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L’économie, pour quoi faire ? – Robert Benchley

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couv_I23Les éditions Wombat apprécient le bon mot, tout particulièrement quand il est anglo-saxon. Leurs publications mettent souvent en avant l’humour absurde et le non-sens, c’est un choix éditorial original que j’apprécie beaucoup. En amatrice du mordant d’Evelyn Waugh, je ne pouvais donc pas ignorer leur dernière parution de Robert Benchley pendant la Masse Critique de Babelio.

L’économie, pour quoi faire ? est la suite d’une collection de livres consacrés à l’humoriste américain du début vingtième, après Les enfants, pour quoi faire ? Et Pourquoi je déteste Noël. L’éditeur s’est appliqué à rassembler de manière thématique les articles de l’auteur pour livrer de petits recueils dont les plaisanteries, à un siècle près, restent d’actualité.

Avec onze petits textes, Benchley dédramatise le récent krach boursier de 1929 en nous invitant à rire de l’absurdité du monde industriel. Si les mots « économie » et la date peuvent faire reculer, le contenu reste très accessible. Au fond, le monde n’a pas beaucoup changé depuis. Les hommes d’affaires continuent de privilégier obstinément le téléphone quand un courrier serait souvent plus efficace, on a toujours besoin de rire de certaines relations un peu tendues avec sa banque et de s’interroger sur la raison de existence de certains commerces. L’auteur s’attarde un long moment sur la fabrication des bateaux en bouteilles… Pourquoi ? Comment ? Ce ne sont peut-être pas des questions qui méritent d’être développées, mais Benchley le fait, pour susciter un rire léger, montrer qu’un certain nombre de choses complexes ne méritent pas toujours de l’être.

On ne pourrait parler d’un humour fin, l’auteur met souvent les pieds dans le tas, en n’hésitant pas à glisser des parenthèses hors sujet au milieu d’un développement. Sa prose suit la pensée d’un homme un peu fou qui voudrait nous parler de tout et n’importe quoi, sans perdre pour autant sa ligne directrice. Je me suis d’ailleurs souvent demandée si l’effet ne serait pas encore meilleur à l’oral, puisque si cette forme d’humour s’est un peu perdue à l’écrit, elle reste assez présente en one-man-show. Autrement dit, les bases du genre sont là.

Comme on ne peut pas dire que les perspectives économiques actuelles donnent envie de sourire, ce petit livre donne une lecture assez agréable. Il se lit trop vite pour être un indispensable mais saura séduire les amateurs de ce genre d’humour et offrir à d’autre un aperçu de ce qu’était la vague non-sens américaine des années 30. Dans tous les cas, c’est un bel objet qui témoigne d’une époque pas si lointaine, et permet de constater l’évolution de l’écriture comique.

Je vous invite par ailleurs à jeter un coup d’œil au catalogue des éditions Wombat, qui est une maison indépendante de qualité, toujours prête à déterrer des textes oubliés de la grande distribution pour nous faire sourire.

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Point lecture littérature blanche et noire #2

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De retour pour un nouveau questionnaire de littérature blanche et noire. J’étais surtout sur de la SFFF ces derniers temps, et je n’avais pas grand-chose de très neuf à nous raconter, mais j’ai tenté de me rattraper un peu ces dernières semaines.

Quel est le dernier livre de littérature blanche/noire que tu as lu ? Shutter Island de Dennis Lehane

Quel est le dernier livre de littérature b/n que tu n’as pas terminé et pourquoi ? Franchement, j’ai failli sécher sur celui-là.

Quel est le dernier livre de b/n que tu as aimé mais que beaucoup d’autres gens n’apprécient pas ? Je serais obligée de remonter bien trop loin pour dire ça… Dès que je retourne à un gros classique qui fait peur à un tas de monde, je vous ferai signe.

Quel est le dernier livre de b/n que tu n’as pas aimé mais que beaucoup de gens apprécient ? Shutter Island. Les bonnes critiques m’ont motivée à lire ce titre, et j’ai été vraiment très déçue. Niveau écriture, j’ai trouvé que l’auteur faisait vraiment le minimum requis pour correspondre aux codes du polar, c’est plat, très convenu, ça pourrait être produit par n’importe quelle plume américaine. Ensuite, l’intrigue ne m’a jamais emballée. Peut-être que je suis trop habituée aux histoires qui jouent sur la folie, mais le postulat de départ m’a très vite fait soupçonner le « renversement de situation », et j’ai trouvé la progression de l’histoire un peu trop confuse pour réussir à mettre le doute à une personne qui considère déjà que le coup de théâtre en préparation est un cliché du genre.

Que lis-tu en ce moment ? Les bébés de la consigne automatique de Ryu Murakami. Bon, on est dans de l’anticipation légère, mais on va dire que ça passe pour ce questionnaire.

Est-ce que ça te plait ? Beaucoup ! Je voulais lire ce livre depuis le lycée, et je m’en veux d’avoir autant tardé. Ça me fait du bien de trouver un roman avec de la matière, une écriture vraiment fouillée avec une réflexion riche, des images vraiment créatives, surtout après la soupe de Dennis Lehane. Très peu de lectures m’ont conquises depuis janvier, je pense que celui-là va être en tête dans mon top 2015.

Quand as-tu acheté ce livre ? Je ne l’ai pas acheté, une amie me l’a prêté. Merci à elle, sinon je pense que j’aurais encore fait traîner le moment pour me le procurer et le commencer.

Quel est le dernier livre b/n que tu as acheté ? Shutter Island, attrapé d’occasion.

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Anthologie Malpertuis VI

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malpertuis VIPour la sixième année, Malpertuis, spécialiste de la littérature fantastique, propose sa sélection de nouvelles athématiques mais toujours portées vers un imaginaire bizarre et quelque peu angoissant. Parmi les éditeurs français qui publient des anthologies, Malpertuis est l’un des rares à lancer chaque année des appels à textes libres.
On ne sait pas toujours très exactement à quoi se préparer en voyageant d’une histoire à l’autre, mais il est certain que le lecteur est amené à découvrir plusieurs auteurs très présents sur la scène SFFFH francophone. J’y figure cette fois-ci avec Scène de chasse ordinaire mais cet article sera surtout l’occasion de parler de mes camarades.

Vingt-deux auteurs ! Cela fait du monde, assez pour avoir des coups de cœur, et des impressions plus mitigées sur certains titres. Même si le genre de prédilection de Malpertuis est le fantastique, plusieurs textes ont des tendances SF. On reconnaît parfois des nouvelles très certainement écrites pour correspondre à d’autres appels à textes mais, loin de trouver cela gênant, j’ai au contraire pu en profiter pour voir des exercices de style qui participent à la diversité de l’anthologie.
Je ne vais pas vous faire un résumé de chaque nouvelle, mais une sélection des dix qui ont le mieux retenu mon attention. Oui, c’est une liste cruelle, mais cela ne signifie pas pour autant que les textes non cités ne sont pas bons, au contraire, le choix n’est pas simple à faire. Dans l’ordre chronologique, voici ce que nous pouvons trouver :

Ouverture courte et efficace, 3 kilogrammes de Sylas nous fait suivre une femme célibataire qui, grâce à un narrateur mystérieux, a enfanté sans père. Une histoire bien sombre qui fera aisément passer l’envie d’avoir un « autre soi » pour combler le vide de son existence.

L’imbricorioniste d’Elisa M. Poggio est certainement le texte le plus sf de l’anthologie. C’est aussi une plongée dans un monde aussi fascinant que terrifiant, où il devient possible d’obtenir un bilan de sa propre vie grâce à des observateurs qui connaissent tous nos gestes. La nouvelle soulève des questions très intéressantes en montrant toute la distance qui peut exister entre les actes d’une personne, ses raisons profondes, et les fausses intentions que l’on peut tirer d’un simple résumé des faits. La nouvelle peine un peu à trouver une fin, mais vaut largement le détour pour ses qualités introspectives.

Avec un titre comme Le dernier jouir du condamné, je soupçonne Bruno Pochesci d’avoir construit sa nouvelle pour parodier le célèbre texte d’Hugo. Une sorte de délire érotico-morbide étrange, où un condamné en pince pour son avocate, et une chute qui laisse sans voix. La fin est assez consternante mais, en même temps, elle ne se laisse pas oublier.

On continue dans la parodie avec Lloupa rouge. Eric Vial-Bonacci s’attaque au conte du Petite Chaperon rouge. C’est une jeune fille moderne, et elle a peur de sa grand-mère qui la maltraite. Mais où est le loup ? Il faudra le lire pour obtenir la réponse.

Dette de sang rend un bel hommage à la littérature fantastique du XIXe siècle. Thierry Jandrok situe son histoire dans un asile de Bucareste pendant la seconde guerre mondiale. Tout ce qu’il faut pour poser une ambiance sinistre d’emblée est là. On progresse comme dans une enquête pour éclaircir le mystère des patients zoophages qui se montrent curieusement lucides et en meilleure forme que les autres…

Sans terminus d’Anthony Boulanger m’a rappelé un petit appel à textes où la situation initiale était imposée. J’ai été heureuse de lire un nouveau texte de cet auteur, qui avait déjà retenu mon attention dans l’anthologie L’homme de demain des Artistes fous associés. Un esprit plein de rancœur revit en boucle le jour où il est tombé sur les rails d’un train à cause de la foule. L’auteur nous propose un petit texte qui rappelle que, dans la panique, les faits ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Emilie Querbalec est aussi une habituée des Artistes fous associés et des anthologies en général. L’auteur à suivre développe surtout des mondes et hantises intérieurs. Lisse le cordon est le texte le plus sombre que j’ai pu lire d’elle. J’aime particulièrement le titre. Un texte sur les passions parfois très vives de l’adolescence qui ne sont pas toujours durables des deux côtés, notamment quand elles impliquent deux jeunes filles.

Cherchez l’intrus mérite bien sa place tant il est délirant. Sur une dizaine de pages, Guillaume Suzanne livre un dialogue complètement échevelé entre un groupe de zombies. Un humain se ferait passer pour l’un d’entre eux et risque de les contaminer, qui est ce traître ?

Les textes délirants se poursuivent avec Le chant de la harpie, le soir au fond des bois d’Yves Daniel-Crouzet. Un démon grincheux s’improvise narrateur pour nous raconter comment il a été invoqué par une femme qui voulait faire assassiner son mari en lui donnant la peur de sa vie. Hélas, il semble qu’il faudra plus qu’un simple « bouh ! » pour impressionner l’époux.

L’anthologie se termine sur une note moins burlesque et plus réaliste. Avec Externalisé, Dominique Lémuri ne nous donne pas forcément à rire. Elle propose au contraire un texte très documenté sur les conditions de travail d’immigrés indiens, retenus dans des bureaux où ils recopient des rapports à la chaîne toute la journée. L’ajout du fantastique dans un contexte déjà bien glauque aggrave considérablement la situation du narrateur qui se retrouve confrontés à plusieurs phénomènes étranges, un rapport illisible, un balayeur à ne jamais regarder dans les yeux…

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Point lectures de l’imaginaire #3

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Pour certaines personnes, l’été est riche en lectures mais de mon côté je dois dire que je progresse assez lentement, ayant calé sur un gros pavé historique dont j’ai bien du mal à venir à bout, même s’il est très bien. Je ne lis plus que de la nouvelle et énormément d’auteurs francophones, mais j’espère en guérir bientôt. Ceci dit, d’ici la fin du mois, je devrais être à jour dans tous mes achats faits pendant les salons donc les éditeurs et auteur pourront se réjouir : je suis prête à oser d’autres découvertes à la rentrée !

1. Quel est le dernier livre de littérature SFFF que tu as lu ? L’anthologie Dimension Super-héros 2 parue chez Rivière Blanche.

2. Quel est le dernier livre de littérature SFFF que tu n’as pas terminé et pourquoi ? Rêves de gloire de Roland C. Wagner. Je n’ai vraiment pas trouvé que le postulat du roman et sa structure justifiait quelque chose d’aussi long. J’ai écrit une chronique à ce sujet.

3. Quel est le dernier livre de SFFF que tu as aimé mais que beaucoup d’autres gens n’apprécient pas ? Toujours aucun combat de causes perdues à mener de ce côté.

4. Quel est le dernier livre de SFFF que tu n’as pas aimé mais que beaucoup de gens apprécient ? Vu les critiques dithyrambiques que j’ai lues, Rêve de gloire. Je suis vraiment passée à côté.

5. Que lis-tu en ce moment ? L’anthologie Malpertuis VI, histoire de voir ce qu’ont fait les collègues auteurs !

6. Est-ce que ça te plait ? Oui, je découvre des choses plutôt sympas mais je n’en suis qu’au début. Après, j’enchaîne énormément de recueils et d’anthologies depuis quelques mois, alors j’ai quand même hâte de retrouver des romans pour changer un peu.

7. Quand as-tu acheté ce livre ? Je ne l’ai pas acheté puisque je suis auteur dedans, et je l’ai reçu fin mai, pendant les Imaginales. Il était donc temps que j’en prenne connaissance !

8. Quel est le dernier livre SFFF que tu as acheté ? Eh bien je n’ai rien acheté de neuf dans ce genre depuis plus de deux mois parce que je profite de l’été pour les rattrapages, et aussi parce qu’on m’a prêté contre ma volonté plusieurs livres, mais des choses très chouettes : Les bébés de la consigne automatique de Ryu Murakami et Janua Vera de Jaworski.

9. Quel est le dernier livre numérique de littérature SFFF que tu as acheté ? Rien de neuf, mes vieux achats numériques étant toujours bien au chaud.

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Questionnaire BD #2

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Runaways #1

De retour pour une deuxième questionnaire BD, ou plutôt comics puisqu’il ne s’agira une fois encore que de ce genre. Le mois touche à sa fin mais ce n’est pas grave, ça me permet de vous parler d’une bonne découverte faite très récemment !

1. Quel est le dernier comics que tu as lu ? Gotham Academy #8

2. Quel est le dernier comics que tu n’as pas terminé et pourquoi ? Aucune depuis la dernière fois mais je peux dire que je ne courrai pas après la suite de Gotham Academy (DC a décidément du mal à trouver une lectrice fidèle en moi). Avant ce numéro, je n’avais lu que le précédent parce que je l’avais sous la main, et il m’avait déjà très peu convaincue. Les personnages principaux sont agaçants, le ton général fait trop jeune public et je n’accroche pas au style trop cartoon mignon. Pas vraiment une série pour moi donc.

3. Quel est le dernier comics que tu as aimé mais que beaucoup d’autres gens n’apprécient pas ? RAS toujours.

4. Quel est le dernier comics que tu n’as pas aimé mais que beaucoup de gens apprécient ? Peut-être celui que je viens d’évoquer du coup.

5. Que lis-tu en ce moment ? Deadly Class, Runaways, Moonknight

6. Est-ce que ça te plait ? Yep ! Deadly Class et Moonknight sont des séries que j’ai commencé dès leur lancement (ou relancement pour le second) et je ne regrette pas du tout. En ce moment, par manque de temps, de budget et un peu de scepticisme aussi vis-à-vis des changements de Marvel, j’avance un peu à reculons pour les nouvelles séries. Je me suis cependant laissée tentée par Runaways comme beaucoup personnages présents me tentaient bien (Jubilee, Pixie, Molly Hayes, …) et c’est vraiment un gros coup de cœur. C’est drôle, créatif et le style autant que la coloration sont superbes.  Puis, ça fait plaisir de lire un comics Marvel qui m’accroche avec une femme au scénario. Je crois que ça ne m’étais plus arrivé depuis les Ashtonishing x-men de Majorie Liu.

7. Quand as-tu acheté ces titres ? Pour Runaways, comme j’attendais des retours critique, j’ai acheté le premier en même temps que le deuxième.

8. Quel est le dernier comics que tu as acheté ? Spider Island #1, Moonknignt #17 et Hail Hydra #1

9. Quel est le dernier comics numérique tu as acheté ? Pas de nouveaux achats numériques.

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Dangereusement à l’est – Fitzroy McLean

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IMAG0325 (1)Changement dans mes lectures pour cet été et, plutôt que d’aller vers un roman bien distrayant, je m’attaque à du témoignage historique. Je n’avais pas quitté la fiction depuis un petit moment, alors passer à du documentaire fait du bien. L’inconvénient est que la richesse du contenu fait aussi de Dangereusement à l’est un livre sur lequel on pourrait difficilement passer la journée, au risque de lire des passages chargés d’informations en diagonale – ce qui serait dommage. Comme je me suis engagée avec Babelio à publier une critique sous un mois, voici ce que je peux déjà vous dire de la première partie… J’éditerai quand j’en serai venue à bout.

Ce qu’en dit l’éditeur : Dangereusement à l’Est est un récit autobiographique des débuts de carrière de Fitzroy Maclean, diplomate anglais dont on dit qu’il a inspiré le personnage de James Bond (il a très bien connu Iann Flemming), associant le même savant cocktail de diplomatie, d’espionnage, et de voyages. Il se lit comme un fabuleux récit d’aventures, mais aussi comme de fascinantes chroniques présidant à la naissance de l’Europe moderne. Fitzroy Maclean côtoie les grands de son temps et livre des portraits enlevés de Staline, Churchill, Tito… (…)
Ce récit, publié pour la première fois en Angleterre en 1949, a fait l’objet d’une traduction en langue française aux éditions Gallimard en 1952 sous le titre de Diplomate et franc-tireur. (…)

On a plus souvent l’habitude de voir la seconde guerre mondiale d’un point de vue français ou allemand. Découvrir cette période sous la plume d’un britannique, en se concentrant plus spécifiquement sur la partie est du conflit m’a tout de suite semblé intéressant. Je ne pensais pas prendre des risques énormes, étant suffisamment renseignée sur ce chapitre de l’Histoire pour éviter de me sentir trop perdue. Dangereusement à l’Est n’est pas un livre à choisir pour découvrir la seconde guerre mondiale. Beaucoup de choses ne sont pas contextualisées. Néanmoins, il constitue un excellent complément pour mieux comprendre l’organisation de l’URSS et profiter d’anecdotes militaires sur les combats en Afrique du Nord. Une vision globale de la situation mondiale suffit puisque l’auteur attache un soin véritable au détail. L’écriture est élégante, pose des ambiances précises, des personnages locaux et d’agréables touches d’humour britannique. Elle est cependant trop dense pour accrocher très longtemps. Le titre demande une attention soutenue qui ne conviendra probablement pas à tous les lecteurs mais il faut, de toute manière, être assez motivé par le sujet pour s’y attaquer. En ce qui me concerne, j’apprécie particulièrement la manière qu’a McLean de poser ses décors ou présenter toutes les situations assez folles et cocasses dans lesquelles il s’est retrouvé impliqué.

La première partie, sur ses voyages en urss, est vraiment savoureuse. Avec un art de la tournure, l’auteur fait ressortir à la fois son exaspération et son amusement las devant l’administration communiste qui, sans cesse, se mettra en travers de sa progression. Tout en disséquant toute une machinerie politique inquiétante (en nous présentant d’un bout à l’autre un procès de notables qui rendrait presque 1984 mignon), l’auteur s’imprègne aussi d’une autre culture, celle du peuple russe, de toutes les civilisations asiatiques conquises, qui tentent de vivre dans leurs traditions, de garder un sens de l’accueil, malgré la haine de l’étranger qu’on voudrait leur imposer. On explore des pays souvent oubliés, comme le Turkménistan ou le Kazakhstan, on part à la rencontre de leurs habitants haut-en-couleur, de citées orientales à moitié détruites mais fières et la vodka coule assez à flot pour faire tourner la tête au lecteur lui-même. C’est un beau voyage, émaillé de scènes qui virent au comique absurde quand le narrateur trouve sur sa route des gardes qui veulent l’empêcher de passer pour des raisons qu’ils ne sont jamais capables d’expliquer clairement.

Après l’URSS, McLean retourne chez lui pour rejoindre l’armée. Le changement est assez brutal. Il diversifie le témoignage et, en même temps, laisse un peu sur sa faim. D’abord un peu déçue de constater que le voyage à travers l’est était terminé, je me suis laissée prendre à des récits très différents puisque, d’aventures diplomatiques, nous passions à la guerre. C’est un petit peu moins original, les témoignages militaires étant beaucoup plus fréquents, mais McLean sait ajouter les petits détails qui passionnent. On ne peut qu’être surpris de découvrir avec quelle facilité son équipe parvient à tromper l’ennemi. Je lisais sur la quatrième de couverture que les anecdotes de l’auteur ont inspiré le personnage de James Bond. A partir de ce moment, tout s’éclaire puisque certains passages sont vraiment dignes de films d’action ou d’espionnage que l’on pourrait trouver invraisemblables. On découvre ainsi que, oui, aussi surprenant que cela soit, un soldat en uniforme britannique et avec un accent anglais peut réussir à se faire passer pour un officier italien.  Je ne suis pas assez avancée pour vous en dire beaucoup plus, et cela gâcherait sans doute une partie du plaisir pour qui aurait le courage de se lancer. Mais on peut dire que les 200 premières pages ne manquent pas de rebondissements et de contenus. Elles justifient déjà largement la lecture.

Dangereusement à l’Est est un très bon document historique qui devraient intéressé tous les passionnés de la seconde guerre mondiale et amateurs de belles lettres. Les éditions Viviane Hamy ont fait un beau travail et un choix judicieux en proposant une nouvelle traduction française de l’ouvrage.

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Rêves de gloire – Roland C. Wagner

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couv50627538Le nom de Roland C. Wagner est assez familier dans le monde de la SF française. N’ayant jamais eu l’occasion de me pencher sur l’auteur, j’ai profité d’un partenariat pour me lancer. L’idée de Rêve de gloire me semblait inspirante, une histoire du rock inventée, psychédélique, sous forme de faux témoignages, de quoi retenir toute mon attention de lectrice. Malheureusement, cette plongée dans une Algérie revisitée m’a assez peu secouée.

Résumé : Le 17 octobre 1960 à 11 h 45 du matin, la DS présidentielle fut prise sous le feu d’une mitrail­leuse lourde dissimulée dans un camion à la Croix de Berny. Le Général décéda quelques instants plus tard sur ces dernières paroles : «On aurait dû passer par le Petit-Clamart. Quelle chienlit…»
De Gaulle mort, pas de putsch des généraux, pas d’OAS, pas d’accords d’Évian, pas de réfé­rendum, et Alger reste française. De nos jours, à Alger, l’obsession d’un collec­tionneur de disques pour une pièce rare des années soixante le conduit à soulever un coin du voile qui occulte les mystères de cette guerre et de ses prolongements…

Rêve de gloire est le genre de titre pour lequel je suis bien embarrassée de devoir donner un avis. Même s’il m’est tombé des mains à plusieurs reprises, j’ai voulu lui donner sa chance, regardé les avis d’autres chroniqueurs, tous très enthousiastes, et je me suis sentie un peu seule au monde, voire frustrée, d’échapper à toute la grandeur de l’œuvre. Avec ses 800 pages et sa documentation, je ne doute pas un instant d’être confrontée à un travail conséquent, à des années d’écriture qu’il serait gênant d’insulter. Le souci, c’est que je ne suis définitivement pas entrée dedans.
Il m’a semblé que, malgré un thème attirant, Rêve de gloire ne s’adressait pas à moi mais plus à la génération années 60, à laquelle appartient l’auteur, qui reste nostalgique des vinyles et d’une jeunesse passée, aujourd’hui peut-être un peu trop fantasmée. Je ne me suis jamais excessivement documentée sur la guerre d’Algérie, et, j’ai trouvé que les repères manquaient un peu pour faire entrer une personne peu instruite sur le sujet dans le roman. Pourtant, j’avais déjà apprécié sans aucun souci les peintures d’auteurs comme Camus ou Cossery, contemporains de cette époque. Sur la question du rock, même souci. Ce livre ne parlera qu’aux amateurs férus du genre et, plus spécifiquement, aux chineurs. Là, je suis un peu moins gênée, mais il n’empêche que la recherche d’un vinyle perdu m’a semblé bien vite insuffisante, et trop superficielle, pour maintenir l’attention du lecteur. Sans toutes ces conditions réunies pour apprécier le livre, il y a des chances pour passer totalement à côté du travail de Roland C. Wagner. De fait, je n’y ai pas vu un roman susceptible de survivre au temps, et de garder une forte puissance d’évocation dans une dizaine d’années. Trop centré sur ses goûts propre et ceux de ses amis, l’auteur en aurait peut-être oublié une large frange des lecteurs. Si le livre a néanmoins touché assez de cibles, tant mieux, en ce qui me concerne, j’ai fini par démissionner.

Comme je l’ai exprimé, l’intrigue est trop faible pour retenir l’intérêt. Non seulement on ne sait pas très bien dans quel genre de délire le personnage principal veut nous embarquer mais, surtout, le caractère polyphonique de l’ensemble brouille totalement les pistes. Plusieurs discours se mêlent, sur quelques pages seulement à chaque fois. Des personnages interviennent, sans se présenter, sans poser le moindre enjeu. On les lit trois pages, le temps d’une anecdote, puis on passe à autre chose. Comme la fragmentation de la narration n’est jamais annoncée, il est parfois compliqué de faire des raccords, surtout qu’en trois pages de textes, le personnage n’a pas le temps de devenir vraiment reconnaissable. Donc des voix se succèdent, sur 800 pages, et on ne sait jamais vraiment pourquoi on lit ça, quelle motivation y trouver. J’aime les narrations à plusieurs voix, mais là, le découpage m’a semblé profondément artificiel et donc agaçant. Ça ne faisait pas vraiment sens, j’ai fini par lire en diagonal faute de savoir pour quelle raison je continuais de tourner les pages.

La découverte de toute une Afrique du Sud différente où le rock aurait pu émerger ? Bof au final. L’uchronie ne m’a pas convaincue. La simple modification d’un événement dans l’issue de la guerre d’Algérie n’est définitivement pas suffisante pour partir dans un délire d’évolution parallèle dans le rock. Si cette scène n’a pas émergée là-bas, les raisons sont bien plus profondes. Roland C. Wagner ne fait que gratter la surface et, au final, trouve un simple prétexte pour inventer une histoire du rock basée sur de faux témoignages. Mouais.
Pour m’être régalée avec des livres comme Acid Test, Las Vegas Parano ou Sur la route, je suis pourtant cliente pour des récits bien marqués par les excès encore nouveau des années 60/70. Sauf que dans ce livre, rien à faire, on sent que l’écriture se veut « à la manière de » sans y arriver vraiment, sans nous faire vibrer avec les personnages, sans nous donner envie de poursuivre au moins parce que l’ambiance, les expériences de vies sont à la fois terribles, géniales, et folles. Je n’ai pas accroché le style, que j’ai trouvé assez lourd, trop grammaticalement “correct”, sans rythme réel.

Je suis donc assez désolée pour cette critique très sceptique de Rêves de gloire. En un sens, je comprends que l’on puisse être admiratif de toute l’énergie dépensée par l’auteur pour faire vivre cette œuvre. Mais cela n’a pas dépassé pour moi le stade de livre rêvé dans l’esprit d’un auteur, qui ne sera jamais plus qu’un pavé assez indigeste de 800 pages dont on serait bien en peine de savoir quoi en faire. Je préfère en retourner à de vrais témoignages du rock plutôt que perdre du temps sur des inventions qui ne réussissent même pas à avoir une résonance en moi.

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Questionnaire Littératures de l’imaginaire #2

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Et voici le retour – avec un peu de retard vu que j’ai sauté le mois de mai – du questionnaire SFFF. J’ai retiré quelques questions, puisque toutes ne sont pas vraiment nécessaire deux fois de suite (mes genres préférés n’ont par exemple pas changé). Avec le printemps, beaucoup de titres sont sortis chez la petite édition, et j’essaye de me mettre à jour à ce niveau. Vous trouverez donc essentiellement pour ce mois des titres d’auteurs, d’éditeurs français que je suis de près (et qui attendent sans doute avec impatience de connaître mes retours).

  1. Quel est le dernier livre de littérature SFFF que tu as lu ? Incursion, le dernier roman de Pierre Brulhet.
  2. Quel est le dernier livre de littérature SFFF que tu n’as pas terminé et pourquoi ? Tout va bien, je suis même parvenue à arriver au bout du T4 du Trône de fer ce qui n’était franchement pas gagné vu l’ennui qui traverse ce volume.
  3. Quel est le dernier livre de SFFF que tu as aimé mais que beaucoup d’autres gens n’apprécient pas ? Toujours aucun combat de causes perdues à mener de ce côté.
  4. Quel est le dernier livre de SFFF que tu n’as pas aimé mais que beaucoup de gens apprécient ? Apparemment, certaines personnes ne se sont pas ennuyées à la lecture du T4 du Trône de fer. Il m’a semblé que c’était pourtant une belle arnaque, pour que ses prédécesseurs.
  5. Que lis-tu en ce moment ? L’Homme de demain anthologie des Artistes Fous Associés et Aux douze coups de minuits… de Emmanuel Delporte.
  6. Est-ce que ça te plait ? Oui plutôt ! Je découvre ou retrouve pas mal de chouettes plumes avec les artistes fous et c’est aussi un plaisir de lire d’autres textes d’Emmanuel Delporte. Je l’ai découvert grâce à l’anthologie Maisons Hantées et, sans favoritisme aucun d’éditeur, je peux dire qu’il sait vraiment donner de beaux frissons d’effroi dans ce recueil !
  7. Quand as-tu acheté ce livre ? J’ai acheté le premier pendant sa soirée de lancement en mars et c’est Emmanuel qui m’a offert son recueil fin avril.
  8. Quel est le dernier livre SFFF que tu as acheté ? Là je viens d’acheter le volume 2 de Otherlands Continuum mais ce n’est pas tellement un livre, donc Le Baron rouge de Kim Newman.
  9. Quel est le dernier livre numérique de littérature SFFF que tu as acheté ? J’essaye toujours d’éviter vu que je n’ai encore lu aucun titre de tous ceux que j’ai déjà achetés !

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Questionnaire bande-dessinée #1

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Avec un peu de retard, voici le rendez-vous questionnaire lecture du mois qui, pour avril, est censé être sur la bande-dessinée en général mais que je vais plus clairement orienter vers les comics, n’ayant pas lu un titre d’un autre genre récemment.

  1. Quel est le dernier comics que tu as lu ? Spider-man and the x-men 5. Encore un épisode vraiment très agréable ! Je pense pouvoir dire que c’est ma série coup de cœur du moment.
  2. Quel est le dernier comics que tu n’as pas terminé et pourquoi ? En ce moment, j’ai restreint mes séries donc j’ai moins de risques d’abandon. Il y a des choses qui sont en pause mais je dirais, en remontant un peu, que le dernier titre que j’ai abandonné sans aucun espoir de retour est Harley Quinn. Humour exaspérant à force d’être trop lourd, scénario sans intérêt, et personnage d’Harley profondément stupide et consternant.
  3. Quel est le dernier comics que tu as aimé mais que beaucoup d’autres gens n’apprécient pas ? Dans l’immédiat, je ne crois pas avoir quelque chose à signaler.
  4. Quel est le dernier comics que tu n’as pas aimé mais que beaucoup de gens apprécient ? Je ne vais pas nommer un titre qui ne m’a pas du tout plu mais une déception. J’ai tenté le premier volume de la Ligue des Gentlemen extraordinaires récemment, et je dirais que ça ne m’a pas tellement transportée. Sympathique, mais sans plus.
  5. Que lis-tu en ce moment ? Le problème des comics est qu’on finit avec énormément de séries en cours. Mais je suis très heureuse que Deadly Class reprenne et le chapitre 12 est sur le dessus de ma pile de lectures !
  6. Est-ce que ça te plait ? Oui ! Je l’attendais avec impatience, même si la pause n’a été que d’un mois. Deadly Class est la série qui me tient le plus en haleine depuis qu’elle a débuté.
  7. Quand as-tu acheté ce titre ? Hier
  8. Quel est le dernier comics que tu as acheté ? Celui-là, avec Amazing x-men 19
  9. Quel est le genre de bande-dessinée que tu aimes le plus et pourquoi ? Les comics, je pense qu’on l’aura bien compris. Je m’y suis d’abord tournée parce que j’aime beaucoup l’univers super-héros de Marvel, mais j’ai découvert d’autres choses depuis. Le format de narration me plaît, le format papier tout court aussi (c’est tout bête, mais je trouve que c’est à la bonne taille pour le confort de lecture), et ça me permet de bosser mon anglais.
  10. Quel est le genre que tu aimes le moins et pourquoi ? Les mangas. Je crois que peu de choses m’auront passionnée et fait arriver à saturation si vite. Je m’y suis consacrée deux ans, au lycée, puis arrêtée, lassée de rencontrer toujours les mêmes traitements, les mêmes personnages, le tout exploité d’une manière souvent très convenue et vide. Bon, on me dit qu’il existe de bonnes choses, mais au final, je n’arrive pas vraiment à me reconnaître dans toute la culture derrière et la manière de représenter les choses. Ça ne me semble jamais « vrai ».
  11. Quel est le dernier comics numérique tu as acheté ? Après vérification, je viens donc de me rappeler que Venom Spider Island m’attend toujours dans ma bibliothèque numérique ! J’avais acheté le premier relié du Venom de Remender en papier, et profité d’une offre spéciale en numérique pour celui là. Il va falloir que je m’y mette. J’aime beaucoup tout ce qui tourne autour des symbiotes, et Flash Thompson est un personnage dont le parcours assez ‘atypique’ m’intéresse.Je n’aime pas tagger les gens, mais n’hésitez pas à le faire en retour si l’idée vous amuse aussi !

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Antho-Noire …pour nuits de légendes

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antho noireL’Antho-Noire …pour nuits de légendes est la troisième anthologie dans laquelle je publie une nouvelle. Un bel objet reçu il y a une quinzaine de jours que je me suis fait un plaisir de découvrir dans son intégralité. Les projets collectifs de la Cabane à Mots ont une ligne directrice commune, celle d’aller dans les recoins les plus sombres des genres littéraires. Après le polar et l’érotisme, voici la fantasy et la proposition de s’adresser à un public « jeune adulte », soit à partir de treize ans. Avec cette étiquette, on pourrait craindre des textes édulcorés, moins tranchants que prévu, mais l’anthologie s’en sort avec les honneurs. Tout est bien noir, et on ne peut pas tellement dire que la violence nous est épargnée. La limite d’âge permet surtout d’éviter la tentation de flirter avec les limites de la décence et un lecteur qui apprécie les petits frissons sans pour autant s’amuser d’un étalage de perversions y trouvera facilement son compte. Sans aller dans la complexité, les textes sont loin d’être simplifiés à l’excès. Les treize ans et plus sont pris pour des lecteurs comme les autres et non des enfants à moitié analphabètes. J’ai tenu à ne pas trop trahir mon écriture pour ma nouvelle (dont je parle plus en détails ici), et il a été agréable de constater que les six autres auteurs sélectionnés maîtrisent également très bien la langue, le rythme, la progression de leur histoire.

Lapis lazulis de Sidonie Gatel est certainement le texte le plus touchant de l’ouvrage. Il est très justement placé en premier, ce qui permet une entrée en douceur dans une série d’univers qui n’auront rien de très enchanteur. Nous avons une histoire assez classique de la fantasy sur un fond de chasse aux sorcières, avec une bonne progression. La petite présentation de l’auteur nous apprend qu’il s’agit de son premier texte publié, et c’est une entrée plutôt réussie dans le monde de l’imaginaire !

Castrum Liberonis est la nouvelle la moins fantasy de l’ensemble. Sylvie Arnoux s’appuie sur une légende régionale pour entraîner le lecteur dans une inquiétante guerre de pouvoir médiévale fantastique. En toute franchise, j’ai un peu moins adhéré. L’idée m’a semblé quelque peu trop ambitieuse dans ce format, et de manière parfaitement subjective, les histoires de pacte démoniaque me laissent souvent de marbre. Castrum Liberonis a cependant le mérite de proposer un univers moins dépaysant que les autres, en ajoutant à la diversité du titre.

Avec La Renaissance d’Aya, Valérie Simon propose certainement le texte le mieux écrit du collectif. Sa plume n’est pas débutante, et cela se sent d’emblée. Les schémas ordinaires du conte sont repris à la perfection. C’est à un point que l’on attend avec impatience la conclusion pour savoir à quel moment l’auteur décidera de nous emporter vers quelque chose de moins convenu. Heureusement, le fin mot est à la hauteur. J’ai apprécié le pastiche tout en regrettant que l’auteur ne donne pas des signes de ses intentions assez tôt. Le virement est un peu brutal, mais parfaitement cohérent, et on ne peut que sourire à la morale ironique qu’il nous livre.

Ren, la légende du chat-vampire permet de s’échapper un peu des châteaux-forts occidentaux, pour une visite au Japon médiéval. Le changement d’air fait du bien. L’écriture de Kinrenka est aussi fluide que légère, on apprécie le voyage inspiré par des légères plus orientales. En peu de pages, les personnages deviennent assez attachants pour que l’on s’inquiète de leur sort et, à ce titre, cette nouvelle est sans doute celle qui s’adresse le mieux aux adolescents.

Mon petit coup de cœur va cependant à Callie J. Deroy et son Règne de Déléora. Contrairement aux autres auteurs, Callie prend le parti de ne rien nous décrire d’autre qu’une bataille. L’action est immédiate, le personnage et la situation globale posée en même temps que le combat, et l’on se surprend à suivre un combat sur lequel on ne sait presque rien, à prendre parti pour l’héroïne de l’aventure sans connaître les tenants et aboutissants de tout cela. Même sans une chute assez délicieuse, le texte restait bon en exécutant à lui seul la prouesse de tenir grâce à une simple description coupée au milieu de ce qui semble une plus bien plus vaste fresque.

Une bonne surprise aussi avec Les couloirs de Vüdrang de Patrick Godard qui mise sur l’humour en nous contant le périple d’une drôle d’équipée composée d’un guerrier, du barde Rocquer Djonnie et d’une elfe défigurée. J’ai beaucoup aimé les fausses sources de bas de page qui permettent de compléter efficacement un univers jalonné de petites histoires et de créatures surprenantes. On sent que l’auteur s’amuse beaucoup avec le genre, et la conclusion à tout cela est une bonne manière de quitter la fantasy pour revenir à la réalité.

L’Antho-noire …pour nuits de légendes est d’une assez belle variété pour ne pas s’adresser uniquement aux lecteurs de fantasy, une simple préférence pour les fins glaçantes devrait suffire !

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