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Antho-Noire …pour nuits de légendes

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antho noireL’Antho-Noire …pour nuits de légendes est la troisième anthologie dans laquelle je publie une nouvelle. Un bel objet reçu il y a une quinzaine de jours que je me suis fait un plaisir de découvrir dans son intégralité. Les projets collectifs de la Cabane à Mots ont une ligne directrice commune, celle d’aller dans les recoins les plus sombres des genres littéraires. Après le polar et l’érotisme, voici la fantasy et la proposition de s’adresser à un public « jeune adulte », soit à partir de treize ans. Avec cette étiquette, on pourrait craindre des textes édulcorés, moins tranchants que prévu, mais l’anthologie s’en sort avec les honneurs. Tout est bien noir, et on ne peut pas tellement dire que la violence nous est épargnée. La limite d’âge permet surtout d’éviter la tentation de flirter avec les limites de la décence et un lecteur qui apprécie les petits frissons sans pour autant s’amuser d’un étalage de perversions y trouvera facilement son compte. Sans aller dans la complexité, les textes sont loin d’être simplifiés à l’excès. Les treize ans et plus sont pris pour des lecteurs comme les autres et non des enfants à moitié analphabètes. J’ai tenu à ne pas trop trahir mon écriture pour ma nouvelle (dont je parle plus en détails ici), et il a été agréable de constater que les six autres auteurs sélectionnés maîtrisent également très bien la langue, le rythme, la progression de leur histoire.

Lapis lazulis de Sidonie Gatel est certainement le texte le plus touchant de l’ouvrage. Il est très justement placé en premier, ce qui permet une entrée en douceur dans une série d’univers qui n’auront rien de très enchanteur. Nous avons une histoire assez classique de la fantasy sur un fond de chasse aux sorcières, avec une bonne progression. La petite présentation de l’auteur nous apprend qu’il s’agit de son premier texte publié, et c’est une entrée plutôt réussie dans le monde de l’imaginaire !

Castrum Liberonis est la nouvelle la moins fantasy de l’ensemble. Sylvie Arnoux s’appuie sur une légende régionale pour entraîner le lecteur dans une inquiétante guerre de pouvoir médiévale fantastique. En toute franchise, j’ai un peu moins adhéré. L’idée m’a semblé quelque peu trop ambitieuse dans ce format, et de manière parfaitement subjective, les histoires de pacte démoniaque me laissent souvent de marbre. Castrum Liberonis a cependant le mérite de proposer un univers moins dépaysant que les autres, en ajoutant à la diversité du titre.

Avec La Renaissance d’Aya, Valérie Simon propose certainement le texte le mieux écrit du collectif. Sa plume n’est pas débutante, et cela se sent d’emblée. Les schémas ordinaires du conte sont repris à la perfection. C’est à un point que l’on attend avec impatience la conclusion pour savoir à quel moment l’auteur décidera de nous emporter vers quelque chose de moins convenu. Heureusement, le fin mot est à la hauteur. J’ai apprécié le pastiche tout en regrettant que l’auteur ne donne pas des signes de ses intentions assez tôt. Le virement est un peu brutal, mais parfaitement cohérent, et on ne peut que sourire à la morale ironique qu’il nous livre.

Ren, la légende du chat-vampire permet de s’échapper un peu des châteaux-forts occidentaux, pour une visite au Japon médiéval. Le changement d’air fait du bien. L’écriture de Kinrenka est aussi fluide que légère, on apprécie le voyage inspiré par des légères plus orientales. En peu de pages, les personnages deviennent assez attachants pour que l’on s’inquiète de leur sort et, à ce titre, cette nouvelle est sans doute celle qui s’adresse le mieux aux adolescents.

Mon petit coup de cœur va cependant à Callie J. Deroy et son Règne de Déléora. Contrairement aux autres auteurs, Callie prend le parti de ne rien nous décrire d’autre qu’une bataille. L’action est immédiate, le personnage et la situation globale posée en même temps que le combat, et l’on se surprend à suivre un combat sur lequel on ne sait presque rien, à prendre parti pour l’héroïne de l’aventure sans connaître les tenants et aboutissants de tout cela. Même sans une chute assez délicieuse, le texte restait bon en exécutant à lui seul la prouesse de tenir grâce à une simple description coupée au milieu de ce qui semble une plus bien plus vaste fresque.

Une bonne surprise aussi avec Les couloirs de Vüdrang de Patrick Godard qui mise sur l’humour en nous contant le périple d’une drôle d’équipée composée d’un guerrier, du barde Rocquer Djonnie et d’une elfe défigurée. J’ai beaucoup aimé les fausses sources de bas de page qui permettent de compléter efficacement un univers jalonné de petites histoires et de créatures surprenantes. On sent que l’auteur s’amuse beaucoup avec le genre, et la conclusion à tout cela est une bonne manière de quitter la fantasy pour revenir à la réalité.

L’Antho-noire …pour nuits de légendes est d’une assez belle variété pour ne pas s’adresser uniquement aux lecteurs de fantasy, une simple préférence pour les fins glaçantes devrait suffire !

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Sans âme – Gail Carriger

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On dit qu'il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même...

On dit qu’il ne faut pas juger un livre à sa couverture, mais quand même…

A l’origine, Sans âme, premier tome de la saga du Protectorat de l’ombrelle qui en compte 5, a été l’achat d’un moment de faiblesse. Je venais d’assister à une petite conférence sur les vampires pendant un salon du livre et Gail Carriger faisait partie des invités. J’ai très vite été attirée par sa vision des créatures, sa volonté de rompre un peu avec le mythe du mort-vivant ténébreux, en intégrant notamment de l’humour dans ses histoires. La dame m’a semblée fort sympathique, et quand je me suis approchée de sa table, malgré l’horreur absolue de ses couvertures, je n’ai pu résister à son grand sourire. Je n’irais pas dire que je regrette d’avoir découvert son univers, mais de moi-même, je ne serais jamais allée vers le Protectorat de l’ombrelle. Une fois en possession du roman, je me suis tout de même posé quelques questions. Je craignais de tomber sur de la mauvaise bit-lit, mais des avis d’un lectorat masculin comme féminin m’ont détrompée. Néanmoins, après avoir atrocement saigné du cerveau avec le tome 1 d’Anita Blake sous le même genre de conseils, je suis entrée dans ce roman avec une certaine méfiance. Verdict ? Nous sommes au moins sauvés sur un point, contrairement à Laurell K. Hamilton, Gail Carriger sait écrire ! Pour le reste, je ressors mitigée, ni vraiment convaincue, ni follement emballée.

Résumé :
L’Angleterre Victorienne a intégré loups-garous, vampires et fantômes à sa société. Tout semble assez bien organisé pour éviter les conflits mais, le soir d’une réception, Alexia Tarabotti, vieille fille de vingt-six ans, manque de se faire dévorer par un vampire affamé réduit à l’état de bête rampante. Le mystère est d’autant plus grand qu’aucun vampire ne semble avoir enfanté la créature, et que certains solitaires se mettent à disparaître…

Raconté de cette manière, le scénario semble intéressant. Le problème est que nous pouvons aussi faire un résumé tout autre sans être dans le faux. Nous verrons cela plus loin, lorsque j’aborderai les points négatifs. Au départ, l’écriture d’un type victorien très empesé m’a fait très peur. Les premiers gags sont franchement grotesques (un vampire qui tombe sur une tarte à la mélasse et se fait tuer par une ombrelle…) et laissent à craindre des blagues de cour de récréation. Heureusement, l’humour s’affine, donnant des passages délicieusement absurdes. Si Carriger m’a parfois fait hausser les sourcils, elle m’a aussi fait sourire en se moquant des convenances de l’époque, si peu adaptées à l’intrusion de monstres sanguinaires dans les salons et pose de justes questions de bienséance sur, par exemple, comment servir un foie cru à un gentleman loup-garou. De ce point de vue, si on veut se moquer un peu de l’ère Victorienne, de son écriture féminine insupportablement dégoulinante, l’auteur réussit assez bien son pastiche. Malgré les lourdeurs du début, on se prête vite au jeu, et les touches d’esprit deviennent distrayantes.

L’univers est bien pensé également et m’a rappelé Anno Dracula de Kim Newman, qui propose aussi un Londres victorien qui a intégré les vampires à son quotidien. Certaines personnes peuvent survivre à la transformation, d’autres non. Il s’agirait d’une histoire d’excès d’âme, mais il apparaît vite évident que cette explication religieuse n’est pas suffisante. Pour une raison mystérieuse, Alexia Tarabotti fait perdre leurs pouvoirs aux créatures magiques, elle serait donc une « sans âme ». Seules les femmes peuvent offrir le don ténébreux mais elles sont aussi difficiles à transformer, ce qui entraîne une société matriarcale qui les place à l’opposé de la soumission des épouses anglaises de cette époque. Un personnage américain nous permet également de découvrir que tous les pays n’ont pas intégré vampire et loup-garou de la même manière. Ceux-ci sont violemment chassés aux États-Unis, où l’on persiste à les voir comme des œuvres du démon. Le protectorat de l’ombrelle propose donc un monde plutôt riche et travaillé, une révision du mythe assez bien pensée, qui interroge, et donne plusieurs pistes à explorer. On a très envie d’en apprendre davantage sur l’organisation de ce monde et de plonger dans l’intrigue. Or, cette intrigue, qu’est-elle vraiment ?

Un autre résumé : A vingt-six ans, Alexia Tarabotti est toujours vieille fille à cause de son teint trop bronzé pour la bonne société anglaise et de son caractère trop affirmé. Cependant, une forte tension sexuelle la lie à un beau Lord loup-garou. Sauront-ils mettre de côté leur fierté pour s’aimer ? Une aventure riche en émotion les aidera-t-elle à s’unir ? Alexia parviendra-t-elle à perdre enfin sa virginité ?

Tout de suite, le ton change. Il apparaît rapidement, gros comme un château-fort dans un village de trois pelés, que Lord Woolsey et Miss Tarabotti risquent de finir ensemble avant la fin de l’histoire. Mais ce n’est pas le plus gênant. Le plus agaçant surtout, est de commencer notre roman en apprenant que Alexia serait rejetée parce qu’elle est… attention folle révélation… de type italien. Elle n’est manifestement pas laide, on nous précise qu’elle a une forte poitrine, qu’elle est de bonne naissance, mais j’ai pu découvrir dans ce livre que les anglais du XIXe siècle considéraient les italiens comme des parias, un peu comme des roumains. Ce postulat, totalement faux et de mauvaise foi pour donner un prétendu « malus » à un personnage qui doit cependant rester proche d’un lectorat féminin est d’emblée exaspérant. Alexia est aussi énervante, comme l’ensemble des protagonistes. Si je disais plus tôt que l’écriture empesée victorienne n’était pas si mal, j’ai été plus dérangée par le côté très caricatural de tous les personnages présents. Nous n’échapperont donc pas au beau lord bourru et ténébreux, à la femme forte mais maladroite et grande gueule, à sa meilleure amie vieille fille bien plus coincée qui sert de faire-valoir, ou au vampire extravagant du type gay flamboyant. Certes, c’est amusant. Mais l’ensemble manque de finesse et ne permet pas de grandes envolées sur la profondeur des psychologies de chacun. Du coup, en ce qui concerne les relations entre les personnages, tout semble joué d’avance.

Le scénario tombe par conséquent assez vite à plat puisque l’auteur préfère passer d’assez longs chapitres à mettre notre couple en devenir dans une pièce et voir ce qui va bien pouvoir arriver. On ne sait plus très bien à quelle intrigue se raccrocher : la disparition des vampires ou savoir si, enfin, Alexia et ce maudit loup-garou vont faire autre chose que se bécoter et se peloter en respirant très fort. En lisant quelques critiques, d’autres lecteurs avaient souligné le caractère trop sexuel de ce livre. Eh bien j’ai été presque déçue. Je m’attendais, au moins, à des scènes de tournures violemment arrachées et de levrettes sauvages sur un piano. Mais rien de tout cela ! Rien que du touche-pipi pour faire mouiller la culotte des adolescentes en fleur. C’est profondément ennuyeux. On voudrait que cela s’arrête enfin, que les deux imbéciles passent à l’acte une fois pour toute, et permettent à l’intrigue de reprendre un rythme décent. Sauf que, l’auteur semble décider en cours de route que cette affaire-là sera plus intéressante que son scénario… Alors, même si beaucoup de choses interrogent, les questions de fond sont passées à la va-vite, et surtout, le final est un ratage magistral où tout devient d’une violente incohérence, ou d’une facilité honteuse pour qui est en train d’écrire une histoire érotique déguisée en enquête.

Alors pour ceux qui ne veulent pas être spoilés, je dirais juste qu’il ne faut surtout pas s’attendre à ce que les méchants de cette aventure aient des réactions intelligentes ou même logiques, sauf si leur intention inavouée est juste de rapprocher les deux héros du roman.

Pour ceux qui ont lu le livre ou qui s’en fichent, voici quelques points plutôt édifiants : Apprenez que pour attraper un vampire, fût-il millénaire, c’est en réalité très simple, il suffit de leur mettre un mouchoir imbibé de chloroforme sous le nez. Donc, les mort-vivants respirent. Soit, on fait ce qu’on veut avec une espèce imaginaire, mais il faut reconnaître que l’extrême facilité de la solution est décevante. Les disparitions et apparitions de vampires contre-nature coïncident avec l’ouverture d’un club de scientifiques, mais personne n’a l’idée de mener une enquête là-bas. Le nom choisi a aussi de quoi laisser perplexe, club hypocras… Sérieusement, pourquoi ? Mais l’absurdité atteint tous ses sommets quand après avoir capturé toutes les créatures avec une honteuse facilité et bloqué un très vieux vampire avec des menottes (pas si terrible ces bêtes là franchement), les « méchants » ne reconnaissent absolument pas Alexia Tarabotti. Ils savent qu’une « sans âme » vit à Londres, connaissent son nom, mais ont été incapables de l’identifier alors qu’elle fréquente des vampires, des lycans et les milieux huppés de la société anglaise. Sûr que ça demandait une enquête violente ! Mais, malgré le fait qu’ils l’aient vue en si bonne compagnie à plusieurs reprises, ils pensent pouvoir la rallier à leur cause et lui faire confiance. Normal. Pour vérifier si son pouvoir fonctionne réellement, ils choisissent le loup-garou le plus féroce de tous, la laissent seule dans une cellule avec et vont se balader une heure en attendant. Je… Mais, ne venait-on pas de dire à quel point Alexia serait importante pour leurs recherches ? Non, les mecs prennent le risque de la tuer. Pire, si son pouvoir fonctionne, ils la laissent une heure avec le chef de meute qui n’est autre que son grand ami Lord Woolsey. A ce stade, j’ai voulu pleurer des larmes de sang, déchirer ce livre et insulter l’auteur de tous les noms. Je voulais y croire un petit peu quand même, pour l’univers, mais j’ai rarement vu une intrigue aussi improbable même dans un très mauvais film d’action. Donc, Gail Carriger offre une nouvelle scène de haute tension sexuelle dans les cachots et nous dit clairement qu’elle n’en a plus rien à foutre d’écrire un scénario crédible tant que ses personnages peuvent s’avouer leur amour dans une situation « originale ».

Sans âme donne beaucoup de promesses, et autant de déceptions. J’aurais pu pardonner l’aspect romance s’il ne dévorait pas impitoyablement une partie de l’intrigue. Objectivement, il s’agit d’un bon titre, à côté du reste de la production Bit-lit. Je ne suis pas sûre de donner sa chance au deuxième tome même si j’aurais aimé obtenir d’autres précisions sur l’univers (mais les aura-t-on réellement ?). En revanche, cette lecture m’a rappelé que Anno Dracula proposait la même chose avec plus de maturité et que le tome 2 est sorti en poche récemment, donc le temps est peut-être plutôt venu d’aller découvrir Le baron rouge.

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La Communauté de l’Anneau – Tolkien

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product_9782070612888_244x0Il doit exister un si grand nombre d’articles sur le premier livre du Seigneur des anneaux que celui-ci n’apportera certainement pas grand-chose de plus. Cependant, je tenais à dire qu’après passé une dizaines d’années à me demander si oui ou non j’allais me lancer dans l’univers de Tolkien, je peux enfin parler de fantasy en citant ce que nombre de gens considèrent comme la « base » absolue. Etant passée cet été par Le Hobbit, et vu que la lecture était loin d’être si terrible, j’ai profité de la motivation de groupe pour une lecture commune (il fallait bien cela) pour franchir enfin le pas. Je ne le regrette pas. Je regrette par contre d’avoir reculé tout au long de mon adolescence en entendant d’inquiétants sons de cloches au sujet de descriptions abominablement longues et, phénomène d’époque oblige, « Harry Potter est beaucoup mieux ! », chose dont j’étais certainement très convaincue au collège. Personne n’a eu une bonne idée de m’offrir la trilogie, j’ai découvert d’autres séries de fantasy entre temps, j’ai vu avec plaisir les films et trouvé cela suffisant. Au final, je me suis estimée si fascinée par Gormenghast, une trilogie moins connue mais néanmoins contemporaine à celle de Tolkien, que je me suis donnée pour mission de défendre la mémoire de Peake, l’autre sieur britannique ayant déjà bien assez de fans zélés pour qu’il soit nécessaire de m’y ajouter.
Surtout, n’allez pas croire que je me cherche des excuses…

Plonger dans Le seigneur des anneaux après avoir entendu des amis débattre de long en large de la question sans rien y comprendre – et donc éprouver le moindre intérêt -, vu les films un nombre incalculable de fois, en avoir mangé malgré soi jusqu’à l’écœurement, avec le sentiment que certains en faisaient, à l’instar de la Bible, un livre de chevet unique, à la fin duquel la littérature s’arrêtait définitivement (en dehors de Tolkien et Lovecraft, la lecture c’est pour les faibles), plonger dans Le seigneur des anneaux après tout cela donc, permet-il néanmoins d’apprécier l’œuvre ? Je dirais oui. Quoique l’appréciation, ôtée de toute sa naïveté première, soit biaisée, j’ai passé un très bon moment en compagnie des hobbits, et un peu des autres aussi. Le fait d’être plus âgée m’a, semble-t-il, permis de ne pas être gênée par les descriptions. En réalité, j’ai attendu jusqu’à la fin du livre ces longues descriptions dont on me parlait tant. On ne passe pas plus d’une page sans avoir des dialogues, alors je me demande ce que les gens entendent pas « description », ou alors nous ne devons pas avoir la même définition du mot. S’il en est ainsi, en tout cas, je peux comprendre pourquoi un auteur comme Balzac fait trembler tant de monde. L’écriture est agréablement fluide, tout se suit avec une grande facilité.

L’action, il est vrai, n’est cependant pas très folle. Le fait de connaître l’avance l’issue des péripéties n’aide pas, mais je ne me suis jamais sentie très inquiète pour les personnages, je ne me suis pas surprise à tourner avec avidité les pages pour connaître la suite. S’il n’y a pas de descriptions aussi fournies que la légende le prétend, les bavardages cassent en revanche le rythme. On sent que l’auteur veut s’appliquer à décrire très précisément son univers, et cela l’empêche de développer ses personnages (qui existent plus au travers de leur espèce, fonction, que de leur caractère) et d’intégrer ses explications à une action, comme sauront le faire d’autres auteurs du genre après lui. Cependant, quand on a lu le Trône de Fer, en termes de bavardages inutiles, d’action qui patine, on relativise.
Rétrospectivement, le plus intéressant/amusant pour moi, a été de constater à quel point l’univers de Tolkien avait inspiré le monde du jeu de rôle. Je ne pensais pas que ce serait à ce point flagrant. Si les auteurs de fantasy s’en sont démarqués souvent habilement, on peut dire que l’univers rôliste a beaucoup de travail à faire pour s’émanciper de tous les clichés qui en sont nés.

En tout cas, j’attends avec beaucoup de curiosité de lire la suite, dont j’attends un peu plus d’action, et de vraies scènes de batailles, ce qui est quand même un gros intérêt du genre en général.

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Anno Dracula – Kim Newman

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annodraculaIntrouvable au moment où j’ai découvert son existence, Anno Dracula semblait trop en avance sur les modes littéraires françaises pour réussir son entrée en librairie au début des années 90. Quand Bragelonne a finalement réédité le premier volume, je n’ai pas hésité très longtemps avant de me le procurer. Puis, comme très souvent quand une lecture ne me semble pas très urgente, le temps a passé. Je me suis finalement lancée le mois dernier. Une bonne découverte dans l’ensemble.

Résumé : La dynamique de l’histoire est la suivante : Et si le Dracula de Bram Stoker avait gagné ? En 1888, le comte vampire a épousé la reine Victoria, les vampires se sont intégrés à la société humaine. Mais l’équilibre fragile de cette nouvelle société est perturbé par une série de crimes perpétués contre des femmes vampires. Le coupable ? Un certain Jack L’Eventreur…

Critique :

Beaucoup de bonnes choses sont à relever dans Anno Dracula. Il est d’abord très agréable de croiser une série de personnages aux noms familiers qui appartiennent aussi bien à l’Histoire qu’à la fiction. Certains ne feront que passer, d’autres auront un rôle plus important.  Nous rencontrons Jekyll, Oscar Wilde, Bernard Shaw sera parfois cité, plusieurs scènes se passent au Diogene’s Club… Chaque référence est un hommage à la littérature britannique du XIXe siècle dont les livre est un héritier direct. Nous sommes invités à un jeu de metalecture qui donne souvent à l’avance les clés du récit. Mais la plupart des noms ne servent qu’au clin d’œil pour construire un monde où les œuvres majeures de l’époque victorienne sont réelles. L’auteur se concentre en particulier sur les protagonistes secondaires de Dracula. Newman interroge une victime directe du comte, le Docteur Seward, courtisan désabusé de Lucy.
Distrayante, l’intrigue du tueur de Whitechapel est un bon moyen de révéler les problèmes que peut rencontrer une civilisation dominée par une créature tyrannique venu d’un autre temps. Vlad Tepes veut modeler le monde à sa vision de fanatique religieux tout juste sorti du Moyen-âge, ce qui implique beaucoup d’exécutions arbitraires et une ingérence totale de la capitale. Dans ce joyeux chaos, les vampires ne sont pas plus chanceux que les humains. Comme l’auteur le souligne avec un certain cynisme, la plupart des « ressuscités » meurent bien avant d’avoir dépassé un siècle, tués par leurs semblables, affaiblis par un appétit difficile à sustenter. En effet, le sang humain est une denrée rare pour les pauvres qui n’ont pas les moyens de s’en faire livrer, quand une milice vampirique n’hésite pas à condamner les meurtres de leurs pairs. Plus que les emprunts au thriller, j’ai surtout été séduite par l’intelligence avec laquelle était dépeintes les créatures. A la fois figures pathétiques et tumeurs malgré-elles de Londres, on ne peut pas dire qu’elles inspirent l’admiration.

Le duo vampire/humain (Genevieve et Charles) qui domine le récit entretient à ce titre des rapports très intéressants, un amour passion impossible qui n’a rien de romantique. Immortelle depuis cinq siècles, Geneviève est désespérément réaliste sur l’avenir de ses sentiments. L’homme qu’elle aime finira par vieillir. Elle pourrait le transformer, mais le temps finirait par les séparer. Le vampire reste condamné à sa nature d’être solitaire.
Un autre aspect abordé est la ligne fragile entre animalité et humanité au moment de la transformation. Le basculement est d’autant plus rapide avec une personne qui s’est imposé trop de limites, un véritable fléau pour les dames guindées de la société victorienne.
En bref, de nombreux petits détails en amont de l’histoire principale ajoutent beaucoup de réalisme à l’univers, et montrent une réflexion très poussée de la part d’un auteur qui maîtrise parfaitement son sujet.
Si le fin mot de la série de meurtre est annoncée très rapidement, l’idée de base est amusante et une série de rebondissements parvient à nous tenir en haleine jusqu’au bout, même si l’action piétine parfois. Le tout n’est pas de trouver le tueur, mais de voir comment cette catastrophe annoncée pourra bien se terminer. Certes, le final a un côté un peu brouillon, mais je n’ai pas trouvé qu’il gâche l’ensemble. Il permet simplement de refermer une chronique avant de nous plonger quelques 50 ans plus tard, dans une autre époque, pour Le Baron Rouge.

Pour conclure, je ne parlerai pas d’une révélation littéraire (le style manque de rythme) mais assez de bonnes idées pour mériter la lecture des amateurs d’uchronies et de réinterprétation des mythes. La période historique dépeinte ne souffre pas de l’idéalisation un peu trop fréquente du XIXe siècle dans les roman fantasy contemporains qui s’y intéressent, une bonne nouvelle pour les blasés du steampunk. L’écriture rappelle même celle du feuilleton populaire. J’espère avoir le temps de lire la suite dans les prochains mois.

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Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake

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titus Non ! Je ne laisserai pas mourir ce blog, mais les temps sont durs pour mes activités internet et les critiques de livres ne sont plus dans mes priorités. Depuis que je suis passée du côté des éditeurs (enfin… des stagiaires en fait. Je vous en parlerai peut-être plus tard) je me retrouve à lire tellement de choses que je n’ai plus le temps de m’y attarder vraiment. Heureusement, j’ai le souvenir de m’être engagée à quelques challenge de lecture, et l’idée de ne pas m’y tenir me contrarie un peu. Je suis comme ça, j’ai besoin de me rajouter des objectifs un peu inutiles dans mon existence. Qu’en est-il donc de ce défi Grande Bretagne ? Il n’est pas très avancé à dire vrai. D’habitude, je lis beaucoup d’auteurs anglais, mais mes stages ont perturbé ma PAL. Pour cet article, il sera donc question d’un conte découvert cet été et écrit par Mervyn Peake, auteur de la merveilleuse trilogie de Gormenghast.

Contexte : Titus dans les ténèbres a été imaginé pour un recueil auquel ont également collaboré William Golding et John Wyndham en 1956 : Quelquefois jamais. Les lecteurs de Gormenghast y retrouveront Titus, le comte d’Enfer, au début de sa rébellion adolescente. Lassé de répéter les mêmes rituels chaque jour, le jeune homme quitte son château pour partir à la découverte du monde. Une nouvelle escapade, de nouveaux personnages pour un univers enrichi, et, surtout, un conte philosophique très intelligent qui peut s’apprécier indépendamment de l’œuvre de Peake.

Critique : J’ignorais l’existence de ce petit livre. Une véritable rareté. Avoir la chance de replonger pour une centaine de pages dans l’univers merveilleux de l’auteur était un véritable bonheur. On retourne dans les murs de Gormenghast avec une certaine émotion vivre un moment privilégié, faire un dernier bond dans le passé. Cependant, il ne sera pas question du château, mais de ses extérieurs, avec son lot de personnages étranges que cela implique. Si vous avez lu le dernier tome, alors vous n’ignorez pas que, derrière les murailles de l’imposante forteresse, tout devient très hostile. Le temps d’une nuit, Titus s’offre donc une ballade qui devra le marquer lourdement.
En se pliant au format du conte, l’auteur propose une aventure invraisemblable, proche du rêve, et même d’un cauchemar plutôt angoissant. Deux personnages à l’intelligence limitée croisent les pas du jeune comte : Bouc et Hyène. Animaux, humains ? Avec un talent toujours aussi remarquable, Peake profite des avantages de la plume pour brouiller les pistes. Les protagonistes prennent des allures d’hybrides… Il est difficile de les imaginer vraiment. Une bête qui parle, qui se tient debout, pourquoi pas, nous sommes dans de la fantasy après tout… Mais ce serait mal connaître le travail d’un écrivain profondément intéressé par l’humain. Non sans horreur, la vérité apparaît doucement, il s’agit bien d’hommes qui, pour une étrange raison, ont abandonné une partie de leur esprit et adopté des attributs sauvages. La tragédie intègre cependant un bel humour grotesque, propre à inspirer les sourires crispés, et, parfois, une certaine forme de pitié.
Que veulent-ils ? De nouvelles âmes pures à apporter à leur chef, l’Agneau, un despote aveugle qui se nourrit de l’adoration de tous ceux qui se soumettent à son incroyable autorité. Hélas, le souverain millénaire se porte mal. La plupart de ses créatures ont disparues après avoir été trop violemment rongées par une insupportable contradiction avec leur bestialité. Seuls Bouc et Hyène, les idiots, lui sont restés. Ils espèrent faire de Titus, qui sera toujours appelé « Le Garçon », un nouvel adepte.

L’histoire serait trop courte pour que je vous en dévoile davantage sur les motifs réels de chacun, et les conclusions précises de cette œuvre inclassable qui, par l’absurde et dans un style inimitable, dénonce le totalitarisme, toute sorte de fanatisme en défendant le libre arbitre. Mervyn Peake ne donne pas dans le grand discours. Tout est symbole, tout est sens chez lui, ce qui rend son texte très riche, très fascinant, à lire plusieurs fois pour comprendre toutes les subtilités, ses jeux de mots, d’images et de langage.
Il sera peut-être difficile d’abord pour une personne qui ne connaît pas du tout ce cher monsieur, un poète et dessinateur qui utilise la prose pour aller là où les deux premières disciplines s’arrêtent, mais vaut néanmoins un petit détour. Vous tiendrez en tout cas un petit bijou plein de sagesse entre vos mains.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Le trône de fer 1 & 2 – G. R. R. Martin

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Je mets la couverture la plus portable. Les éditions françaises de cette saga sont de plus en plus moches… sérieusement…

Il y a quelques années, je cherchais une série de fantasy dans un genre proche d’une saga que je venais de terminer, Les monarchies divines. Le nom – alors peu connu – du Trône de fer était alors tombé. On me promettait des intrigues royales, des personnages en demi-teinte, un univers peu axé sur la magie. Vaguement intéressée, j’ai vite été découragée par le nombre de tomes déjà édités. Je ne suis vraiment pas fan des lectures interminables. Comme je préfère les films aux séries, j’aime qu’un roman se termine vite pour atteindre un but clair et précis (trop d’auteurs à découvrir pour rester bloqué sur un seul).
Puis, l’adaptation télévisée est arrivée. Tout le monde s’est pris de passion pour Game of thrones et il devenait impossible d’y échapper. J’ai tenu bon jusqu’en mars mais, à force d’entendre le sujet revenir à chaque soirée, il fallait bien que je sache…

Pour cette critique, je passerai très rapidement sur le premier volume avant de faire un commentaire plus global sur les deux. Si vous n’êtes pas aussi loin dans votre lecture, il n’y aura pas de gros spoil, mais les plus prudent peuvent s’arrêter après la « Présentation ».

Présentation (Tome 1) :

Au risque de passer encore pour quelqu’un de trop sceptique, les premiers chapitres n’ont pas eu l’effet d’une révélation sur moi. J’avais acheté la première partie en format poche l’année dernière et je l’ai lue en septembre. C’était agréable de tomber, pour une fois, dans une histoire assez prenante (j’en lis très peu) et d’entrer dans un univers imaginaire qui cherche à nous attacher aux destins de plusieurs personnages. Un bon moment de détente qui ne m’a cependant pas tenu assez en haleine pour me donner envie d’enchaîner sur la suite.
Sans parler de la traduction hasardeuse (et de ses tournures souvent peu naturelles), l’écriture reste assez simple, l’histoire est donc le principal argument. L’univers est maîtrisé, on sent que l’auteur détient un assez bon bagage historique, les descriptions très visuelles permettent une représentation rapide des paysages, et chaque personnage principal (celui à travers lequel il nous est possible de voir l’action) se démarque suffisamment pour diversifier les expériences de lecture. Les romans à focalisations internes multiples me plaisent d’ailleurs beaucoup pour cette raison, et sont idéaux dans les récits d’aventure aussi longs, au risque de finir très fâché avec un héros unique que l’on doit subir pendant des milliers de pages.
Ici, l’archétype du héros est très vite identifié. Il s’agit bien sûr d’Eddard Stark, seigneur de Winterfell. En l’entraînant au cœur des intrigues de cour, G. R. R. Martin parvient à bousculer les codes habituels de la fantasy : pas de droiture possible en politique. Après avoir lu un nombre incalculable d’histoires menées par une personnalité bornée, butée, engoncée dans des valeurs qui devraient lui coûter la vie à chaque chapitre, le virage scénaristique a de quoi, je suppose, marquer les esprits. En tout cas, l’argument m’a fait revenir à ce genre littéraire, dont les quelques explorations m’ont souvent déçue…

Remarques générales (tome 1 & 2) :

Beaucoup vantent l’ambivalence des personnages. A ce niveau, je reste cependant plus modérée dans le sens où je n’ai jamais rencontré de caractères tout blancs ou noirs dans des lectures qui ne sont pas classées « jeunesse » (ou, à la limite, les films hollywoodiens). Donc, c’est une qualité qui me semble logique venant d’un auteur qui ne s’adresse pas aux moins de quinze ans… Je ne me suis peut-être pas suffisamment acharnée dans la fantasy pour y voir là quelque chose d’exceptionnel. Cependant, les « héros » répondent tous, me semble-t-il, à des clichés de genre très connus du côté des Stark :
–          Jon : le bâtard repoussé par sa belle-mère humble, courageux, dont on peut pressentir à l’avance un destin glorieux, malgré des chemins détournés. Le héros le plus classique après Eddard.
–            Catelyn : La femme de seigneur, mère courageuse et protectrice.
–          Arya/Sansa : D’un côté le garçon manqué qui se rebelle contre sa condition (avec le capital sympathie inévitable que cela implique), de l’autre, la sœur qui se rêve princesse et dont, on s’en doute bien, les idéaux seront vite mis à mal.
L’intérêt va donc se porter plus volontiers sur Tyrion qui, malgré son nanisme, devient rapidement le plus charismatique (quoiqu’on ait le classique du “faible” sauvé par son intelligence), et Daenerys.
Les points de vue se nuanceront peut-être à l’avenir mais, de la fin du tome 2, je ne vois pas de mouvement majeur. Là est d’ailleurs un gros souci du livre. A vouloir donner trop d’histoires personnelles, Martin allonge considérablement son scénario. Un début d’action met parfois 200 pages avant de se relancer, ce qui, à la longue, peut vite venir à bout des plus patients. A cela s’ajoute, et surtout à partir du Tome 2, énormément de scènes inutiles. Sur un chapitre, il faudra rarement s’attendre à une information intéressante avant la dernière page. L’auteur se perd dans un fouillis de scènes presque capricieuses et dans ses visions kaléidoscopiques. L’enthousiasme qui nous prend parfois à la lecture est vite déçu.
Motivée à la fin du premier tome, j’ai commencé à comprendre la lourdeur que lui reprochaient beaucoup de personnes à la moitié du second. L’action patine beaucoup trop et, à moins d’être dans le fan service pour l’un des héros, on s’ennuie… La progression est pénible, on avance souvent pour revenir à la case départ sans qu’il y ait la moindre justification scénaristique. Pour exemple, les chapitres de la fuite d’Arya qui se sont avérés ne mener à rien m’ont franchement agacée. Martin nous fait tourner en rond pour faire durer un suspens assez inutile, qui marcherait tout aussi bien sur une durée plus courte, avec des effets mieux gérés et des ellipses bienvenues. J’ai de plus en plus tendance à penser qu’il fait finalement un meilleur scénariste qu’écrivain.
Il est, en tout cas certain que le Trône de fer est très à la croisé des genres. Sa structure répond à celle d’un certain nombre de romans tout en étant trop maladroite pour tenir sur le long terme. Sans la motivation de la série et la peur du spoil, je pense que je n’irai pas au bout, et, finalement, je laisse de plus en plus les gens me révéler des informations, pour la seule raison qu’à la fin du tome 2 beaucoup de choses se déduisent facilement… sauf qu’elles se passeront peut-être dans 2 000 pages, voire plus. Sans le format télévisé, je doute que beaucoup de lecteurs seraient allés si loin (et l’on me dit que les plaintes quant à l’inanité de la saison 3 commencent à gronder…)
Les amateurs de combats épiques et sanglants aux tonalités homériques peuvent rengainer. Il n’y aura pas grand-chose à se mettre sous la dent de ce côté, ce que je regrette un peu. C’est un aspect que j’avais adoré avec Les monarchies divines.

Tout en étant mitigée sur les choix d’écriture de G. R. R. Martin, j’apprécie la saga pour ce qu’elle est, une bonne lecture de distraction, et je me donne encore la lecture du tome 3 avant de faire une bonne pause sous peine d’indigestion. Un bon point du tome 2 est l’apparition de chapitres pour un personnage qui, à ce stade, me semble le meilleur de tous : Theon. Loin des archétypes, le garçon des îles-de-fer pose un véritable problème de positionnement et ses pages sont (de mon point de vue) les plus intéressantes à lire, celles qui me redonnaient le plus sûrement envie de prendre le livre. Sauvagerie perverse mêlée à la naïveté et l’inconscience enfantine sont un terrible mélange. On lui souhaite un revers de bâton pour le regretter ensuite, en découvrant ses pensées tout étonnées de mal-aimé.
Un caractère bien trouvé, bien maîtrisé par son auteur et qui vaut vraiment le coup d’être découvert sur papier (la série l’édulcore en partie pour épargner les âmes sensibles). Le bâtard Balon en focalisation interne devrait aussi épicer un peu les chapitres du tome 3 à côté des pâlots Stark et même de Daenerys qui, passionnante à suivre dans le premier, fut d’un ennui profond dans le T2. J’ai également gardé Bran parce que je le considère aussi à part à sa façon. Même s’il n’est pas très passionnant à suivre, je l’aime bien, je le trouve plus intelligent que ses frères et sœurs et je ne peux m’empêcher de me dire qu’il va se passer quelque chose avec lui. J’espère que ses jambes auront, en tout cas, été brisées à des fins scénaristiques utiles parce que, en attendant, on ne peut pas dire qu’il nous distraie beaucoup…

Je m’arrête là et reviendrais peut-être sur le fond même de l’histoire pour le tome 3, puisque je pense que mes remarques sur la forme seront toujours valables (hélas !).

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Visite du château de Gormenghast avec Mervyn Peake

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Alors que tout le monde ne parle que du Hobbit, j’aimerais vous présenter une trilogie de fantasy contemporaine au Seigneur des anneaux mais, hélas, trop peu connue en France : Gormenghast de Mervyn Peake. Si d’ailleurs vous vous interrogez à propos du château de ma bannière, il s’agit d’un fanart de cet univers.
L’article est assez complet puisque je l’ai écrit il y a quelques mois dans le cadre d’un projet libre afin de le présenter à ma promo.

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Fuschia et Finelame

Fuschia et Finelame

En 1946 apparaissait en Angleterre le premier tome de ce qui constituera l’une des œuvres les plus atypiques de la littérature. Titus d’Enfer (ou Titus Groan dans sa version originale) échappe en effet à toutes les classifications de genre. Si les critiques reconnaissent avec enthousiasme le génie de ce roman, ils se montrent très embarrassés lorsqu’il s’agit de le ranger dans un genre ou un autre.
On a souvent été tenté de parler de roman Gothique, à cause d’une action qui se déroule dans un château médiéval marqué par une démesure angoissante, et apparemment hors du monde connu. Cependant, rapprocher Gormenghast du Château d’Otrante d’Horace Walpole serait amputer l’œuvre de la plupart de ses qualités et Mervyn Peake rejetait violemment cette comparaison. Sommes nous dans le fantastique ? Si les personnages et les lieux présentent des allures grotesques, invraisemblables, il n’y a pas de magie. Peake aurait-il créé un autre monde ? Il y a pourtant une vérité troublante, comme enfouie au fond de nous, à travers l’univers qui nous est présenté. Si la trilogie de Mervyn Peake est le second pilier, plus discret, mais néanmoins fondateur de la fantasy avec l’oeuvre de Tolkien (pour rappel, Bilbo le Hobbit paraît en 1937 et Le Seigneur des anneaux entre 1954 et 1955) elle échappe aux codes désormais familiers de ce nouveau genre naissant.
La trilogie de Gormenghast est une réponse à la seconde guerre mondiale, directement inspirée de ce que Peake a vu lorsqu’il était mobilisé, les grands châteaux d’Allemagne, l’horreur de la découverte des camps de concentration, les villes en ruines et la misère humaine.

A vrai dire, Gormenghast n’est pas l’oeuvre d’un écrivain, c’est ce qui lui donne un caractère et une saveur si particuliers. Il s’agit de la création d’un dessinateur et d’un poète. Lorsqu’il se lance dans l’écriture, Peake ne le fait pas pour trouver la gloire dans le monde des lettres ; il ne pense pas, en réalité, que son histoire ait jamais une chance d’être publiée. Ce qu’il veut, c’est prolonger son travail de dessinateur. C’est là le plus surprenant. Chaque page, a un quelque chose d’incroyablement visuel, le dessin s’impose de lui-même, il parcourt le livre tout entier.
En création perpétuelle, Peake tient l’essentiel de sa préparation de travail de peintre ou d’écrivain à des croquis pris sur le vif. Son inspiration ne lui vient donc pas des mythes. Il voulait voir au-delà des apparences. Ses dessins ne cherchaient pas à être réalistes mais à rendre la réalité telle qu’il la voyait lui. Ainsi, se dessinent des personnages grotesques, des dessins caricaturaux où se mêlent humour et horreur.

Alfred Salprune (le docteur) et sa soeur Irma.

Alfred Salprune (le docteur) et sa soeur Irma.

Gormenghast :
La trame de Gormenghast pourrait se résumer très simplement :
Dans un château aux proportions gigantesques, véritable labyrinthe de pierre, vit une famille noble : Lord Tombal, sa femme Gertrude et sa fille Fuchsia. Leur seule occupation consiste à accomplir des rites absurdes fixés par une tradition ancestrale. Titus, 77e comte d’Enfer, naît au début de l’histoire mais il laisse sa famille dans la plus parfaite indifférence, au point d’être exclu des cérémonies les plus importantes. Le quotidien très ordonné de la famille est rompu lorsqu’un jeune apprenti, Finelame, parvient à force de ruses à s’échapper des cuisines pour s’introduire dans l’entourage des seigneurs. Il fomente ensuite l’idée d’incendier la bibliothèque pour assassiner Lord Tombal qui passe son temps au milieu des livres et devenir maître des rituels pour avoir le contrôle sur la famille d’Enfer.
Des huttes construites autour du château abritent un peuple de sculpteurs sur bois qui n’ont d’autre joie que de voir leurs œuvres exposées dans un musée où personne ne va jamais tout en haut d’une tour. Ce monde n’a aucun contact avec celui de Gormenghast, il est tout aussi fermé, et la misère y règne. En fait, les artistes doivent présenter leurs œuvres une fois par an, trois sont sélectionnées pour le musée et le reste est brûlé. Curieuse malédiction aussi : dès que les premiers signes de la flétrissure se manifestent sur leur visage ils vieillissent en un seul jour et continuent à vivre avec le triste souvenir de leur éphémère beauté.

« Entrer dans un roman de Mervyn Peake c’est aller d’étonnement en étonnement », lit-on dans l’introduction à Titus Errant des éditions points. Plus qu’un auteur de fond, il est un écrivain de formes.
Il y a tout d’abord ce château immense, fait de couloirs et de souterrains. Du haut des toits, il est dit que les hommes sont aussi petits que des dés à coudre. On ne sait plus où se situe l’extérieur et l’intérieur, l’espace est démesuré, impossible à définir, il y a un lac dans une tour, un chêne dix fois plus gros qu’un chêne normal qui émerge d’un mur, une cour sans accès, etc. Peake exprime par là la contradiction de l’espace : on ne peut saisir son infinité et il est pourtant impossible d’établir des bornes.
Cette contradiction transparaît aussi sur ses personnages qui doivent observer des rites absurdes auxquels ils voudraient échapper (ce qui n’est pas sans rappeler notre propre condition). Seulement, dès qu’ils ne sont plus occupés par ces rites, les passions se déchaînent. Ils passent d’un quotidien abêtissant à une recherche d’absolu qui ne peut être satisfaite non plus.
Leur physique illustre très bien leur condition, ils sont piégés dans des corps disproportionnés :
Le cuisiner (Lenflure) est un homme énorme avec des pieds flasques comme des ventouses. Il n’arrive pas à se déplacer de façon naturelle.
Cracloss, le valet-intendant est si maigre que ses genoux craquent à chaque pas qu’il fait. Par conséquent, lorsqu’il a besoin d’être discret il doit entourer ses jambes dans des étoffes.
La Comtesse d’Enfer est gigantesque. Elle est entourée de tant de chats blancs qu’ils forment une sorte de tapis autour d’elle lorsqu’elle se déplace.
Le maître des rituels a une jambe amputée et l’autre coupée au niveau du genou. Il doit se déplacer avec une canne au sautillant sur son moignon.

Lorsque le physique n’est pas au cause, c’est l’esprit qui piège les personnages. Celui de Finelame est trop vif pour lui inspirer autre chose que de sombres machinations, il est avide et insatiable. Les autres sont contraints à des paroles ou des actes quasi mécaniques qui dépassent leur raison.
Les jumelles Cora et Clarice sont d’une infinie bêtise, Irma Salprune est, de la même manière désespérément sotte et répète toujours deux fois la même phrase « Qu’est ce c’est que ces oripeaux mon garçon. J’ai dit : qu’est ce que c’est que ces oripeaux ? » et le docteur Salprune, son frère, semble toujours secoué d’un rire « ha ha ha ! Hi hi hi ! Madame la comtesse, ah ah ah Madame la comtesse ! » etc.

Aucun des personnages ne peut être rapproché d’une personne réelle. Pourtant, ils réveillent quelque chose en nous, cet « au-delà » des apparences que Peake cherchait. Gormenghast nous montre une certaine vérité sur le monde, avec tout ce qu’elle peut avoir de beau, de tragique, d’horrible et de grotesque. Mais il ne le fait pas sans un humour de l’absurde qui confine parfois à l’horreur, car lire Gormenghast est bien plus amusant que désespérant.
Titus, le seul personnage auquel on peut essayer de s’identifier doit poursuivre les rites, la légende de la grande famille. Il y résiste d’abord instinctivement puis délibérément. Il veut découvrir un monde différent. Il se sauve même si sa mère l’avertit sur le fait qu’il ne trouvera rien d’autre nulle part. Le dernier tome doit donc répondre à la question que l’on se pose depuis que l’on suit les aventures des personnages dans cet univers clos : existe-t-il une contrée qui ouvre à autre chose ? Une autre vérité. Il découvre alors une civilisation tout aussi ordonnée mais mécaniquement très avancée qui va le rejeter puisqu’il ne peut donner aucune preuve à ses déclarations étranges, à savoir, qu’il est le comte de Gormenghast. Dans ce monde tout doit transparaître, même les maisons sont transparentes. Les êtres ayant des sentiments trop excentriques doivent se réfugier dans des citées souterraines. Là, on y retrouve des personnages marginaux, un poète dont les livres n’ont jamais été lus et d’autres personnages frappés de violente passion amoureuse ou de haine profonde.

Quoiqu’il en soit, Mervyn Peake nous attire dans un univers complètement absurde pour nous faire redécouvrir notre propre monde. Qui ouvre ses livres restera très intimement lié à l’étrange et terrifiant château de Gormenghast.

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Chroniques de livres

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A
Anthologie Alternative Rock
Anthologie Créatures
Anthologie Folie(s)
Anthologie Malpertuis VI
Antho-noire… pour nuits de légendes
Anthologie Robots

B
J. G. Ballard – Sécheresse
Clive Barker – HellraiserRobert Benchley – L’économie, pour quoi faire ?
Dermot Bolger – Une illusion passagère
Ivan Bounine – Coup de soleil et autres nouvelles

C
Gail Carriger – Sans âme
Julien Cendres – A la splendeur abandonnée
Ronaldo Correia de Brito – Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil

D
Degüellus – Pestillence

E
Patrick Eris – Le Chemin d’ombres

F
Delphi Fabrice – L’araignée rouge
Jeanne Faivre d’Arcier – L’Opéra Macabre
F. Scott Fitzgerald – Les heureux et les damnés
F. Scott Fitzgerald – Gatsby le magnifique

G
Emile Goudeau – Dix ans de bohème
Elizabeth Gaskell – Nord et Sud

H
Hallgrimur Helgason – La femme à 1000°
Scott Heim – Nous disparaissons
Grégoire Hervier – Scream Test
Michel Houellebecq – Extension du domaine de la lutte
Huysmans – Nouvelles

J
Maxim Jabukowski – Confessions d’un pornocrate romantique

K
Philip K. Dick – Humpty Dumpty à Oakland

L
Eric Lange – Le Sauveteur de touristes

M
G. R. R. Martin – Le Trône de fer 1 & 2
Fitzroy McLean – Dangereusement à l’est

N
Kim Newman – Anno Dracula

O
Pola Oloixarac – Les théories sauvages

P
Mervyn Peake – La trilogie de Gormenghast
Mervyn Peake – Titus dans les ténèbres
Alexandre Postel – Un homme effacé

R
J. K. Rowling – Une Place à prendre

S
Lucien de Samosate – Éloge du parasite

T
J. R. R. Tolkien – La Communauté de l’anneau

V
Franck Villemaud – Palissade

W
Roland C. Wagner – Rêves de gloire
Evelyn Waugh – Ces corps vils
Edith Wharton – Le temps de l’innocence

Z
Emile Zola – Le Ventre de Paris