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Littérature infantilisée, contre l’ennui et les mots compliqués

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Une expression très à la mode chez les éditeurs et commerciaux est apparue ces derniers mois pour parler d’un phénomène qui, avec des titres comme Hunger Games et Twilight, frappe le monde du livre ces dernières années : la littérature dite pour jeunes adultes.

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Dans dix ans parents et enfants pourront se prêter leurs livres !

« Je ne veux pas grandir ! »

Avec un public vieillissant peu décidé à se tourner vers des genres plus matures, il fallait bien y venir et encourager les 20/30 ans à acheter les aventures de quelques héros adolescents. Au-delà de la qualité très relative de ces séries – qui rejoignent de toute façon les autres romans populaires – je trouve la démarche marketing assez préoccupante. Pourquoi ? Me dira-t-on. Parce qu’un texte adressé à des enfants ou à des adolescents ne devrait pas parler de la même façon à des adultes. J’ai aimé Harry Potter et A la croisée des mondes plus jeune, mais je ne pense pas que ces livres me toucheraient autant si je les découvrais maintenant que mon imagination et rapport au monde sont devenus plus complexes. On ne me fera pas croire avec un changement de collection que, finalement, toutes les tranches d’âge peuvent les apprécier de la même façon… Néanmoins, la démarche fonctionne assez bien. J’ai le sentiment depuis quelques années d’une infantilisation du lectorat et, quoique ça fasse vendre et assure une certaine survie au livre, je n’y vois aucun motif de réjouissance, bien au contraire. Que personne n’en parle m’étonne beaucoup. Donc, polémiquons un peu mes chers car, soyons francs, je rejette de toute mon âme ces nouveaux sous-genres bâtards que sont la littérature pour jeunes adultes, la bit-lit et la chick-lit (que du bonheur quand on nous rabâche les oreilles avec l’égalité des sexes !).

Une littérature qui se lit vite avec pour seul objectif celui de divertir a favorisé l’émergence d’une blogosphère très riche où nombre de personnes peuvent se prétendre grands lecteurs (on voit la même chose, à peu de chose près, du côté des consommateurs de séries et films à succès qui s’imaginent déjà critiques de cinéma). Le but n’est plus de juger la qualité ou la pertinence d’un texte mais de savoir si oui ou non les personnages sont attachants, si le roman se lit bien – comprendre : une écriture assez simple pour moi – et si l’intrigue est prenante. La problématique se résume à : ce titre est-il un bon produit ? Répond-il efficacement aux critères normalisés de l’écriture d’une saga à succès ? On évalue sa capacité à amuser.
Je ne doute pas que les amateurs du genre soient de bons conseillers pour ceux qui cherchent ce type de lecture. Ils en ont assimilé les codes et savent reconnaître un bon titre d’un autre. Un texte léger de temps en temps ne fait jamais de mal. L’ennui, c’est que, parfois, ces consommateurs frénétiques vont vers une littérature de fond (c’est-à-dire, une littérature où les péripéties des personnages ne sont pas une fin mais le moyen d’amener une réflexion critique). En recherchant ce qui, à leur sens, fait un bon livre, ils vous rangeraient Les illusions perdues de Balzac  dans les romans désagréables, alourdis d’une intrigue trop lente et de personnages peu attachants. Une lecture dont on se passerait bien.

Un vieux ringard obligé de se rendre intéressant pour cacher l'ennui de sa prose.

Un vieux ringard obligé de se rendre intéressant pour cacher l’ennui de sa prose.

La distraction à tout prix ?

Voir ces critères appliqués à un monument de la littérature fait doucement sourire. Nombre d’études et chroniques sérieuses seront là pour vous dire le contraire, ce n’est pas dramatique. Mais ces billets font surtout un sort aux bons auteurs moins connus, notamment à cause de partenariats avec les maisons d’éditions.
Obtenir un partenariat n’est pas très compliqué, il suffit d’avoir une dizaine d’articles sur son site. Pour le reste, les maisons semblent assez peu regardantes. Du coup, lorsque je fais des recherches sur des œuvres méconnues du grand public, je suis de plus en plus dérangée par les critiques ineptes qui arrivent au top des recherches.
L’article sur Ces corps vils m’a poussée à écrire ce billet. Les larmes brûlaient mes yeux à cause de bloggueuses qui le conseillaient aux amateurs de « gossips » en précisant que l’écriture était vraiment compliquée et ennuyeuse, et, en omettant, évidemment qu’elles étaient face à un livre de 1930 et non des années 2000… J’ai beaucoup de mal à voir l’intérêt commercial derrière. Les rééditions sont toujours une joie pour les amateurs de littérature mais, l’appréciation d’un roman non-contemporain qui mérite de survivre à l’oubli du temps demande souvent une remise en contexte. Attirer les lecteurs est essentiel, mais si les chroniqueurs n’ont pas les outils pour apprécier une œuvre et sont, par conséquent, suivis par des personnes qui n’en ont pas plus, la démarche tombe à l’eau, le grand public passe à côté. Je vais prendre l’exemple d’un livre que j’ai mis un certain temps à digérer, Mrs Dalloway de Virginia Woolf. Imaginons-le sous la plume d’un auteur laissé de côté par les éditeurs ces dernières années… Avec des partenariats aussi aveugles, aucune chance pour attirer le lecteur qui, intrigué par la quatrième de couverture, cherchera des critiques sur internet avant de lire.

Aujourd’hui, tout le monde peut se prétendre critique. Le travers de cette ouverture est qu’avec la course à la popularité, elle ne favorise plus la qualité, mais la recherche d’une petite gloriole sur internet. Finalement, le partenariat avec les éditeurs tend à exclure peu à peu la visibilité de romans plus ‘intellectuels’. Après tout, poussons le cynisme au bout, s’ils sont trop difficiles pour le lecteur lambda, pas de raison de leur faire une meilleure publicité, le but est de vendre, pas d’intéresser les gens. Tout a l’air trop compliqué pour les gens aujourd’hui, à faire douter du succès populaire d’un Conan Doyle ou d’un Alexandre Dumas. On me dira “c’était une autre époque, ce n’est pas comparable”. Oui, la manière d’appréhender le monde a changé, mais cela ne justifie pas l’épuration du langage et du fond ou, en tout cas, ça ne devrait pas.
Côté lecteurs-chroniqueurs, je suis assez effarée par une absence de capacité à prendre du recul et une application mécanique des codes commerciaux à n’importe quel titre. Il me semble normal, quand je ne connais pas un auteur, et surtout quand celui-ci est d’une autre époque, de chercher un minimum d’informations sur lui avant de juger son œuvre. Dire qu’un livre doit se suffire à lui-même est un postulat complètement faux lorsqu’on ne sait rien du contexte historique dans lequel il a été écrit si le texte s’appuie précisément dessus. Alors pour attirer le lectorat lambda vers les rééditions, il faudrait peut-être stimuler sa curiosité, lui donner quelques outils de compréhension et arrêter de le laisser maître en son domaine en le nourrissant avec des livres jeunesse déguisés en roman adultes parce qu’il y a un peu de sexe et de violence (je ne vise aucun phénomène récent !). Rien de tel pour entretenir l’illusion d’un avis pertinent avec des sujets simplistes et grossiers sur lesquels tout le monde peut argumenter sans jamais avoir la sensation de perdre pied. La facilité induit la paresse. Un livre bon livre qui invite à réfléchir n’est jamais abscons pour qui se donne la peine de comprendre.

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Ces corps vils – Evelyn Waugh

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ces corps vils

L’édition de mon livre.

S’il est un auteur dont je ne pourrais me lasser de lire et relire les livres, c’est bien Evelyn Waugh. En cas de baisse de moral, il me suffit d’ouvrir une page au hasard, le sourire revient forcément, car, qu’on se le dise, tout est drôle chez monsieur Waugh ! Sa plume est aussi fine qu’acérée. L’humour anglais atteint les sommets de l’absurdité, mais, à y regarder de plus près, quoique le nonsens règne, rien n’est jamais gratuit, tout est minutieusement pensé. Voilà ce que j’admire chez lui, ce qui donne une inaltérable richesse à son œuvre. A mon sens, Evelyn Waugh fut l’un des plus brillant critique de son époque, un bien né de la haute bourgeoisie trop désespéré par le cynisme de son époque (celui des années 30) pour ne pas en rire. L’absurdité de ses titres nous renvoie de plein fouet celle de son monde.
En même temps, il est difficile d’entrer dans un roman de Waugh. Il faut se préparer mentalement à lire quelque chose où tout est vrai sans être vraisemblable. Nous entrons forcément dans une sorte d’univers parallèle où le pire de la société est poussé à l’extrême et considéré comme normal, de sorte qu’un livre comme Ces corps vils, écrit en 1930, qui se passe dans un futur proche, n’usurperait pas sa place du côté de l’Anticipation.

Résumé
Adam Symes, un jeune romancier aristocrate, est de retour en Angleterre après un long séjour en France où il écrivait son autobiographie. Hélas, à peine débarqué, la douane lui saisit son manuscrit et toutes ses chances d’épouser sa fiancée, Nina. Après une soirée alcoolisée chez une vieille mondaine, il gagne 1 000 livres en jouant avec un homme trop ivre, qu’il reperd presque aussitôt en les confiant à un homme qui se fait appeler « le commandant » et lui assure la fortune s’il mise tout sur un cheval. Cependant, l’étrange personnage disparaît avec son argent Afin de gagner sa vie, Adam devient journaliste au Daily Excess : il écrit des articles hautement fantaisistes sur des personnalités mondaines qui n’existent pas – considérant que la vérité n’a aucune importance tant que le peuple a du spectacle…

Ces corps vils est un livre compliqué pour un lecteur lambda qui a l’habitude d’un scénario clairement établit et ne connaît pas le contexte de son écriture. Le roman est, pour ainsi dire, un coup de poing qu’Evelyn Waugh envoie à la face de la bonne société londonienne dans laquelle il a grandi. Le groupe de jeunes aristocrates constamment ivres n’est autre que les Bright Young People, dont il a fait parti un temps, avant d’en être rejeté. C’est dire s’il connaît bien son sujet. 1930 correspond également à son année de conversion au catholicisme, qui répond sans doute à un certain besoin de valeurs dans un monde qui part en vrille. Voici quelques mots pour éclairer votre lecture :

Les premières pages
Les Bright Young People (ou Bright Youg Things), enfants perdus de l’aristocratie qui avaient l’habitude d’organiser des soirées costumées et dont les scandales enflammaient la presse de l’époque. Ils écoutaient du jazz, couraient ivres les rues de Londres, consommaient des drogues, avaient en leur sein des homosexuels assumés et des filles coiffées à la garçonne.
Le roman commence par un voyage en bateau (de la France vers l’Angleterre) qui donne la couleur en tirant le portrait d’une société mondaine très contrastée.
Le personnage de Madame Guenon (dont on voit déjà l’ironie du nom) est une évangéliste qui incarne la crise de la croyance chrétienne. Elle est accompagnée de plusieurs jeunes filles appelées des « anges ». Toutes portent le nom d’une vertu chrétienne : Foi, Charité, Force, Chasteté, etc. Or, dès le départ, le vice est déjà présent puisque la Chasteté s’est absentée pour flirter avec un homme à bord tandis que l’Effort Créatif a « perdu ses ailes ». Madame Guenon s’avère quand à elle un escroc qui vend de l’espoir à des gens pour en tirer du profit, cela avec un profond cynisme : « Le Salut ne fait pas le même bien quand on croit que c’est gratuit, était son axiome favori ».
Lady Throbbing et Mme Blackwater représentent l’aristocratie vieillissante. Oubliées du monde, elles utilisent aussi des expressions passées, dont il est dit qu’elles ont un « chic fin de siècle ». Rien à voir avec la nouvelle génération, des « jeunes à la page » dominés par Miss Runcible et Miles Malpractice. Ces derniers arrivent dans le roman par quelques expressions à la mode, « c’est exactement comme si on était dans un shaker à cocktail », « trop, trop écœurant ! ».
La scène d’exposition nous montre d’emblée une société à plusieurs vitesses, où personne n’a l’air de communiquer vraiment.

ces corps vils pavillon

Edition actuelle chez Pavillon Poche

La nouvelle génération
L’action se recentre ensuite plus spécifiquement sur Agatha Runcible, véritable incarnation des Bright Young People et alter ego d’Elisabeth Ponsonby qui succomba à son alcoolisme. Nous avons droit à la vision très critique des vieilles jumelles. Ces dernières s’étonnent de voir la jeune fille courir ça et là aussi librement. En même temps, Mme Blackwater doit reconnaître qu’elle a perdu toute emprise sur sa propre fille. Regrettant leur jeunesse, les deux vieilles femmes rappellent aussi à quel point les mœurs de la bonne société ont changé puisque : « Les filles d’aujourd’hui ont l’air tellement renseignées. Nous, il fallait que nous apprenions tout par nous-mêmes, hein Fanny ? et ça prenait si longtemps ! Si j’avais eu les mêmes occasions qu’Agatha Runcible… »
Cette dernière est quand à elle ridiculisée puisque les douaniers la déshabillent dans une salle après l’avoir prise « pour une notoire spécialiste de la contrebande de bijoux », signe qu’elle ne porte pas du tout la dignité traditionnellement attendue de sa classe. Loin de se sentir humiliée, elle s’empresse ensuite de faire connaître la nouvelle aux journalistes afin de créer le scandale. Ces corps vils intègre ainsi le thème d’une aristocratie qui ne vit plus qu’à travers ses frasques. Les années 20 amènent une société du spectacle, et c’est avec ce genre d’histoires que les riches intéressent désormais le peuple.
Adam perd quand à lui son livre, très ironiquement brûlé pour immoralité. Lorsque le jeune homme s’adresse à son éditeur, nous apprenons qu’il s’agissait d’une autobiographie écrite pour plaire aux masses. Une œuvre de commande que son éditeur fait à tous les jeunes aristocrates en vogue. Les excès de ces riches oisifs qui ne comptent pas leurs dépenses pour faire la fête et vont de grandes maisons en grande maisons pour enchaîner les nuits de plaisir passionnent.
Dès son arrivée à Londres Adam est invité à participer à une de ces soirées chez Miles Malpactice en donnant une idée de la démesure qu’on y trouve : « nous n’avons pas de voiture. Miles l’a cassée. » et « tout commence d’ailleurs à devenir un peu cassé et sale, si tu vois ce que je veux dire. Parce que, vois-tu, il n’y a pas de domestiques, seulement le maître d’hôtel et sa femme, et ils sont tout le temps gaz à présent. » Une soirée un peu plus tard, la joyeuse clique organisera une soirée déguisée où Miss Runcible sera prise en photo dans une tenue très dénudée d’hawanienne qui fera scandale. Un événement ridicule provoque aussi la mort d’une lady qui, trop ivre pour se contrôler, s’est balancée sur une suspension. C’est dans ce contexte qu’Adam Symes s’autorise à inventer des personnalités pour un public avide de sensations fortes.

La critique de la presse
La manière avec laquelle Waugh fustige la peopoilisation de la presse est très intéressante. Nous sommes dans un futur très proche et hypothétique où la rubrique « mondanités » acquiert une folle influence sur la société. En effet, après un article diffamatoire qui met tous les aristocrates londoniens sur la liste noire du Daily Excess, Adam doit ruser pour garder le lectorat. Le succès revint grâce à la très cynique rubrique des « invalides notoires » qui permet de dénoncer à nouveau un monde où le petit peuple cherche désespérément à s’identifier à l’aristocratie, en témoigne un courrier de ce genre : « Sourd moi-même depuis très longtemps, ce m’est un grand réconfort de savoir que mon infirmité est partagée par tant de notabilités ». Devant la demande du lectorat et une nécessité de vendre qui, dans cette société de consommation naissante privilégie le profit et non l’information, Waugh pousse son humour grinçant jusqu’à la création d’une rubrique « Titrés excentriques » pour laquelle Adam retourne tous les asiles.
L’expérience d’Adam dans la presse permet de dénoncer avec un certain talent visionnaire les dérives possibles dans un monde futur, à savoir que la rapidité des informations et la nécessité de faire « le buzz » (comme nous dirions de nos jours) rend le mensonge plus simple. Ainsi, « ceci, qui tendait à démontrer que peu importait aux lecteurs de qui on leur parlait, pourvu que fût satisfaite leur curiosité indiscrète concernant la vie d’autrui, Adam se mit à inventer des gens. ». Fasciné par la superficialité du lectorat, Adam s’amuse ensuite à créer de la même manière des modes et à attirer les gens dans des buvettes de métro en prétendant qu’il s’agit des nouveaux hauts lieux de rencontre de l’aristocratie. L’attaque que fait l’écrivain à la presse trace d’ailleurs les prémices du roman qui suivra, Scoop.

Conclusion
Waugh décrit une génération trop jeune pour avoir été confrontée à la guerre. Les Bright Young People sont des enfants des années folles, en apparence pleinement intégrés à leur époque et pourtant les produits d’une aristocratie en plein déclin et de plus en plus ruinée. Sa voix incisive nous fait pénétrer une société frénétique, gouvernée par l’alcool, un monde de jeunes riches sans repères qui ne pensent plus qu’à s’amuser, ce qui fait dire à un ‘ancien’ dépassé, M. Outrage : « Ils ont eu, après la guerre, une occasion comme aucune génération n’en a jamais eu. Il y avait toute une civilisation à sauver et à refaire – et, tout ce qu’ils ont l’air de faire, c’est les imbéciles ! ». C’est à un point tel que même cette terrible évangéliste, Mme Guenon, échoue son sermon lors d’une soirée qui rassemble les jeunes aristocrates. « Regardez-vous tels que vous êtes. », lance-t-elle pour jouer sur l’auto-culpabilité qui fonctionne assez bien sur les deux vieilles jumelles mais finit par faire un four à cause de l’intervention de Lady Cincumference, « En voilà une fichue impudente » et du rire de Miss Runcible qui déclenche une hilarité générale.
Chaque page est criblée de piques à l’adresse de l’Angleterre, des nouveaux mondains, et d’une modernité dont il ne cessera de critiquer les dérives grâce à sa capacité à mettre en exergue toute l’absurdité de son temps. Ainsi que le dira son fils Auberon Waugh : « Avant tout, il fallait rire ensemble de la folie du monde. »
Ces corps vils
ravira donc les lecteurs à la recherche d’un humour caustique et intelligent, en marge des discours actuels.

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Nouvelle SF, livre sur les gothiques, article, biographie et projets en tout genres

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Mes publications se raréfient ces derniers temps, et pour cause, depuis le début de l’année, je n’ai pas vraiment l’occasion de me reposer. Pour tout dire, voilà une semaine que je n’ai pas ouvert un seul livre, et – là ça devient tragique – le x-men universe de décembre n’a toujours pas quitté mon sac.

Peu après le nouvel an, j’achevais un dossier pour un cours sur la littérature et l’Histoire. J’ai pris les années folles et la génération d’après-guerre : Les heureux et les damnés de Fitzgerald, Chéri/La fin de chéri de Colette, et Ces corps vils d’Evelyn Waugh… Mais finalement, j’avais surtout envie de parler d’Evelyn Waugh. J’en profiterai pour lui dédier un article dans la semaine.

L’université de Rennes organisait aussi un concours de nouvelles sur le thème de Babel. 15 000 signes à rendre pour le 14 janvier. En le découvrant le mois dernier je me suis dit qu’il serait trop bête de ne pas y participer. Mais, à cause du dit dossier, je n’ai pu m’y mettre avant cette semaine. J’avais un tas d’idées, il m’a fallu faire très vite et très court, en gérant avec les soirées du week-end. Pas sûr que ça ait du succès, néanmoins, je tenais à aller au bout de ma démarche pour respecter un pacte scellé avec moi-même en premier lieu, et aussi parce qu’à force d’y réfléchir, je pense sérieusement à utiliser cette nouvelle pour en faire la base d’un roman de SF. Quelque chose d’assez sérieux, qui pourrait aussi heurter la pensée actuelle (vraiment un pile ou face pour le concours à ce niveau). Je vous en parlerai un peu plus fin mars.

Pour être dans le concret, j’ai également proposé d’écrire un article pour le journal des étudiants de lettres de Rennes 2, L’Effeuillé. Ce mois-ci, le numéro porte sur la fantasy et c’est sans surprise que je me suis attachée à présenter la trilogie de Gormenghast. La revue sera prochainement dans tous les couloirs de la fac ! J’aimerais donner suite à cette expérience en février mais le thème est sur le Japon… Très franchement, je ne vois pas encore sur quel sujet m’épandre.

Cette semaine était également occupée par un stage en informatique organisé par mon master. Nous avons créé le site de notre projet commun où nous devrons tous écrire une biographie de 35 000 signes sur une personnalité oubliée du siècle dernier. J’ai choisi Delphi Fabrice, auteur de L’Araignée rouge, et je reconnais que, sur ce plan, je suis vraiment très en retard. Je crois que je me donne un peu trop de travail, je vais essayer de lui consacrer tout la deuxième moitié de ce mois.

Mais pour ce début de semaine, mon objectif est lire et annoter les quelques 33 pages que m’ont envoyé mes auteurs pour un projet d’édition qui se doit d’être achevé à la fin du mois de mars. J’ai choisi de ‘passer la commande’ d’un petit livre dédié à la culture gothique. « N’y en a-t-il pas assez ? » me diriez-vous ? Ah, les éditions Camion Noir et les Carnets Noirs ont déjà fait un super boulot pour les sujets de fond. Ici, le but sera plutôt de donner un panorama général, sans grande prise de tête, pour tous les curieux qui voudraient explorer ce monde au-delà des clichés. En plus, nous auront l’auteur de jesuisgothique.com pour l’illustration, et ça, c’est tout de même assez cool. Je vous en dirai un peu plus très prochainement car, de ce côté, les choses vont aller très vite. Donc à bientôt

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Les souffrances des aspirants gothiques, la polémique sur “jesuisgothique”

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Soyez plus tolérants, on est pas des satansites !

Soyez plus tolérants, on est pas des satansites !

Quoique fort occupée ces derniers jours, je m’autorise une parenthèse dans ma semaine pour réagir au non-événement facebook du moment qui fait quelques polémiques dans mes contacts. Si vous faites parti des quelques 480 fans de jesuisgothique, la page des VRAIS Gothiques, vous comprendrez sans doute de quoi je veux parler. Pour les non-initiés, sachez que cette page est un dérivé de jesuisgothique.com, un site humoristique sur les gothiques qui fleure bon l’internet 2.0. Dix ans plus tôt, c’était une bonne référence d’humour pour les goths et les autres, des heures de rigolade assurées. Avec l’arrivée de facebook, il semblait donc naturel de créer une page pour faire vivre cet esprit d’une autre façon, dont le contenu sert d’ailleurs d’illustration à mon billet.
Ainsi, jesuisgothique s’occupait chaque semaine de nous distraire avec les chefs-d’œuvres de ceux que j’appelle communément les « kikoogoths », une faction marginale des kikoolol qui sévit sur internet avec autant de fautes d’orthographes, et le même sens du mauvais goût en plus dark. Du coup, ils sont plutôt rigolos. Mais ils le sont malgré eux. Aussi, quand la politique du signalement donne le pouvoir à une poignée d’esprits étriqués qui voit le mal là où n’est pas sa conception du « bien », une simple page d’humour devient vite la pire aberration du web… C’est moche, c’est facebook, la loi de la masse et du plus bête.
A l’origine, je ne pensais pas en parler. Puis, j’ai vu passer dans mes actus le message scandalisé d’une « amie de » qui appelait au signalement. Jugez par vous-même !

« Merci de signaler s’il vous plait.Non seulement cette page est insultante,mais en plus l’administrateur se moque ouvertement des gens,de leur physique voir plus,mais se permet également de voler des photos non-libres de droit.Honteux.Certaines publications et commentaires m’ont beaucoup énervée! »

trop goth

Commentaire collector d’un hater : “frenchement cette image et juste tu n’y connait rien en cette matiére tu ose pas afronter la réaliter”

Bon, bon… Calmons les passions. Qu’est-il donc reproché à jesuisgothique ?
Tout est parti à cause de la publication de montages ultra-kitchs censés valoriser la profonde noirceur des figurants. Les kikoogoths étaient simplement montrés comme ils étaient, sans moquerie ouverte ni message haineux. Malheureusement, contrairement à leur cercle d’amis, les membres de cette page trouvaient ça très drôle. Parce qu’ils sont comme ça les aspirants gothiques, ils aiment s’habiller n’importe comment pour choquer les simples d’esprits, mais, si la réaction est le rire, rien ne va plus. Sûr, ça doit faire mal de devenir ridicule quand on s’imagine une classe ténébreuse.
Je peux comprendre que trouver sa photo sur la page d’un inconnu ne fasse pas plaisir. Néanmoins, pour la défense de jesuisgothique, il s’agissait de publications d’autres pages, donc sorties du cercle privé. Il serait peut-être temps d’arrêter de jouer de mauvaise foi et de reconnaître que, si l’on rend une image libre d’accès, c’est parce qu’on veut la diffuser, non ? Nous en arrivons donc à une situation absurde : des exposés volontaires se plaignent d’être exposés et de ne pas faire l’unanimité. Mais… mais seraient-ils les premiers en tort dans ce cas ? Il me semble.

Une réaction tout à fait normale face à ce genre de problème est d’écrire à l’administrateur pour lui demander de retirer les photos gênantes. Les personnes concernés l’ont fait et ont obtenu la suppression des articles qui les impliquait. Jusque là tout va bien, diplomatie entre personnes intelligentes. Seulement, quand un site comme facebook donne le pouvoir de supprimer tout ce qui contrarie un peu l’imbécile, ce n’est pas suffisant, il faut en plus lancer une campagne de lynchage. Aaaah, j’aime la justice d’internet !
Les photos ne sont plus en cause, mais tout de même, disent les plaignants, on se moque de toute une communauté ! Hélas, je crains que le groupe dont ils parlent ne soit qu’une pure fiction de leur esprit. Les gothiques sont les premiers à se moquer d’eux, et avec d’autant plus de joie qu’ils batardisent leur mouvement. Non nous n’aimons pas le métal symphonique et les pentagrammes inversés, on préfère se déhancher sur Soft Cell avec un slim léopard. Là, on se sent carrément true !

Alors, pour soutenir les Vrais gothiques, n’hésitez pas à aimer jesuisgothique, en souhaitant que la vindicte populaire n’ait pas raison de son existence.

Oui, les gothiques sont plus effrayants qu'on ne le pense.

Une certaine vision gothique de la classe. Plus effrayant qu’on ne le pense.

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Le temps de l’innocence – Edith Wharton

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Il fallait bien une dernière révélation littéraire pour terminer l’année 2012, et j’ai eu le bonheur de découvrir Edith Wharton. Le temps de l’innocence a ce truc qui fait que, passé cinquante pages, il m’était tout simplement impossible de m’en défaire.

le temsp de l'innocence Le résumé de l’histoire tient pourtant à peu de choses. Dans les années 1870, Newland Archer un jeune homme de la haute bourgeoisie américaine tombe sous les charmes d’Ellen Olenska, la scandaleuse cousine de sa fiancée. Difficile de ne pas redouter un autre roman à l’eau de rose et, non sans malice, Edith Wharton esquisse dans un premier chapitre le portrait d’une société absolument ennuyeuse. Archer est un personnage trop insipide pour plaire. Il est le produit de l’aristocratie américaine. Son cœur gonflé d’idéaux romantiques s’émeut à l’idée de la jeune et charmante vierge qu’il pourra initier à l’amour. Un héros comme tant d’autres que l’on rencontre à l’opéra, lors d’une représentation de Faust. Peut-on faire plus cliché ? Mais, quelque chose d’autre dérange. A travers le regard de Newman, le lecteur observe d’autres spectateurs, les éminentes personnalités de la haute bourgeoisie américaine. Tout est codifié, tout semble faux et, alors que le ton garde une certaine neutralité, on se sent vite à l’étroit dans cette société lissée à l’excès.
L’arrivée d’Ellen Olenska trouble une assemblée habituée à reproduire la même journée. Il n’est pas décent qu’elle se montre en public. En effet, la jeune femme a laissé un mari qui la trompait en Europe et espère obtenir le divorce en Amérique. Scandale ! Bien que le divorce soit légal outre-Atlantique, la pression sociale est telle qu’il est, en réalité, quasiment impossible de le réclamer.
Mais le vrai coup de théâtre n’est pas encore là. Wharton sait manipuler son lecteur pour le mener là où il faut. Le sentiment d’injustice nous gagne, tandis que les personnages s’acharnent à présenter madame Olenska comme la dernière des traînées.
Jusqu’au chapitre 5, l’intrigue progresse très paresseusement quand, soudain, lors d’un repas avec ses futurs beaux-parents, le sage Newland s’élève pour prendre sa défense : « Qui a le droit de refaire sa vie, si ce n’est elle ? Je suis écœuré de l’hypocrisie qui veut enterrer vivante une jeune femme parce que son mari lui préfère des cocottes. Les femmes devraient être libres, aussi libres que nous le sommes, déclara-t-il, faisant une découverte dont il ne pouvait, dans son irritation, mesurer les redoutables conséquences. » Terrible passage. Le revirement du personnage, le tournant tout nouveau que prenait l’histoire sous la plume d’une femme née en 1862 m’a véritablement laissée sous le choc. Il avait osé ! Impossible, après cela, de ne pas tourner la page pour ne pas passer au chapitre suivant, puis, de dévorer finalement tous les autres, car une question obsédante nous tient jusqu’à la fin : Newland pourra-t-il aller jusqu’au bout de sa pensée ?

Je vous laisse le suspens, dire serait gâcher le plaisir d’une écriture qui sait jouer sur les émotions tout en critiquant vivement l’aristocratie américaine de la Belle Epoque. Edith Wharton n’est pas tendre, son réalisme est mordant, son style ne manque pas de piquant. C’est assez jubilatoire. J’aime sa façon de souligner des énormités sur un air apparemment détaché.
Newland perd ses idéaux romantiques au moment où il les obtient. Sa fiancée, la belle et vertueuse May, n’est rien d’autre qu’une âme préformatée. Comment, se rend-il compte, une jeune fille à qui l’on empêche de vivre jusqu’à son mariage peut-elle avoir assez de maturité pour élever son esprit ? Son regard change, il voit dans les yeux de toutes les épouses de son entourage une expression vide et enfantine de personnes qui n’ont jamais grandi, jamais souffert, jamais vécues par elles-mêmes. Rien à voir avec Madame Olenska qui lui renvoie un quelque chose de douloureux et aiguisé. Edith Wharton dénonce un monde où les femmes sont condamnées à garder une âme puérile ou, comme madame Olenska – et comme elle-même – obligée de se battre pour s’extirper de codes dans lesquels on cherche sans cesse à les emprisonner.
Le portrait de May est assez édifiant. On ne peut s’empêcher de sourire aux sarcasmes froidement réalistes qui l’affligent tout au long du roman. L’épouse idéale ne devient finalement rien de plus qu’un produit de sa société, un genre de robot dont toutes les paroles, réactions et même pensées sont prévisibles. Au désespoir, Newland ne pourra qu’en arriver à ces réflexions : « en somme, elle avait toujours eu le même point de vue : celui du monde qui les entourait » « Pourquoi émanciper une jeune femme qui ne se doutait pas qu’elle fut sous un joug ? ».

Tout en se tenant à l’écart d’une amère rancune, Edith Wharton se contente d’un constat, comme un médecin établirait le diagnostique d’une maladie. Elle nous montre une société « innocente », où homme et femme pensent comme ils le devraient, enfermés dans une prison dorée qui s’acharne à ignorer les sentiments. De la même manière, la fin nous montrera à quel point la société a changé après la première-guerre mondiale, sans que cette génération vieillissante n’en ait rien vu. La voix de Wharton est forte, elle est de ces auteurs féminins forts, qui, sortis de leur condition grâce à leur intelligente, savent en montrer les travers, et savent aussi qu’elles sont des exceptions car, finalement, May n’est peut-être pas stupide, mais son esprit n’a pas la capacité de fonctionner autrement que par mimétisme. Le temps de l’innocence pose aussi la question de l’absurdité d’une vie trop protégée avant le mariage, et de la difficulté de s’entendre en amour avec une personne qui n’en connaît rien. C’est aussi un témoin important de son temps, qui a l’intérêt de nous présenter un monde à l’aube d’une mutation sociale. Lorsque, vingt-sept ans plus tard tout a changé, on ne s’étonne pas qu’une société trop fragile à force d’hypocrisie ait succombé.

Un autre conseil de lecture : Edith Wharton garde ses distances avec son récit car, écrit après la première-guerre mondiale (en 1920), Le temps de l’innocence était avant tout pour l’auteur une manière de se réconcilier avec une époque révolue. Il lui était trop pénible d’écrire sur « l’après ». Pour une critique plus acerbe des mœurs de la haute bourgeoisie, vous pouvez vous diriger sans crainte je pense vers un titre antérieur : Chez les heureux du monde, publié en 1905. J’en ferai la lecture et le chroniquerai dès que je pourrai.

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Dix ans de bohème, Emile Goudeau : Des hydropathes au Chat Noir

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Dix ans de bohème

Dix ans de bohème

Le nom d’Hydropathe vous dit-il quelque chose ? Il fut à l’origine d’une fabuleuse aventure littéraire et artistique à laquelle se joignirent les grands noms de Maupassant, Sarah Bernhardt ou encore Villiers de L’Isle-Adam. A leur tête, un personnage moins connu, Emile Goudeau, jeune poète Périgourdin lancé à la conquête de Paris.

Si vous aimez les ambiances fin XIXe, sa jeunesse rebelle et scandaleuse, nul doute que vous vous régalerez de ce témoignage riche en anecdotes et teinté d’humour. Si, à l’inverse, le XIXe ne vous évoque plus qu’un long et pesant cours de français sur l’Assommoir, jetez-y un coup d’œil sans hésiter car on savait s’amuser à l’époque (oui oui !). Goudeau nous raconte avec un large sourire les vils coups montés de leur charmante société. Chez les hydropathes, les farces ne sont pas tendres : feindre une dispute et un duel à mort ? Faire croire au décès de son compagnon à la presse, l’insulter durant la veillée funèbre au mépris de toutes conventions ? Aucun souci ! Il y a là de quoi faire passer pour de petits joueurs les adeptes de l’humour noir contemporain.

Après la Commune, la nouvelle génération se sent d’humeur révolutionnaire : « On criait à la mort de l’opérette, au renouveau du drame, à la renaissance d’une poésie, d’une poésie plus vivante, moins renfermée en des tabernacles par les mains pieuses des servants de la rime riche ; on voulait ranimer l’impassible muse, lui rendre les muscles et les nerfs, et la voir marcher, moins divine, plus humaine, parmi les foules devenues souveraines. ». Dix ans de bohème nous plonge dans la frénésie d’une jeunesse conquérante, en rupture avec les ancêtres. Chaque chapitre apporte de nouvelles aventures, de la création des hydropathes à des soirées de plus en plus peuplées, de plus en plus folles. On y déclamait des vers, on y buvait allègrement de l’absinthe en poussant la chansonnette. Bref, on riait bien. On s’amusait pour ignorer le malheur d’une « génération qui avait tant raison d’être pessimiste luttait par la gaieté contre les ennuis et les jaunisses. » Revenant sur les romantiques, Goudeau l’affirme encore : « mieux vaut être demeuré vivant grâce à l’insouciance, que d’être mort stoïquement de misère, en se drapant du manteau de héros byronnien. »
Au travers de ces pages, nous découvrons en même temps l’incroyable activité de la presse, les journaux littéraires qui, sur cette courte période, naissaient pour mourir en quelques numéros. D’autres anecdotes délicieuses font effet de véritables témoignages socio-historiques. Goudeau raconte ainsi comment la présence des femmes a pu être imposée aux réunions, alors que les lois voulaient les exclure. Nul doute que les choses changent profondément à la fin des années 1870. Hommes et femmes ne veulent plus rester à la place imposée par un monde trop cadré auquel ils ne croient plus.

On se réunissait parfois chez Nina de Villard (ici peinte par Manet)

On se réunissait parfois chez Nina de Villard (ici peinte par Manet)

 

Puis, vient la création du célèbre Chat Noir, un petit bar à l’origine, un simple couloir qui ne pouvait contenir qu’une vingtaine de personnes. Hélas, ils étaient bien une centaine à se presser à l’intérieur, au point de briser le mur de l’horloger d”à côté pour investir les lieux !
Et que de beau monde verra-t-on naître autour de ce bar ! Décadents, symbolistes, parnassiens s’accordent avec le Chat noir –  dit cabaret Louis XIII – et sa décoration quelque peu morbide (on y trouvait de vrais crânes). Verlaine et Mallarmée entrent en scène, place à une nouvelle génération. La folle aventure des hydropathes rejoint les souvenirs. Emile Goudeau en tire ce constat qui a la nostalgie est bons moments finis :
« Il faut que les bohèmes se succèdent et ne se ressemblent pas ; une génération a la bohème joviale, la suivante l’a triste ; j’ai comme une idée que les jeunes bohèmes futurs seront de plus en plus tristes : ils ont peut-être raison. Mais nous avons bien ri, je vous jure. »

Après avoir pénétré avec un réel enthousiasme dans le petit monde des années 1870/80, rencontré une foule de personnages aujourd’hui oubliés, ri de leurs facéties, on se sent un peu nostalgique aussi parce que cette mémoire est véritablement belle et vivante.
Bonne nouvelle pour ceux qui pourraient se laisser tenter (je vous assure que cela se dévore et c’est une manière très amusante de réviser ses mouvements littéraires), l’intégral se trouve sur gallica.
Les éditions du Champ Vallon ont quand à elles eu à cœur de réhabiliter ce texte en le complétant d’annexe, ce que je ne peux que saluer en passant pour un ouvrage curieusement inédit depuis 1888.

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J’ai découvert The Walking Dead… Episode 1

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Alors qu’on parle de rediffuser la série en noir et blanc aux Etats-Unis, je viens seulement de visionner le premier épisode. Plusieurs personnes m’avaient déjà vanté les mérites du comics (que je ne remets pas en cause, faute de ne pas avoir eu l’occasion de le lire) et, la série recevait beaucoup de louanges donc… ça devait être bien, assez pour me tirer de mon ennui habituel face à ce genre de production… Il se soufflait bien ci et là que le scénario n’était pas forcément palpitant mais, qu’après tout, l’important était la réaction des personnages face à la destruction complète de leur société…

Le fantasme de l’invasion zombie qui sévit de plus en plus vivement ces dernières années me laisse sur la réserve. Certes, un film de série b du genre est toujours amusant, la perspective de se défouler gratuitement sur n’importe qui dans la rue aussi mais, tout de même, il y a une problématique de fond qui me laisse plutôt mal à l’aise. The Walking Dead proposait donc une série à l’action limitée pour mettre l’accent sur les survivants. Pourquoi pas.
J’ai regardé le premier épisode, j’en suis restée sans voix. Est-ce bien la série qui fait tant de bruit ?

Les premières minutes sont très tendues. Le zombie n’est pas encore réellement là mais on sait qu’il rôde, que ça va arriver. En attendant, la police a quelques bandits en cavale à arrêter. Les dialogues s’annoncent d’emblée de haute volée lorsque nous entrons dans une voiture de service pour rencontrer un shérif adjoint et Gros Lourd, son coéquipier. Gros Lourd, d’humeur quelque peu philosophe, tient à faire partager ses dernières observations sur le sexe faible : elles n’éteignent jamais la lumière. « C’est systématique », nous apprend-il, « ces chipies allument toutes les pièces et sont prises d’hystérie s’il faut les éteindre, pire qu’un juif à shabbat te dis-je ! » A côté de lui, la patience du shérif force l’admiration. Il abrège notre souffrance en répondant un truc pseudo profond sur la différence essentielle des hommes et des femmes et, malgré son charisme de raie manta, nous pouvons en conclure, grâce à l’assimilation d’un certain nombre de clichés américains, qu’il sera le héros de l’histoire.
Ces choses établies, il est temps de poursuivre les malfrats, et d’espérer encore lorsque Shérif se faire tirer dessus. Hélas ! le bougre survit à ses blessures. Pire ! après un long comas, le voici dans un hôpital complètement vide.
La tension revient un peu tandis que Shérif découvre à la sortie de l’établissement un sol jonché de cadavres manifestement tués d’une balle dans la tête. Un peu plus loin, nous avons droit à une vision d’horreur en croisant une femme coupée en deux qui rampe avec les intestins à l’air… mais, visiblement, notre homme ne trouve pas ça très troublant. Après une petite réflexion du genre « Tiens, elle est un peu pâlotte la voisine », il rentre chez lui et s’étonne de ne trouver personne. Ah… Mince alors, encore un héros qui ne va jurer que par sa femme et son enfant perdus, mais bien évidemment vivants (et il le sait, il n’en doute pas un instant).

"Tiens, encore une droguée...", se disait Sherif.

“Tiens, encore une droguée…”, se disait Sherif.

Fort étonné, Shérif retourne dans la rue et se prend un coup de pelle de la part d’un noir qui passait par là. Notre pauvre héros ne comprend décidément pas ce qui lui arrive ni pourquoi le noir le menace à présent avec un revolver. Non parce que… Pourquoi tant d’hostilités ? Ce n’est pas comme si, par exemple, il avait trouvé des centaines de cadavres devant un hôpital et des rues totalement vides jusqu’à chez lui. Rien, absolument rien, ne laisserait prédire, par exemple, qu’une folie homicide soudaine a frappé le monde entier tandis qu’il dormait ! S’en est trop pour Sherif qui préfère s’évanouir et se fait héberger par le noir qui est finalement un type sympa, un brave père de famille seul avec son fils. Le cliché numéro trois est entré en scène !
Comme Shérif ne comprend rien à la situation, son nouvel ami lui donne le topo et il lui faut de la patience, parce que notre héros est assez long à la détente : « Ah oui ? Les morts se réveillent et tout ? Je me disais bien que la voisine avait l’air assez étrange quand elle se traînait dans l’herbe, mais je n’avais pas du tout fait le lien ! ». Puis, nous apprenons assez vite que, si le sauveur est seul avec son fils, c’est parce que la mère a rejoint les Autres. Elle leur fait souvent « coucou » par la fenêtre la nuit puisque, bien évidemment, il est trop pénible de la tuer. Mais bon, ce n’est pas un grand problème puisque la mère et l’enfant blanc sont en vie. On laisse le petit noir pleurer un peu, histoire de montrer que c’est triste mais pas trop.
Je crois que c’est à ce moment que j’ai commencé à vraiment décrocher et à oublier que j’étais censée éprouver de l’empathie pour les personnages. Ça commençait à devenir trop drôle – ou trop américain, à choisir – pour être pris au sérieux. Je ne sais pas mais… quand on me présente une série où les personnages sont le centre du sujet, je m’attends à trouver de véritables caractères, des héros auxquels on s’attache rapidement, pas ces clichés désespérément fades et creux qui ne se distinguent que par leur bravoure et sens de la famille… Je ne sais même plus si leurs prénoms sont donnés dans l’épisode, c’est dire à quel point rien n’accroche. Bref, ils m’ennuient, je n’ai déjà plus envie de les suivre.

"Tremble spectateur, je menace un héros génial !"

“Tremble spectateur, je menace un héros génial !”

La deuxième partie de l’épisode est une violente chute dans le ridicule. Shérif retourne chez lui avec les noirs. Il sait que sa femme est partie puisqu’elle a retiré toutes les photos de famille de la maison. Touchant. Le noir renchérit en expliquant que sa femme a fait exactement la même chose (ce sont des clones ?), sauf que c’est un peu plus triste puisqu’elle est morte. Ah ces femmes et leur sentimentalisme à toute épreuve ! Qu’importe les tremblements de terre et autres créatures avides de chair, leur cœur ne tremble et ne bat que pour ces petites choses qui les rattachent à leur homme et leur fils unique. Je… hm… Enfin, continuons. Il le faut. Je dois m’infliger ça parce que Shérif a quitté sa chemise d’hôpital non pour des vêtements normaux, décents, mais pour sa tenue de shérif. Et il n’a pas oublié son beau chapeau. Ah ! le sens du devoir et de la fonction en toutes circonstances !
Après quelques tours dans la glace et une visite dans la réserve d’armes, il est temps de sortir, puis de se dire au revoir, Papa Noir n’étant pas prêt à chercher le camp de réfugiés d’Atlanta : il a besoin de s’entraîner au tir avec son fils.
Attendez… La logique m’échappe un peu… Depuis le début de la rencontre, le noir ne cesse de répéter qu’il faut tirer le moins possible parce que le bruit attire tous les zombies du coin (et dieu sait qu’ils sont nombreux). Alors qu’il pourrait rejoindre un camp de réfugiés en voiture, avec un type qui maîtrise parfaitement les armes à feu, et s’entraîner dans un lieu normalement sécurisé, il préfère rester ici avec son fils. Là, les scénaristes ont apparemment décidé qu’il ne fallait de toute manière pas trop interroger les réflexions d’un noir et Shérif – qui n’est pas un homme très torturé – trouve cela normal. Histoire de montrer que c’est un brave type, il en profite aussi pour tirer sur le zombie d’un homme qui fut, comme il prend soin de le préciser, un parfait abruti. Mais, pour réaffirmer son rôle de gentil héros, il ne peut le laisser dans cet état. Même les imbéciles ont droit au respect ! C’est beau, merci Walking Dead pour cette belle leçon.
Vient l’instant tragique où le noir a besoin de s’isoler dans sa chambre afin de regarder les albums de famille rapportés par sa femme. Puis, il accrocher sa photo à la fenêtre pour nous faire comprendre qu’il est prêt à la tuer. De son côté, Shérif retourne voir le zombie rampant pour lui souffler quelques mots doux avant d’abréger ses souffrances. Le noir échoue à exploser le cerveau de sa femme et s’effondre en larmes sur une musique triste… Si vous n’avez pas les larmes aux yeux sur cette scène, vous n’êtes que de vils insensible !

Bon, c’est pas tout mais il est temps de confirmer les certitudes de Shérif. Sa femme est en vie, son fils aussi, et ils sont accompagnés de Gros Lourd. Pour la femme de Shérif, l’heure est aux remises en questions… enfin, à la seule remise en question importante pour une femme qui est « suis-je une bonne mère ? » « mais oui, bien sûr, tu es un super maman, blablabla » lui explique Gros Lourd à part. Ils ont l’air assez proches. Curieusement, puisque le scénario semble cousu de fils blancs, je ne m’étonnerais pas que ces deux là nous préparent un triangle amoureux très naze.
Et, après avoir montré l’existence d’une brave épouse quelque part dans la forêt, nous pouvons retrouver Shérif sur la route. Il vient d’abandonner sa voiture. Panne d’essence ou caprice soudain ? Je ne me rappelle plus. Tout ce que je sais, c’est qu’il a repéré un cheval tout seul dans son enclos, donc ses instincts de cowboy se sont réveillés et il lui faut absolument le monter pour entrer dans la ville des réfugiés. L’intérêt ? A part faire un petit plan de western bien sympa, avec son cowboy solitaire en route vers le danger, je ne vois pas.
Arrivé dans la ville, Shérif a bien sûr la mauvaise surprise de rencontrer une horde de zombies affamés. Il perd ses armes, son cheval se fait dévorer et il trouve par miracle refuge dans un char. Fin.

De l'utilité d'un cheval...

De l’utilité d’un cheval…

Bon… ce fut long, très long, atrocement plat. Je suis perplexe, parce que je partais sans gros à priori. Je m’attendais à une saison 1 assez sympa, et j’ai déjà envie de renoncer. J’ai du mal à comprendre comment les gens ont pu accrocher après une telle mise en bouche. Si la série n’avait pas cette notoriété, je pense que j’aurais lâché l’épisode bien avant. Le scénario est vide et les personnages, censés occuper la scène, répondent à des clichés si violent qu’on ne pourrait rien attendre de leur part. Les zombies sont là, et nous devons suivre des hommes et femmes avec lesquels il semble impossible de trembler. En tout cas, l’empathie demande un minimum d’identification, et je ne retrouverais certainement pas dans cette joyeuse farandole d’outres vides. Je ne comprends pas le succès de cette série, ça me confirme juste que le fanatisme du zombie est à un point tel que les gens consommeraient n’importe quoi pourvu qu’il y ait du mort-vivant. Sans remettre en cause la qualité du comics (que je ne connais pas encore), ni les hauts moyens mis dans la réalisation, le fond de ce premier épisode me semble juste désespérant… Et on me souffle que le deuxième est un véritable festival qui se doit d’être vu dans le mauvais sens du terme. Je crains déjà le pire.

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Visite du château de Gormenghast avec Mervyn Peake

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Alors que tout le monde ne parle que du Hobbit, j’aimerais vous présenter une trilogie de fantasy contemporaine au Seigneur des anneaux mais, hélas, trop peu connue en France : Gormenghast de Mervyn Peake. Si d’ailleurs vous vous interrogez à propos du château de ma bannière, il s’agit d’un fanart de cet univers.
L’article est assez complet puisque je l’ai écrit il y a quelques mois dans le cadre d’un projet libre afin de le présenter à ma promo.

***

Fuschia et Finelame

Fuschia et Finelame

En 1946 apparaissait en Angleterre le premier tome de ce qui constituera l’une des œuvres les plus atypiques de la littérature. Titus d’Enfer (ou Titus Groan dans sa version originale) échappe en effet à toutes les classifications de genre. Si les critiques reconnaissent avec enthousiasme le génie de ce roman, ils se montrent très embarrassés lorsqu’il s’agit de le ranger dans un genre ou un autre.
On a souvent été tenté de parler de roman Gothique, à cause d’une action qui se déroule dans un château médiéval marqué par une démesure angoissante, et apparemment hors du monde connu. Cependant, rapprocher Gormenghast du Château d’Otrante d’Horace Walpole serait amputer l’œuvre de la plupart de ses qualités et Mervyn Peake rejetait violemment cette comparaison. Sommes nous dans le fantastique ? Si les personnages et les lieux présentent des allures grotesques, invraisemblables, il n’y a pas de magie. Peake aurait-il créé un autre monde ? Il y a pourtant une vérité troublante, comme enfouie au fond de nous, à travers l’univers qui nous est présenté. Si la trilogie de Mervyn Peake est le second pilier, plus discret, mais néanmoins fondateur de la fantasy avec l’oeuvre de Tolkien (pour rappel, Bilbo le Hobbit paraît en 1937 et Le Seigneur des anneaux entre 1954 et 1955) elle échappe aux codes désormais familiers de ce nouveau genre naissant.
La trilogie de Gormenghast est une réponse à la seconde guerre mondiale, directement inspirée de ce que Peake a vu lorsqu’il était mobilisé, les grands châteaux d’Allemagne, l’horreur de la découverte des camps de concentration, les villes en ruines et la misère humaine.

A vrai dire, Gormenghast n’est pas l’oeuvre d’un écrivain, c’est ce qui lui donne un caractère et une saveur si particuliers. Il s’agit de la création d’un dessinateur et d’un poète. Lorsqu’il se lance dans l’écriture, Peake ne le fait pas pour trouver la gloire dans le monde des lettres ; il ne pense pas, en réalité, que son histoire ait jamais une chance d’être publiée. Ce qu’il veut, c’est prolonger son travail de dessinateur. C’est là le plus surprenant. Chaque page, a un quelque chose d’incroyablement visuel, le dessin s’impose de lui-même, il parcourt le livre tout entier.
En création perpétuelle, Peake tient l’essentiel de sa préparation de travail de peintre ou d’écrivain à des croquis pris sur le vif. Son inspiration ne lui vient donc pas des mythes. Il voulait voir au-delà des apparences. Ses dessins ne cherchaient pas à être réalistes mais à rendre la réalité telle qu’il la voyait lui. Ainsi, se dessinent des personnages grotesques, des dessins caricaturaux où se mêlent humour et horreur.

Alfred Salprune (le docteur) et sa soeur Irma.

Alfred Salprune (le docteur) et sa soeur Irma.

Gormenghast :
La trame de Gormenghast pourrait se résumer très simplement :
Dans un château aux proportions gigantesques, véritable labyrinthe de pierre, vit une famille noble : Lord Tombal, sa femme Gertrude et sa fille Fuchsia. Leur seule occupation consiste à accomplir des rites absurdes fixés par une tradition ancestrale. Titus, 77e comte d’Enfer, naît au début de l’histoire mais il laisse sa famille dans la plus parfaite indifférence, au point d’être exclu des cérémonies les plus importantes. Le quotidien très ordonné de la famille est rompu lorsqu’un jeune apprenti, Finelame, parvient à force de ruses à s’échapper des cuisines pour s’introduire dans l’entourage des seigneurs. Il fomente ensuite l’idée d’incendier la bibliothèque pour assassiner Lord Tombal qui passe son temps au milieu des livres et devenir maître des rituels pour avoir le contrôle sur la famille d’Enfer.
Des huttes construites autour du château abritent un peuple de sculpteurs sur bois qui n’ont d’autre joie que de voir leurs œuvres exposées dans un musée où personne ne va jamais tout en haut d’une tour. Ce monde n’a aucun contact avec celui de Gormenghast, il est tout aussi fermé, et la misère y règne. En fait, les artistes doivent présenter leurs œuvres une fois par an, trois sont sélectionnées pour le musée et le reste est brûlé. Curieuse malédiction aussi : dès que les premiers signes de la flétrissure se manifestent sur leur visage ils vieillissent en un seul jour et continuent à vivre avec le triste souvenir de leur éphémère beauté.

« Entrer dans un roman de Mervyn Peake c’est aller d’étonnement en étonnement », lit-on dans l’introduction à Titus Errant des éditions points. Plus qu’un auteur de fond, il est un écrivain de formes.
Il y a tout d’abord ce château immense, fait de couloirs et de souterrains. Du haut des toits, il est dit que les hommes sont aussi petits que des dés à coudre. On ne sait plus où se situe l’extérieur et l’intérieur, l’espace est démesuré, impossible à définir, il y a un lac dans une tour, un chêne dix fois plus gros qu’un chêne normal qui émerge d’un mur, une cour sans accès, etc. Peake exprime par là la contradiction de l’espace : on ne peut saisir son infinité et il est pourtant impossible d’établir des bornes.
Cette contradiction transparaît aussi sur ses personnages qui doivent observer des rites absurdes auxquels ils voudraient échapper (ce qui n’est pas sans rappeler notre propre condition). Seulement, dès qu’ils ne sont plus occupés par ces rites, les passions se déchaînent. Ils passent d’un quotidien abêtissant à une recherche d’absolu qui ne peut être satisfaite non plus.
Leur physique illustre très bien leur condition, ils sont piégés dans des corps disproportionnés :
Le cuisiner (Lenflure) est un homme énorme avec des pieds flasques comme des ventouses. Il n’arrive pas à se déplacer de façon naturelle.
Cracloss, le valet-intendant est si maigre que ses genoux craquent à chaque pas qu’il fait. Par conséquent, lorsqu’il a besoin d’être discret il doit entourer ses jambes dans des étoffes.
La Comtesse d’Enfer est gigantesque. Elle est entourée de tant de chats blancs qu’ils forment une sorte de tapis autour d’elle lorsqu’elle se déplace.
Le maître des rituels a une jambe amputée et l’autre coupée au niveau du genou. Il doit se déplacer avec une canne au sautillant sur son moignon.

Lorsque le physique n’est pas au cause, c’est l’esprit qui piège les personnages. Celui de Finelame est trop vif pour lui inspirer autre chose que de sombres machinations, il est avide et insatiable. Les autres sont contraints à des paroles ou des actes quasi mécaniques qui dépassent leur raison.
Les jumelles Cora et Clarice sont d’une infinie bêtise, Irma Salprune est, de la même manière désespérément sotte et répète toujours deux fois la même phrase « Qu’est ce c’est que ces oripeaux mon garçon. J’ai dit : qu’est ce que c’est que ces oripeaux ? » et le docteur Salprune, son frère, semble toujours secoué d’un rire « ha ha ha ! Hi hi hi ! Madame la comtesse, ah ah ah Madame la comtesse ! » etc.

Aucun des personnages ne peut être rapproché d’une personne réelle. Pourtant, ils réveillent quelque chose en nous, cet « au-delà » des apparences que Peake cherchait. Gormenghast nous montre une certaine vérité sur le monde, avec tout ce qu’elle peut avoir de beau, de tragique, d’horrible et de grotesque. Mais il ne le fait pas sans un humour de l’absurde qui confine parfois à l’horreur, car lire Gormenghast est bien plus amusant que désespérant.
Titus, le seul personnage auquel on peut essayer de s’identifier doit poursuivre les rites, la légende de la grande famille. Il y résiste d’abord instinctivement puis délibérément. Il veut découvrir un monde différent. Il se sauve même si sa mère l’avertit sur le fait qu’il ne trouvera rien d’autre nulle part. Le dernier tome doit donc répondre à la question que l’on se pose depuis que l’on suit les aventures des personnages dans cet univers clos : existe-t-il une contrée qui ouvre à autre chose ? Une autre vérité. Il découvre alors une civilisation tout aussi ordonnée mais mécaniquement très avancée qui va le rejeter puisqu’il ne peut donner aucune preuve à ses déclarations étranges, à savoir, qu’il est le comte de Gormenghast. Dans ce monde tout doit transparaître, même les maisons sont transparentes. Les êtres ayant des sentiments trop excentriques doivent se réfugier dans des citées souterraines. Là, on y retrouve des personnages marginaux, un poète dont les livres n’ont jamais été lus et d’autres personnages frappés de violente passion amoureuse ou de haine profonde.

Quoiqu’il en soit, Mervyn Peake nous attire dans un univers complètement absurde pour nous faire redécouvrir notre propre monde. Qui ouvre ses livres restera très intimement lié à l’étrange et terrifiant château de Gormenghast.

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La BO de AirMech par Front Line Assembly

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En attendant du nouveau du côté de Front Line Assembly, voici un petit projet à part qui fait bien plaisir !

flaAirMech est la bande originale d’un jeu de stratégie qui vous permet d’incarner un robot… De quoi donner quelques à priori aux non-joueurs. Pourtant, nul besoin d’être plongé dans l’univers de la compagnie Carbon Games (dont les gens étaient fans de FLA) pour apprécier l’album. Après avoir écouté « Prep for combat » , j’ai tout de suite été séduite par une musique d’ambiance indus assez lente, assez froide, s’enfonçant en de lourds roulements martiaux. Alors que je n’avais pas prévu d’y regarder de plus prêt à cause de l’estampille « jeu », je n’ai pu résister à la promesse d’un tel voyage. Et le premier morceau, le bien nommé AirMech, envoie d’emblée du lourd.
C’est parti, sans mise en bouche, on est déjà dedans, du beat bien guerrier sur un fond d’electro assez aérien qui prendra le dessus sur la seconde musique (Arise). Allant subtilement de l’ambiant (très reposant Everything that was…) à l’indus en s’amusant parfois avec de la dubstep (Pulse Charge) – histoire de nous donner autre chose à manger que du Skrillex – Front Line Assembly nous offre un travail musical abouti. La variation des rythmes et des genres empêche l’ennui et le rangement hâtif du côté des BO d’ambiance qui ne serviraient que de fond sonore. L’empreinte de la formation de James Green fait toute la différence.

Personnellement, je me le laisse en boucle depuis quelques jours et je trouve que ça m’accompagne bien dans mes lectures et réflexions. Un album à ranger du côté des « bonnes choses pour écrire » et, en même temps, pour parler du jeu qu’il accompagne, je me verrais avec plaisir élaborer des stratégies militaires sur cet air. J’avoue, c’est très tentant, l’immersion doit être vraiment chouette et je me laisserais bien tenter à l’occasion…

Je trouve toujours très réjouissant en tout cas de voir de bons groupes s’impliquer dans la BO d’un jeu vidéo, déjà parce que c’est souvent une manière de faire écouter de l’indus à des gens qui n’iraient pas naturellement vers ce genre (voyez le travail de KMFDM sur Mortal Kombat !), et ensuite, parce qu’il paraît que le jeu vidéo n’est pas un produit culturel. Une création comme celle de FLA tendrait à prouver le contraire.
Je conseille vivement l’écoute de cet opus à tous les fans d’indus ainsi qu’à ceux qui s’ignorent encore !
Je vous laisse donc avec Prep for combat

[youtube http://www.youtube.com/watch?v=5cRe7TSwnpo&w=420&h=315]

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Born to be Heiled d’Hanzel und Gretyl, ou le crash des nazis de l’espace

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Je ne sais vraiment pas quoi faire de cet album. Après l’excellent Uber Alles et trois autres albums plutôt bons, on pouvait s’attendre à une fournée assez réjouissante. Que s’est-il donc passé quatre ans après 2012 Zwanzig Zwolf ?

Hanzel und gretyl, born to be heiled, metal indus, death metal

Assemblage de trucs métaleux motorisés funs…

La nouvelle pochette m’a d’emblée laissée très sceptique, une plate caricature d’un groupe de métal basique, servie de son incontournable pentagramme inversé superposé sur une croix de fer. Il n’est pas nécessaire d’aller plus loin, c’est à l’image de l’album, du métal sans saveur, pour adolescents non initiés.
Le premier morceau commence, rien ne se passe. Tout se suit et se ressemble. L’indus est quasiment absent, le groupe s’en allant vers un son lourd pour club de motards. Si les fans d’Uber Alles ne s’y retrouveront pas, l’intérêt sera tout aussi limité pour des amateurs de death. Hanzel und Gretyl n’innove en rien, le son est fade, cliché, on s’ennuie très vite. L’étrange choix de genre ne laisse aucune place au grain de folie que nous aimions tant chez nos chers « nazis de l’espace » et ce n’est pas le discours du Dictateur de Charlie Chaplie sous une espèce de grind qui redonnera le sourire. Non, non, non, ça ne colle pas, le côté jouissif du groupe s’est complètement fait la malle.
Déçue je suis. J’aurais souhaité vous faire une chronique plus longue, mais face à un opus aussi creux, l’inspiration me manque. Seuls les trois derniers titres arrivent à nous faire à nouveau battre le rythme du pied. Des riffs de guitare plus rock’n’roll après cette indigeste bouille de death ressemble à une véritable bouffée d’oxygène. Alors « I’m movin’ to Deutschland » fait véritablement plaisir, tout n’est donc pas perdu… Cependant, les derniers titres souffrent du même problème que les autres, trop répétitifs, ils deviennent vite lassants et n’ont rien de franchement novateur dans leur genre. HuG aurait mis de bonnes reprises que la différence aurait été à peine visible.
J’écoutais donc distraitement les derniers morceaux quand, oh ! illumination, un titre qui sonne vraiment cool ! … Ce n’était qu’une petite blague de ma playlist qui était passée à Kindermusik.
Born tu be heiled
est une erreur que je me garderai bien d’acclamer, un gros « Fuck ! » au public qui m’a, un instant, fait croire à un troll. Je m’en retourne à Uber Alles et Zwanzig Zwolf en espérant qu’Hanzel und Gretyl n’est pas en train d’entamer une lente plongée vers le cimetière des groupes qui furent bons et se délitent un peu plus à chaque nouvelle sortie.

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