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L’opéra macabre – Jeanne Faivre d’Arcier

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1307-opera_orgUne trilogie de vampires française, vraiment ? Avec un auteur souvent comparé à Anne Rice ? Pourquoi pas. J’ai laissé la curiosité me tenter avec d’autant moins de résistance que les romans ont été écrits bien avant une vague bit-lit qui me rend très méfiante vis-à-vis des femmes spécialisées dans la reprise du mythe.
Comme les deux premiers tomes, après une longue absence éditoriale, ont été rassemblés sous une seule couverture par Bragelone, j’ai pris le temps de découvrir chaque titre avant d’écrire une critique. D’ailleurs, si j’apprécie l’initiative de l’éditeur, je suis restée aux bons vieux « Pocket Terreur ». La vague des illustrations kitch pour les littératures de l’imaginaire, c’est un peu comme la bit-lit, une épidémie, un fléau, un mal que je rejette. Ce n’est pas que je ne veux pas soutenir les auteurs… Mais je me sens coupable de posséder des livres que l’on dirait destiné à 1) une adolescente de quinze ans 2) des livres érotiques bas de gamme.
Cependant, L’Opéra Macabre a de très bons arguments pour attirer les amateurs de fantastique.

Rouge Flamenco

Au début, Jeanne Faivre d’Arcier était une jeune femme passionnée par The Mascarade et fascinée par l’univers d’Anne Rice. Ces belles références donnèrent une histoire sympathique, que l’on trouvera originale aujourd’hui mais qui, pour l’époque, reste encore trop proche du récit de fan. On appréciera le caractère fort de la vampire Carmilla, la capacité de l’auteur à imposer de véritables héroïnes, dont l’intelligence n’a rien d’artificiel. Au bout de la plume, se trouve une personne cultivée. Les références historiques sont claires, maîtrisées, les points scientifiques donnent l’illusion de la vraisemblance, le style est, quand à lui, irréprochable. Il manque cependant quelque chose, un rien d’aisance dans les phrases, souvent trop ampoulées, pour nous mettre tout à fait à l’aise.

A l’instar D’Entretien avec un vampire, Jeanne Faivre d’Arcier fait le choix d’une confidence. Avant le troisième acte, Carmilla livre son passé à un ami vampire. Malheureusement, le discours direct manque de naturel. Tout est beaucoup trop rigide. J’ai lu sans prendre une seule fois goût à l’écriture. Les péripéties étaient là. La rythmique, les accroches, beaucoup moins. L’ensemble manquait de vie… Certes, quoi de plus normal pour un vampire ? (lol) Au niveau de l’intrigue, rien de très exceptionnel non plus. La dame vampire laisse défiler son histoire de manière assez linéaire. Nous n’explorons pas vraiment la profondeur des caractères de chaque protagoniste.
Ayant lu ce premier volume en novembre, mes souvenirs sont assez confus, signe que les aventures de Carmilla ne m’ont décidément pas beaucoup marquées. Si la suite n’avait pas annoncé un scénario en Inde, je ne pense pas que je serais allée plus loin.
J’ai laissé une seconde chance à Madame Faivre d’Arcier. Je ne l’ai pas regretté.

La déesse écarlate

L’avantage de La déesse écarlate est qu’il se lit très bien indépendamment de Rouge Flamenco. S’il faut n’en garder qu’un seul, préférez celui-ci, mieux écrit et, surtout, plus original. Pour ce nouvel opus, Jeanne Faivre d’Arcier opte pour une structure un peu plus fluide et ambitieuse. Exit la première personne, le point de vue unique, tout est à la troisième personne, et, bien que Jonathan reste le personnage principal, d’autres consciences sont de la partie.
Enfant maudit de l’Inde, Jonathan est à peine né que, déjà, les vampires cherchent à le tuer. Ses parents l’abandonnent à un journaliste français et sa femme indienne en donnant une consigne très claire : l’élever en France, ne jamais essayer de retrouver ses origines. Mais Jonathan est un bambin des plus curieux, hanté par les visions d’une belle dame rouge, capable de s’exprimer dans les langues primitives d’Asie avant même de savoir parler… Lorsque sa meilleure amie est kidnappée par une mystérieuse secte appelée L’Hibiscus rouge, le jeune homme renonce à sa vie tranquille et sans histoire d’enseignant pour explorer l’Inde à la recherche des criminels ou, peut-être, de Mâra, la déesse écarlate de ses nuits les plus fiévreuses…

Le voile sera levé peu à peu sur l’étrange passé qui unit la mère des vampires au jeune homme, allant jusqu’à nous révéler des origines de vampiriques qui empruntent au panthéon hindou. Je brûle de vous en dire plus, mais ce serait vous gâcher d’agréables découvertes. L’auteur joue avec les croyances en la réincarnation, perturbe totalement le mythe en plaçant les buveurs de sang dans un folklore où l’idée de vie éternelle elle-même n’a pas la même puissance : toutes les âmes finissent par renaître. En créant des vampires, Mâra perturbe le cycle de la réincarnation.
Autre point très agréable, les dieux existent, se querellent, participent à l’action. D’un chapitre à l’autre, Shiva, Khâli, Yama, et d’autres apportent au roman un second degré assez jubilatoire. Si le début en France est un peu plat, j’ai vraiment été conquise par la mise en scène de toutes ces légendes. Avant, je ne connaissais pas grand-chose à la culture hindoue. Après La déesse écarlate, tout est devenu plus limpide.

L’histoire d’un amour plus fort que les réincarnations échappe très habilement à la niaiserie, et au romantisme. Derrière un corps et un visage parfait, Mâra est l’incarnation de la bête, et c’est cette bête sanglante, dangereuse, porteuse de mort, qui attire Jonathan, un jeune homme lisse, trop pur pour ne pas dissimuler, dans le fond, un monde de perversités. C’était bien pensé. Il n’y aura donc pas de promesse de vie éternelle à deux. Le vampire a ici l’effet révélateur de tout bon démon érotique, il donne au héros une porte vers la démesure dans un voyage initiatique absolument inversé. De toute manière, on peut dire que la relation de ces deux âmes est trop tordue depuis le début, Jonathan se rêvant sous les traits d’un enfant de douze ans qui brûle de désir pour la dame vampire, alors maîtresse de son père. L’attraction irrationnelle des corps, plus que de l’esprit, est le moteur de cette possible réaction, leur drame étant de n’avoir pu consommer leur amour dans une vie antérieure…

La déesse écarlate mérite sa place dans une bonne bibliothèque consacrée aux buveurs de sang, pour ceux qui préfèrent les frissons, la perversion, aux fantasmes trop sages. Bon moment de lecture, il passera cependant à côté du roman culte à cause, toujours, d’un certain manque de profondeur de la part des personnages. Le chaste Jonathan tient bien son rôle, mais un caractère moins superficiel et attendu aurait été préféré. Le rôle de l’amie humaine qu’il veut sauver et qui, devient finalement une sorte d’entrave à l’explosion de ses pulsions sexuelles est amené de manière assez bancale. Heureusement, la fin échappera au retournement que l’on pourrait craindre. Elle est parfaite, logique, satisfaisante, et pourtant cruelle.

Note : Ce deuxième tome d’une trilogie annoncée est resté sans suite près de vingt ans. Tout semblait tombé à l’eau mais, l’année dernière Jeanne Faivre d’Arcier, a livré une « suite », Le dernier vampire. J’essayerai de le tenter un jour.

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La littérature carcérale

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Il n’y aura pas de critique de livre ce mois. Manque de temps, et aussi d’inspiration pour les titres que j’ai pu découvrir. Je préfère me consacrer à des choses un peu plus sérieuses, comme des articles de revue ou des nouvelles. Comme vous le savez peut-être, je continue d’écrire de temps à autre pour le magazine des étudiants de lettres de Rennes, L’Effeuillé. Le numéro de décembre étant consacré au crime et à la littérature, voici un aperçu de ma contribution.
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Couverture de la revue

Couverture de la revue

Sous la plume des criminels

Des romans aux séries, depuis le scandale d’American Psycho et l’apparition d’Hannibal Lecter, les fictions dédiées aux serial killers occupent une place de choix dans les divertissements. Le thriller est vendeur, les criminels aux passions sanglantes enflamment les imaginations. On peut soupirer d’ennui devant cette vague populaire, toute actuelle, qui tend à banaliser le meurtre, à en faire quelque chose de conventionnel qui finit par perdre de sa saveur. Montrer des tueurs, oui, mais sans déranger le grand public. Il existe pourtant une littérature née au cœur des cellules. Des fantasmes délirants de Sade aux descriptions cruellement détaillées de tortures pré ou post mortem, nombreux sont ceux qui ont pris la plume derrière les barreaux. Romans, confessions, poèmes, correspondances, tous les genres y passent avec plus ou moins de talent et, parfois, sous l’égide bienveillante de François Villon, des œuvres inclassables, aussi brillantes que dérangeantes parviennent à fuir le milieu carcéral.

« Les écrivains populaires font du meurtre quelque chose d’érotique, comme si c’était une expérience sexuelle extrême, mais la réalité est toute autre. C’est sale. » Gerard John Schaeffer, Journal d’un tueur

La tentation de l’écriture

Avant d’aborder le cas des criminels sadiques, il serait impossible de ne pas évoquer quelques –uns des plus grands titres de la « littérature carcérale ». Tous ont pour trait commun d’être profondément nihilistes, crus, dénués de toute sensualité. C’est par l’écriture que le marquis de Sade, piégé entre ses quatre murs, apaisa sa voracité sexuelle en créant des alter ego plus délurés qu’il ne le fut jamais. Parmi tous ses manuscrits, Les 120 journées de Sodome et leur caractère outrancier, indigeste, est encore considérée par beaucoup comme l’œuvre la plus choquante jamais produite. Au début du XIXe siècle, le poète-assassin Pierre François Lacenaire déchaîna les passions. La lecture de ses textes inspira de nombreux auteurs, comme Stendhal et Lautréamont. Dostoïevski acheva Crimes et châtiments après avoir pris connaissance de son procès. Souvenir de la maison des morts, qu’il écrivit au cours de ses cinq années au bagne, devint par ailleurs l’un des titres les plus poignants de la littérature contemporaine. Sa noirceur et son nihilisme trouvèrent un vif écho chez les condamnés.
Au XXe siècle, c’est au tour de Jean Genet de déranger la critique avec des textes indéfinissables. La sortie de Notre-Dame des fleurs provoqua de violentes disputes chez les lettrés. Certains prétendirent l’œuvre impubliable, d’autres crièrent au génie. Les derniers l’emportèrent. Personne n’aurait su mieux exprimer à travers le personnage d’un détenu fictif le besoin d’évasion, la nécessité de renouer avec des sensations qui appartiennent au passé, de s’inventer une autre vie, pour ne pas devenir tout à fait fou lorsque l’on sait qu’il n’y a plus aucun espoir de quitter ses chaînes.

Quand les serial killers deviennent auteurs

Les Etats-Unis des années 50 voient apparaître un nouveau profil de meurtrier, celui du criminel sexuel dont la démarche va au-delà de la simple pulsion malade. Tuer devient une sorte de rébellion intellectuelle. Arrivent des tueurs bouffis d’orgueil, des narcissiques qui font le choix délibéré de dépasser cette vaste fiction qu’est la moralité. A côté de textes purement sadiques, où il ne s’agit que de revivre les pires sévices infligées à leurs victimes, d’autres s’improvisent juges de la société, se piquent de philosophie, ou reçoivent le soutient d’un auteur. Souvent, les œuvres contemporaines du genre naissent de ces étranges alliances. Des écrivains et journalistes curieux se nouent d’amitié avec celui qui ne doit être qu’un sujet d’étude. Alors, le jeu des correspondances et des rencontres au parloir commence. Le meurtre sauvage et sans mobile d’une famille entière au Kansas bouleverse Truman Capote. Jusqu’alors habitué aux textes mondains, l’homme se lance dans une enquête dont il ne se remettra jamais. Il s’éprend de l’un des condamnés, milite jusqu’au bout contre son exécution et, en adoptant le point de vue des tueurs, écrit finalement De sang froid. L’un des textes américain les plus fort du XXe siècle voyait le jour et, avec lui, une nouvelle manière d’écrire : ce qu’on appela Le Nouveau Journalisme. On découvrait soudain qu’il était possible de se baser sur une histoire vraie, sur de la documentation, pour faire un roman sur le meurtre.

Un peu plus tard, dans les années 70, le criminel Jack Abbott contactait Norman Mailer. Dans le ventre de la bête, autre chef d’œuvre de la littérature carcérale, se nourrit de leur correspondance. Une autre auteure et journaliste de cette époque se spécialisa dans les tueurs en série. Il s’agit de Sondra London. Ex petite amie de Schaeffer, elle l’aide à faire éditer une centaine de textes de torture ultra détaillés sous le titre Journal d’un tueur. A la fois insoutenable et fascinante, cette compilation se partage de manière très perturbante entre fiction et réalité. Une trentaine de crimes seulement ont pu être attribués à Schaefer, qui avait la particularité de profiter de son statut de policier pour agir en patrouille et faire disparaître les corps dans des marécages. Toute une série de meurtres non élucidés dans la région laisse à craindre que la part de fantasme est peut-être plus réduire qu’on ne le suppose. En tout cas, une chose est certaine : Schaeffer est un véritable sadique dont le plus grand plaisir est de donner une seconde vie à ses exploits d’homme libre… Et il les assume pleinement : « Si l’on envisage de faire du meurtre un style de vie, il faut profiter au maximum des actes pendant qu’on le peut, car tôt ou tard une erreur vient mettre un terme au jeu. »

Sondra se détournera cependant de lui pour se marier malgré la prison avec un autre assassin, Danny Rolling, dit le tueur au smiley. Elle l’aide à écrire son autobiographie, The Making of a Serial Killer: The Real Story of the Gainesville Murders.
Une autre correspondance fut à l’origine d’un essai troublant. Ian Brady, dit « le tueur des landes » fait éditer Les portes de Janus  avec la complicité d’un journaliste pour expliquer sa démarche et celle de ses « confrères », avec un talent que beaucoup souhaiteraient ne pas lui reconnaître. Sans Dieu, tout est permis, constate-t-il à la suite de Dostoïevski dont il est un fervent admirateur. Il s’agit de la première analyse de tueurs écrite par un tueur.
Dans le rang des criminels cultivés, Charles Manson reste cependant le plus connu, certains n’hésitant pas à dire que ses réflexions feront peut-être de lui un nouveau Nietzsche dans cinquante ans. A vérifier… Reste qu’il semble difficile de retourner s’asseoir devant Dexter après une plongée dans la tête des « véritables monstres ».

« On me qualifierait sans doute de sociopathe, mais bordel, nous avons tous nos petits défauts et en cela je ne suis pas différent des autres. »  Gerard John Schaeffer, Journal d’un tueur

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Scream Test – Grégoire Hervier

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scream testJ’avais juré de ne rien acheter au salon du livre jeunesse de Montreuil. Je n’y allais que pour y faire du repérage, pour avoir le plaisir de dire que « j’y étais », parce que ça fait toujours bien, etc. Evidemment, comme toujours, j’ai fini par craquer sur un stand, celui du Diable Vauvert, un éditeur qui me fait de l’œil depuis de nombreuses années. Ça devient presque une habitude. Dès que je croise un auteur de cette maison en dédicaces, je cède. Il faut bien soutenir les indépendants qui nous plaisent, et, même si ce sont les auteurs américains qui m’ont amenée vers le Diable (Poppy Z. Brite, Scott Heim), j’ai beaucoup de curiosité pour les français qu’ils publient.
La découverte de Grégoire Hervier a d’abord été très humaine. Entre un slasher dans une téléréalité internet et une dystopie orwelienne, il y avait de quoi discuter des heures, partager des références, des idées, en oubliant presque de passer par la caisse. Je suis finalement repartie avec le thriller et sa couverture sanglante tout à fait indiquée pour montrer de saines lectures pendant ses pauses au travail, et, cette fois, le roman n’a pas attendu l’année suivante pour devenir autre chose qu’un titre sur une étagère. Je l’ai lu dans la semaine. Une histoire plus légère, écrite pour tenir en haleine, à côté de toutes les choses très moyennes que j’ai difficilement terminées ces derniers mois, était la bienvenue pour me sauver d’une profonde lassitude de la lecture.

Histoire : Sans être d’une originalité exceptionnelle, le speech sait retenir l’attention. L’idée d’une téléréalité où les candidats sortants sont littéralement éliminés est amusante. Forcément, nous y avons tous déjà pensés un jour. Ici, il n’y aura pas de jeu de survie cependant. Les candidats n’ont aucun contact avec l’extérieur, l’émission est aussi plate que Loft Story. Ils sont six, il n’en restera qu’un seul. Ils ont six jours pour faire leurs preuves, ou mourir si le public ne parvient pas à les sauver…

Critique :

Scream Test est une bonne lecture pour qui veut plonger dans un slasher rapide, efficace, qui emprunte au thriller sans adhérer complètement au genre. Etant une lectrice très peu portée sur tout ce qui touche au polar, ce dernier point m’allait très bien. Les amateurs de film d’horreur reconnaîtront d’ailleurs beaucoup de références et de clins d’œil aux formules classiques des scénarios, à commencer par le choix des personnages de l’émission. Tous incarnent l’archétype d’un slasher. Il n’y a donc pas de réel suspens sur le dénouement de chaque journée. Une fois les présentations faites, l’ordre d’exécution est, pour ainsi dire, déjà donné : la pimbêche et le sportif d’abord, la vierge et l’asocial en dernier. En bon spécialiste du cinéma, et plus particulièrement de celui auquel il rend hommage, l’auteur assume le pastiche en nouant une agréable connivence avec son lectorat. Nous frôlons parfois la parodie, avec les bévues ridicules du FBI ou le cliché d’un tueur fan de Marilyn Manson, mais sans tomber dans une mauvaise surenchère. L’humour est implicite, il est même dommage que l’auteur ne l’assume pas davantage.

D’ailleurs, le défaut principal du livre est bien là. Beaucoup de bonnes idées, mais une exploitation encore trop timide. Les personnages ne sortent pas de la caricature, l’enquêtrice ne parvient pas à s’affirmer, elle ne sert qu’à faire progresser l’enquête et nous suivons tout en surface. Le choix de ne presque rien dire de ce qui se passe à l’intérieur de l’émission est un parti pris défendable, mais qui semble retenir beaucoup d’analyse possible. Nous en apprenons très peu sur le quotidien des victimes, et, par conséquent, nous n’avons pas le temps de nous y attacher un minimum pour être dérangé par leur mort ou par le chagrin de leur famille. C’est ennuyeux dans la mesure où l’auteur donne très rapidement toutes les clés en main pour connaître une très large partie du dénouement.

Malgré de bons arguments, Scream Test restera donc un livre distrayant, assez dynamique pour fonctionner mais trop rapide si l’on cherche à trembler ou à réfléchir sur le phénomène de société qu’est la téléréalité. Dans sa hâte, l’auteur passe à côté d’un certain nombre d’éléments qui auraient pu donner un impact très lourd au texte. L’idée de forcer les gens à payer pour empêcher l’exécution des concurrents, avec les conséquences évidentes d’un tel plan (des parents qui se ruinent pour sauver leurs enfants) avait de quoi créer beaucoup de malaise, comme la course à la gloire désespérée, et manquée, d’adolescents dupés par leurs écrans trop colorés.
Un autre regret concerne les très nombreuses références et historiques qui viennent rompre la narration. L’auteur hésite encore entre le roman et l’essai, comme s’il nous livrait ses notes de lectures au lieu de les mettre en pratique de manière concrète, vivante, au sein même de l’action. Il est toujours possible d’y voir les maladresses d’un premier roman, une certaine difficulté à se lâcher, à trouver ses marques, alors que toutes les bases sont posées pour aller plus loin. Parfois empesée, l’écriture reste cependant agréable, et s’affine au fil des pages. C’est dynamique, la structure est maîtrisée, et le point positif est que nous n’avons pas le temps de nous ennuyer.

Ce n’est certes pas la découverte de l’année, mais j’ai passé un bon moment avec cette lecture et ne peux que la conseiller pour un bon moment de détente. En ce qui concerne l’auteur, j’attends avec intérêt de lire la suite de son travail.

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Une place à prendre – J. K. Rowling

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place à prendreComme tout adolescent des années 2000, j’ai grandi avec Harry Potter. Alors, quand J. K. Rowling s’est détourné des sorciers pour aborder un roman plus mature et plus adulte, la tentation de me jeter dessus, par simple curiosité, a été très forte.
Les premières critiques sont tombées, parfois enthousiastes, parfois mitigées, jamais totalement négatives. Vu la taille du livre, j’ai préféré attendre l’été. Ensuite, je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à trouver la motivation de le terminer.

Histoire : Pagford était une petite commune apparemment tranquille jusqu’à ce qu’un notable en lice pour les prochaines élections ne soit frappé d’une mort soudaine. Les habitants sont sous le choc, et, surtout, le programme politique semble à refaire. D’un côté certains veulent reprendre le flambeau du défunt, de l’autre, certains ont des projets plus « conservateurs » tandis que quelques éléments isolés y voient la possibilité de réaliser d’obscures ambitions. Dans des familles où tout va de travers une fois la porte fermée, les adolescents vont se rebeller à leur manière contre des autorités qu’ils refusent de se reconnaître. Peu à peu, des révélations sont traînées sur la place publique par le biais d’un forum internet… Les soupçons grandissent, les querelles se cristallisent autour d’un sujet sanglant, qui n’est finalement qu’un prétexte : Faut-il ou non fermer la clinique pour drogués de la citée.

Critique :

Vous l’avez peut-être constaté, faire un résumé de ce livre est un travail ardu, ce qui permet de soulever le premier défaut du roman : il est confus. L’auteur profite de son aisance à l’écrit pour sauter d’un personnage à l’autre, mais les trop nombreux points de vue ont tendance à délayer l’action plus que de raison. Mais peut-on vraiment parler d’action ? Si une curiosité mal placée pour les petites existences de vos voisins ne vous retient pas, vous ne trouverez tout simplement pas de raison pour continuer à tourner les pages. Avec un plaisir certain, Rowling s’attarde sur des scènes du quotidien, des disputes entre parents et adolescents, maris et femmes, amants et amantes… ça n’en finit jamais. La mort brûlante qui ouvre l’histoire ne semble qu’un prétexte, la promesse d’un scénario sans cesse repoussé à plus tard.
La moitié du livre passe. Toujours rien. Les adolescents s’imposent comme des héros redresseurs de torts dont la mission est de dénoncer les vices d’adultes qui ne comprennent rien à rien, les parents sont dépassés, et la mère droguée de l’histoire, fière représentante de la clinique à fermer, est toujours autant droguée. De l’annonce d’un roman de mœurs anglais acéré (comme les britanniques savent si bien les faire) nous passons à la sitcom de 20h. Des épisodes cours, des drames, peu de contenu, mais des personnages colorés à foison, des rires, des larmes, de l’émotion. Quand la quatrième de couverture laisse espérer une intrigue politique autrement plus fine, on ne peut que se sentir un peu arnaqué.

La progression m’a beaucoup rappelé Harry Potter 7. On lit sans trop savoir pourquoi parce que l’écriture passe toute seule, et il faut attendre les 200 dernières pages pour être happé par une succession d’événements plus invraisemblable les uns que les autres. Le truc finit donc par prendre. Un peu trop tard, comme si Rowling essayait de lâcher tout ce qu’elle avait en réalisant qu’il serait peut-être temps de donner une conclusion à tout cela, même si, à force de partir dans tous les sens, ce qui aurait dû être le fil conducteur s’est perdu depuis un moment dans un fouillis de mots et d’informations inutiles. Le résultat est baroque. Soudain, le lecteur passe dans le roman noir. Violence, mort, sexe, drogue, ça ne s’arrête plus. Mais du coup, l’effet est très bancal. Ça marche, parce qu’on est trop surpris pour réfléchir à ce qui se passe. L’exagération sauve l’histoire jusqu’à ce qu’on puisse enfin fermer le livre. On a de quoi manger pour quelques heures, ça vaut un fast-food.
Malgré tout, je reconnais à l’auteur le mérite de ne pas avoir sombré dans le bon sentiment que l’on pouvait craindre. La fin sera contrastée. Quoiqu’un peu vide, elle laisse apercevoir un bon potentiel de base. Pour en venir aux qualités, j’ai apprécié la variété des points de vue qui empêchent la réelle prise de parti et rompent avec le monde manichéen d’Harry Potter. Derrière ses maladresses, l’auteur témoigne d’une vraie finesse d’esprit. Sur l’épineuse question de la clinique, le point de vue n’est pas très clair. Le personnage de la droguée n’attire pas la moindre sympathie, il est visible que son cas est sans espoir. Son assistante, pleine de bonnes intentions, voit son côté militante de gauche très souvent ridiculisé, et le cynisme des « conservateurs » a quelque chose de désespérant. Pour autant, sous les questions politiques, hypocrisie de bon ton à part, il devient vite évident que, dans le fond, tout le monde sait qu’il se porterait mieux sans ces problèmes de camés. Alors oui, en versant dans la critique sociale, il y avait de quoi faire du bon. Rowling s’aventure sur un terrain qui dérange toujours beaucoup, mais ne va pas au bout de son sujet. Elle se perd dans des tourments d’adolescents mal dans leur peau et en conflit avec leurs parents. Les deux « histoires » s’associent mal puisque, visiblement plus proche des jeunes (une déformation de sa carrière d’écrivain jeunesse ?), l’auteur revient à un ton très Potterien, en se dressant clairement contre des adultes implacables qui ratent tous leur vie, et se vengent sur leurs enfants.
Malheureusement, la richesse du ton et de la langue en pâtissent. Le roman devient une sorte d’ovni, plus proche de la littérature jeune adulte que de la littérature adulte, même s’il essaye d’y prétendre. Très clairement, si vous n’avez jamais lu l’auteur et que ce n’est pas la nostalgie qui vous pousse à ouvrir Une place à prendre, ne vous y attardez pas au-delà après avoir dépassé la barre des vingt ans.

Les points positifs restent ceux qui avaient fait la force de la saga des sorciers, une écriture très vivante, des personnages marquants, une bonne touche d’humour anglais et une compréhension du genre humain assez fine, qui se permet des envolées plus osées et sombres pour le plus grand bonheur du lecteur contrarié par la plasticité infantile des personnages d’Harry Potter. Contrairement à ce qui a pu être dit, même s’il n’y a pas de magie, Rowling est dans la continuité. On sent qu’elle a besoin de se rattraper, d’écrire sur une adolescence dont elle a dû gommer toutes les dérives avec la contrainte d’écrire pour un jeune public. Alcool, sexe, drogue, mutilation, persécution, tous les thèmes sont là… et rendent le changement de registre encore assez timide.
Sans être incroyable, Une place à prendre est donc encourageant pour la suite de la carrière de l’auteur qui, espérons le, a appris de ses erreurs et gagné en maturité dans ses prochaines œuvres. Loin de me décourager, je découvrirai donc avec plaisir son roman policier dans un futur proche.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake

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titus Non ! Je ne laisserai pas mourir ce blog, mais les temps sont durs pour mes activités internet et les critiques de livres ne sont plus dans mes priorités. Depuis que je suis passée du côté des éditeurs (enfin… des stagiaires en fait. Je vous en parlerai peut-être plus tard) je me retrouve à lire tellement de choses que je n’ai plus le temps de m’y attarder vraiment. Heureusement, j’ai le souvenir de m’être engagée à quelques challenge de lecture, et l’idée de ne pas m’y tenir me contrarie un peu. Je suis comme ça, j’ai besoin de me rajouter des objectifs un peu inutiles dans mon existence. Qu’en est-il donc de ce défi Grande Bretagne ? Il n’est pas très avancé à dire vrai. D’habitude, je lis beaucoup d’auteurs anglais, mais mes stages ont perturbé ma PAL. Pour cet article, il sera donc question d’un conte découvert cet été et écrit par Mervyn Peake, auteur de la merveilleuse trilogie de Gormenghast.

Contexte : Titus dans les ténèbres a été imaginé pour un recueil auquel ont également collaboré William Golding et John Wyndham en 1956 : Quelquefois jamais. Les lecteurs de Gormenghast y retrouveront Titus, le comte d’Enfer, au début de sa rébellion adolescente. Lassé de répéter les mêmes rituels chaque jour, le jeune homme quitte son château pour partir à la découverte du monde. Une nouvelle escapade, de nouveaux personnages pour un univers enrichi, et, surtout, un conte philosophique très intelligent qui peut s’apprécier indépendamment de l’œuvre de Peake.

Critique : J’ignorais l’existence de ce petit livre. Une véritable rareté. Avoir la chance de replonger pour une centaine de pages dans l’univers merveilleux de l’auteur était un véritable bonheur. On retourne dans les murs de Gormenghast avec une certaine émotion vivre un moment privilégié, faire un dernier bond dans le passé. Cependant, il ne sera pas question du château, mais de ses extérieurs, avec son lot de personnages étranges que cela implique. Si vous avez lu le dernier tome, alors vous n’ignorez pas que, derrière les murailles de l’imposante forteresse, tout devient très hostile. Le temps d’une nuit, Titus s’offre donc une ballade qui devra le marquer lourdement.
En se pliant au format du conte, l’auteur propose une aventure invraisemblable, proche du rêve, et même d’un cauchemar plutôt angoissant. Deux personnages à l’intelligence limitée croisent les pas du jeune comte : Bouc et Hyène. Animaux, humains ? Avec un talent toujours aussi remarquable, Peake profite des avantages de la plume pour brouiller les pistes. Les protagonistes prennent des allures d’hybrides… Il est difficile de les imaginer vraiment. Une bête qui parle, qui se tient debout, pourquoi pas, nous sommes dans de la fantasy après tout… Mais ce serait mal connaître le travail d’un écrivain profondément intéressé par l’humain. Non sans horreur, la vérité apparaît doucement, il s’agit bien d’hommes qui, pour une étrange raison, ont abandonné une partie de leur esprit et adopté des attributs sauvages. La tragédie intègre cependant un bel humour grotesque, propre à inspirer les sourires crispés, et, parfois, une certaine forme de pitié.
Que veulent-ils ? De nouvelles âmes pures à apporter à leur chef, l’Agneau, un despote aveugle qui se nourrit de l’adoration de tous ceux qui se soumettent à son incroyable autorité. Hélas, le souverain millénaire se porte mal. La plupart de ses créatures ont disparues après avoir été trop violemment rongées par une insupportable contradiction avec leur bestialité. Seuls Bouc et Hyène, les idiots, lui sont restés. Ils espèrent faire de Titus, qui sera toujours appelé « Le Garçon », un nouvel adepte.

L’histoire serait trop courte pour que je vous en dévoile davantage sur les motifs réels de chacun, et les conclusions précises de cette œuvre inclassable qui, par l’absurde et dans un style inimitable, dénonce le totalitarisme, toute sorte de fanatisme en défendant le libre arbitre. Mervyn Peake ne donne pas dans le grand discours. Tout est symbole, tout est sens chez lui, ce qui rend son texte très riche, très fascinant, à lire plusieurs fois pour comprendre toutes les subtilités, ses jeux de mots, d’images et de langage.
Il sera peut-être difficile d’abord pour une personne qui ne connaît pas du tout ce cher monsieur, un poète et dessinateur qui utilise la prose pour aller là où les deux premières disciplines s’arrêtent, mais vaut néanmoins un petit détour. Vous tiendrez en tout cas un petit bijou plein de sagesse entre vos mains.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Une illusion passagère – Dermot Bolger

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une-illusion-passagere-300701-250-400Parmi les sorties de la rentrée, le petit livre de Bolger ne paye pas de mine mais a l’avantage de marquer l’esprit. On le termine vite, mais quelque chose reste. La sensibilité de l’auteur fait mouche, cruellement.

Résumé : Pendant un voyage en Chine, Martin, un haut fonctionnaire irlandais de cinquante-cinq ans se souvient d’une vie qui s’étire derrière lui. Sa femme le délaisse, ses filles sont adultes, le futur ne sera qu’une mort lente. Etouffé par sa solitude, il demande les services d’une masseuse à son hôtel dans l’espoir inavoué de retrouver un peu de chaleur humaine, de renouer avec les plaisirs d’une jeunesse perdue.

 

Critique :
Une soirée. Les quelques centaines de pages du livre ne décriront rien de plus. Une soirée, le temps de traverser toute une vie, d’espérer encore, d’entrevoir le futur. Tout sera dit. La plume de Bolger est habile, légère, et juste. Elle nous attache à ce pauvre Martin qui, malgré son statut, ressemble à l’homme le plus banal du monde, à l’aube de cet âge où tout peu basculer à tout jamais. Un bon métier, une épouse aimée, une belle vie de famille. Que demander de plus ? Il n’y a jamais eu d’histoire à raconter, aucune fausse note dans un quotidien parfaitement réglé. Martin est toujours resté à sa place, dans l’ombre, attaché aux valeurs d’une vieille Irlande qui s’éteint, et dont l’économie elle-même voit son heure arriver. Pour son voyage en Chine, il le sait, tout ne sera qu’une mascarade destinée à laisser l’honneur sauf. L’avenir ne brille pas pour le pays, et l’idée de prendre une retraite anticipée sonne aussi le glas pour lui.
Que faire lorsque tout ce qu’on a construit est soufflé par le temps ? Ses trois filles n’ont plus besoin de lui, sa femme a décidé de faire chambre à part, elle estime avoir passé le temps pour « ces choses-là ». L’homme se souvient des bons moments et s’étonne. Comment tout à pu disparaître ? Pourquoi les sentiments d’autrefois ne peuvent-ils plus renaître ? La distance forcée dans son couple est une entaille profonde, une torture perpétuelle. Il pourrait aller voir ailleurs, bien sûr, mais Martin est un homme droit qui ne connaît pas l’excès, qui n’a jamais si s’imposer, même s’il était drôle avant. Seulement, ses traits d’humour aussi ont fini par disparaître avec l’âge et les longues journées sérieuses au travail.

Seul dans une chambre d’hôtel à des kilomètres de son foyer, serait-il temps de céder pour la première fois ? Bolger oppose fantasme et réalité en explorant les doutes, les regrets d’un homme qui, en Chine, engage une dernière lutte contre la vieillesse, l’angoisse de vivre les trente prochaines années dans un même état de stagnation. Une asiatique moitié masseuse, moitié prostituée pourrait-elle mettre fin à une existence d’austère dignité ?
Non sans humour, le texte tire un portrait grinçant d’un type ordinaire que les convenances ont vieilli avant l’âge et dont l’existence tranquille et sécuritaire n’a plus rien à apporter une fois le noyau familial morcelé. Ce n’était pas prévu, encore moins souhaité. Mais, à cinquante-cinq ans, il n’est pas dit que les convictions de toute une vie puissent changer.

Dermot Bolger est une excellente découverte. Le genre d’auteur à rendre poignant un récit aussi court que simple. Une illusion passagère nous fait partager les pensées d’un « n’importe qui » que l’on finit par trouver familier. On s’y attache, on aimerait sincèrement le soutenir dans sa quête de bonheur désespérée. L’auteur s’est fait connaître pour ses romans critiques d’une certaine bourgeoisie catholique irlandaise. Je pense que je ne manquerais pas de lire un titre plus épais pour avoir un meilleur aperçu plus dense de ses visions acérées.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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La femme à 1000° – Hallgrimur Helgason

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la-femme-a-1000--315548-250-400Lire de la littérature islandaise n’est pas une occasion qui se présente très souvent alors, puisqu’une Masse Critique s’annonçait, pourquoi ne pas la saisir ? M’étais-je dit le mois dernier. Ce serait, au moins, une découverte certaine avec ce lointain pays scandinave dont on sait finalement assez peu de choses.

Oh, comme j’ai eu tort ! Si j’avais su ce dans quoi je m’embarquais, toutes mes excuses à l’éditeur, l’auteur, aux organisateurs, mais, je n’aurais jamais signé. La quatrième de couverture me laissait pourtant redouter le pire : une vieille sur un ordinateur dans un garage pour le côté badass, un retour fantaisiste sur la seconde guerre mondiale pour l’aspect provocateur, et on obtient évidemment un parfait titre de rentrée aux allures vaguement intellectuelles. C’est dit, il y aura du concept, de l’Histoire, des discours moralisateurs, tout ce qui peut inciter n’importe quel chaland à l’achat. La couverture donnait également le ton. J’aurais dû suivre mon intuition. Mais, comme je ne l’ai pas fait, je suis bien obligée de tenter la critique d’un livre que je n’ai ni aimé, ni terminé. Pardonnez-moi encore, je mets généralement un point d’honneur à aller au bout de mes romans, mais 630 pages grand format de cette teneur étaient au-delà de mes forces. Mon cerveau en est arrivé à ce point critique où il refusait tout simplement de lier les mots les uns aux autres pour faire sens.

Pourquoi ? Simplement parce que, si on retire la toile de fond de la maigre architecture de cet ouvrage, tout tombe à terre et on ne rencontre que du vide, des lieux communs à la pelle, une trame historique douteuse, une psychologisation ratée et une assez détestable fausse modestie de la part de l’auteur comme du personnage principal.
Mis à part pour l’aspect « cool », l’idée d’une vieille femme geek dans un garage n’apporte absolument rien à l’affaire. Le concept peut faire sourire un moment, c’est bien, il fallait y penser ! L’auteur surfe sur une mode, sur un genre de fantasme qu’il essayera de nous rappeler à chaque page qui se déroule dans le présent. Le problème, c’est que non seulement, l’originalité est assez creuse, mais en plus, loin d’être sympathique, le caractère forcé de la pauvre Herra devient vite insupportable. Ce n’est rien d’autre qu’un archétype, celui du personnage féminin qui se veut fort, dominateur, au point d’en devenir ridicule. Et, très franchement, qui s’intéresse à ses histoires de trolling sur internet ? Elle se fait passer pour une femme sexy pour se moquer de vagues pervers ? Bien ! Hilarant ! J’ai fait pareil à 13 ans… Pas à ce point certes, mais ça fait toujours rire les collégiens. Pour le côté super classe, on va repasser. Je crains que l’auteur n’ait qu’une piètre idée de ce monde. On sent bien qu’il essaye. Mais, non, vraiment, il faut repasser, ça n’est pas “cool” un seul instant.
Et je ne vous cite bien sûr qu’un détail parmi toutes les choses qui m’ont donné envie de jeter ce livre par la fenêtre. Entre les discours gratuitement misandres sur tous ces hommes vraiment stupides qui lui sont passés dessus et une psychologie faiblarde du pourquoi devient-on nazi, agrémentée de grands moments de lucidité tels que « et pourtant, dans le fond, il n’était pas si méchants. », il y a de quoi pleurer de désespoir.

Donc, nous disions, la vieille dans le présent ne sert à rien, et, de toute façon, elle sait se rendre assez haïssable pour bloquer tout sentiment de compassion. C’est peut-être un peu ma faute aussi, mais je n’aime pas me faire imposer 630 pages par une vieille peau narcissique. La construction du récit elle-même, n’est également qu’une question de concept. ça brasse l’air, ça donne l’impression de mouvement, au milieu d’un vaste désert. Les allers/retours incessants d’une époque à l’autre apportent bien peu de choses, une nouvelle réflexion inutile, tout au plus. Aucune intrigue réelle ne se met en place. A aucun moment, on ne va se demander comment le personnage est arrivé à telle ou telle situation. ça ne marche pas. On s’en fiche relativement. Et puis, à force de nouvelles scènes toutes plus invraisemblables les unes que les autres afin de nous montrer sans le moindre sens de la mesure que cette dame a une vie exceptionnelle, on finit par se taper le crâne en se demandant, pourquoi, mais pourquoi donc 600 pages pour essayer désespérément d’avoir l’air cool ? A ce stade, c’est un peu symptomatique non ?

On rira peut-être des grands moments de ridicule moralisateur. Herra enfant qui reste bloquée 3 jours le bras levé pour le salut nazi après avoir été traumatisée par un allemand… Non. Je veux qu’on arrête ce massacre. Ce serait drôle si le récit était d’un burlesque assumé, mais je vous assure, je le crains, Helgason est très sérieux et se croit malin.
Puisqu’il n’y a donc rien attendre de ce récit, aucune intrigue, que l’on connaît d’avance la fin : elle va mourir, le lecteur sera enfin libéré, je doute aller plus loin. Après 400 pages de lectures à sans cesse espérer une sorte de retournement de situation, je ne m’attends pas à la moindre nouveauté, tous les chapitres suivent des segments relativement semblables, c’est d’une platitude affolante.
D’habitude, j’essaye de rester un minimum objective… Cette critique fait exception parce que… enfin… Je ne suis pas assez cruelle pour vous conseiller de voir par vous-même, il y a 600 pages, ça représente tellement d’heures de lecture plus constructives.

Néanmoins, comme je ne suis pas tout à fait vilaine, je terminerai sur des points positifs qui m’ont assez intéressée au début du roman. Du point de vue d’un français, il est toujours assez intéressant d’avoir un aperçu de ce qu’a pu être la situation des islandais pendant la seconde guerre mondiale. J’ai aussi beaucoup apprécié les comparaisons entre les scandinaves et le reste du monde, les islandais et les autres scandinaves. Pour avoir frayé avec cette culture d’assez près, je peux au moins dire qu’à ce niveau, les piques touchent juste et amusent réellement qui connaît le sujet. Après, pour faire dans la mauvaise foi, évidemment, on pourra dire que n’importe quel islandais serait capable d’en faire de même.
Pour conclure ? Helgason est peut-être très sincère dans sa démarche, mais j’ai quand même l’impression qu’il se moque un peu du monde.

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A la splendeur abandonné, suivi de : La Censure, conversation avec Marguerite Duras

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cendresCette semaine, mes lectures sont un peu confuses alors, en attendant une véritable critique, je vous laisse avec une petite réaction sur un livre très fin qui a piqué ma curiosité, pour me laisser très sceptique. Dépoussiérons donc en quelques lignes de vieilles agitations littéraire.

En 1988, une étrange affaire soulevait le monde des lettres, Julien Cendres, un auteur peu connu, s’est retrouvé en garde à vue, traité comme un criminel pour avoir écrit un poème érotique sur un jeune garçon et l’avoir envoyé à une revue belge, L’Espoir. Le texte avait été refusé et gardé dans des archives que la police a ouvertes suite à une procédure judiciaire. Le regard des enquêteurs est heurté par le texte, ils pensent tenir un dangereux pédophile, retournent à Paris pour perquisitionner son appartement. Consternés, des intellectuels français crient au scandale.

Ce petit livre a l’intérêt de rappeler une histoire étonnante et oubliée, en interrogeant, toujours, sur l’éternelle question de la liberté de l’art. Cependant, le combat enflammé des défenseurs de Julien Cendres semble très vite assez ridicule. Comme bien souvent, on a essayé de mettre de fausses problématiques sur un événement très mineur. Choquante, la réaction des forces révèle davantage le symptôme d’une vaste chasse à la sorcière. Les accusations de pédophilie pleuvent à tout va, souvent là où il n’y en a pas.

Ridicule est la réaction des intellectuels qui s’emballent dans l’espoir de vivre une grande épopée littéraire digne des guerres d’opinion du XIXe siècle. Le texte de la préface, par trop passionné, compare un écrivain plutôt secondaire, à de grandes plumes françaises. Car oui, si nous l’envoyons en prison, pourquoi ne pas en faire de même avec Lautréamont, Huysmans, Baudelaire, Rimbaud, et tant d’autres encore qui ont osé érotiser un jour de jeunes garçons. N’exagérons rien. Après ce qui n’est finalement que trois pages d’un poème très court à l’intérêt limité, et au fond dérangeant assez évident, nous pouvons lire quelques réactions des personnalités de l’époque. Elles ont au moins le mérite de montrer des avis variés. La plupart soutiennent par principe, mais certains osent préciser que le texte ne les a pas vraiment plongé en extase. Suit aussi la retranscription d’un échange avec une Marguerite Duras trop sénile pour avoir quoi que ce soit à dire.

Mais, avec le script d’une pièce de théâtre à la fin, où il s’agit de mettre très grossièrement en scène le poème, lu par un père de famille qui finit par se faire entraîner par la police, nous sombrons dans le ridicule.

Il n’y aura pas de nouveau « J’accuse », rien de plus qu’une tentative désespérée d’une partie de la gauche (sans doute) de créer un moment historique sur du presque rien. Pas sûr que tout cela ait une chance de résister au temps. En revanche, nous pouvons voir à quel point rien n’a changé en plus de vingt ans : nous aimons toujours brasser de l’air sur de faux problèmes.

Dispensable mais toujours amusant, le livre garde une certaine valeur documentaire, mais on ne peut que regretter son absence de matière face à ce qui est annoncé comme la presque « affaire du siècle » à travers de nombreuses coupures de journaux en quatrième de couverture. J’espérais en tout cas découvrir quelque chose d’un peu plus subversif. Défendre la liberté d’expression et des arts, oui. Mais, parfois, il est des petites injustices contre lesquelles il ne vaut pas tellement la peine d’insister, au risque d’en faire trop, vraiment trop. Si la raison est que notre société des arts s’ennuient, c’est même assez triste, finalement.

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Humpty Dumpty à Oakland – Philip K. Dick

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humptyJe le connaissais pour quelques adaptations cinématographiques et sa personnalité tordue mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire ses livres. L’un d’eux m’est passé sous la main. Depuis le temps que je guettais l’occasion, je n’ai pas hésité une seconde. Bien sûr, je ne prends pas le meilleur chemin, je me retrouve à lire l’un des rares et méconnu roman ‘réaliste’ d’un auteur de science-fiction. Mais ça me laisse au moins une certaine primauté non ? L’essentiel, de toute façon, est que le talent de Philip K. Dick n’ait pas beaucoup souffert du passage d’un genre à l’autre.

 

Résumé : Dans les années 50, lorsque le vieux Jim Fergusson prend la décision de vendre son garage automobile pour éviter la menace d’une crise cardiaque, Al Miller s’inquiète du devenir de son petit business de voitures d’occasions. Il lui faut envisager une reconversion alors qu’il n’a jamais rien réussi dans sa vie. Le salut arrivera-t-il grâce à un riche producteur de disque dont les affaires semblent plus que suspectes ?

Critique :
Même avec un contexte des plus banales, K. Dick parvient à perdre son lecteur dans une histoire de plus en plus déroutante. Le speech de départ semblait pourtant clair : un type veut continuer à vivre, l’autre essaye de survivre. Du point de vue de Jim Fergusson, tout se passe bien. Sa retraite est assurée, et un riche producteur lui offre même l’opportunité de gérer le garage d’une zone commerciale en construction. Il hésite. Sa passion pour la mécanique le laisse très tenté malgré les mises en garde de son médecin. Après tout, il aura une équipe, ce ne sera plus à lui de mettre les mains dans le cambouis.
Pour Al Miller, les choses ne sont pas aussi simples. En fait, les choses ne sont jamais simples pour ce tout juste trentenaire qui vit avec sa femme « comme un noir », et même un moins que noir, puisque les propriétaires de son misérable appartement ne sont pas blancs. Dans une Amérique encore très marquée par la ségrégation raciale, Al ne vaut vraiment rien. En découvrant l’existence du riche producteur et en entendant quelques rumeurs à son sujet, le jeune homme est convaincu d’être en présence d’un grand manipulateur. Il se met en tête de déjouer ses plans et prouver ses mauvaises intentions même si, dans le fond, il n’a aucune idée de leur nature. Pourtant, le commercial semble des plus accorts. Serait-ce un piège ?

Humpty Dumpty à Oakland rendrait n’importe qui paranoïaque. L’auteur nous perd, nous ne savons plus très bien qui croire. Faut-il faire confiance à Jim que la maladie rend peut-être un peu sénile, ou à Al, qui a tout du parfait looser ? Comme lui, nous nous surprenons à nous méfier de tout, à entrer dans les calculs très méfiants d’un petit prolétaire qui se sent pris au piège d’une logique capitaliste et cherche désespérément à sauver son libre arbitre. Derrière tout cela, une machinerie infernale le dépasse. N’est-il pas suspect de voir le riche, le puissant, essayer d’aider un pauvre type comme lui ? Les questions tournent sans cesse, les thèses se confirment à un chapitre, sont écartées au suivant. Une seule chose est certaine, cette histoire tournera mal.
Il serait difficile d’en dire plus sans spoiler. Al est un cas désespéré à la logique défaillante mais parfois surprenante de lucidité. Son combat, qu’il soit fondé ou non, semble perdu d’avance. On ne lutte pas contre sa propre société quand on n’a aucun moyen d’exister. Quant aux conclusions à tirer de ce roman, je ne saurais me prononcer. Je ne suis pas certaine que l’auteur ait cherché à faire passer un message concret tant Al inspire peu d’empathie. Ce serait plutôt une expérience de lecture, l’histoire hallucinée d’un pauvre type qui ne fait que se couler, en détruisant des choses au passage. Un Humpty Dumpty à Oakland, tout simplement…

Hors des sentiers de la science-fiction, Philippe K. Dick est un excellent auteur, maître de l’absurde et de l’humour grinçant. Ce n’est ni drôle ni tragique, c’est quelque chose entre les deux, si cela peut exister. Tout ça pour une histoire de garage à vendre ! On referme le livre avec la sensation d’avoir fait un voyage des plus curieux, même si la fin est peut-être un peu en-dessous de ce qui pouvait être espéré. Si vous voulez découvrir l’auteur dans un autre registre, ou même le découvrir tout court pour les frileux de SF, n’hésitez pas sur ce titre. A défaut d’en tirer une leçon de philosophie, vous aurez le cerveau retourné bien comme il faut.

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Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil – Ronaldo Correia de Brito

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le jour ouLes chroniques littéraires reprennent avec un auteur brésilien découvert grâce à une Masse Critique de Babelio. Les tirages au sort m’ont amenée une fois de plus en Amérique latine, et, pour mon plus grand plaisir, vers les contrées nébuleuses du réalisme magique.

Présentation :
Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil est le titre d’une nouvelle à propos d’un homme qui se laisse vivre sans trouver de goût à rien. Dix autres histoires où dominent absence, doutes, regrets, attente composent un petit recueil aussi touchant que douloureux.

 

Critique :

Le réalisme magique est un genre étonnant qui porte la trace des civilisations passées, un primitivisme puissant, une force d’évocation troublante. Les amateurs de Gabriel Garcia Marques ne seront pas déçus puisque, dans les régions reculées du Brésil, la violence des traditions écartèlent hommes et destins. Vendettas, fantômes du passé, femmes brisées, nous ne sommes pas loin de la Chronique d’une mort annoncée. La mort hante les pages, elle y rôde avec son caractère obligatoire, elle devient la solution, le seul moyen de trouver un apaisement, comme une rafale sous un soleil de plomb. Tous les personnages répondent à son appel. Pire, certains l’invitent dans un hamac sur leur seuil (Inacia Leandro) ou vont jusqu’à l’incarner (Lua Cambara) sur des terres vaporeuses qui relient le monde tangible à l’au-delà. Mais le spectre n’est jamais un danger, il reste la simple manifestation d’une existence douloureuse et troublée.

Dès la première nouvelle, le ton est donné. Un homme trop généreux a fait l’erreur d’héberger un bandit de grand chemin. Sa condamnation est sans appel, les forces de l’ordre viendront le tuer. Mais les figures les plus présentes et les plus tragiques du recueil sont principalement celles des femmes, prisonnières de leurs conditions, victimes des violences conjugales et de règlement de compte dans une culture où les hommes défendent leur honneur à coup de couteaux. Le choix compte parmi les textes qui m’ont le plus marqués. Entre un homme brutal, qui a manqué de la tuer, et un mari très tendre Aldenora Novais est partagée entre le cœur et la raison. Chaque personnage a d’ailleurs pour trait cette passion très « latine », un côté entier, sauvage, sanguin et, finalement, assez morbide.

L’espace temps est assez flou. Présent et passé se rencontre, il semble difficile de situer véritablement l’époque dans laquelle se déroulent les scènes. Cette impression est favorisée par une écriture très poétique et pudique. Correia de Brito – et c’est là un petit défaut – devient parfois confus. Alors les pistes se brouillent, il faut faire le geste assez désagréable de revenir en arrière pour retrouver le fil d’une histoire, de sorte que son recueil s’adressera avant tout aux lecteurs déjà initiés à ce type de littérature. Néanmoins, la douceur des mots, la distance du ton permet une mise en relief très dure de la violence qui pèse sur tout l’ouvrage. Quelque chose de très froid traverse les paysages désertiques du sud pour venir déranger notre inconscient. Que l’on se sente touché ou non, on ne peut en sortir tout à fait intact, et les fins laissées en suspend, dans la suggestion de ce qui arrivera, y contribuent beaucoup. Comme la mort ne semble pas définitive dans cette région, les histoires se doivent de garder elles-mêmes un aspect étrangement inachevé.

Je remercie les éditions Chandeigne pour cette découverte.

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