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Histoire d’une première publication

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livres reçusArrivé depuis une quinzaine de jours, mon premier livre en tant qu’éditeur, Une culture de l’ombre, à la rencontre des gothiques, me demande beaucoup d’attention et m’a complètement écartée de mes « critiques littéraires ». Entre la communication à assurer et mon déménagement, j’ai assez peu de temps pour mettre le nez dans un roman. Pour une fois, je vous parlerai donc plus concrètement de mes premières expériences dans l’édition. Toutes les coulisses de ma publication sont à vous !

Un premier livre

Mai fut un mois particulièrement stressant. Emballés par la sortie prochaine de leur premier livre, mes auteurs (Guillaume et Chris) avaient commencé à chercher des salons. Seulement, les dates étaient sans compter les retards de livraison et, quand les cartons n’arrivent pas, rien à faire, l’événement est fichu… à un jour près. Mais cette petite déception a bien vite été oubliée grâce à deux dédicaces réjouissantes et une table ronde que j’ai pu donner dans une librairie de Rennes (Planète Io).

Quand on crée un livre de ce type, une question inévitable se pose : va-t-il rencontrer son public ? Les premiers retours sont très encourageants. A Planète Io, un véritable dialogue intergénérationnel s’est créé autour du titre, l’occasion pour les parents de trouver enfin des réponses à leurs questions, et aux plus jeunes issus de milieux alternatifs de partager leur expérience, rapport à la société, à leur scène musicale. La bonne surprise a même été de voir des personnes issues du black metal réaliser qu’ils connaissaient finalement très mal leurs autres « cousins sombres » et se trouver des groupes en commun. Avec un lectorat très varié, A la rencontre des gothiques a permis la réunion de profils différents et l’ouverture d’un débat qui a largement dépassé la thématique gothique.

Pour juin, d’autres dates s’annoncent. Tim (le dessinateur) était en dédicaces au festival de la BD de Lyon ce week-end, les auteurs retrouveront le public à la bourse aux disques de Longwy (54) le 23 et au festival du film fantastique d’Audincourt du 28 au 30.
J’ai de mon côté commencé la rencontre des libraires et autres commerçants pour y déposer quelques exemplaires. De très bons contacts, toujours (à une petite exception près disons). Dans l’immédiat, le titre est en vente à Rennes dans deux librairies, un bar culturel et un disquaire alternatif. J’ai tenté quelques lieux plus « inattendus » pour garder l’esprit très accessible du livre. L’autre ville est Pau puisque j’y passe quelques jours en vacances. Deux librairies ont accueilli la publication, dont une de manga – ce qui rejoint le petit bémol de ma parenthèse. A l’origine, je m’étais adressée à une boutique de bandes dessinées puisque je me sens plus proche des créateurs occidentaux dans ce genre et que le dessinateur du livre est clairement de ce monde. J’ai été assez froidement envoyée à côté parce que « non, non, il n’y a pas de gothiques chez moi, ce sont les petits jeunes qui lisent des mangas. » Autant dire que je l’ai un peu mal pris, mais j’ai laissé une chance aux lecteurs de mangas. Pourquoi pas après tout ? La seconde librairie (générale cette fois) s’est montrée beaucoup plus intéressée, et même renseignée. D’une manière générale, je suis vraiment heureuse de profiter de la sortie de ce livre pour découvrir un tas de libraires qui font de leur mieux pour animer leur commerce et lui donner une belle identité.

Relation avec les auteurs, second projet

Le dialogue auteur/éditeur n’est pas toujours simple mais, sur ce premier projet, j’ai eu la chance de travailler avec trois personnes très agréables et pleines de talent. L’aventure continue d’ailleurs puisque chacun y met un peu du sien pour aider à la diffusion du livre. Je ne les remercierai jamais assez pour leur travail et leur investissement. Tim a même fait une page de présentation qui a la classe !
Pour mon deuxième projet, d’autres rencontres, toutes aussi réjouissantes, sont en train de se faire. Une seconde publication sera prévue pour octobre. Toujours dans le cadre de mes études, elle me permettra avant tout de présenter concrètement mon projet d’année qui est de créer une maison d’édition « fictive ». Son nom, Les Luciférines. Je vous invite donc à découvrir le projet sur le site internet (http://editionsluciferines.com/) où vous pourrez commander le premier livre, trouver plus de détails sur les librairies “amies” et aussi participer à un concours de nouvelles qui permettra l’édition de textes dans un recueil dédié à l’univers d’Edgar Allan Poe, une sortie qui, je l’espère, de permettre la survie associative de cette maison naissante.
La suite très bientôt !

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Le trône de fer 1 & 2 – G. R. R. Martin

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Je mets la couverture la plus portable. Les éditions françaises de cette saga sont de plus en plus moches… sérieusement…

Il y a quelques années, je cherchais une série de fantasy dans un genre proche d’une saga que je venais de terminer, Les monarchies divines. Le nom – alors peu connu – du Trône de fer était alors tombé. On me promettait des intrigues royales, des personnages en demi-teinte, un univers peu axé sur la magie. Vaguement intéressée, j’ai vite été découragée par le nombre de tomes déjà édités. Je ne suis vraiment pas fan des lectures interminables. Comme je préfère les films aux séries, j’aime qu’un roman se termine vite pour atteindre un but clair et précis (trop d’auteurs à découvrir pour rester bloqué sur un seul).
Puis, l’adaptation télévisée est arrivée. Tout le monde s’est pris de passion pour Game of thrones et il devenait impossible d’y échapper. J’ai tenu bon jusqu’en mars mais, à force d’entendre le sujet revenir à chaque soirée, il fallait bien que je sache…

Pour cette critique, je passerai très rapidement sur le premier volume avant de faire un commentaire plus global sur les deux. Si vous n’êtes pas aussi loin dans votre lecture, il n’y aura pas de gros spoil, mais les plus prudent peuvent s’arrêter après la « Présentation ».

Présentation (Tome 1) :

Au risque de passer encore pour quelqu’un de trop sceptique, les premiers chapitres n’ont pas eu l’effet d’une révélation sur moi. J’avais acheté la première partie en format poche l’année dernière et je l’ai lue en septembre. C’était agréable de tomber, pour une fois, dans une histoire assez prenante (j’en lis très peu) et d’entrer dans un univers imaginaire qui cherche à nous attacher aux destins de plusieurs personnages. Un bon moment de détente qui ne m’a cependant pas tenu assez en haleine pour me donner envie d’enchaîner sur la suite.
Sans parler de la traduction hasardeuse (et de ses tournures souvent peu naturelles), l’écriture reste assez simple, l’histoire est donc le principal argument. L’univers est maîtrisé, on sent que l’auteur détient un assez bon bagage historique, les descriptions très visuelles permettent une représentation rapide des paysages, et chaque personnage principal (celui à travers lequel il nous est possible de voir l’action) se démarque suffisamment pour diversifier les expériences de lecture. Les romans à focalisations internes multiples me plaisent d’ailleurs beaucoup pour cette raison, et sont idéaux dans les récits d’aventure aussi longs, au risque de finir très fâché avec un héros unique que l’on doit subir pendant des milliers de pages.
Ici, l’archétype du héros est très vite identifié. Il s’agit bien sûr d’Eddard Stark, seigneur de Winterfell. En l’entraînant au cœur des intrigues de cour, G. R. R. Martin parvient à bousculer les codes habituels de la fantasy : pas de droiture possible en politique. Après avoir lu un nombre incalculable d’histoires menées par une personnalité bornée, butée, engoncée dans des valeurs qui devraient lui coûter la vie à chaque chapitre, le virage scénaristique a de quoi, je suppose, marquer les esprits. En tout cas, l’argument m’a fait revenir à ce genre littéraire, dont les quelques explorations m’ont souvent déçue…

Remarques générales (tome 1 & 2) :

Beaucoup vantent l’ambivalence des personnages. A ce niveau, je reste cependant plus modérée dans le sens où je n’ai jamais rencontré de caractères tout blancs ou noirs dans des lectures qui ne sont pas classées « jeunesse » (ou, à la limite, les films hollywoodiens). Donc, c’est une qualité qui me semble logique venant d’un auteur qui ne s’adresse pas aux moins de quinze ans… Je ne me suis peut-être pas suffisamment acharnée dans la fantasy pour y voir là quelque chose d’exceptionnel. Cependant, les « héros » répondent tous, me semble-t-il, à des clichés de genre très connus du côté des Stark :
–          Jon : le bâtard repoussé par sa belle-mère humble, courageux, dont on peut pressentir à l’avance un destin glorieux, malgré des chemins détournés. Le héros le plus classique après Eddard.
–            Catelyn : La femme de seigneur, mère courageuse et protectrice.
–          Arya/Sansa : D’un côté le garçon manqué qui se rebelle contre sa condition (avec le capital sympathie inévitable que cela implique), de l’autre, la sœur qui se rêve princesse et dont, on s’en doute bien, les idéaux seront vite mis à mal.
L’intérêt va donc se porter plus volontiers sur Tyrion qui, malgré son nanisme, devient rapidement le plus charismatique (quoiqu’on ait le classique du “faible” sauvé par son intelligence), et Daenerys.
Les points de vue se nuanceront peut-être à l’avenir mais, de la fin du tome 2, je ne vois pas de mouvement majeur. Là est d’ailleurs un gros souci du livre. A vouloir donner trop d’histoires personnelles, Martin allonge considérablement son scénario. Un début d’action met parfois 200 pages avant de se relancer, ce qui, à la longue, peut vite venir à bout des plus patients. A cela s’ajoute, et surtout à partir du Tome 2, énormément de scènes inutiles. Sur un chapitre, il faudra rarement s’attendre à une information intéressante avant la dernière page. L’auteur se perd dans un fouillis de scènes presque capricieuses et dans ses visions kaléidoscopiques. L’enthousiasme qui nous prend parfois à la lecture est vite déçu.
Motivée à la fin du premier tome, j’ai commencé à comprendre la lourdeur que lui reprochaient beaucoup de personnes à la moitié du second. L’action patine beaucoup trop et, à moins d’être dans le fan service pour l’un des héros, on s’ennuie… La progression est pénible, on avance souvent pour revenir à la case départ sans qu’il y ait la moindre justification scénaristique. Pour exemple, les chapitres de la fuite d’Arya qui se sont avérés ne mener à rien m’ont franchement agacée. Martin nous fait tourner en rond pour faire durer un suspens assez inutile, qui marcherait tout aussi bien sur une durée plus courte, avec des effets mieux gérés et des ellipses bienvenues. J’ai de plus en plus tendance à penser qu’il fait finalement un meilleur scénariste qu’écrivain.
Il est, en tout cas certain que le Trône de fer est très à la croisé des genres. Sa structure répond à celle d’un certain nombre de romans tout en étant trop maladroite pour tenir sur le long terme. Sans la motivation de la série et la peur du spoil, je pense que je n’irai pas au bout, et, finalement, je laisse de plus en plus les gens me révéler des informations, pour la seule raison qu’à la fin du tome 2 beaucoup de choses se déduisent facilement… sauf qu’elles se passeront peut-être dans 2 000 pages, voire plus. Sans le format télévisé, je doute que beaucoup de lecteurs seraient allés si loin (et l’on me dit que les plaintes quant à l’inanité de la saison 3 commencent à gronder…)
Les amateurs de combats épiques et sanglants aux tonalités homériques peuvent rengainer. Il n’y aura pas grand-chose à se mettre sous la dent de ce côté, ce que je regrette un peu. C’est un aspect que j’avais adoré avec Les monarchies divines.

Tout en étant mitigée sur les choix d’écriture de G. R. R. Martin, j’apprécie la saga pour ce qu’elle est, une bonne lecture de distraction, et je me donne encore la lecture du tome 3 avant de faire une bonne pause sous peine d’indigestion. Un bon point du tome 2 est l’apparition de chapitres pour un personnage qui, à ce stade, me semble le meilleur de tous : Theon. Loin des archétypes, le garçon des îles-de-fer pose un véritable problème de positionnement et ses pages sont (de mon point de vue) les plus intéressantes à lire, celles qui me redonnaient le plus sûrement envie de prendre le livre. Sauvagerie perverse mêlée à la naïveté et l’inconscience enfantine sont un terrible mélange. On lui souhaite un revers de bâton pour le regretter ensuite, en découvrant ses pensées tout étonnées de mal-aimé.
Un caractère bien trouvé, bien maîtrisé par son auteur et qui vaut vraiment le coup d’être découvert sur papier (la série l’édulcore en partie pour épargner les âmes sensibles). Le bâtard Balon en focalisation interne devrait aussi épicer un peu les chapitres du tome 3 à côté des pâlots Stark et même de Daenerys qui, passionnante à suivre dans le premier, fut d’un ennui profond dans le T2. J’ai également gardé Bran parce que je le considère aussi à part à sa façon. Même s’il n’est pas très passionnant à suivre, je l’aime bien, je le trouve plus intelligent que ses frères et sœurs et je ne peux m’empêcher de me dire qu’il va se passer quelque chose avec lui. J’espère que ses jambes auront, en tout cas, été brisées à des fins scénaristiques utiles parce que, en attendant, on ne peut pas dire qu’il nous distraie beaucoup…

Je m’arrête là et reviendrais peut-être sur le fond même de l’histoire pour le tome 3, puisque je pense que mes remarques sur la forme seront toujours valables (hélas !).

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Challenge : Au-delà de la peur [Terminé]

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terreurAprès le challenge United Kingdom, j’en relève un second qui, je l’espère m’aidera à me plonger plus sérieusement dans la littérature terreur, genre que j’apprécie beaucoup, que je trouve très délaissée, mais que je lis très peu (j’ai l’impression d’avoir tellement de choses à rattraper en littérature générale que j’ai du mal à retourner vers mes premières amours.) Le défi prendra fin le 1er mars 2014 et se passe ici. Il a l’avantage d’être très libre, le but étant de découvrir le plus de romans possibles.

Les livres lus :
Rouge Flamenco – Jeanne Faivre d’Arcier
La déesse écarlate – Jeanne Faivre d’Arcier
(Voir la critique de L’Opéra Macabre qui les réunit tous deux.)
Créatures – Collectif

Un très petit bilan puisque je n’ai pas eu énormément d’occasions de me lancer non plus. Mais l’horreur sera très certainement plus à l’honneur en 2014.

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Gatsby le magnifique – Francis Scott Fitzgerald

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gatsby-le-magnifiqueInitiée à Fitzgerald par Les heureux et les damnés, qui furent un grand moment de découverte littéraire, je me tourne vers Gatsby sur le tard, un peu comme tout le monde en ce moment, à cause de la sortie du film.
J’attendais beaucoup de ce petit roman. Un an et demi après être tombée sous le charme de son auteur, j’allais enfin replonger dans son univers, lire ce que chaque critique annonce comme son chef d’œuvre.

Résumé : Gatsby est un parvenu dont les uns recherchent la compagnie, et dont les autres se méfient. Lorsqu’il emménage dans une maison voisine à la sienne, Nick Caraway entend toutes sortes de rumeurs sur son compte. Quels secrets terribles dissimule cet homme ?

Alors qu’une vague de chroniques enthousiastes auréole à nouveau ce titre, je ne peux retenir un avis plus mitigé. Je ressors peu marquée et même assez déçue de cette lecture. Bien sûr, la prose est agréable, les scènes s’enchâssent bien, l’intrigue, assez dépouillée, atteint une portée universelle mais, pour tout dire, je me suis plutôt ennuyée. Seule l’apothéose du dernier chapitre est parvenue à me faire un peu vibrer. Fitzerald raconte la tragédie d’une société à laquelle, comme son héros, il ne fut jamais complètement lié. Son narrateur fait le constat d’un monde terrible, sur le déclin, où l’on ne peut arriver autrement que par la naissance.
Pourquoi ce roman a-t-il remporté un si grand succès ? Peut-être à cause de sa simplicité savamment dosée. Tout passe par la suggestion, le passé trouble de Gatsby comme les tensions de la belle société américaine des années folles. En arrière fond, la prohibition, la mafia, les excès d’un monde perturbé, à moitié renversé. Le scénario est un peu fou, étonnant, d’une certaine façon, mais le ton de Fitzgerald est si détaché que rien ne dérange un seul instant. Entre la thématique de l’amour impossible et celle de l’homme seul contre les calomnies de l’élite sociale, il y avait de quoi toucher durablement un très large public. La sortie d’une nouvelle adaptation et l’engouement autour de l’œuvre le prouvent.  Gatsby est la pointe émergée de la bibliographie de l’auteur, une bonne entrée en matière, mais peut-être pas la meilleure approche de Fitzgerald.

Après Les heureux et les damnés, dont la structure peu évidente ne pouvait toucher un large lectorat, l’écrivain de la génération perdue fait, avec son troisième roman, une synthèse brillante de tous les développements du second en utilisant, cette fois, un personnage auquel il est aisé de s’identifier (quand Anthony Patch est un rejeton de l’aristocratie la plus hautaine). Comme d’autres artistes de son époque, il continue de prendre sa revanche sur un milieu huppé où règnent les cultes de l’image et de l’argent, où le démon alcool avilit tout. Dans les deux cas, la conclusion est désespérée. Cependant, moins frontalement tragique, celle des Heureux et des damnés m’a laissée une impression bien plus glaçante. Au lieu de se concentrer sur le destin d’un homme, Fitzgerald condamne au surplace un monde tout entier, celui de Daisy et Tom, qui se délite de l’intérieur sans que personne – à part le lecteur – ne le constate clairement. Sans ce titre, je ne sais si la lecture de Gatsby m’aurait incitée à avancer plus loin. Il faut dire que la barre avait été mise assez haute dans mon esprit, et voir un résumé condensé du roman précédent, plus orienté vers la compassion me satisfait moins.
D’une manière encore plus subjective, je dirais que l’idée d’un amour cristallisé peine à balayer mon cynisme et que je préfère suivre par conséquent, un Anthony Patch constamment ivre, déprimé, désabusé, qu’un Jay Gatsby larmoyant collé aux basques d’une greluche.
En parlant de mes impressions autour de moi, j’ai d’ailleurs constaté que les autres admirateurs de l’auteur n’étaient pas davantage conquis par son « chef-d’œuvre ». Comme eux, je vous inciterais donc à ouvrir des romans plus délaissés et plus mordants si ce petit roman ne vous a pas convaincus.

Arrêt sur la dernière adaptation :

L’annonce d’un film pour mai m’a motivée à me remettre dans Fitzgerald et j’étais assez curieuse pour me laisser tenter malgré quelques critiques peu élogieuses. En regardant le scénario, je me suis dit que Gatsby était véritablement fait pour être porté au grand écran et j’ai un peu mieux saisi la portée de l’œuvre, l’émotion qui m’avait manquée à la lecture m’a saisi à un point où je me suis demandée comment la lecture avait pu me laisser si insensible. L’histoire est très fidèle, Di Caprio se débrouille bien et… avouons-le, c’est davantage pour l’acteur que pour le réalisateur que l’on peut se laisser tenter par cette affiche… car les beaux passages du livre sont massacrés tout le long par un mauvais goût qui frôle bien souvent le ridicule. Avalanche de kitch à tous les étages, pluies aveuglantes de paillettes, exagérations outrées qui allongent inutilement le film et confinent à l’ennui… Des lettres qui ressortent de l’écran, un visage dans les nuages, et j’en passe… J’avais comme l’impression de voir, par moment, les séquences d’un clip pakistanais. La musique, également, fut une grande déception. Pour les années folles, on pouvait s’attendre à des musiques d’époques savamment remise au goût du jour, du jazz, du charleston, ce genre de choses. Mais non, ce fut, au contraire, une ambiance jet-set sur de la musique de boîte de nuit (c’est-à-dire, de la très mauvaise electro), du r’n’b à la sauce Jennifer Lopez et autres chanteurs en parfait décalage avec le contexte. Le résultat, loin de montrer une recherche artistique osée, est grossier, vulgaire. Et, quoique l’on dise pour le justifier, le motif est évident : on donne au public populaire ses références pour s’assurer les salles pleines. Un autre point plus anecdotique mais révélateur de l’esprit du film est le personnage de Meyer Wolfsheim, subtilement incarné par un arabe (séférade ?) avec un accent bien marqué… Avec un nom pareil ? Quand on sait, de plus, qu’il a un accent bien germanique dans le livre ? Et, surtout, un homme puissant d’une telle origine dans les années 20 ? Par pitié, que l’on arrête de prendre des gens pour des imbéciles en changeant, l’air de rien – mais avec une odieuse mauvaise foi – le personnage et le discours de l’auteur qu’on adapte.

Si vous n’avez pas encore vu Gatsby ou que vous en ressortez avec des impressions proches de miennes, je vous conseille l’adaptation méconnue en France de Ces corps vils d’Evelyn Waugh : Bright young things de Stephen Fry qui réussi parfaitement la réalisation d’un film contemporain sans dénaturer les années 20 et le ton de l’auteur.

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Challenge United Kingdom [Terminé]

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A force de regarder passer les challenges lecture, je suis tentée d’essayer… Mais, comme j’ai toujours une énorme liste de choses à lire, les titres programmés me semblent toujours trop difficiles à caser. Avec un défi United Kingdom proposé par Vashta Nerada jusque fin 2013, le compromis est parfait… Ce sera un très bon moyen de me motiver à lire tous les auteurs britanniques qui prennent la poussière sur mes étagères.

Les catégories :
1er niveau: Ptit Frenchie:  1 à 5 livres lus
2ème niveau: Touriste: 5 à 10 livres lus
3ème niveau: Naturalisé: (anglais, irlandais, écossais, gallois en fonction de la nationalité la plus lue): 10 ou 15 et plus livres lus.

Les sous-catégories : (un choix minimum obligatoire)
Trèfle et leprechaun: au moins un livre d’un auteur irlandais.
Kilt et cornemuse : au moins un livre d’un auteur écossais.
Tea-time et Big-Ben : Au moins un livre d’un auteur anglais.
Welsh et dragon : Au moins un livre d’un auteur gallois.

Mon défi :
Je participe en Touriste catégories Tea-time et Big-Ben et Kilt et cornemuse. [Edit : L’Irlande a pris le pas sur l’Ecosse.]

Les livres lus :
Les portes de Janus – Ian Brady (en cours de lecture à la fin du challenge)
Une place à prendre – J.K. Rowling (anglais) (anglais)
Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake (anglais)
Une illusion passagère – Dermot Bolger (Irlandais)

Bilan :
Défi quelque peu échoué, j’ai malheureusement eu beaucoup moins de temps que je ne l’espérais à investir dans les auteurs anglais pendant les mois du défi. Mais je compte bien me rattraper.

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Le ventre de Paris – Emile Zola

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le-ventre-de-paris-1245Parmi tous les livres que j’ai terminé ces derniers temps, le roman d’Emile Zola n’était pas censé faire l’objet d’un article. Mis au programme d’un séminaire de M1, je lisais paresseusement Le ventre de Paris depuis l’année dernière avec la vague idée de le terminer un jour (c’est dire si j’étais passionnée…). Comme j’éprouve une certaine névrose à l’idée de poser définitivement un livre sans en avoir tourné la dernière page, je me suis forcée tout le mois à avancer un petit peu chaque jour pour en venir à bout. Finalement, il faut que je vous parle de mon calvaire…

Sans jamais avoir ouvert un Zola délibérément, je n’avais pas de mauvais souvenirs avec cet auteur. A force d’entendre les adolescents dire combien son écriture était terrible, j’avais été agréablement surprise par L’Assommoir en seconde et plutôt emballée par La Curée quand, fraîchement sortie du lycée, j’entamais une première année de fac (mais après La Chartreuse de Parme, tout semblait génial). L’idée d’être un peu poussée par les études pour découvrir une nouvelle aventure des Rougon-Macquart me réjouissait assez. Est-ce à cause du titre ? A cause d’un regard plus critique depuis ? Sans avoir jamais été aux pieds du maître du naturalisme, je n’ai pas retrouvé une seule fois l’enthousiasme des débuts.

Résumé :
Entre Napoléon, Charles X, Louis XVIII, Louis-Philippe et Louis-Napoléon, la politique française post-révolution a connu une entrée dans le XIXe siècle violente, perturbée, agitée de complots et d’émeutes populaires. C’est dans ce contexte que Florent, beau-frère de Lisa Macquart s’est évadé du bagne de Cayenne. Déporté par erreur après le coup d’état du 2 décembre 1851, l’ancien instituteur s’installe chez son frère charcutier et devient inspecteur de la marée. Mais, très vite, la bourgeoisie des halles se sent menacée par l’intrusion d’un étranger si maigre dans ses vies bien rangées… Par le jeu des méfiances et jalousies, Zola développe alors le thème de la bataille des gras et des maigres, des riches et des pauvres.

Critique :
Les descriptions de Zola atteignent une virtuosité qu’on ne pourrait nier. Avalanche de goûts et d’odeurs s’écrasent dans notre esprit comme des fruits pourris sur le pavé dès le premier chapitre. La profusion d’aliments soulève le cœur, atteint une dimension pornographique écœurante mais brillante si l’on considère qu’elle se veut le reflet de la corruption de tous ces « gras » qui y vivent. Les évocations sont fortes, s’imposent avec plus de netteté qu’un tableau mais finissent par alourdir la main d’un auteur qui oublie de glisser, çà et là, une modération nécessaire à la pertinence d’une œuvre. Portrait vivant des halles, Le ventre de Paris tire de plus en plus vers la caricature au point, m’a-t-il semblé, de noyer dans les pelures de légume la sensibilité d’un lecteur qui ne sait plus très bien quel personnage soutenir. La « leçon » à tirer de la fin m’aura donc laissée de marbre, pour ne pas dire autant ennuyée que le reste du livre… Avec ses grands pas d’éléphants, Zola rappelle ses intentions toutes les cinq phrases, donc…
La caricature domine également la psychologie de chaque personnage. Pour faire tenir le système des « gras et des maigres », il fallait rester en noir et blanc, avec quelques touches de gris, bien sûr, mais trop artificielles pour délayer le ton. Bourgeois méchants, cupides, vieille fille sournoise, grosses dames près de leurs sous, révolutionnaires brailleurs, coureuses et simplets, tous les clichés du petit peuple embourgeoisé y passent. On parlera d’une synthèse, d’un moyen de montrer des caractères types, mais, devant aussi peu de nuances, je cherche encore la réalité de ces personnalités et je me demande, surtout, comment un écrivain autant bouffi de préjugé, a pu atteindre une telle notoriété auprès des classes moyennes et ouvrières. La psychologie peut fouillée des protagonistes devient particulièrement agaçante et flagrante lorsque l’auteur se sent obligé de rappeler à chacune de leurs apparitions à quel point leur nature est d’être comme ceci ou comme cela.

Et Le ventre de Paris tourne et s’enfonce sur lui-même. A peine arrivé à la moitié, le roman peine à se renouveler, se perd dans des scènes inutiles visant à rappeler encore, et encore, la saleté des lieux, des âmes, dans une contemplation complaisante d’une vérité fantasmée par les théories naturalistes. Moins déformé que les autres, Florent est une présence transparente, presque fantomatique. Par effet de contraste, il est évident que l’auteur est de son côté, que le lecteur doit l’être, mais sa langueur finit presque par donner raison à ses persécuteurs (ou je suis peut-être dans un désaccord trop profond avec Zola pour comprendre).
Les méthodes de Zola me plaisent peu, et, malgré ses efforts culinaires, je reste plus dégoûtée par la sorte de bien-pensanse inversée qui se dégage du texte, comme une impression de lavage de cerveau qui m’empêchait de lire trop de pages à la suite, avec cette petite voix qui ne cessait de me seriner « Regarde ! Regarde ! Regarde ! ». Ecran de fumée que tout cela, grotesque mise en scène qui ne se range à aucun moment du côté des « maigres » aux prétentions révolutionnaires. On en revient à ce trope désormais bien connu de l’étranger condamné à être éternellement rejeté par une société qui tient à garder son petit confort. Fait toujours tragique, évidemment, mais à par exagérer le pathos, Le ventre de Paris n’apporte pas grand-chose de plus.

A retenir pour sa description des halles imprégnées de leur époque, Le ventre de Paris est, d’un point de vue purement descriptif, une belle prouesse littéraire qui fait de Zola l’auteur rêvé des commentaires composés. Pour le reste, peu conquise, je préfère me détourner d’un encensement quasi obligatoire pour dire que je suis aussi peu partisane des structures que des idées de l’auteur. Je trouve d’ailleurs dommage cette habitude de mettre presque toujours Zola en duo avec Balzac, dont la finesse d’analyse reste troublante de nos jours, et j’aime dire à ceux que le premier a découragé de laisser une chance au second. Alors, Zola reviendra-t-il un jour dans mes lectures ? Peut-être… Mais pas tout de suite, après une année avec lui, je vais d’abord profiter d’une nouvelle année sans être narguée nuit et jour par l’un de ses livres.

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[College Boy] Une panne d’inspiration ? La violence engagée, c’est toujours sexy

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college boy imgJ’écrivais il y a quelques semaines une critique assez mitigée du dernier album d’Indochine. Avec la mini polémique suscitée par le dernier clip (College Boy), mon sentiment reste très partagé. Oh, rassurez-vous, je ne la ferai pas dame effarouchée du CSA, à vous parler d’une violence insoutenable qui risque de traumatiser chaque enfant à vie, et autres dangers fictifs que l’on se plaît à inventer dans ces moments. Seulement, le court métrage ravive une fois de plus des débats sur la liberté de l’art, avec des arguments assez réfléchis pour être soutenus par un collégien dans une rédaction de français. La défense de Nicola Sirkis est faible, celle de Xavier Dolan (le réalisateur) ne vole pas plus haut et, comme ces deux là se targuent d’apporter un grand message à nos sociétés, c’est un peu ennuyeux.

Pour ceux qui seraient passés à côté du clip, il y est question de harcèlement à l’école et, plus spécifiquement nous dit-on, d’homophobie. Un adolescent souffre donc de la méchanceté de ses camarades jusqu’à se faire, en vrac, pisser dessus, crucifier dans la cour, enguirlander, et tirer dessus par une bande de petits voyous pendant que les autres ont les yeux bandés. Face à cette surenchère de « regardez comme ils sont méchants et violents ! » cette dernière métaphore est peut-être la seule à faire mouche et à susciter un véritable sentiment de malaise. Et s’il n’en fallait pas plus pour frapper les consciences ? Ah ? Les gens peuvent donc se passer de matraquage pour comprendre ?

Sur la persécution liée à l’homophobie, je ne peux m’empêcher de faire la comparaison avec un clip de Sigur Rós qui traite plus ou moins de la même question…
Pas d’effusion de sang, juste des symboles, une tension palpable et les images se retiennent, soulèvent quelque chose de fort en nous et laissent une trace qui demeure longtemps après le visionnage. Pour preuve, je garde toujours un souvenir assez poignant de cette découverte. Rien de tout cela ne se passe avec College Boy, et j’en viens au point qui m’agace le plus : la paresse intellectuelle de plus en plus visible des artistes qui cherchent la transgression et qui, quoiqu’ils en disent, arrivent juste avec leurs gros sabots pour faire du mauvais.

Créer de fausses polémiques sur l’aspect prétendument insupportable des images c’est donner raison aux artistes grâce à une conclusion simpliste très en vogue : « Si cela vous dérange, alors j’ai mis un doigt sur un point sensible. » Les détracteurs s’emballent, s’enfoncent dans les replis du défenseur des bonnes mœurs et personne ne posera jamais les bonnes questions.
Non, une fois pour toute, faire réagir les gens avec de la violence brute – aussi bien filmée soit-elle – ne garantit pas la pertinence d’une œuvre d’art. Choquer n’est pas toucher ni déranger (si l’on veut atteindre le subversif). Une représentation de la réalité ? Elle est trop exagérée pour fonctionner, trop bêtement franche pour susciter autre chose que de la colère chez les « coupables ». Pire est le sens d’une œuvre lorsqu’il nous apparaît progressivement. Il serait bon de remettre un jour à leur place les agitateurs autoproclamés qui s’imaginent encore réveiller les consciences avec du « trash ».
Comme ils le disent d’ailleurs si bien pour se justifier, nous en sommes gavés à longueur de journée. Bien. Curieux aveuglement que ne pas voir l’inutilité de cette démarche lorsqu’on est capable de cette observation. Ce n’est pas en allant dans le sens commun, en utilisant les mêmes outils que ceux que l’on veut dénoncer, que les choses bougeront. Ça fera du bruit, pour le petit côté scandale. Et ensuite ? On oublie, un caillou de plus dans la tourbe artistique médiatisée.

Dans le cas de ce clip d’Indochine, autre chose me dérange profondément, et je pense que, finalement, College Boy m’aurait laissée  indifférente, serait passé aussi à côté de la vigilance du CSA, sans cet élément. Je suis assez étonnée que personne n’en parle, qu’on ne pointe pas du doigt le pire du clip, illustration même de toute la mauvaise foi de Sirkis et Dolan (même si je ne mets pas en doute leur bonne volonté). Entre toutes les sévices, la plus brutale est évidemment la crucifixion, le reste n’étant qu’une surenchère assez inutile pour enfoncer le clou (sans vouloir faire de mauvais jeu de mots.)
Analysons ce choix de plus près, puisqu’il n’a rien d’anodin… Deux segments deviennent possibles. Le premier, le plus évident, est de jouer sur la thématique chrétienne du martyr, ou, plus loin encore, comparer ce pauvre adolescent à une sorte de messie. L’ennui, c’est qu’à force de vouloir surjouer le pathos, plus rien n’a de sens. Arrêtons les envolées lyriques un instant. Un martyr, dans la vision chrétienne,  n’est pas une personne qui se contente d’être persécutée mais quelqu’un qui préfère se laisser tuer plutôt que renoncer à sa foi. Foi en quoi ici ? Canoniser un enfant dont le « crime » est d’être différent me semble jusque quelque peu… ridiculement exagéré. Et, d’un autre côté, pourquoi cette imagerie religieuse ? Pour montrer aux vilains croyants qu’ils font subir aux homosexuels les mêmes tortures qu’à leurs chères idoles ? Franchement, je doute que ce scénario digne d’un lycéen dont l’agenda se constelle de pentagrammes ait quelques effets sur les intéressés. Au contraire, une fois encore, rien de tel pour faire bouillir en eux les esprits les plus obtus.
Voir en quelques minutes un garçon subir sans transition tant de violence, n’est pas insoutenable, c’est juste ridicule et grossier. Je suis même déçue puisque le clip était assez prometteur jusqu’à cette scène. J’ai l’impression qu’un réalisateur essaye de m’enfoncer un message dans le crâne à coups de burin faute d’avoir trouvé un chemin détourné pour créer du sens, faire un véritable objet d’art en fait. Dire ensuite qu’on ne s’attendait pas à une telle réaction de la part des médias me fait doucement rire. Mais, après tout, ce n’est peut-être qu’une preuve supplémentaire de la naïveté assez puérile de Sirkis et Dolan.
Que des gens se sentent rassurés, entendus, grâce à ce court métrage, tant mieux. Il y en aura toujours, surtout dans le jeune public du groupe. J’aurais sans doute trouvé cela cool à 15 ans. Mon problème, c’est que Sirkis a 50 ans passés, et que l’on pouvait peut-être attendre un peu mieux de Dolan (qui a déjà fait des choses plutôt bien).

Faux débats, fausse subversion, victimisation mal dosée, … Ma critique tombe sur Indochine, qui n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. A chaque nouvel album, c’est désormais une sorte de tradition, le groupe dédie toujours au moins une chanson à l’homosexualité ou à la transsexualité. Mais, comme le reste de l’album, College Boy me fait, tout au plus, hausser un sourcil très sceptique… Mieux traité, le sujet n’avait nullement besoin de frôler la censure. Or, la prise de risque ne me semble pas justifiée. Je considère que c’est un échec.
Trêve de paresse créative et de primitivisme. Scandaliser les esprits les plus conservateurs pour se vanter d’avoir réveillé des attitudes très violentes ? Nous ne sommes pas au cirque (du moins, j’aimerais le croire). Le bon sens tendrait à me faire croire qu’on gagne bien plus en troublant ces personnes que l’on dénonce intrinsèquement. Nous aurions pu parler d’un clip bouleversant, ne reste que l’image d’un garçon aux veines explosées par des clous. Cela vous convient ? Pas moi.

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Hellraiser – Clive Barker

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hellraiserImpossible de passer à côté de ce titre sans songer à la saga d’un film d’horreur décliné à l’excès (non sans étonnement, j’ai découvert pas moins de 11 opus). Qui aurait pu dire qu’un simple texte, une longue nouvelle écrite par Clive Barker, rencontrerait un tel enthousiasme ? Suffisait-il d’un homme à tête d’épingles pour emballer les cinéphiles des années 80 ? Si l’esthétique des cénobites joue un rôle certain dans le succès de la franchise, l’histoire originelle a bien tout pour séduire l’amateur d’un fantastique où s’invite la terreur mais, plus encore, la folie des hommes.

Résumé :
Franck, un jeune vagabond insatisfait par les plaisirs trop creux de ce monde, ouvre dans la maison de sa défunte grand-mère une boîte mystérieuse qui doit lui ouvrir l’accès d’une dimension nouvelle où tout serait plus intense. Quelques années plus tard, restés sans nouvelles, son frère et sa femme Julia décident d’emménager dans la sombre demeure. La vie peut recommencer… à moins que l’étau ne se resserre autour d’un mariage raté…

Critique :
Très agréable à lire, Hellraiser parvient à intriguer et à surprendre son lecteur jusqu’à la fin. La principale originalité tient bien sûr à la création des Cénobites. Sortes d’êtres humains mutilés, ils se détachent des monstres classiques par leur absence de malveillance. Ils sont différents et vivent dans un monde où douleur devient extase. A chercher des jouissances sans cesse plus élevées, Franck se laisse entraîner dans une sorte de carnage sadomasochiste qu’il ne peut plus maîtriser, et dont il ne peut revenir. Il s’engage, il regrette.
La portée métaphorique, très forte, pourrait donner lieu à un certain nombre d’interprétations. Avant de plonger en Enfer, Franck s’est perdu, sa chair blasée de tout ne lui appartenait déjà plus. De l’autre côté, Julia, en bourgeoise très pincée qui n’ose s’émanciper d’un rôle trop cadré qui ne peut combler ses fantasmes, voit cet homme aventureux comme la clé de tous les possibles. Deux êtres s’opposent alors. Celle qui n’ose rien contemple celui qui est allé trop loin à travers le prisme de son inexpérience. Malheureusement, le caractère peu ambitieux de ce récit grossit chaque trait au lieu d’en affiner le propos sous-tendu. Les bases d’un univers très personnel sont posées, il faudra explorer plus en détail l’œuvre de Barker pour comprendre.
L’auteur tient cependant ses personnages avec beaucoup de subtilité. La psychologie de Julia, en épouse désabusée, est particulièrement réussie, parfois même étonnante de justesse. En évitant les écueils que l’on pourrait craindre, on comprend très rapidement son dégoût pour un homme qui n’a rien de mauvais, mais tout dans la lourdeur d’une âme simple. Si on ne peut cautionner ses choix, le désespoir, les rendent compréhensibles lorsqu’on intègre sa logique. Kirsty, l’amie pâle et méprisée qui vient fermer ce quatuor, assume quant à elle très bien son rôle de brave voisine ignorée, frustrée par un physique ingrat, malgré une force et une intelligence très bien gardées.
Comme je l’ai signalé précédemment, les créatures fantastiques de l’histoire n’effrayent pas. La peur primale que leur apparence éveille d’abord chez Franck fait vite place à un sentiment de pitié. La marque de leur sévices leur donne un air fragile. Que sont-ils, finalement, sinon le reflet de nos propres désordres intérieurs, à travers l’imagerie de pratiques SM poussées à l’extrême ? Invoqués, ils donnent à l’homme ce qu’il pense vouloir et se posent comme des observateurs indifférents des drames causés par un être amoral, prêt à tout pour rompre son “contrat” et d’une épouse naïve et désabusée. Comme souvent dans un bon récit fantastique, les monstres ne sont que les révélateurs du vice des personnages principaux. Mais les cénobites ne jugent rien, ils se contentent de venir et d’emporter ceux qui décryptent le secret du cube.

Malgré toutes ses qualités, Hellraiser souffre de son genre un peu bâtard. Les bonnes idées, l’étude des caractères ne pouvaient s’éployer dans le format d’une nouvelle. Cela nuit, de plus, à la tension fantastique que j’ai trouvée assez peu présente. Si l’histoire se lit d’un seul élan, elle ne fait pas spécialement trembler. L’aspect malsain, dérangeant, ressort peu, et le squelette scénaristique de l’œuvre se devine en transparence.
Un classique à connaître mais, surtout, un auteur à découvrir à travers d’autres textes (sur lesquels je me pencherai le plus vite possible).

Comparaison avec le premier film :
Sorti en 1988 et réalisé par Barker lui-même, Hellraiser : Le pacte suit d’assez près la trame de la nouvelle si l’on excepte une distribution des rôles un peu perturbée : Kirsty passe de voisine à belle-fille de Julia. Ce premier changement apparaît de suite comme assez dommageable puisqu’il ancre d’emblée le personnage dans le rôle d’héroïne classique, motivée par l’amour paternel etc… Le plus gênant est surtout de voir les cénobites perdre une partie de leur neutralité et montrer une nature impitoyable peu justifiée qui annonce déjà la ribambelle de mauvais slashers qui suivront – en plus de proposer à ce premier opus une fin qui m’a semblée assez ridicule…
Assez fidèle, l’adaptation gomme malheureusement quelques originalités intéressantes pour satisfaire la grande production américaine. Hellraiser reste néanmoins un titre à part parmi les films d’horreur des années 80 mais, pour l’avoir vu il y a quelques jours, je trouve les plans et les effets spéciaux ont assez mal vieillis. Définitivement plus fan de la nouvelle.

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Le tag démoniaque

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Comme la prochaine chronique littéraire risque de se faire attendre (je lis beaucoup de choses, mais rien qui puisse faire l’objet d’un article) voici un questionnaire plus ‘ludique’ sur lequel j’ai été tagguée le mois dernier par  Chinchilla. Je vais donc essayer de me prêter à ce jeu étrange…

Les règles :

– Poster les règles sur le blog
– Répondre aux 11 questions
– Inventer 11 nouvelles questions
– Partager le tag avec 11 personnes en mettant un lien vers leurs blogs et leur annoncer la nouvelle !

Mes réponses :

1) Quel est ton auteur préféré et pourquoi ?
Un seul auteur ? J’aurais bien du mal à faire un choix, trop de noms ont une place assez particulière dans ma « vie ». Mais, pour n’en garder que trois (c’est déjà assez difficile) je donnerais ceux que je cite le plus souvent (me semble-t-il), Georges Bataille, Balzac et Francis S. Fitzgerald.

2) Quel est ton parfum de glace préféré ?
Noix de coco.

3) Quelles sont tes névroses ?
Une certaine anxiété je suppose.

4) Dans quel pays aimerais-tu vivre ?
Allemagne.

5) Y a-t-il des émissions de télé honteuses que tu aimes regarder ?
Oui, il faut toujours se tenir informé des référents du petit peuple pour savoir contre quoi s’élever.

6) DC ou Marvel ?
La grande fan de l’univers x-men que je suis pourrait répondre difficilement autre chose que Marvel.

7) Le dernier livre que tu n’as pas réussi à finir ?
Il y a quelques livres mis en pause depuis 1 an faute de temps (le souci de commencer un tas de lectures en même temps à cause des exigences universitaires) par contre, je crois pouvoir dire qu’après trois ans de « pause » je ne reprendrais jamais Les versets sataniques, le style m’a vraiment trop ennuyée.

8) Tu parles combien de langues ?
On va dire trois avec le français, l’italien (que j’ai peu d’occasions de pratiquer) et l’anglais (plus en théorie qu’autre chose).

9) Une nouvelle série à me conseiller ?
Etant donné que je regarde à peine une série entière par an ça sera difficile !

10) Si tu pouvais voyager dans le temps, tu aimerais retourner dans le passer ou découvrir l’avenir ?
Pour l’instant, je vois un futur plus qu’un avenir… Donc je retournerai complètement dans le passé. Pas trop loin non plus, disons début XXe.

11) Quels sont tes films « doudou » à regarder en cas de déprime ?
Je n’en sais trop rien. Si je déprime vraiment j’ai tendance à m’aliéner un peu dans des dessins-animés.

Mes questions :

1) Un livre qui, d’une certaine façon, a changé ta vie ?

2) Si tu devais avoir le pouvoir d’un personnage de fiction connu, lequel prendrais-tu ?

3) Ton voyage pokémon va commencer, quelle créature t’accompagnera dans ton périple ? (légendaires exclus bien sûr)

4) Y a-t-il une personne célèbre que tu aimerais rencontrer par delà la mort ?

5) Si tu pouvais te coiffer du choixpeau de Poudlard, que voudrais-tu l’entendre crier ?

6) Une ville, un lieu dans lequel tu ne veux vraiment plus retourner ?

7) Plutôt neige ou soleil ?

8) En quel animal pourrais-tu te réincarner ?

9) Un jeu vidéo qui a marqué ton enfance ?

10) Quelle est la dernière chanson vraiment nulle que tu as eu en tête ?

11) Et sinon, le corps dans la cave, on en fait quoi ?

Les tags :
Le terrible Dany the Red, Laura, Nyx, Ashaya, luckyxclover, Nadège, Dallas, Neault, Elsinka, Tim, the travelingirl

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Nous disparaissons – Scott Heim

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nous disparaissonsAprès Mysterious Skin – porté au cinéma par Greg Araki – Scott Heim retourne une fois de plus dans le Kansas sinistre de son enfance. Plus autobiographique, Nous disparaissons soulève de nouvelles parts d’ombre. Le passé est toujours pesant, toujours difficile à avouer, marqué par la trace floue de l’oubli.

Scott, auteur de livres pour enfance à New-York doit retourner dans sa ville natale pour accompagner une mère, Donna, en phase terminale de cancer, obsédée par les enfants kidnappés, souvent retrouvés morts sur le bord d’une route. La voici qui l’entraîne dans un jeu de dupe étrange, où il s’agit d’obtenir les confidences des victimes en prétendant écrire un livre. Les souvenirs d’enfance, d’adolescence ressurgissent, nostalgiques pour le fils, troublants pour sa mère. Aurait-elle « disparue » un jour alors qu’elle n’était qu’une fillette de six ans ? Pourquoi ne l’avoir jamais dit avant ? Que s’est-il vraiment passé ? Le roman s’articule autour de ces questions inquiétantes, tandis que Donna entremêle les histoires et s’enfonce dans un délire que seule la maladie semble expliquer. Arraché à la routine de la grande ville, Scott lutte contre un autre démon, celui de la drogue, son besoin de meth qui l’oppresse en permanence et la souffrance de ne plus avoir de dealer au coin de sa rue. Il est maigre, convulsé de spasmes, terrifiant. Le plus désespéré des deux n’est peut-être pas celle qu’il pense aider.

La réalité du fils et de sa mère se perd dans le fantasme, les hallucinations, la douleur d’une mort à venir, la dépendance et la crise d’identité. Des visages d’enfants perdus défilent, accrochés dans la cuisine, dans la voiture, dans des dossiers remplis de coupures de journaux. Ils se mêlent, se confondent, les filles ressemblent à Donna, les garçons à son fils.
On retrouve les thèmes de Mystérious Skin : l’idée d’une enfance volée, les souvenirs effacés, remplacés, le parc de jeux où les jeunes garçons attendent du sexe sur des balançoires rouillées. En hommage à sa mère récemment décédée, Scott Heim écrit une sorte d’auto-fiction très intimiste. Sa plume pénétrante essaye de retenir le temps, de repousser toujours plus loin la mort d’une mère adorée. Car, malgré tout ce sinistre, amour et complicité triomphent, non sans quelques larmes.
Lire Nous disparaissons est une sorte d’épreuve à la fois belle et pénible. Avec un style bien à lui, l’auteur sait nous piéger dans un monde froid et cotonneux, nous tirer vers des rapports à l’adolescence assez compliqués, avec, toujours ce sentiment de ne pas être à sa place, de ne pas entrer dans la vie comme on le devrait. Il n’oublie pas, par ailleurs, quelques mentions touchantes à ceux qui s’habillent de noir, se maquillent et aiment « la musique et les soirées d’automne ». Une poésie indolente, toujours piquée d’angoisse, nous berce, nous étouffe, convoque, au final, une foule d’impressions contradictoires en quelques pages. Le roman ne se dévore pas, on en sort avec autant de bonheur qu’on y entre. On appréciera la retenue très néo-romantique d’un écrivain capable d’aborder les sujets les plus sombres sans jamais tomber dans la tentation facile et vendeuse du trash.

Sans doute plus facile d’accès que Mysterious Skin, il donne une excellente « suite » à ce titre et pose Scott Heim devant le fantôme de William S. Burroughs, dans une veine plus sensible, bien sûr. Sa bibliographie est malheureusement assez limitée. Nous disparaissons est arrivé treize ans après Mystérious Skin (en 2008). Il faudra sans doute attendre encore quelques années pour avoir une nouvelle histoire, au moins dans une version anglaise. Gardons son nom à l’esprit.

Actus de l’auteur :
Loin d’être inactif, Scott Heim a affirmé récemment son amour de la musique ‘ténébreuse’ en éditant une série de livres électroniques The first Time à heard où auteurs et musiciens se retrouvent autour d’un groupe. Quatre volumes sont déjà sortis : Joy Division et New Order, Cocteau Twins, Kate Bush, David Bowie et The Smiths. Puisque je vous dis qu’il est à suivre de près !

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