offre la vision, les odeurs, la vie d’un autre territoire. Le lecteur est véritablement transporté, comme assez rarement dans un récit où l’on découvre des mondes encore inconnus. J’ai souvent eu la sensation qu’un carnet de voyage s’était tout simplement glissé au milieu du scénario, mais tout s’adapte suffisamment bien à l’intrigue pour qu’elle ne devienne pas un bête prétexte à étaler des observations de globe-trotter.

Les personnages qui jalonnent la route de Tom sont aussi assez incroyables. Il fallait oser, par exemple, faire du plus gros crack de l’informatique une sorte de gourou bicéphale à double pénis terrés dans les rues miséreuses de Bangkok. Dis comme cela, on pourrait croire à une blague. Au fond, c’en est une mais, à ce moment, il semble déjà acquis que tout sera insolemment trop énorme pour être vrai.
Au final, tout en gardant le ton du roman noir, Eric Lange va nous mener peu à peu sur une intrigue qui flirte avec la science-fiction. Il serait difficile d’en dire plus, hélas, la technologie prend rapidement une place importante dans le récit.

Si vous êtes à la recherche d’une lecture sympathique, sans prise de tête mais avec un certain nombre de références culturelles pour décoller un peu de chez vous (et donner, qui sait, des idées de vacances pour les plus téméraires), je conseille la lecture du Sauveteur de touristes. Plus mitigée sur Palissade, je suis désormais convaincue que suivre les publications de Taurnada peut réserver de bonnes surprises.

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Sans âme – Gail Carriger

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On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même...

On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même…

A l’origine, Sans âme, premier tome de la saga du Protectorat de l’ombrelle qui en compte 5, a été l’achat d’un moment de faiblesse. Je venais d’assister à une petite conférence sur les vampires pendant un salon du livre et Gail Carriger faisait partie des invités. J’ai très vite été attirée par sa vision des créatures, sa volonté de rompre un peu avec le mythe du mort-vivant ténébreux, en intégrant notamment de l’humour dans ses histoires. La dame m’a semblée fort sympathique, et quand je me suis approchée de sa table, malgré l’horreur absolue de ses couvertures, je n’ai pu résister à son grand sourire. Je n’irais pas dire que je regrette d’avoir découvert son univers, mais de moi-même, je ne serais jamais allée vers le Protectorat de l’ombrelle. Une fois en possession du roman, je me suis tout de même posé quelques questions. Je craignais de tomber sur de la mauvaise bit-lit, mais des avis d’un lectorat masculin comme féminin m’ont détrompée. Néanmoins, après avoir atrocement saigné du cerveau avec le tome 1 d’Anita Blake sous le même genre de conseils, je suis entrée dans ce roman avec une certaine méfiance. Verdict ? Nous sommes au moins sauvés sur un point, contrairement à Laurell K. Hamilton, Gail Carriger sait écrire ! Pour le reste, je ressors mitigée, ni vraiment convaincue, ni follement emballée.

Résumé :
L’Angleterre Victorienne a intégré loups-garous, vampires et fantômes à sa société. Tout semble assez bien organisé pour éviter les conflits mais, le soir d’une réception, Alexia Tarabotti, vieille fille de vingt-six ans, manque de se faire dévorer par un vampire affamé réduit à l’état de bête rampante. Le mystère est d’autant plus grand qu’aucun vampire ne semble avoir enfanté la créature, et que certains solitaires se mettent à disparaître…

Raconté de cette manière, le scénario semble intéressant. Le problème est que nous pouvons aussi faire un résumé tout autre sans être dans le faux. Nous verrons cela plus loin, lorsque j’aborderai les points négatifs. Au départ, l’écriture d’un type victorien très empesé m’a fait très peur. Les premiers gags sont franchement grotesques (un vampire qui tombe sur une tarte à la mélasse et se fait tuer par une ombrelle…) et laissent à craindre des blagues de cour de récréation. Heureusement, l’humour s’affine, donnant des passages délicieusement absurdes. Si Carriger m’a parfois fait hausser les sourcils, elle m’a aussi fait sourire en se moquant des convenances de l’époque, si peu adaptées à l’intrusion de monstres sanguinaires dans les salons et pose de justes questions de bienséance sur, par exemple, comment servir un foie cru à un gentleman loup-garou. De ce point de vue, si on veut se moquer un peu de l’ère Victorienne, de son écriture féminine insupportablement dégoulinante, l’auteur réussit assez bien son pastiche. Malgré les lourdeurs du début, on se prête vite au jeu, et les touches d’esprit deviennent distrayantes.

L’univers est bien pensé également et m’a rappelé Anno Dracula de Kim Newman, qui propose aussi un Londres victorien qui a intégré les vampires à son quotidien. Certaines personnes peuvent survivre à la transformation, d’autres non. Il s’agirait d’une histoire d’excès d’âme, mais il apparaît vite évident que cette explication religieuse n’est pas suffisante. Pour une raison mystérieuse, Alexia Tarabotti fait perdre leurs pouvoirs aux créatures magiques, elle serait donc une « sans âme ». Seules les femmes peuvent offrir le don ténébreux mais elles sont aussi difficiles à transformer, ce qui entraîne une société matriarcale qui les place à l’opposé de la soumission des épouses anglaises de cette époque. Un personnage américain nous permet également de découvrir que tous les pays n’ont pas intégré vampire et loup-garou de la même manière. Ceux-ci sont violemment chassés aux États-Unis, où l’on persiste à les voir comme des œuvres du démon. Le protectorat de l’ombrelle propose donc un monde plutôt riche et travaillé, une révision du mythe assez bien pensée, qui interroge, et donne plusieurs pistes à explorer. On a très envie d’en apprendre davantage sur l’organisation de ce monde et de plonger dans l’intrigue. Or, cette intrigue, qu’est-elle vraiment ?

Un autre résumé : A vingt-six ans, Alexia Tarabotti est toujours vieille fille à cause de son teint trop bronzé pour la bonne société anglaise et de son caractère trop affirmé. Cependant, une forte tension sexuelle la lie à un beau Lord loup-garou. Sauront-ils mettre de côté leur fierté pour s’aimer ? Une aventure riche en émotion les aidera-t-elle à s’unir ? Alexia parviendra-t-elle à perdre enfin sa virginité ?

Tout de suite, le ton change. Il apparaît rapidement, gros comme un château-fort dans un village de trois pelés, que Lord Woolsey et Miss Tarabotti risquent de finir ensemble avant la fin de l’histoire. Mais ce n’est pas le plus gênant. Le plus agaçant surtout, est de commencer notre roman en apprenant que Alexia serait rejetée parce qu’elle est… attention folle révélation… de type italien. Elle n’est manifestement pas laide, on nous précise qu’elle a une forte poitrine, qu’elle est de bonne naissance, mais j’ai pu découvrir dans ce livre que les anglais du XIXe siècle considéraient les italiens comme des parias, un peu comme des roumains. Ce postulat, totalement faux et de mauvaise foi pour donner un prétendu « malus » à un personnage qui doit cependant rester proche d’un lectorat féminin est d’emblée exaspérant. Alexia est aussi énervante, comme l’ensemble des protagonistes. Si je disais plus tôt que l’écriture empesée victorienne n’était pas si mal, j’ai été plus dérangée par le côté très caricatural de tous les personnages présents. Nous n’échapperont donc pas au beau lord bourru et ténébreux, à la femme forte mais maladroite et grande gueule, à sa meilleure amie vieille fille bien plus coincée qui sert de faire-valoir, ou au vampire extravagant du type gay flamboyant. Certes, c’est amusant. Mais l’ensemble manque de finesse et ne permet pas de grandes envolées sur la profondeur des psychologies de chacun. Du coup, en ce qui concerne les relations entre les personnages, tout semble joué d’avance.

Le scénario tombe par conséquent assez vite à plat puisque l’auteur préfère passer d’assez longs chapitres à mettre notre couple en devenir dans une pièce et voir ce qui va bien pouvoir arriver. On ne sait plus très bien à quelle intrigue se raccrocher : la disparition des vampires ou savoir si, enfin, Alexia et ce maudit loup-garou vont faire autre chose que se bécoter et se peloter en respirant très fort. En lisant quelques critiques, d’autres lecteurs avaient souligné le caractère trop sexuel de ce livre. Eh bien j’ai été presque déçue. Je m’attendais, au moins, à des scènes de tournures violemment arrachées et de levrettes sauvages sur un piano. Mais rien de tout cela ! Rien que du touche-pipi pour faire mouiller la culotte des adolescentes en fleur. C’est profondément ennuyeux. On voudrait que cela s’arrête enfin, que les deux imbéciles passent à l’acte une fois pour toute, et permettent à l’intrigue de reprendre un rythme décent. Sauf que, l’auteur semble décider en cours de route que cette affaire-là sera plus intéressante que son scénario… Alors, même si beaucoup de choses interrogent, les questions de fond sont passées à la va-vite, et surtout, le final est un ratage magistral où tout devient d’une violente incohérence, ou d’une facilité honteuse pour qui est en train d’écrire une histoire érotique déguisée en enquête.

Alors pour ceux qui ne veulent pas être spoilés, je dirais juste qu’il ne faut surtout pas s’attendre à ce que les méchants de cette aventure aient des réactions intelligentes ou même logiques, sauf si leur intention inavouée est juste de rapprocher les deux héros du roman.

Pour ceux qui ont lu le livre ou qui s’en fichent, voici quelques points plutôt édifiants : Apprenez que pour attraper un vampire, fût-il millénaire, c’est en réalité très simple, il suffit de leur mettre un mouchoir imbibé de chloroforme sous le nez. Donc, les mort-vivants respirent. Soit, on fait ce qu’on veut avec une espèce imaginaire, mais il faut reconnaître que l’extrême facilité de la solution est décevante. Les disparitions et apparitions de vampires contre-nature coïncident avec l’ouverture d’un club de scientifiques, mais personne n’a l’idée de mener une enquête là-bas. Le nom choisi a aussi de quoi laisser perplexe, club hypocras… Sérieusement, pourquoi ? Mais l’absurdité atteint tous ses sommets quand après avoir capturé toutes les créatures avec une honteuse facilité et bloqué un très vieux vampire avec des menottes (pas si terrible ces bêtes là franchement), les « méchants » ne reconnaissent absolument pas Alexia Tarabotti. Ils savent qu’une « sans âme » vit à Londres, connaissent son nom, mais ont été incapables de l’identifier alors qu’elle fréquente des vampires, des lycans et les milieux huppés de la société anglaise. Sûr que ça demandait une enquête violente ! Mais, malgré le fait qu’ils l’aient vue en si bonne compagnie à plusieurs reprises, ils pensent pouvoir la rallier à leur cause et lui faire confiance. Normal. Pour vérifier si son pouvoir fonctionne réellement, ils choisissent le loup-garou le plus féroce de tous, la laissent seule dans une cellule avec et vont se balader une heure en attendant. Je… Mais, ne venait-on pas de dire à quel point Alexia serait importante pour leurs recherches ? Non, les mecs prennent le risque de la tuer. Pire, si son pouvoir fonctionne, ils la laissent une heure avec le chef de meute qui n’est autre que son grand ami Lord Woolsey. A ce stade, j’ai voulu pleurer des larmes de sang, déchirer ce livre et insulter l’auteur de tous les noms. Je voulais y croire un petit peu quand même, pour l’univers, mais j’ai rarement vu une intrigue aussi improbable même dans un très mauvais film d’action. Donc, Gail Carriger offre une nouvelle scène de haute tension sexuelle dans les cachots et nous dit clairement qu’elle n’en a plus rien à foutre d’écrire un scénario crédible tant que ses personnages peuvent s’avouer leur amour dans une situation « originale ».

Sans âme donne beaucoup de promesses, et autant de déceptions. J’aurais pu pardonner l’aspect romance s’il ne dévorait pas impitoyablement une partie de l’intrigue. Objectivement, il s’agit d’un bon titre, à côté du reste de la production Bit-lit. Je ne suis pas sûre de donner sa chance au deuxième tome même si j’aurais aimé obtenir d’autres précisions sur l’univers (mais les aura-t-on réellement ?). En revanche, cette lecture m’a rappelé que Anno Dracula proposait la même chose avec plus de maturité et que le tome 2 est sorti en poche récemment, donc le temps est peut-être plutôt venu d’aller découvrir Le baron rouge.

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Palissade – Franck Villemaud

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Palissade-franck-villemaudEn parcourant la liste du dernier masse critique Babelio, je me suis laissée tenter par la quatrième de couverture intrigante de Palissade, petit roman publié par les jeunes éditions Taurnada. Comme découvrir un livre, un auteur, et un éditeur est toujours un plaisir, je me suis donc réjouie de pouvoir faire les trois à la fois en recevant le livre dans ma boîte aux lettres. Un « Thriller », comme c’est indiqué sur la couverture, classification devenue un peu fourre-tout mais, si on se passera ici d’une enquête criminelle, ou du profil psychologique finement établi d’un tueur, le noir est bien présent, et s’affirme même de manière étonnante.

Résumé : Remis de sa séparation, Fred quitte l’hôpital psychiatrique et semble décidé à commencer une nouvelle vie dans une petite maison à l’arrière d’un immeuble. Son goût pour le rock, ses qualités de guitariste, lui attirent la sympathie de Roland, son unique voisin, un quinquagénaire alcoolique à la vie dissolue. Une amitié faite de musique, nuits blanches et sévères gueules de bois va se créer entre eux le temps d’un été, avant que tout ne finisse par dégénérer…

Critique : Palissade est le genre de lecture qui fait du bien de temps en temps, rapide, franche, pleine de sensibilité. L’écriture m’a semblé patiner un peu au début, notamment à cause d’une ponctuation hésitante, mais le ton tranché du narrateur s’affirme très vite. On entre très facilement dans sa vie, les ambiances décrites, ses sentiments et impression. Palissade est un texte qui respire l’expérience par tous les mots. Nous ne sommes pas dans le fantasme d’un auteur, on devine qu’une très large partie de ce qui nous est raconté appartient au réel, tant au niveau de la rupture amoureuse au début, que dans les soirées bien arrosées ou le personnage de Rolland. Qui n’a croisé aucun Rolland au détour d’un chemin ou même, comme Fred, à une période un peu trouble de son existence ? C’est tout à fait le type de personnage qui m’inspire autant de sympathie que de rejet. J’aime y voir l’ombre de certaines connaissances, je déteste pourtant qu’on les rappelle à ma mémoire. Pendant une partie de ma lecture, j’avais aussi dans la gorge l’âpre goût des lendemains de soirées qui s’achèvent en blackout.

L’amitié qui se lie entre Fred et Rolland est terriblement crédible, je me suis aisément laissée prendre au piège des apparences, celle de l’éternel « bon ami de bibine » qui s’invite un jour, devient d’un coup meilleur ami, ne part plus, a tous les soirs une nouvelle aventure éthylique à commencer. Et les jours défilent sans qu’on les voit, jusqu’à ce qu’on réalise qu’on y laisse peut-être un peu trop sa tête. Rolland est ce genre de personne, le soutien moral qui a trop besoin de se sentir approuvé dans sa vie débauchée pour te vouloir du bien. Et là, évidemment, les choses commencent à dégénérer. La thématique de l’ami oppressant m’inspire toujours, puisqu’elle est prétexte à créer un huis-clos psychologique vraiment angoissant, rend personnages comme lecteurs paranoïaques, et promet en général une chute inattendue.

S’il serait impossible d’en dire plus au risque de gâcher toute la surprise, je peux dire que le renversement de situation est surprenant. L’auteur nous donne quelques pistes, mais rien qui permette de deviner où il va nous mener. Quand un roman donne des soupçons, nous prépare à être surpris et réussi à le faire, c’est toujours une belle prouesse. Par contre, et là je vais souligner un bémol qui fait que Palissade ne sera pas le coup de cœur qu’il aurait pu devenir. Si le coup de théâtre est beau, je n’ai pas cru un seul instant à la fin. Les personnages sont bien cernés, tout le côté judiciaire laisse cruellement à désirer. Je regrette que l’auteur n’ait pas apporté plus de soin à cet aspect. On peut évidemment excuses les non-dits, le fait de ne pas vouloir s’embêter de descriptions trop administratives, mais les zones d’ombres ne doivent pas céder à la facilité, même si le roman est à l’origine l’adaptation d’une pièce de théâtre (format qui se permet plus facilement les invraisemblances). Parfois, des fins sont très tentantes, on aimerait les écrire, mais confronté à la complexité du réel, on se rend compte qu’il faudrait faire de sacrées acrobaties scénaristiques pour les faire entrer dans le domaine du possible. Alors, peut-être qu’en y travaillant plus, Franck Villemaud y serait arrivé, mais dans l’état, c’est trop surréaliste pour ne pas faire hausser un sourcil. Un peu déçue donc, cependant, Palissade reste une bonne lecture qui trouvera un véritable écho aux abonnés des amitiés à problèmes, fêtes chaotiques et séduira avec son basculement plutôt osé.

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Un homme effacé – Alexandre Postel

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unhommeeffacéMon dernier roman de l’année sera aussi une première puisque je n’avais encore jamais eu la curiosité de regarder un prix Goncourt du premier roman récent. Celui-ci est de 2013. Mais ce n’était pas mon intérêt principal lorsque j’ai choisi de faire un partenariat pour ce titre avec Folio. La quatrième de couverture m’a intriguée, j’ai pris le risque de me laisser tenter. Mon intuition ne m’a pas déçue.

Résumé : Damien North est l’homme le plus transparent du monde, un fantôme des classes dites favorisées dont la vie se joue depuis douze ans entre sa maison et les cours de philosophie qu’il donne à l’université de sa ville. Cette vie tranquille bascule quand on l’accuse d’avoir téléchargé un millier d’images d’enfants à caractère pornographique. Il se sait parfaitement innocent, mais la terrible machinerie judiciaire, les doutes grandissant d’un entourage qui le connaît si peu, feront tourner son existence au cauchemar.

Chronique :
Un homme effacé est très agréable à lire malgré son sujet difficile. Il est servi par une écriture maîtrisée, efficace, juste assez riche pour ne pas ennuyer le lecteur exigeant. On pourrait aussi se dire qu’elle n’a rien d’incroyable mais tout s’enchaîne parfaitement, avec des relances à chaque fin de chapitre qui donnent presque l’impression de lire un roman d’action à tiroirs, où l’on va de rebondissements en rebondissements. Pourtant, il n’en est rien. L’auteur parvient à nous faire suivre avec passion la vie et les malheurs d’un homme particulièrement ennuyeux.

Damien North est un peu l’archétype de cet enseignant timide que l’on trouve sympathique en classe, mais dont l’existence paraît terriblement sinistre. Cruel de réalisme, quoique peu de lecteurs voudraient s’identifier à lui, Monsieur North est un intellectuel solitaire, qui semble s’être toujours plus ou moins laissé porter par les événements, qui s’est vaguement amusé dans sa jeunesse, et ressemble déjà à un vieillard à quarante-cinq ans. Tel un automate de la vie moderne, il travaille sur son ordinateur, se rend à l’université, et s’occupe de son jardin. Imperturbable depuis plus d’une dizaine d’année, sa vie pourrait se poursuivre ainsi jusqu’à sa mort. On ne le sent pas malheureux, à l’inverse d’un héros de Huysmans dont il rappelle quelques traits, mais plutôt résigné à ce que rien d’incroyable ne puisse jamais lui arriver, formaté à être vide à l’intérieur et à s’en contenter.

Evidemment, la mécanique parfaitement huilée de son quotidien prend un virement terrible le jour où la police le convoque pour détention d’images illicites. Il y a d’abord l’incompréhension, puis la juste assurance de se croire hors de portée, puisqu’il ne s’est rien passé. Le pauvre North découvrira combien le monde a vite fait de condamner, et le fait que les images aient bien été téléchargées sur son ordinateur, n’est pas là pour clamer son innocence. Son vide intérieur le dessert, puisque, du point de vue des spécialistes qu’il rencontrera, sa vie n’a rien de très sain : solitude, célibat prolongé, unique expérience sexuelle avec une artiste du double de son âge… Damian North semble avoir tout de l’homme perdu, instable, proche de la dépression. Certains souvenirs évoquent de possibles traumatismes d’enfance, mais je ne les trouve pas particulièrement utiles. N’ayant aucun ami proche, et une entente assez relative avec son frère, l’enseignant fait figure d’un homme perdu dont on va soudain s’intéresser à l’existence sordide. Les soupçons vont naître dans le voisinage, dans son entourage, on se souvient de toutes ses attitudes troublantes et, puisque personne ne semble assez tenir à lui pour le défendre, la sentence arrive vite.

Nous suivons donc North dans son enfer, avec cette accusation injuste qui lui fera prendre conscience de l’inconnu qu’il est aux yeux de tous et, surtout, réveillera ses démons, lui fera craindre de posséder la perversion dont on l’accuse, par ce procédé psychologique qui fait qu’une fois un faux procès est mené par la vindicte populaire, on garde un sentiment de culpabilité, l’impression d’être du mauvais côté malgré soi. Toute cette partie est très bien vue.

J’ai trouvé plus dommage en revanche de ne pas réveiller un peu plus la conscience de Damien North, qui sera abattu mais restera inchangé. Il me semble que le roman aurait été plus fort si le drame l’avait réveillé, s’il avait montré une personnalité moins creuse que celle que l’on devine dès le départ, en rendant assez tristement compréhensible la défiance de son entourage. Après, le titre du roman va bien sûr dans ce sens, Un homme effacé présente la victime parfaite, le portrait de personnes qui pourraient aller en prison sans choquer, et dont on peine à compatir au malheur comme si leur existence si étrange et désolante le justifiait.

Le reproche plus sérieux en revanche est que les ficelles narratives qui permettent une telle histoire sont assez grossières. Si North est travaillé, tous les autres personnages, du voisinages, aux collègues et aux spécialistes ont des attitudes caricaturales qui sont plus vraisemblables que crédibles. Le choix d’imaginer une ville, un pays dans une sorte de futur proche permet aussi de faire l’impasse sur un certain nombre de procédés judiciaires qui pourraient empêcher à la situation de tourner de cette manière, afin de nous prouver notamment que même la plus innocente des personnes peut avoir le profil parfait du coupable. Pourquoi pas… Sauf que les conclusions des médecins semblent particulièrement hâtives, un peu trop caricaturales pour rendre la critique réellement corrosive. De même, l’explication finale est assez délirante, et les réactions du voisinage peuvent laisser sceptique.

Si « Un homme effacé » se défend bien dans son écriture, et le traitement du personnage principal, de sa souffrance, je trouve le propos assez fluctuant. Le décor planté autour du très vaporeux Damien North manque lui-même de consistance. Si la caricature avait été assumée jusqu’au bout, cela aurait pu donner quelque chose d’intéressant, mais le ton est un peu trop sérieux pour passer sur les irrégularités du roman. Un bon titre cependant, qui a le mérite de tomber juste sur la chose qui intéresse le plus, à savoir, les réactions d’un homme trop ordinaire face à une accusation aussi injuste que dégradante.

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Anthologie Robots chez La Madolière

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10285785_782551021792989_6403282298771276457_oAprès une longue absence côté critique (mais enfin, les rendez-vous deviennent exceptionnels), je reprends le clavier pour un post un peu particulier. J’aimerais vous faire une vraie chronique de l’anthologie Robots, parue chez La Madolière, mais on pourrait mettre en doute mon objectivité. En effet, j’ai le plaisir d’être au sommaire avec la nouvelle De sang avide. L’autre raison est que je ne voudrais pas risquer l’incident diplomatique avec mes co-auteurs qui, je le sais, attendent tous des louanges sur leurs textes – et ont déjà préparé la hache en cas de désaccord. Que l’on se le dise cependant, je n’ai pas grand-chose à reprocher à ce livre en général. La date de la sortie permet de découvrir le travail des autres, d’avoir une idée de ce à quoi ressemble un projet auquel nous n’avons fait qu’ajouter une petite pierre, un texte noyé au milieu d’autres. Après la joie d’être retenu, l’autre bon moment est aussi celui de lire et apprécier les contributions de chacun.

Pour parler un peu de la maison d’édition, La Madolière publie une anthologie par an sur un thème spécifique depuis trois ans. Morts dents lames était consacré à la violence, Créaturedont vous pouvez trouver le billet – annonçait bien le sujet, tout comme Robots qui prend dignement la relève. Et, quoique le titre puisse laisser craindre le piétinement de sentiers rebattus par la SF populaire, les nouvelles utilisent la diversité et, surtout, loin des vieux clichés, donnent une vision très contemporaine du robot, souvent en accord avec les évolutions technologiques et questions éthiques actuelles.

Plutôt qu’une critique texte par texte, je vous propose un voyage entre les différentes histoires, même s’il est possible que je m’attarde plus sur certains écrits que d’autres. Tout commence avec Gaëlle Saint-Etienne, grande habituée des anthologies de La Madolière. Un génie récupère un robot envoyé dans l’espace bien avant de naissance et aimerait déchiffrer son langage. Plus léger, Jean-Marc Sire présente ensuite un robot qui fuit l’usine pour aller cueillir les pommes du verger et aider la femme de son maître à préparer des confitures. Une nouvelle très mignonne, pleine d’humour et au dénouement inattendu, mais heureux, chose qui risque de ne pas arriver très souvent par la suite. On reste dans la poésie avec Xavier Portebois. Un joueur de oud doit apprendre à utiliser des bras bioniques. Mais jusqu’à quel point devra-t-il sacrifié son humanité pour vivre sa passion ? Laurent Pendarias a fait dans l’original. Déjà remarqué dans l’anthologie Créature en donnant la parole au dernier représentant d’une race d’escargots géants, il présente cette fois le monologue d’une camionnette de livraison fort présomptueuse. En quelques pages, le véhicule s’appliquera à expliquer combien nous, humains, sommes prévisibles. La chute est délicieuse. Bien plus scientifique, le texte de Joël Tardivel-Lacombe s’amuse avec les lois de la robotique d’Isaac Asimov. Puis, cap au Far West en compagnie de Patrick Lorin, d’un robot sherif et d’un robot pasteur, venu dans un village de cow-boy apporter un peu de droiture et de valeurs morale. La nouvelle est assez longue mais agréable à suivre. On ne sait pas vraiment ce qu’on attend de la fin, mais je peux assurer que c’est un joli coup. En parlant de morale d’ailleurs, la suite pourrait heurter les âmes pudibondes puisque Pierre Berger s’applique à nous décrire une scène erotico-technologique teintée de mélancolie.

Sur un fond de paranoïa qui n’aurait rien à envier à Philip K. Dick, David Mons trace le portrait d’un tyran fou qui semble intouchable, avec quelques vaches-robot tueuses au passage (et oui, et pourquoi pas ?). On poursuit à couteaux tirés aussi avec Luce Basseterre et un robot capable d’imiter n’importe quel textile qui pourrait bien faire des envieux. Guillaume Lemaître, autre habitué mais aussi collaborateur de La Madolière peint un futur où les implants robotiques sont devenus une normalité, même si le coût du meilleur matériel fait que les indifférences sociales persistent. Sous m’avancer dans le scénario, qui part d’une étrange défaillante chez un cyborg de pacotille, j’ai beaucoup aimé tous les enjeux sociaux en arrière fond, et presque regretté que le format nouvelle ne permette pas d’en apprendre un peu plus sur ce monde. Plus léger, mais non moins glaçant, Alexis Potsche fait dans la simplicité apparente : un homme est très en retard à son examen, le contrôleur androïd d’un train pourrait bien tout faire rater. Court, et efficace.

Auteur que j’apprécie de suivre d’une anthologie à l’autre, Sébastien Parisot alias Herr Mad Doktor a encore réussi à sortir un texte bien loufoque de ses labos. Un savant fou a enfin mis au point un sérum, concentré de nanobots, qui doit le rendre invulnérable. Malheureusement, quand la mégalomanie touche le personnage d’une nouvelle de science-fiction, on doit toujours craindre les ennuis au tournant… Ensuite, vient donc mon texte sur lequel je m’attarde dans un autre post que celui-ci. Il est très agréablement suivi par Solveig Kulik, nouvelle débarquée qui mérite le détour avec son automate qui voulait devenir un humain. Ambiance plutôt « steampunk » cette fois, dans un XIXe siècle où pantins de bois et poupées de porcelaine n’ont rien à envier aux robots modernes. Un conte touchant, mais un peu cruel aussi. Jones Southeast est aussi un revenant, et c’est un monologue complètement délirant qui nous est servi à travers un narrateur un peu trop accro aux substances psychotropes, alcools et aux possibilités infinies de la technologie.

Retour au XIXe siècle avec Fanny Angoulevant qui nous emmène dans l’Angleterre Victorienne la plus convenue possible pour y faire atterrir une androïd perdue dans la timeline. Le ton passe progressivement de la romance à l’horreur et vu mon « amour » (très limité) pour ce qui touche au victorien, je ne peux qu’être interpellée. Je ne sais pas si c’est volontaire, mais le thème du robot créé pour incarner la femme parfaite m’a beaucoup rappelé L’Eve-Future de Villiers de l’Isle-Adam, comme la suite et les conséquences de l’expérience manquée – et déjà assez terrifiante – de ce roman. Plus sympathique, le robot de Frédéric Darriet, s’occupe de rescapés d’un univers post-apocalyptique et se prend d’amitié pour une petite fille.

Xavier-Marc Fleury propose d’une nouvelle d’anticipation sociale qui soulève aussi de nombreuses questions de fond. Nous voici dans un futur où il est possible de remplacer ses morts par des robots à leur image, en y transférant les souvenirs que gardent leurs proches d’eux. Evidemment, cette « mode » dérange et provoque de lourdes oppositions de la part de pro-humains. En fait, j’ai trouvé l’idée si passionnante que j’ai été un peu déçue du traitement très manichéen de la chose. Les pro-humains sont assimilés à des conservateurs du genre FN alors que je trouve pourtant difficile d’être du côté d’une société qui nie le deuil avec des machines. Ceci dit, ça donne à réfléchir, tout en présentant une jolie histoire et c’est bien le principal. Lilie Bagage nous montre comment un robot peut progressivement gagner une identité humaine et pour finir ce tour (plutôt long au final) Julien Chatillon-Fauchez entraîne le lecteur dans une jungle isolée où vit depuis des siècles un immense robot octopus qui a fuit les hommes pour ne pas finir démantelé. Sur ses traces, une journaliste au chômage va découvrir bien plus que sa curiosité ne l’espérait. La nouvelle clot le recueil avec quelques réflexions philosophiques et, surtout, une fin apaisée, véritable réconciliation entre l’homme et la machine, ce qui ne semblait pas toujours évident pendant ce voyage !

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