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L’économie, pour quoi faire ? – Robert Benchley

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couv_I23Les éditions Wombat apprécient le bon mot, tout particulièrement quand il est anglo-saxon. Leurs publications mettent souvent en avant l’humour absurde et le non-sens, c’est un choix éditorial original que j’apprécie beaucoup. En amatrice du mordant d’Evelyn Waugh, je ne pouvais donc pas ignorer leur dernière parution de Robert Benchley pendant la Masse Critique de Babelio.

L’économie, pour quoi faire ? est la suite d’une collection de livres consacrés à l’humoriste américain du début vingtième, après Les enfants, pour quoi faire ? Et Pourquoi je déteste Noël. L’éditeur s’est appliqué à rassembler de manière thématique les articles de l’auteur pour livrer de petits recueils dont les plaisanteries, à un siècle près, restent d’actualité.

Avec onze petits textes, Benchley dédramatise le récent krach boursier de 1929 en nous invitant à rire de l’absurdité du monde industriel. Si les mots « économie » et la date peuvent faire reculer, le contenu reste très accessible. Au fond, le monde n’a pas beaucoup changé depuis. Les hommes d’affaires continuent de privilégier obstinément le téléphone quand un courrier serait souvent plus efficace, on a toujours besoin de rire de certaines relations un peu tendues avec sa banque et de s’interroger sur la raison de existence de certains commerces. L’auteur s’attarde un long moment sur la fabrication des bateaux en bouteilles… Pourquoi ? Comment ? Ce ne sont peut-être pas des questions qui méritent d’être développées, mais Benchley le fait, pour susciter un rire léger, montrer qu’un certain nombre de choses complexes ne méritent pas toujours de l’être.

On ne pourrait parler d’un humour fin, l’auteur met souvent les pieds dans le tas, en n’hésitant pas à glisser des parenthèses hors sujet au milieu d’un développement. Sa prose suit la pensée d’un homme un peu fou qui voudrait nous parler de tout et n’importe quoi, sans perdre pour autant sa ligne directrice. Je me suis d’ailleurs souvent demandée si l’effet ne serait pas encore meilleur à l’oral, puisque si cette forme d’humour s’est un peu perdue à l’écrit, elle reste assez présente en one-man-show. Autrement dit, les bases du genre sont là.

Comme on ne peut pas dire que les perspectives économiques actuelles donnent envie de sourire, ce petit livre donne une lecture assez agréable. Il se lit trop vite pour être un indispensable mais saura séduire les amateurs de ce genre d’humour et offrir à d’autre un aperçu de ce qu’était la vague non-sens américaine des années 30. Dans tous les cas, c’est un bel objet qui témoigne d’une époque pas si lointaine, et permet de constater l’évolution de l’écriture comique.

Je vous invite par ailleurs à jeter un coup d’œil au catalogue des éditions Wombat, qui est une maison indépendante de qualité, toujours prête à déterrer des textes oubliés de la grande distribution pour nous faire sourire.

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Eloge du parasite – Lucien de Samosate aux éditions Ragami

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ragamiLes articles n’en finissent plus de se faire attendre sur ce blog. Mais je reprends les commandes pour vous dire quelques mots d’un livre et d’une maison d’édition récemment apparue en France. Encore une ! Diriez-vous à juste raison, avec toutes ces marques qui poussent comme des herbes folles ces dernières années. Oui, encore, seulement, celle-là est différente, et je tenais à écrire quelques lignes pour saluer sa démarche. En effet, à travers sa collection “La toge à l’envers”, Ragami n’a pas l’ambition de nous faire découvrir de nouveaux talents. Le projet est, au contraire, né de l’idée – peut-être un peu folle – de traduire des textes humoristiques latins dans un langage accessible à tous, en les accompagnants d’illustrations amusantes. Le but ? Nous faire rire avec les Anciens, montrer une face de l’antiquité moins ennuyeuse qu’il n’y paraît.

La jeune éditrice à l’origine de tout cela est, en réalité, une étudiante de Rennes qui, avec un an de décalage, a suivi le même parcours que moi. Donc, comme les Luciférines, Ragami est une maison fondée à la suite d’un master. Le site Ulule a permis de rassembler les fonds nécessaires au lancement de deux premiers titres en septembre : Les Jumeaux de Plaute et L’éloge du parasite de Lucien de Samosate. Si les auteurs sont déjà familiers des latinistes, leurs éditions plus « savantes » n’ont presque aucune chance de rencontrer l’adhésion du grand public avec leurs couvertures très minimalistes qui ne s’adressent qu’aux fins connaisseurs. Elles intimident à tort, puisque le contenu ne manquera pas d’arracher des sourires à n’importe quel lecteur. Un bon moyen de faire acheter un texte daté de quelques 2000 ans sur un malentendu en librairie ou en salon du livre !
Je me suis donc procuré L’Eloge du parasite que j’ai eu le plaisir de recevoir et lire début octobre. L’ouvrage, en format de poche, tient dans la main et ne dépasse pas les 65 pages. En une après-midi, tout est lu mais rien ne s’oublie. Si le langage est modernisé, l’auteur n’en pastiche pas moins les philosophes de son époque, en se plaisant à écrire un échange entre un parasite – c’est-à-dire un homme qui maîtrise l’art de se faire inviter chez les autres – et un certain Tychiade, qui s’étonne à juste titre de sa désinvolture. Maître de l’art du convaincre et persuader, notre parasite se perd dans des sophismes, références détournées à Homère ou Socrate, et nombre de raisonnements biaisés pour faire avouer à son interlocuteur qu’il n’est pas de discipline plus noble que la sienne. Le plus consternant dans tout cela, est que son point de vue fonctionne, et que l’on serait presque convaincu comme Tychiade que l’art de savoir profiter des autres est le plus sain du monde.
Plus qu’un traité comique, L’Eloge du parasite s’affirme comme une véritable critique des procédés parfois malhonnêtes des philosophes, ou des bons rhéteurs qui, en sachant y mettre la forme, sauraient faire croire n’importe quoi. Et n’est-il pas utile, après tout, de se rappeler à quel point il est facile de faire dire à un exemple pris au hasard ce que l’on veut ? Le piège se referme impitoyablement sur Tychiade, et on serait parfois tenté de se mettre à sa place, d’imaginer comment l’habile escroc ayant toujours réponse à tout saurait nous faire perdre aussi la tête.
Le tout est accompagné de dessins caricaturaux auxquels je n’ai pas compris grand-chose en feuilletant le livre une première fois, mais qui prennent tout leur sens dès qu’on se lance dans la lecture et ne font qu’agréablement renforcer l’absurdité des thèses défendues par le parasite. Ils illustrent donc tout en finesse ce texte qui, avec son ton très grandiloquent, ne semblait à priori pas destiné à inspirer un artiste.

Si vous aimez l’antiquité, ou que vous êtes simplement curieux d’en apprendre davantage sur une période dont l’évocation a l’habitude de vous décourager d’avance, n’hésitez pas à donner leur chance aux ouvrages de Ragami ou à suivre en tout cas de près un éditeur qui porte un concept original en se proposant, chose toujours agréable, d’élargir le public de classiques qu’il serait dommage d’oublier. A noter que “La toge à l’envers” n’est pas le seul projet des éditions qui préparent aussi une série de nouvelles contemporaines aux effets “étranges”, si l’on en croit le descriptif du site internet.

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Ces corps vils – Evelyn Waugh

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ces corps vils

L’édition de mon livre.

S’il est un auteur dont je ne pourrais me lasser de lire et relire les livres, c’est bien Evelyn Waugh. En cas de baisse de moral, il me suffit d’ouvrir une page au hasard, le sourire revient forcément, car, qu’on se le dise, tout est drôle chez monsieur Waugh ! Sa plume est aussi fine qu’acérée. L’humour anglais atteint les sommets de l’absurdité, mais, à y regarder de plus près, quoique le nonsens règne, rien n’est jamais gratuit, tout est minutieusement pensé. Voilà ce que j’admire chez lui, ce qui donne une inaltérable richesse à son œuvre. A mon sens, Evelyn Waugh fut l’un des plus brillant critique de son époque, un bien né de la haute bourgeoisie trop désespéré par le cynisme de son époque (celui des années 30) pour ne pas en rire. L’absurdité de ses titres nous renvoie de plein fouet celle de son monde.
En même temps, il est difficile d’entrer dans un roman de Waugh. Il faut se préparer mentalement à lire quelque chose où tout est vrai sans être vraisemblable. Nous entrons forcément dans une sorte d’univers parallèle où le pire de la société est poussé à l’extrême et considéré comme normal, de sorte qu’un livre comme Ces corps vils, écrit en 1930, qui se passe dans un futur proche, n’usurperait pas sa place du côté de l’Anticipation.

Résumé
Adam Symes, un jeune romancier aristocrate, est de retour en Angleterre après un long séjour en France où il écrivait son autobiographie. Hélas, à peine débarqué, la douane lui saisit son manuscrit et toutes ses chances d’épouser sa fiancée, Nina. Après une soirée alcoolisée chez une vieille mondaine, il gagne 1 000 livres en jouant avec un homme trop ivre, qu’il reperd presque aussitôt en les confiant à un homme qui se fait appeler « le commandant » et lui assure la fortune s’il mise tout sur un cheval. Cependant, l’étrange personnage disparaît avec son argent Afin de gagner sa vie, Adam devient journaliste au Daily Excess : il écrit des articles hautement fantaisistes sur des personnalités mondaines qui n’existent pas – considérant que la vérité n’a aucune importance tant que le peuple a du spectacle…

Ces corps vils est un livre compliqué pour un lecteur lambda qui a l’habitude d’un scénario clairement établit et ne connaît pas le contexte de son écriture. Le roman est, pour ainsi dire, un coup de poing qu’Evelyn Waugh envoie à la face de la bonne société londonienne dans laquelle il a grandi. Le groupe de jeunes aristocrates constamment ivres n’est autre que les Bright Young People, dont il a fait parti un temps, avant d’en être rejeté. C’est dire s’il connaît bien son sujet. 1930 correspond également à son année de conversion au catholicisme, qui répond sans doute à un certain besoin de valeurs dans un monde qui part en vrille. Voici quelques mots pour éclairer votre lecture :

Les premières pages
Les Bright Young People (ou Bright Youg Things), enfants perdus de l’aristocratie qui avaient l’habitude d’organiser des soirées costumées et dont les scandales enflammaient la presse de l’époque. Ils écoutaient du jazz, couraient ivres les rues de Londres, consommaient des drogues, avaient en leur sein des homosexuels assumés et des filles coiffées à la garçonne.
Le roman commence par un voyage en bateau (de la France vers l’Angleterre) qui donne la couleur en tirant le portrait d’une société mondaine très contrastée.
Le personnage de Madame Guenon (dont on voit déjà l’ironie du nom) est une évangéliste qui incarne la crise de la croyance chrétienne. Elle est accompagnée de plusieurs jeunes filles appelées des « anges ». Toutes portent le nom d’une vertu chrétienne : Foi, Charité, Force, Chasteté, etc. Or, dès le départ, le vice est déjà présent puisque la Chasteté s’est absentée pour flirter avec un homme à bord tandis que l’Effort Créatif a « perdu ses ailes ». Madame Guenon s’avère quand à elle un escroc qui vend de l’espoir à des gens pour en tirer du profit, cela avec un profond cynisme : « Le Salut ne fait pas le même bien quand on croit que c’est gratuit, était son axiome favori ».
Lady Throbbing et Mme Blackwater représentent l’aristocratie vieillissante. Oubliées du monde, elles utilisent aussi des expressions passées, dont il est dit qu’elles ont un « chic fin de siècle ». Rien à voir avec la nouvelle génération, des « jeunes à la page » dominés par Miss Runcible et Miles Malpractice. Ces derniers arrivent dans le roman par quelques expressions à la mode, « c’est exactement comme si on était dans un shaker à cocktail », « trop, trop écœurant ! ».
La scène d’exposition nous montre d’emblée une société à plusieurs vitesses, où personne n’a l’air de communiquer vraiment.

ces corps vils pavillon

Edition actuelle chez Pavillon Poche

La nouvelle génération
L’action se recentre ensuite plus spécifiquement sur Agatha Runcible, véritable incarnation des Bright Young People et alter ego d’Elisabeth Ponsonby qui succomba à son alcoolisme. Nous avons droit à la vision très critique des vieilles jumelles. Ces dernières s’étonnent de voir la jeune fille courir ça et là aussi librement. En même temps, Mme Blackwater doit reconnaître qu’elle a perdu toute emprise sur sa propre fille. Regrettant leur jeunesse, les deux vieilles femmes rappellent aussi à quel point les mœurs de la bonne société ont changé puisque : « Les filles d’aujourd’hui ont l’air tellement renseignées. Nous, il fallait que nous apprenions tout par nous-mêmes, hein Fanny ? et ça prenait si longtemps ! Si j’avais eu les mêmes occasions qu’Agatha Runcible… »
Cette dernière est quand à elle ridiculisée puisque les douaniers la déshabillent dans une salle après l’avoir prise « pour une notoire spécialiste de la contrebande de bijoux », signe qu’elle ne porte pas du tout la dignité traditionnellement attendue de sa classe. Loin de se sentir humiliée, elle s’empresse ensuite de faire connaître la nouvelle aux journalistes afin de créer le scandale. Ces corps vils intègre ainsi le thème d’une aristocratie qui ne vit plus qu’à travers ses frasques. Les années 20 amènent une société du spectacle, et c’est avec ce genre d’histoires que les riches intéressent désormais le peuple.
Adam perd quand à lui son livre, très ironiquement brûlé pour immoralité. Lorsque le jeune homme s’adresse à son éditeur, nous apprenons qu’il s’agissait d’une autobiographie écrite pour plaire aux masses. Une œuvre de commande que son éditeur fait à tous les jeunes aristocrates en vogue. Les excès de ces riches oisifs qui ne comptent pas leurs dépenses pour faire la fête et vont de grandes maisons en grande maisons pour enchaîner les nuits de plaisir passionnent.
Dès son arrivée à Londres Adam est invité à participer à une de ces soirées chez Miles Malpactice en donnant une idée de la démesure qu’on y trouve : « nous n’avons pas de voiture. Miles l’a cassée. » et « tout commence d’ailleurs à devenir un peu cassé et sale, si tu vois ce que je veux dire. Parce que, vois-tu, il n’y a pas de domestiques, seulement le maître d’hôtel et sa femme, et ils sont tout le temps gaz à présent. » Une soirée un peu plus tard, la joyeuse clique organisera une soirée déguisée où Miss Runcible sera prise en photo dans une tenue très dénudée d’hawanienne qui fera scandale. Un événement ridicule provoque aussi la mort d’une lady qui, trop ivre pour se contrôler, s’est balancée sur une suspension. C’est dans ce contexte qu’Adam Symes s’autorise à inventer des personnalités pour un public avide de sensations fortes.

La critique de la presse
La manière avec laquelle Waugh fustige la peopoilisation de la presse est très intéressante. Nous sommes dans un futur très proche et hypothétique où la rubrique « mondanités » acquiert une folle influence sur la société. En effet, après un article diffamatoire qui met tous les aristocrates londoniens sur la liste noire du Daily Excess, Adam doit ruser pour garder le lectorat. Le succès revint grâce à la très cynique rubrique des « invalides notoires » qui permet de dénoncer à nouveau un monde où le petit peuple cherche désespérément à s’identifier à l’aristocratie, en témoigne un courrier de ce genre : « Sourd moi-même depuis très longtemps, ce m’est un grand réconfort de savoir que mon infirmité est partagée par tant de notabilités ». Devant la demande du lectorat et une nécessité de vendre qui, dans cette société de consommation naissante privilégie le profit et non l’information, Waugh pousse son humour grinçant jusqu’à la création d’une rubrique « Titrés excentriques » pour laquelle Adam retourne tous les asiles.
L’expérience d’Adam dans la presse permet de dénoncer avec un certain talent visionnaire les dérives possibles dans un monde futur, à savoir que la rapidité des informations et la nécessité de faire « le buzz » (comme nous dirions de nos jours) rend le mensonge plus simple. Ainsi, « ceci, qui tendait à démontrer que peu importait aux lecteurs de qui on leur parlait, pourvu que fût satisfaite leur curiosité indiscrète concernant la vie d’autrui, Adam se mit à inventer des gens. ». Fasciné par la superficialité du lectorat, Adam s’amuse ensuite à créer de la même manière des modes et à attirer les gens dans des buvettes de métro en prétendant qu’il s’agit des nouveaux hauts lieux de rencontre de l’aristocratie. L’attaque que fait l’écrivain à la presse trace d’ailleurs les prémices du roman qui suivra, Scoop.

Conclusion
Waugh décrit une génération trop jeune pour avoir été confrontée à la guerre. Les Bright Young People sont des enfants des années folles, en apparence pleinement intégrés à leur époque et pourtant les produits d’une aristocratie en plein déclin et de plus en plus ruinée. Sa voix incisive nous fait pénétrer une société frénétique, gouvernée par l’alcool, un monde de jeunes riches sans repères qui ne pensent plus qu’à s’amuser, ce qui fait dire à un ‘ancien’ dépassé, M. Outrage : « Ils ont eu, après la guerre, une occasion comme aucune génération n’en a jamais eu. Il y avait toute une civilisation à sauver et à refaire – et, tout ce qu’ils ont l’air de faire, c’est les imbéciles ! ». C’est à un point tel que même cette terrible évangéliste, Mme Guenon, échoue son sermon lors d’une soirée qui rassemble les jeunes aristocrates. « Regardez-vous tels que vous êtes. », lance-t-elle pour jouer sur l’auto-culpabilité qui fonctionne assez bien sur les deux vieilles jumelles mais finit par faire un four à cause de l’intervention de Lady Cincumference, « En voilà une fichue impudente » et du rire de Miss Runcible qui déclenche une hilarité générale.
Chaque page est criblée de piques à l’adresse de l’Angleterre, des nouveaux mondains, et d’une modernité dont il ne cessera de critiquer les dérives grâce à sa capacité à mettre en exergue toute l’absurdité de son temps. Ainsi que le dira son fils Auberon Waugh : « Avant tout, il fallait rire ensemble de la folie du monde. »
Ces corps vils
ravira donc les lecteurs à la recherche d’un humour caustique et intelligent, en marge des discours actuels.

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Les souffrances des aspirants gothiques, la polémique sur “jesuisgothique”

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Soyez plus tolérants, on est pas des satansites !

Soyez plus tolérants, on est pas des satansites !

Quoique fort occupée ces derniers jours, je m’autorise une parenthèse dans ma semaine pour réagir au non-événement facebook du moment qui fait quelques polémiques dans mes contacts. Si vous faites parti des quelques 480 fans de jesuisgothique, la page des VRAIS Gothiques, vous comprendrez sans doute de quoi je veux parler. Pour les non-initiés, sachez que cette page est un dérivé de jesuisgothique.com, un site humoristique sur les gothiques qui fleure bon l’internet 2.0. Dix ans plus tôt, c’était une bonne référence d’humour pour les goths et les autres, des heures de rigolade assurées. Avec l’arrivée de facebook, il semblait donc naturel de créer une page pour faire vivre cet esprit d’une autre façon, dont le contenu sert d’ailleurs d’illustration à mon billet.
Ainsi, jesuisgothique s’occupait chaque semaine de nous distraire avec les chefs-d’œuvres de ceux que j’appelle communément les « kikoogoths », une faction marginale des kikoolol qui sévit sur internet avec autant de fautes d’orthographes, et le même sens du mauvais goût en plus dark. Du coup, ils sont plutôt rigolos. Mais ils le sont malgré eux. Aussi, quand la politique du signalement donne le pouvoir à une poignée d’esprits étriqués qui voit le mal là où n’est pas sa conception du « bien », une simple page d’humour devient vite la pire aberration du web… C’est moche, c’est facebook, la loi de la masse et du plus bête.
A l’origine, je ne pensais pas en parler. Puis, j’ai vu passer dans mes actus le message scandalisé d’une « amie de » qui appelait au signalement. Jugez par vous-même !

« Merci de signaler s’il vous plait.Non seulement cette page est insultante,mais en plus l’administrateur se moque ouvertement des gens,de leur physique voir plus,mais se permet également de voler des photos non-libres de droit.Honteux.Certaines publications et commentaires m’ont beaucoup énervée! »

trop goth

Commentaire collector d’un hater : “frenchement cette image et juste tu n’y connait rien en cette matiére tu ose pas afronter la réaliter”

Bon, bon… Calmons les passions. Qu’est-il donc reproché à jesuisgothique ?
Tout est parti à cause de la publication de montages ultra-kitchs censés valoriser la profonde noirceur des figurants. Les kikoogoths étaient simplement montrés comme ils étaient, sans moquerie ouverte ni message haineux. Malheureusement, contrairement à leur cercle d’amis, les membres de cette page trouvaient ça très drôle. Parce qu’ils sont comme ça les aspirants gothiques, ils aiment s’habiller n’importe comment pour choquer les simples d’esprits, mais, si la réaction est le rire, rien ne va plus. Sûr, ça doit faire mal de devenir ridicule quand on s’imagine une classe ténébreuse.
Je peux comprendre que trouver sa photo sur la page d’un inconnu ne fasse pas plaisir. Néanmoins, pour la défense de jesuisgothique, il s’agissait de publications d’autres pages, donc sorties du cercle privé. Il serait peut-être temps d’arrêter de jouer de mauvaise foi et de reconnaître que, si l’on rend une image libre d’accès, c’est parce qu’on veut la diffuser, non ? Nous en arrivons donc à une situation absurde : des exposés volontaires se plaignent d’être exposés et de ne pas faire l’unanimité. Mais… mais seraient-ils les premiers en tort dans ce cas ? Il me semble.

Une réaction tout à fait normale face à ce genre de problème est d’écrire à l’administrateur pour lui demander de retirer les photos gênantes. Les personnes concernés l’ont fait et ont obtenu la suppression des articles qui les impliquait. Jusque là tout va bien, diplomatie entre personnes intelligentes. Seulement, quand un site comme facebook donne le pouvoir de supprimer tout ce qui contrarie un peu l’imbécile, ce n’est pas suffisant, il faut en plus lancer une campagne de lynchage. Aaaah, j’aime la justice d’internet !
Les photos ne sont plus en cause, mais tout de même, disent les plaignants, on se moque de toute une communauté ! Hélas, je crains que le groupe dont ils parlent ne soit qu’une pure fiction de leur esprit. Les gothiques sont les premiers à se moquer d’eux, et avec d’autant plus de joie qu’ils batardisent leur mouvement. Non nous n’aimons pas le métal symphonique et les pentagrammes inversés, on préfère se déhancher sur Soft Cell avec un slim léopard. Là, on se sent carrément true !

Alors, pour soutenir les Vrais gothiques, n’hésitez pas à aimer jesuisgothique, en souhaitant que la vindicte populaire n’ait pas raison de son existence.

Oui, les gothiques sont plus effrayants qu'on ne le pense.

Une certaine vision gothique de la classe. Plus effrayant qu’on ne le pense.