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Dangereusement à l’est – Fitzroy McLean

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IMAG0325 (1)Changement dans mes lectures pour cet été et, plutôt que d’aller vers un roman bien distrayant, je m’attaque à du témoignage historique. Je n’avais pas quitté la fiction depuis un petit moment, alors passer à du documentaire fait du bien. L’inconvénient est que la richesse du contenu fait aussi de Dangereusement à l’est un livre sur lequel on pourrait difficilement passer la journée, au risque de lire des passages chargés d’informations en diagonale – ce qui serait dommage. Comme je me suis engagée avec Babelio à publier une critique sous un mois, voici ce que je peux déjà vous dire de la première partie… J’éditerai quand j’en serai venue à bout.

Ce qu’en dit l’éditeur : Dangereusement à l’Est est un récit autobiographique des débuts de carrière de Fitzroy Maclean, diplomate anglais dont on dit qu’il a inspiré le personnage de James Bond (il a très bien connu Iann Flemming), associant le même savant cocktail de diplomatie, d’espionnage, et de voyages. Il se lit comme un fabuleux récit d’aventures, mais aussi comme de fascinantes chroniques présidant à la naissance de l’Europe moderne. Fitzroy Maclean côtoie les grands de son temps et livre des portraits enlevés de Staline, Churchill, Tito… (…)
Ce récit, publié pour la première fois en Angleterre en 1949, a fait l’objet d’une traduction en langue française aux éditions Gallimard en 1952 sous le titre de Diplomate et franc-tireur. (…)

On a plus souvent l’habitude de voir la seconde guerre mondiale d’un point de vue français ou allemand. Découvrir cette période sous la plume d’un britannique, en se concentrant plus spécifiquement sur la partie est du conflit m’a tout de suite semblé intéressant. Je ne pensais pas prendre des risques énormes, étant suffisamment renseignée sur ce chapitre de l’Histoire pour éviter de me sentir trop perdue. Dangereusement à l’Est n’est pas un livre à choisir pour découvrir la seconde guerre mondiale. Beaucoup de choses ne sont pas contextualisées. Néanmoins, il constitue un excellent complément pour mieux comprendre l’organisation de l’URSS et profiter d’anecdotes militaires sur les combats en Afrique du Nord. Une vision globale de la situation mondiale suffit puisque l’auteur attache un soin véritable au détail. L’écriture est élégante, pose des ambiances précises, des personnages locaux et d’agréables touches d’humour britannique. Elle est cependant trop dense pour accrocher très longtemps. Le titre demande une attention soutenue qui ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs mais il faut, de toute manière, être assez motivé par le sujet pour s’y attaquer. En ce qui me concerne, j’apprécie particulièrement la manière qu’a McLean de poser ses décors ou présenter toutes les situations assez folles et cocasses dans lesquelles il s’est retrouvé impliqué.

La première partie, sur ses voyages en urss, est vraiment savoureuse. Avec un art de la tournure, l’auteur fait ressortir à la fois son exaspération et son amusement las devant l’administration communiste qui, sans cesse, se mettra en travers de sa progression. Tout en disséquant toute une machinerie politique inquiétante (en nous présentant d’un bout à l’autre un procès de notables qui rendrait presque 1984 mignon), l’auteur s’imprègne aussi d’une autre culture, celle du peuple russe, de toutes les civilisations asiatiques conquises, qui tentent de vivre dans leurs traditions, de garder un sens de l’accueil, malgré la haine de l’étranger qu’on voudrait leur imposer. On explore des pays souvent oubliés, comme le Turkménistan ou le Kazakhstan, on part à la rencontre de leurs habitants haut-en-couleur, de citées orientales à moitié détruites mais fières et la vodka coule assez à flot pour faire tourner la tête au lecteur lui-même. C’est un beau voyage, émaillé de scènes qui virent au comique absurde quand le narrateur trouve sur sa route des gardes qui veulent l’empêcher de passer pour des raisons qu’ils ne sont jamais capables d’expliquer clairement.

Après l’URSS, McLean retourne chez lui pour rejoindre l’armée. Le changement est assez brutal. Il diversifie le témoignage et, en même temps, laisse un peu sur sa faim. D’abord un peu déçue de constater que le voyage à travers l’est était terminé, je me suis laissée prendre à des récits très différents puisque, d’aventures diplomatiques, nous passions à la guerre. C’est un petit peu moins original, les témoignages militaires étant beaucoup plus fréquents, mais McLean sait ajouter les petits détails qui passionnent. On ne peut qu’être surpris de découvrir avec quelle facilité son équipe parvient à tromper l’ennemi. Je lisais sur la quatrième de couverture que les anecdotes de l’auteur ont inspiré le personnage de James Bond. A partir de ce moment, tout s’éclaire puisque certains passages sont vraiment dignes de films d’action ou d’espionnage que l’on pourrait trouver invraisemblables. On découvre ainsi que, oui, aussi surprenant que cela soit, un soldat en uniforme britannique et avec un accent anglais peut réussir à se faire passer pour un officier italien.  Je ne suis pas assez avancée pour vous en dire beaucoup plus, et cela gâcherait sans doute une partie du plaisir pour qui aurait le courage de se lancer. Mais on peut dire que les 200 premières pages ne manquent pas de rebondissements et de contenus. Elles justifient déjà largement la lecture.

Dangereusement à l’Est est un très bon document historique qui devraient intéressé tous les passionnés de la seconde guerre mondiale et amateurs de belles lettres. Les éditions Viviane Hamy ont fait un beau travail et un choix judicieux en proposant une nouvelle traduction française de l’ouvrage.

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La Communauté de l’Anneau – Tolkien

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product_9782070612888_244x0Il doit exister un si grand nombre d’articles sur le premier livre du Seigneur des anneaux que celui-ci n’apportera certainement pas grand-chose de plus. Cependant, je tenais à dire qu’après passé une dizaines d’années à me demander si oui ou non j’allais me lancer dans l’univers de Tolkien, je peux enfin parler de fantasy en citant ce que nombre de gens considèrent comme la « base » absolue. Etant passée cet été par Le Hobbit, et vu que la lecture était loin d’être si terrible, j’ai profité de la motivation de groupe pour une lecture commune (il fallait bien cela) pour franchir enfin le pas. Je ne le regrette pas. Je regrette par contre d’avoir reculé tout au long de mon adolescence en entendant d’inquiétants sons de cloches au sujet de descriptions abominablement longues et, phénomène d’époque oblige, « Harry Potter est beaucoup mieux ! », chose dont j’étais certainement très convaincue au collège. Personne n’a eu une bonne idée de m’offrir la trilogie, j’ai découvert d’autres séries de fantasy entre temps, j’ai vu avec plaisir les films et trouvé cela suffisant. Au final, je me suis estimée si fascinée par Gormenghast, une trilogie moins connue mais néanmoins contemporaine à celle de Tolkien, que je me suis donnée pour mission de défendre la mémoire de Peake, l’autre sieur britannique ayant déjà bien assez de fans zélés pour qu’il soit nécessaire de m’y ajouter.
Surtout, n’allez pas croire que je me cherche des excuses…

Plonger dans Le seigneur des anneaux après avoir entendu des amis débattre de long en large de la question sans rien y comprendre – et donc éprouver le moindre intérêt -, vu les films un nombre incalculable de fois, en avoir mangé malgré soi jusqu’à l’écœurement, avec le sentiment que certains en faisaient, à l’instar de la Bible, un livre de chevet unique, à la fin duquel la littérature s’arrêtait définitivement (en dehors de Tolkien et Lovecraft, la lecture c’est pour les faibles), plonger dans Le seigneur des anneaux après tout cela donc, permet-il néanmoins d’apprécier l’œuvre ? Je dirais oui. Quoique l’appréciation, ôtée de toute sa naïveté première, soit biaisée, j’ai passé un très bon moment en compagnie des hobbits, et un peu des autres aussi. Le fait d’être plus âgée m’a, semble-t-il, permis de ne pas être gênée par les descriptions. En réalité, j’ai attendu jusqu’à la fin du livre ces longues descriptions dont on me parlait tant. On ne passe pas plus d’une page sans avoir des dialogues, alors je me demande ce que les gens entendent pas « description », ou alors nous ne devons pas avoir la même définition du mot. S’il en est ainsi, en tout cas, je peux comprendre pourquoi un auteur comme Balzac fait trembler tant de monde. L’écriture est agréablement fluide, tout se suit avec une grande facilité.

L’action, il est vrai, n’est cependant pas très folle. Le fait de connaître l’avance l’issue des péripéties n’aide pas, mais je ne me suis jamais sentie très inquiète pour les personnages, je ne me suis pas surprise à tourner avec avidité les pages pour connaître la suite. S’il n’y a pas de descriptions aussi fournies que la légende le prétend, les bavardages cassent en revanche le rythme. On sent que l’auteur veut s’appliquer à décrire très précisément son univers, et cela l’empêche de développer ses personnages (qui existent plus au travers de leur espèce, fonction, que de leur caractère) et d’intégrer ses explications à une action, comme sauront le faire d’autres auteurs du genre après lui. Cependant, quand on a lu le Trône de Fer, en termes de bavardages inutiles, d’action qui patine, on relativise.
Rétrospectivement, le plus intéressant/amusant pour moi, a été de constater à quel point l’univers de Tolkien avait inspiré le monde du jeu de rôle. Je ne pensais pas que ce serait à ce point flagrant. Si les auteurs de fantasy s’en sont démarqués souvent habilement, on peut dire que l’univers rôliste a beaucoup de travail à faire pour s’émanciper de tous les clichés qui en sont nés.

En tout cas, j’attends avec beaucoup de curiosité de lire la suite, dont j’attends un peu plus d’action, et de vraies scènes de batailles, ce qui est quand même un gros intérêt du genre en général.

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Nord et Sud – Elizabeth Gaskell

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Nord et SudAprès avoir souffert Les Hauts de Hurlevent, j’avais juré qu’on ne m’y reprendrait plus. Plus question d’ouvrir un livre des sœurs Brontë ou impliquant une héroïne victorienne que quelque sorte qu’elle soit. Mais, il arrive que les douleurs s’oublient, que l’on se sente de plonger à nouveau… J’ai faibli au début de l’été.
Certains bondissent peut-être déjà en lisant toute ma détestation des Hauts de Hurlevent. Je ne retire pas toute son importance littéraire, mais ce genre d’écriture, ce type d’histoire sentimentale ne me touchent absolument pas, j’y suis même assez allergique. Une autre chose m’a été confirmée avec Nord et Sud,  la culture de la société victorienne anglaise m’est odieuse et je n’arriverais jamais à comprendre les passions que cette époque suscite encore aujourd’hui (sans vouloir être chauvin, la France de ce temps était bien plus fun !).
Cette critique sera celle d’un de mes plus mauvais souvenirs littéraire de l’année. Il faut donc bien que je vous en parle et je vous préviens à l’avance que cela ne se fera pas sans subjectivité ni outrages.

Résumé : Margaret Hale est originaire du sud de l’Angleterre. Elle doit quitter sa vie paisible et indolente lorsque son père décide de quitter son presbytère pour le Nord, plus industrialisé. La jeune fille de bonne famille sera confrontée au monde des ouvriers, du patronat. Elle doit s’adapter à un mode de vie plus brutal, en essayant de comprendre l’attirance/répulsion qu’elle éprouve pour un riche industriel, John Thornton.

Critique :
Pour tout dire, l’histoire sentimentale que dessinait le résumé n’avait pas retenu mon attention. Je me suis laissée tenter par la promesse d’un choc de cultures, je ne m’attendais pas à recevoir quelques 800 pages d’une romance sirupeuse. Des passages plus « politiques », il y en avait, bien heureusement, c’est ce qui m’aura permis de tenir jusqu’à la moitié, puis me résoudre à finir. Malheureusement, si l’auteur parvient à montrer toutes les difficultés qu’il y a à régler les litiges entre patrons et ouvriers, je n’ai pas trouvé le ton spécialement poussé. Elle établit un simple constat, et la naïveté de Margaret empêche un réel développement. En somme, sur la question industrielle, Nord et Sud n’est pas à conseiller.

L’écriture est d’une préciosité insupportable, à un point où je me sentais presque gênée pour Gaskell. Il m’était parfois difficile de retenir des rires nerveux à la lecture de certaines phrases qui sont un condensé presque ironique de toute l’affectation excessive des femmes anglaises. En songeant à des écrivains plus critiques comme Virginia Woolf ou Edith Wharton, je me suis parfois demandée si je ne lisais pas une parodie. Hélas, non. Elizabeth Gaskell semble un pur produit de l’époque victorienne. Ce n’est pas sans intérêt, mais pas vraiment pour les bonnes raisons.
Si l’on sent une volonté de défendre un personnage féminin fort, tout est très artificiel. La critique ne se dessine qu’à moitié : la femme doit être forte, en continuant à tenir un rôle imposé par la société, perçu comme naturel. De mon point de vue, je trouve cela presque pire et Margaret préfigure en tous points la fameuse Mary Sue qui fait toujours le succès d’une littérature dite féminine. On ne cesse de nous rappeler combien elle est belle, gentille, intelligente, capable d’affronter toutes les situations, de se faire aimer de tous, etc. C’est un personnage rigide, lisse, snobe et totalement piégé par sa condition. Jusqu’à la fin, l’un de ses seuls objectifs sera de continuer à faire bonne figure, quitte à créer des problèmes, blesser son entourage, et à pleurnicher toutes les dix pages en se lamentant du sort auquel elle serait prétendument condamnée. Cela pourrait-être une critique. Mais l’auteur semble, au contraire, du côté de son héroïne et ne blâme à aucun moment le ridicule de son attitude. Il y a donc un décalage assez troublant entre ce que Gaskell veut montrer, et ce qui nous est présenté : une vierge frigide, prétentieuse, sans personnalité et secouée par une sensiblerie ridicule. Il faut ajouter à cela ses discours pleins de bons sentiments sur les ouvriers, et le résultat devient catastrophique. Je n’ai jamais autant souhaité le malheur d’un personnage ni espéré le voir périr accidentellement dans les dernières pages.

Pour ne rien arranger, les autres personnages ne valent pas beaucoup mieux et laissent à penser que, dans les hautes sphères anglaise, la vie était une sorte de jeu de rôle permanent, mais un jeu de rôle très ennuyeux, où personne n’a le droit de s’amuser, et où il faut paraître ému par tout et à toute heure. Vous vous sentez encore nostalgique de cette époque ? Moi pas. Même les romans précieux français me semblent moins exagérés (et, de fait, la société était déjà plus libre que celle-là). D’une certaine façon, Nord et Sud m’a fait assez mal au cœur. Alors, pour parler des autres personnages, presque tous passent leur temps à geindre et à pleurnicher, à tourner en rond sans trouver de solution, hommes comme femmes, c’est un véritable cauchemar.

Après tout cela, je vous laisse donc imaginer une histoire d’amour au milieu. Sachant qu’une romance serait amenée dans le scénario, j’espérais quelque chose d’un peu plus sérieux : une histoire d’amour entre deux « mondes » différents, qu’on nous montre de quelle manière un couple inattendu parviendrait à s’accorder. De cela, nous ne verrons rien. Les personnages passent les années de ce livre à se tourner autour en feignant de se détester par devant, et en se lamentant par derrière. Sur 800 pages. Parfaitement. Cela sans qu’il y ait d’évolution palpable. On pourrait difficilement imaginer concept plus ennuyeux.

Heureusement, l’auteur a essayé d’intégrer quelques éléments perturbateurs ! D’abord, un personnage meurt, on se dit que cela va peut-être changer quelque chose. Mais finalement non. Sans exagérer, je dirais que presque toutes les 100 pages, un personnage décède très opportunément pour débloquer une situation, ou affliger encore plus Magaret (le classique de l’orpheline, du malheur qui s’abat sur un pauvre être qui n’a rien demandé, etc). Ils tombent comme des mouches ! Le pire de l’affaire, est qu’ils succombent presque tous sans raison. Donc, quand un personnage est triste, méfiance, il pourrait bien y passer dans le mois…

Je rendrais cependant hommage à Gaskell sur un point. Malgré toute la subtilité de ses personnages, elle garde un certain talent pour décrire leurs désarrois et leurs sentiments. Elle sait toucher juste, et donne, dans ces moments, des passages de lecture agréables qui laissent entrevoir un potentiel. Mais l’ensemble est gâché par une absence de causticité, un scénario cousu de fils blancs, et un conditionnement qui fait d’elle le fruit parfait de son époque.

Conclusion
J’ai lu que les livres d’Elizabeth Gaskell étaient méprisés par ses contemporains qui les qualifiaient de « littérature de bonne femme ». Je ne peux pas leur donner entièrement tort. Malgré quelques qualités d’analyse, on ne peut pas dire qu’un livre comme Nord et Sud apporte un point de vue très neuf dans la littérature. Et s’il a une valeur documentaire aujourd’hui, en se posant comme le témoignage d’une femme de l’époque, j’imagine que pour ceux qui vivaient dans ce même monde, seule la romance mal amenée pouvait avoir un intérêt. Pour en revenir aux Hauts de Hurlevent, il est certain que je vois désormais le livre d’Emily Brontë avec plus de bienveillance. Mais, pendant ma lecture, mes pensées allaient surtout vers des femmes comme Edith Wharton et Virginia Woolf qui ont su se dresser contre la société de leur époque, et auraient certainement donné à Margaret Hale une place plus ingrate que celle d’héroïne.

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Alternative Rock – Collectif

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alternativeL’Histoire de la science-fiction et de la musique rock s’est souvent croisée. Avec une nouvelle collection, Folio SF rend hommage à deux genres intimement liés, où musiciens et écrivains ne cessent de se renvoyer la balle à travers leurs romans/nouvelles ou chansons. Avec cinq nouvelles d’anglo-saxons, l’anthologie Alternative Rock rappelle donc l’amour de quelques figures emblématiques d’une littérature souvent mal comprise en France pour les icones populaires que sont Elvis, les Beatles, Janis Joplin, Jimi Hendrix, … Une bonne initiative en somme, preuve que la science-fiction continue sa conquête hexagonale en s’intégrant enfin dans une culture identifiable par tous !

Critique :
Avec son petit format, son nombre raisonnable de pages (200) et son sujet, Alternative Rock semble très vite un cadeau idéal pour un nostalgique de la grande époque 60/70 un peu en froid avec la science-fiction. On regrettera cependant une cible principale vieillissante pour toucher un public large. Beaucoup de jeunes lecteurs assez peu portés sur l’histoire détaillée d’Elvis ou des Beatles pourraient être déçus par les références pointues d’auteurs contemporains (ou presque) aux groupes, à la scène et aux phénomènes de mode de ces années-là. Rien sur les 80’s ou 90’s, pas même un avant goût du punk. Non, nous restons aux fondations du rock et, si cela a l’avantage de faire réviser les classiques, j’ai cependant regretté de ne pas rencontrer des figures auxquelles m’identifier.

Sur les cinq nouvelles, la formule n’a pas toujours pris non plus, bien que seule la première me paraisse un réel mauvais choix. En effet, Le douzième album de Stephen Baxter est une entrée très abrupte dans le recueil. A coups de références très spécialisées, le narrateur essaye d’imaginer ce qu’aurait pu être le douzième album des Beatles. J’ai davantage eu le sentiment d’écouter une discussion entre fans sur-référencée et très ennuyeuse quand on ne se sent pas concerné que celui de lire une histoire dont on attend un dénouement intéressant…
En tournée, écrit à trois mains par Gardner Dozois, Jack Dann et Michael Swanwick, apporte déjà plus de légèreté bien que nous restions dans un fantasme d’admirateurs à très faible portée. On appréciera l’effort de mise en scène des personnages d’Elvis, Buddy Holly et Janis Joplin qui vont se retrouver à la croisée de leur carrière. Plutôt touchant.
Elvis le rouge de Jon Williams propose une histoire alternative où Elvis aurait refusé de s’engager dans l’armée, devenant un artiste communiste. Si le concept est amusant, je n’ai pas été réellement convaincue par l’uchronie. L’idée d’un frère jumeau décédé à la naissance (le vrai Elvis) avec lequel communique son frère m’a laissée sceptique tout le long. Je ne suis vraiment pas preneuse de ce genre de ficelles scénaristiques qui frôlent très souvent la mièvrerie. Ensuite, les conclusions tirées par l’auteur sur les conséquences de la décision d’Elvis m’ont semblées plus clichées que réalistes, et, surtout, arrivent en une sorte de résumé final qui bâcle un peu la réflexion de fond à laquelle on aurait pu s’attendre.

Heureusement, après ces trois nouvelles américaines, arrivent les anglais ! Je ne voudrais pas froisser les adeptes des auteurs outre-Atlantique, mais force est de constater que, lorsqu’il s’agit de parler rock’n’roll, les britanniques sont diablement plus dans le ton – ce qui correspond aussi à l’époque d’écriture des nouvelles, il faut le dire. Alors que les premiers gardent une écriture assez sage, des idées inspirées par le fantasme, l’admiration, les derniers y mettent la forme et le fond. Michael Moorcock n’a pas volé sa réputation puisqu’il signe avec Un chanteur mort ce qui est pour moi la meilleure nouvelle de l’anthologie. Pas le meilleur texte de sa carrière, loin s’en faut, mais en tout cas le plus fidèle à mes attentes de lectrice quand on me tend un livre sur le rock et la SF. Déjà, nous avons droit à Jimi Hendrix plutôt qu’aux Beatles et Elvis. Ensuite, il s’agit d’un road trip à l’anglaise (on a d’ailleurs droit à un taclage d’Easy Rider) avec un ex-roadie de Jimi complètement camé et le « fantôme » de ce dernier. C’est cru, ça parle de sexe, d’alcool, de drogue avec une précision qui ne relève clairement pas de l’invention. C’est cool, distrayant, et ça fait du bien.
Ian MacLeod reste dans un esprit assez proche avec Snodgrass où il nous présente un John Lennon qui, après avoir lâché son groupe au début de sa gloire, a mené une vie d’errances, de galère et de boisson. L’idée de la chute d’un musicien pendant que le reste du groupe s’élève et connaît un succès commercial est bien menée, assez universelle pour nous faire oublier le groupe dont il s’agit. Le seul problème de cette nouvelle est malheureusement sa longueur assez peu justifiée. Elle nous rend enthousiaste au début, et nous lasse sur la deuxième partie.

En conclusion, Alternative Rock est effectivement un cadeau sympathique pour les non-initiés à la SF et fans de la première heure des légendes du rock. La cible est à la fois trop large et trop pointue pour toucher un public de 20/40 ans réellement fan de rock, car celui-là attendrait une plus grande diversité dans les références, et peut-être cette liberté de ton que j’ai appréciée chez nos voisins britanniques, et qui manque cruellement aux américains.
C’est une jolie proposition, je suis heureuse d’avoir pu redécouvrir Moorcock, et eu l’occasion de me pencher plus en détail sur la bibliographie de MacLeod, mais pour une convaincue comme moi, l’ensemble reste encore trop policé.

(Mon message à folio sf serait : A quand les années fin 70 et 80 ?)

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Anno Dracula – Kim Newman

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annodraculaIntrouvable au moment où j’ai découvert son existence, Anno Dracula semblait trop en avance sur les modes littéraires françaises pour réussir son entrée en librairie au début des années 90. Quand Bragelonne a finalement réédité le premier volume, je n’ai pas hésité très longtemps avant de me le procurer. Puis, comme très souvent quand une lecture ne me semble pas très urgente, le temps a passé. Je me suis finalement lancée le mois dernier. Une bonne découverte dans l’ensemble.

Résumé : La dynamique de l’histoire est la suivante : Et si le Dracula de Bram Stoker avait gagné ? En 1888, le comte vampire a épousé la reine Victoria, les vampires se sont intégrés à la société humaine. Mais l’équilibre fragile de cette nouvelle société est perturbé par une série de crimes perpétués contre des femmes vampires. Le coupable ? Un certain Jack L’Eventreur…

Critique :

Beaucoup de bonnes choses sont à relever dans Anno Dracula. Il est d’abord très agréable de croiser une série de personnages aux noms familiers qui appartiennent aussi bien à l’Histoire qu’à la fiction. Certains ne feront que passer, d’autres auront un rôle plus important.  Nous rencontrons Jekyll, Oscar Wilde, Bernard Shaw sera parfois cité, plusieurs scènes se passent au Diogene’s Club… Chaque référence est un hommage à la littérature britannique du XIXe siècle dont les livre est un héritier direct. Nous sommes invités à un jeu de metalecture qui donne souvent à l’avance les clés du récit. Mais la plupart des noms ne servent qu’au clin d’œil pour construire un monde où les œuvres majeures de l’époque victorienne sont réelles. L’auteur se concentre en particulier sur les protagonistes secondaires de Dracula. Newman interroge une victime directe du comte, le Docteur Seward, courtisan désabusé de Lucy.
Distrayante, l’intrigue du tueur de Whitechapel est un bon moyen de révéler les problèmes que peut rencontrer une civilisation dominée par une créature tyrannique venu d’un autre temps. Vlad Tepes veut modeler le monde à sa vision de fanatique religieux tout juste sorti du Moyen-âge, ce qui implique beaucoup d’exécutions arbitraires et une ingérence totale de la capitale. Dans ce joyeux chaos, les vampires ne sont pas plus chanceux que les humains. Comme l’auteur le souligne avec un certain cynisme, la plupart des « ressuscités » meurent bien avant d’avoir dépassé un siècle, tués par leurs semblables, affaiblis par un appétit difficile à sustenter. En effet, le sang humain est une denrée rare pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de s’en faire livrer, quand une milice vampirique n’hésite pas à condamner les meurtres de leurs pairs. Plus que les emprunts au thriller, j’ai surtout été séduite par l’intelligence avec laquelle était dépeintes les créatures. A la fois figures pathétiques et tumeurs malgré-elles de Londres, on ne peut pas dire qu’elles inspirent l’admiration.

Le duo vampire/humain (Genevieve et Charles) qui domine le récit entretient à ce titre des rapports très intéressants, un amour passion impossible qui n’a rien de romantique. Immortelle depuis cinq siècles, Geneviève est désespérément réaliste sur l’avenir de ses sentiments. L’homme qu’elle aime finira par vieillir. Elle pourrait le transformer, mais le temps finirait par les séparer. Le vampire reste condamné à sa nature d’être solitaire.
Un autre aspect abordé est la ligne fragile entre animalité et humanité au moment de la transformation. Le basculement est d’autant plus rapide avec une personne qui s’est imposé trop de limites, un véritable fléau pour les dames guindées de la société victorienne.
En bref, de nombreux petits détails en amont de l’histoire principale ajoutent beaucoup de réalisme à l’univers, et montrent une réflexion très poussée de la part d’un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet.
Si le fin mot de la série de meurtre est annoncée très rapidement, l’idée de base est amusante et une série de rebondissements parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout, même si l’action piétine parfois. Le tout n’est pas de trouver le tueur, mais de voir comment cette catastrophe annoncée pourra bien se terminer. Certes, le final a un côté un peu brouillon, mais je n’ai pas trouvé qu’il gâche l’ensemble. Il permet simplement de refermer une chronique avant de nous plonger quelques 50 ans plus tard, dans une autre époque, pour Le Baron Rouge.

Pour conclure, je ne parlerai pas d’une révélation littéraire (le style manque de rythme) mais assez de bonnes idées pour mériter la lecture des amateurs d’uchronies et de réinterprétation des mythes. La période historique dépeinte ne souffre pas de l’idéalisation un peu trop fréquente du XIXe siècle dans les roman fantasy contemporains qui s’y intéressent, une bonne nouvelle pour les blasés du steampunk. L’écriture rappelle même celle du feuilleton populaire. J’espère avoir le temps de lire la suite dans les prochains mois.

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Une place à prendre – J. K. Rowling

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place à prendreComme tout adolescent des années 2000, j’ai grandi avec Harry Potter. Alors, quand J. K. Rowling s’est détourné des sorciers pour aborder un roman plus mature et plus adulte, la tentation de me jeter dessus, par simple curiosité, a été très forte.
Les premières critiques sont tombées, parfois enthousiastes, parfois mitigées, jamais totalement négatives. Vu la taille du livre, j’ai préféré attendre l’été. Ensuite, je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à trouver la motivation de le terminer.

Histoire : Pagford était une petite commune apparemment tranquille jusqu’à ce qu’un notable en lice pour les prochaines élections ne soit frappé d’une mort soudaine. Les habitants sont sous le choc, et, surtout, le programme politique semble à refaire. D’un côté certains veulent reprendre le flambeau du défunt, de l’autre, certains ont des projets plus « conservateurs » tandis que quelques éléments isolés y voient la possibilité de réaliser d’obscures ambitions. Dans des familles où tout va de travers une fois la porte fermée, les adolescents vont se rebeller à leur manière contre des autorités qu’ils refusent de se reconnaître. Peu à peu, des révélations sont traînées sur la place publique par le biais d’un forum internet… Les soupçons grandissent, les querelles se cristallisent autour d’un sujet sanglant, qui n’est finalement qu’un prétexte : Faut-il ou non fermer la clinique pour drogués de la citée.

Critique :

Vous l’avez peut-être constaté, faire un résumé de ce livre est un travail ardu, ce qui permet de soulever le premier défaut du roman : il est confus. L’auteur profite de son aisance à l’écrit pour sauter d’un personnage à l’autre, mais les trop nombreux points de vue ont tendance à délayer l’action plus que de raison. Mais peut-on vraiment parler d’action ? Si une curiosité mal placée pour les petites existences de vos voisins ne vous retient pas, vous ne trouverez tout simplement pas de raison pour continuer à tourner les pages. Avec un plaisir certain, Rowling s’attarde sur des scènes du quotidien, des disputes entre parents et adolescents, maris et femmes, amants et amantes… ça n’en finit jamais. La mort brûlante qui ouvre l’histoire ne semble qu’un prétexte, la promesse d’un scénario sans cesse repoussé à plus tard.
La moitié du livre passe. Toujours rien. Les adolescents s’imposent comme des héros redresseurs de torts dont la mission est de dénoncer les vices d’adultes qui ne comprennent rien à rien, les parents sont dépassés, et la mère droguée de l’histoire, fière représentante de la clinique à fermer, est toujours autant droguée. De l’annonce d’un roman de mœurs anglais acéré (comme les britanniques savent si bien les faire) nous passons à la sitcom de 20h. Des épisodes cours, des drames, peu de contenu, mais des personnages colorés à foison, des rires, des larmes, de l’émotion. Quand la quatrième de couverture laisse espérer une intrigue politique autrement plus fine, on ne peut que se sentir un peu arnaqué.

La progression m’a beaucoup rappelé Harry Potter 7. On lit sans trop savoir pourquoi parce que l’écriture passe toute seule, et il faut attendre les 200 dernières pages pour être happé par une succession d’événements plus invraisemblable les uns que les autres. Le truc finit donc par prendre. Un peu trop tard, comme si Rowling essayait de lâcher tout ce qu’elle avait en réalisant qu’il serait peut-être temps de donner une conclusion à tout cela, même si, à force de partir dans tous les sens, ce qui aurait dû être le fil conducteur s’est perdu depuis un moment dans un fouillis de mots et d’informations inutiles. Le résultat est baroque. Soudain, le lecteur passe dans le roman noir. Violence, mort, sexe, drogue, ça ne s’arrête plus. Mais du coup, l’effet est très bancal. Ça marche, parce qu’on est trop surpris pour réfléchir à ce qui se passe. L’exagération sauve l’histoire jusqu’à ce qu’on puisse enfin fermer le livre. On a de quoi manger pour quelques heures, ça vaut un fast-food.
Malgré tout, je reconnais à l’auteur le mérite de ne pas avoir sombré dans le bon sentiment que l’on pouvait craindre. La fin sera contrastée. Quoiqu’un peu vide, elle laisse apercevoir un bon potentiel de base. Pour en venir aux qualités, j’ai apprécié la variété des points de vue qui empêchent la réelle prise de parti et rompent avec le monde manichéen d’Harry Potter. Derrière ses maladresses, l’auteur témoigne d’une vraie finesse d’esprit. Sur l’épineuse question de la clinique, le point de vue n’est pas très clair. Le personnage de la droguée n’attire pas la moindre sympathie, il est visible que son cas est sans espoir. Son assistante, pleine de bonnes intentions, voit son côté militante de gauche très souvent ridiculisé, et le cynisme des « conservateurs » a quelque chose de désespérant. Pour autant, sous les questions politiques, hypocrisie de bon ton à part, il devient vite évident que, dans le fond, tout le monde sait qu’il se porterait mieux sans ces problèmes de camés. Alors oui, en versant dans la critique sociale, il y avait de quoi faire du bon. Rowling s’aventure sur un terrain qui dérange toujours beaucoup, mais ne va pas au bout de son sujet. Elle se perd dans des tourments d’adolescents mal dans leur peau et en conflit avec leurs parents. Les deux « histoires » s’associent mal puisque, visiblement plus proche des jeunes (une déformation de sa carrière d’écrivain jeunesse ?), l’auteur revient à un ton très Potterien, en se dressant clairement contre des adultes implacables qui ratent tous leur vie, et se vengent sur leurs enfants.
Malheureusement, la richesse du ton et de la langue en pâtissent. Le roman devient une sorte d’ovni, plus proche de la littérature jeune adulte que de la littérature adulte, même s’il essaye d’y prétendre. Très clairement, si vous n’avez jamais lu l’auteur et que ce n’est pas la nostalgie qui vous pousse à ouvrir Une place à prendre, ne vous y attardez pas au-delà après avoir dépassé la barre des vingt ans.

Les points positifs restent ceux qui avaient fait la force de la saga des sorciers, une écriture très vivante, des personnages marquants, une bonne touche d’humour anglais et une compréhension du genre humain assez fine, qui se permet des envolées plus osées et sombres pour le plus grand bonheur du lecteur contrarié par la plasticité infantile des personnages d’Harry Potter. Contrairement à ce qui a pu être dit, même s’il n’y a pas de magie, Rowling est dans la continuité. On sent qu’elle a besoin de se rattraper, d’écrire sur une adolescence dont elle a dû gommer toutes les dérives avec la contrainte d’écrire pour un jeune public. Alcool, sexe, drogue, mutilation, persécution, tous les thèmes sont là… et rendent le changement de registre encore assez timide.
Sans être incroyable, Une place à prendre est donc encourageant pour la suite de la carrière de l’auteur qui, espérons le, a appris de ses erreurs et gagné en maturité dans ses prochaines œuvres. Loin de me décourager, je découvrirai donc avec plaisir son roman policier dans un futur proche.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake

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titus Non ! Je ne laisserai pas mourir ce blog, mais les temps sont durs pour mes activités internet et les critiques de livres ne sont plus dans mes priorités. Depuis que je suis passée du côté des éditeurs (enfin… des stagiaires en fait. Je vous en parlerai peut-être plus tard) je me retrouve à lire tellement de choses que je n’ai plus le temps de m’y attarder vraiment. Heureusement, j’ai le souvenir de m’être engagée à quelques challenge de lecture, et l’idée de ne pas m’y tenir me contrarie un peu. Je suis comme ça, j’ai besoin de me rajouter des objectifs un peu inutiles dans mon existence. Qu’en est-il donc de ce défi Grande Bretagne ? Il n’est pas très avancé à dire vrai. D’habitude, je lis beaucoup d’auteurs anglais, mais mes stages ont perturbé ma PAL. Pour cet article, il sera donc question d’un conte découvert cet été et écrit par Mervyn Peake, auteur de la merveilleuse trilogie de Gormenghast.

Contexte : Titus dans les ténèbres a été imaginé pour un recueil auquel ont également collaboré William Golding et John Wyndham en 1956 : Quelquefois jamais. Les lecteurs de Gormenghast y retrouveront Titus, le comte d’Enfer, au début de sa rébellion adolescente. Lassé de répéter les mêmes rituels chaque jour, le jeune homme quitte son château pour partir à la découverte du monde. Une nouvelle escapade, de nouveaux personnages pour un univers enrichi, et, surtout, un conte philosophique très intelligent qui peut s’apprécier indépendamment de l’œuvre de Peake.

Critique : J’ignorais l’existence de ce petit livre. Une véritable rareté. Avoir la chance de replonger pour une centaine de pages dans l’univers merveilleux de l’auteur était un véritable bonheur. On retourne dans les murs de Gormenghast avec une certaine émotion vivre un moment privilégié, faire un dernier bond dans le passé. Cependant, il ne sera pas question du château, mais de ses extérieurs, avec son lot de personnages étranges que cela implique. Si vous avez lu le dernier tome, alors vous n’ignorez pas que, derrière les murailles de l’imposante forteresse, tout devient très hostile. Le temps d’une nuit, Titus s’offre donc une ballade qui devra le marquer lourdement.
En se pliant au format du conte, l’auteur propose une aventure invraisemblable, proche du rêve, et même d’un cauchemar plutôt angoissant. Deux personnages à l’intelligence limitée croisent les pas du jeune comte : Bouc et Hyène. Animaux, humains ? Avec un talent toujours aussi remarquable, Peake profite des avantages de la plume pour brouiller les pistes. Les protagonistes prennent des allures d’hybrides… Il est difficile de les imaginer vraiment. Une bête qui parle, qui se tient debout, pourquoi pas, nous sommes dans de la fantasy après tout… Mais ce serait mal connaître le travail d’un écrivain profondément intéressé par l’humain. Non sans horreur, la vérité apparaît doucement, il s’agit bien d’hommes qui, pour une étrange raison, ont abandonné une partie de leur esprit et adopté des attributs sauvages. La tragédie intègre cependant un bel humour grotesque, propre à inspirer les sourires crispés, et, parfois, une certaine forme de pitié.
Que veulent-ils ? De nouvelles âmes pures à apporter à leur chef, l’Agneau, un despote aveugle qui se nourrit de l’adoration de tous ceux qui se soumettent à son incroyable autorité. Hélas, le souverain millénaire se porte mal. La plupart de ses créatures ont disparues après avoir été trop violemment rongées par une insupportable contradiction avec leur bestialité. Seuls Bouc et Hyène, les idiots, lui sont restés. Ils espèrent faire de Titus, qui sera toujours appelé « Le Garçon », un nouvel adepte.

L’histoire serait trop courte pour que je vous en dévoile davantage sur les motifs réels de chacun, et les conclusions précises de cette œuvre inclassable qui, par l’absurde et dans un style inimitable, dénonce le totalitarisme, toute sorte de fanatisme en défendant le libre arbitre. Mervyn Peake ne donne pas dans le grand discours. Tout est symbole, tout est sens chez lui, ce qui rend son texte très riche, très fascinant, à lire plusieurs fois pour comprendre toutes les subtilités, ses jeux de mots, d’images et de langage.
Il sera peut-être difficile d’abord pour une personne qui ne connaît pas du tout ce cher monsieur, un poète et dessinateur qui utilise la prose pour aller là où les deux premières disciplines s’arrêtent, mais vaut néanmoins un petit détour. Vous tiendrez en tout cas un petit bijou plein de sagesse entre vos mains.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Challenge United Kingdom [Terminé]

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A force de regarder passer les challenges lecture, je suis tentée d’essayer… Mais, comme j’ai toujours une énorme liste de choses à lire, les titres programmés me semblent toujours trop difficiles à caser. Avec un défi United Kingdom proposé par Vashta Nerada jusque fin 2013, le compromis est parfait… Ce sera un très bon moyen de me motiver à lire tous les auteurs britanniques qui prennent la poussière sur mes étagères.

Les catégories :
1er niveau: Ptit Frenchie:  1 à 5 livres lus
2ème niveau: Touriste: 5 à 10 livres lus
3ème niveau: Naturalisé: (anglais, irlandais, écossais, gallois en fonction de la nationalité la plus lue): 10 ou 15 et plus livres lus.

Les sous-catégories : (un choix minimum obligatoire)
Trèfle et leprechaun: au moins un livre d’un auteur irlandais.
Kilt et cornemuse : au moins un livre d’un auteur écossais.
Tea-time et Big-Ben : Au moins un livre d’un auteur anglais.
Welsh et dragon : Au moins un livre d’un auteur gallois.

Mon défi :
Je participe en Touriste catégories Tea-time et Big-Ben et Kilt et cornemuse. [Edit : L’Irlande a pris le pas sur l’Ecosse.]

Les livres lus :
Les portes de Janus – Ian Brady (en cours de lecture à la fin du challenge)
Une place à prendre – J.K. Rowling (anglais) (anglais)
Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake (anglais)
Une illusion passagère – Dermot Bolger (Irlandais)

Bilan :
Défi quelque peu échoué, j’ai malheureusement eu beaucoup moins de temps que je ne l’espérais à investir dans les auteurs anglais pendant les mois du défi. Mais je compte bien me rattraper.

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Hellraiser – Clive Barker

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hellraiserImpossible de passer à côté de ce titre sans songer à la saga d’un film d’horreur décliné à l’excès (non sans étonnement, j’ai découvert pas moins de 11 opus). Qui aurait pu dire qu’un simple texte, une longue nouvelle écrite par Clive Barker, rencontrerait un tel enthousiasme ? Suffisait-il d’un homme à tête d’épingles pour emballer les cinéphiles des années 80 ? Si l’esthétique des cénobites joue un rôle certain dans le succès de la franchise, l’histoire originelle a bien tout pour séduire l’amateur d’un fantastique où s’invite la terreur mais, plus encore, la folie des hommes.

Résumé :
Franck, un jeune vagabond insatisfait par les plaisirs trop creux de ce monde, ouvre dans la maison de sa défunte grand-mère une boîte mystérieuse qui doit lui ouvrir l’accès d’une dimension nouvelle où tout serait plus intense. Quelques années plus tard, restés sans nouvelles, son frère et sa femme Julia décident d’emménager dans la sombre demeure. La vie peut recommencer… à moins que l’étau ne se resserre autour d’un mariage raté…

Critique :
Très agréable à lire, Hellraiser parvient à intriguer et à surprendre son lecteur jusqu’à la fin. La principale originalité tient bien sûr à la création des Cénobites. Sortes d’êtres humains mutilés, ils se détachent des monstres classiques par leur absence de malveillance. Ils sont différents et vivent dans un monde où douleur devient extase. A chercher des jouissances sans cesse plus élevées, Franck se laisse entraîner dans une sorte de carnage sadomasochiste qu’il ne peut plus maîtriser, et dont il ne peut revenir. Il s’engage, il regrette.
La portée métaphorique, très forte, pourrait donner lieu à un certain nombre d’interprétations. Avant de plonger en Enfer, Franck s’est perdu, sa chair blasée de tout ne lui appartenait déjà plus. De l’autre côté, Julia, en bourgeoise très pincée qui n’ose s’émanciper d’un rôle trop cadré qui ne peut combler ses fantasmes, voit cet homme aventureux comme la clé de tous les possibles. Deux êtres s’opposent alors. Celle qui n’ose rien contemple celui qui est allé trop loin à travers le prisme de son inexpérience. Malheureusement, le caractère peu ambitieux de ce récit grossit chaque trait au lieu d’en affiner le propos sous-tendu. Les bases d’un univers très personnel sont posées, il faudra explorer plus en détail l’œuvre de Barker pour comprendre.
L’auteur tient cependant ses personnages avec beaucoup de subtilité. La psychologie de Julia, en épouse désabusée, est particulièrement réussie, parfois même étonnante de justesse. En évitant les écueils que l’on pourrait craindre, on comprend très rapidement son dégoût pour un homme qui n’a rien de mauvais, mais tout dans la lourdeur d’une âme simple. Si on ne peut cautionner ses choix, le désespoir, les rendent compréhensibles lorsqu’on intègre sa logique. Kirsty, l’amie pâle et méprisée qui vient fermer ce quatuor, assume quant à elle très bien son rôle de brave voisine ignorée, frustrée par un physique ingrat, malgré une force et une intelligence très bien gardées.
Comme je l’ai signalé précédemment, les créatures fantastiques de l’histoire n’effrayent pas. La peur primale que leur apparence éveille d’abord chez Franck fait vite place à un sentiment de pitié. La marque de leur sévices leur donne un air fragile. Que sont-ils, finalement, sinon le reflet de nos propres désordres intérieurs, à travers l’imagerie de pratiques SM poussées à l’extrême ? Invoqués, ils donnent à l’homme ce qu’il pense vouloir et se posent comme des observateurs indifférents des drames causés par un être amoral, prêt à tout pour rompre son “contrat” et d’une épouse naïve et désabusée. Comme souvent dans un bon récit fantastique, les monstres ne sont que les révélateurs du vice des personnages principaux. Mais les cénobites ne jugent rien, ils se contentent de venir et d’emporter ceux qui décryptent le secret du cube.

Malgré toutes ses qualités, Hellraiser souffre de son genre un peu bâtard. Les bonnes idées, l’étude des caractères ne pouvaient s’éployer dans le format d’une nouvelle. Cela nuit, de plus, à la tension fantastique que j’ai trouvée assez peu présente. Si l’histoire se lit d’un seul élan, elle ne fait pas spécialement trembler. L’aspect malsain, dérangeant, ressort peu, et le squelette scénaristique de l’œuvre se devine en transparence.
Un classique à connaître mais, surtout, un auteur à découvrir à travers d’autres textes (sur lesquels je me pencherai le plus vite possible).

Comparaison avec le premier film :
Sorti en 1988 et réalisé par Barker lui-même, Hellraiser : Le pacte suit d’assez près la trame de la nouvelle si l’on excepte une distribution des rôles un peu perturbée : Kirsty passe de voisine à belle-fille de Julia. Ce premier changement apparaît de suite comme assez dommageable puisqu’il ancre d’emblée le personnage dans le rôle d’héroïne classique, motivée par l’amour paternel etc… Le plus gênant est surtout de voir les cénobites perdre une partie de leur neutralité et montrer une nature impitoyable peu justifiée qui annonce déjà la ribambelle de mauvais slashers qui suivront – en plus de proposer à ce premier opus une fin qui m’a semblée assez ridicule…
Assez fidèle, l’adaptation gomme malheureusement quelques originalités intéressantes pour satisfaire la grande production américaine. Hellraiser reste néanmoins un titre à part parmi les films d’horreur des années 80 mais, pour l’avoir vu il y a quelques jours, je trouve les plans et les effets spéciaux ont assez mal vieillis. Définitivement plus fan de la nouvelle.

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Sécheresse – J. G. Ballard

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secheressefolioAu début des années 60, Ballard livrait quatre romans apocalyptiques où le monde était à chaque fois victime d’une catastrophe naturelle : montée des eaux (Le Monde englouti), terrible tempête (Le vent de nulle part), aridité (Sécheresse) et fixité du temps (La forêt de cristal). Sécheresse est généralement considéré comme le pendant désertique du Monde englouti. Plus figé, à l’image du sable, et de la poussière, c’est un roman contemplatif auquel on accroche plus difficilement. Mais, comme mon expérience de lecture se limite pour l’instant à ce seul ouvrage, j’en ferai une critique à part.

Résumé :
A la suite d’une catastrophe écologique, la pluie a cessé de tomber et le monde s’assèche. La spécificité de Ballard est de nous faire entrer directement à Hamilton et Mount Royal où le désastre s’installe : les populations sont de plus en plus nombreuses à abandonner leurs logements pour rejoindre la côte, les fleuves sont presque asséchés et la pénurie d’eau alourdit l’air d’une tension certaine. Charles Ransom, un ex-médecin, assiste à la disparition de son monde avec un grand pragmatisme, comme si, au fond, il s’y était toujours préparé nous dit-on. Il lui faudra pourtant apprendre à survivre dans un milieu de plus en plus hostile.

Les quelques 300 pages de Sécheresse passent lentement. Le soleil est omniprésent, brûlant et pesant. Sans pluie, la société humaine s’arrête de tourner, et tout meurt peu à peu, végétaux et êtres vivants. Les rivières se vident pour ne laisser qu’un lit de boue où brillent des arrêtes de poisson et rouillent des cargos enlisés. L’eau croupit çà et là dans quelques cratères. Sur la côte, la mer ne cesse de reculer pour laisser une plage de sel pleine de cadavres. Des visions terribles, sublimées par la plume de l’auteur, ouvrent chaque chapitre. Plus qu’une histoire, Ballard peint des tableaux annoncés par des très titres visuels comme « Le cygne mourant », « La terre qui pleure », « Le lion blanc ». Le surréalisme d’un Dali ou d’un Magritte n’est jamais très loin, l’idée du Beau non plus, même si l’horreur est partout.
Sécheresse est l’histoire d’un monde à l’agonie. Les grands buildings deviennent le reflet d’une civilisation passée qui semble déjà lointaine au regard de petits groupes d’hommes clairsemés, désunis, qui survivent tant bien que mal au bord de la mer en retrouvant une sauvagerie primitive. La disparition de l’eau fige le temps et interrompt l’évolution.

Qu’arriverait-il si, du jour au lendemain, tout disparaissait ? Ballard essaye de répondre à cette question, et cela avec d’autant plus de finesse qu’il a connu cette situation car, finalement, Sécheresse est aussi une vision brutale de la fin de l’Empire britannique à Shanghai en 1941. Né parmi les colons, l’auteur a vu, à douze ans, son quotidien basculer dans le Rien après la défaite de Pearl Harbour. Prisonnier des camps japonais, il se souvient, et avec quelle force, des hôtels luxueux abandonnés, des rues traversées de poussière, des cratères d’obus dans les rizières, de la violence qu’engendre la misère, des sociétés organisées sur la plage et, aussi, de l’importance terrible que peut prendre un magazine, quand il est le dernier vestige d’un monde évaporé.
Ransom ne cède pas à la barbarie de ses semblables car il refuse de renoncer à ses souvenirs et, donc, au monde d’avant. Mais, autour de lui, c’est une société toute autre qui se crée, faite de rites nouveaux qui se chargent d’un sens tout particulier. Si vous avez lu Sa majesté des mouches, vous y trouverez un certain écho, à plus grande échelle.
Aventure humaine, Sécheresse ne pose pas la question de la survie à tout prix, à la différence d’autres romans du genre. Les hommes ne s’opposent pas, ils s’adaptent, comme s’il ne s’agissait que d’une situation provisoire avant le retour de la pluie. Seul le lendemain compte, et la question de la disparition totale de l’eau à long terme ne se pose pas, sinon à travers une tension permanente qui rompt les liens sociaux. Les cadavres sont, quand à eux, enfermés dans les voitures rouillées qui, dès lors, deviennent les tombeaux de ce nouveau monde.

Sécheresse fait partie de ces livres qui ne mènent apparemment nulle part et que l’on referme pourtant avec un sentiment des plus étranges, la tête encore chargée d’images terribles, trop précises pour n’être qu’un fantasme. On pense forcément à l’adolescence d’un auteur qui disait vouloir « inventer la réalité », à un monde qui a existé pour disparaître à jamais et à toutes ces anciennes citées recouvertes par le sable…
Finalement, pas besoin de zombies pour créer une atmosphère angoissante, survolée par la mort, où les passions humaines les plus sinistres se déchaînent. Et si, tout simplement, l’occident se transformait en un vaste désert ?

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