10285785_782551021792989_6403282298771276457_oDe sang avide a été écrit en mars 2014 pour un appel à texte sur le thème des robots lancé par La Madolière. Ayant été sélectionné, il est paru en décembre dans l’anthologie Robots. Il s’agit de ma deuxième participation à un projet de ce type.

Résumé : Zack, petit génie passionné par les armes à feu, mène une vie chaotique dont il serait difficile de retracer le fil. Mais il n’en peut plus. Il voudrait être parfait, aussi performant que dépouillé de ces sentiments qui l’empêchent d’être absolument logique. Sa rencontre avec Martin, pâle ingénieur prothésiste sans histoire, risque de bouleverser bien des choses…

Dans ce texte de 30 000 signes environ, vous trouverez une sorte de Frankenstein inversés, une folie à deux assumée, qui pourrait ressembler de loin à une romance gay, de la violence, et bien sûr, de la science-fiction. J’ai choisi le titre “De sang avide” en référence à l’expression qui désigne à l’époque classique une personne qui se laisse trop dominer par ses émotions. C’est une référence directe au caractère de Zack qui cherche à détruire toutes les limites possibles.
Et pour donner quelques bonus macking off, je me suis aussi très librement inspirée d’un personnage que j’incarne en jeu de rôle dans plusieurs versions depuis des années. J’aime créer une des nouvelles à partir de personnages déjà construits car il est plus facile de les imposer dans un texte court qu’une “création” qui manque encore trop de substance. Donc pour ceux qui voudraient le connaître plus en détail ou aimeraient avoir une idée de ce qu’ils pourront trouver à la lecture de Sang Avide, je laisse aussi en lecture libre une description de son physique et caractère, écrite il y a quelques années mais toujours d’actualité par bien des aspects :

Apparence :
« Je suis beau et désirable. Tu peux me dire le contraire si ça t’éclate, de toute façon je ne te croirai pas. Par contre si t’es un mec du genre comestible, je peux te filer mon numéro. Sinon… allez tu peux continuer à mater la merveille que tu n’auras jamais, je vais pas faire mon crevard là-dessus juré ! »

A dire vrai, on ne peut pas croire, en voyant Yitzhak la première fois que ce garçon est une véritable arme de guerre entraînée pour détruire. C’est qu’il a l’air inoffensif dans ses vêtements bizarrement excentriques mais toujours de bon goût, avec cette tendance à marcher comme un mannequin en plein défilé. Ce n’est pas sa carrure qui en impose. On pourrait croire qu’un rien le casserait en deux tant il semble maigre pour un jeune homme de son âge. Mais il ne faudrait pas trop y compter. Sa constitution est beaucoup plus nerveuse qu’elle n’en a l’air. D’une certaine manière, il a peut-être plus de muscles que de chair.
Une chose frappe néanmoins chez lui. Il est désirable, c’est vrai. Beaucoup fondraient sous sa beauté vaguement orientale, sa peau de miel, sa bouche en cœur, si joliment ourlée, ses cheveux de jais, et ce regard brûlant… Ce sont deux braises noires fichées sous ses paupières, un autre monde, où les flammes les plus douces dansent au plus profond des ténèbres. Les prunelles d’Yitzhak sont difficiles à soutenir. Elles renferment une violence naturelle, foudroyante dans ses mouvements d’humeur, rien de très normal pour un adolescent à l’allure si fragile et superficielle. Son regard peut revêtir une dureté incroyable, celle de l’airain. Il est terrifiant dans ces instants. Toute sa brutalité intérieure est là, un concentré de chaos et de destruction qui n’appartient pas à un tueur, c’est bien pire que cela. On ne peut pas dire ce qu’est une personne déterminée à aller au bout de ses idées, à n’importe quel prix, tant qu’on n’a pas affronté les yeux de ce garçon. On se sent face à un bloc, un esprit que rien ne peut faire céder, pas même la pire des tortures. Combien de personnes pourraient appuyer sur un détonateur capable de rayer un continent de la carte ? Observez-le bien. S’il le faut, il le fera.
Yitzhak a tendance à laisser une forte impression partout où il passe. Lorsqu’il est de bonne humeur, c’est un garçon diablement envahissant mais très distrayant. Il parle sans la moindre discrétion, mime à peu près tout avec ses mains et déborde d’une énergie impossible à contenir. Son expressivité fait qu’il est assez facile de voir quelles sont ses dispositions du moment. S’il tire une mine de six pieds de longs, ce n’est même pas la peine d’essayer de lui parler. Il alterne ainsi un enthousiasme excessif et une morosité tirée du fond d’un gouffre gardé par un dragon.

« En tout cas, je suis peut-être lunatique mais au moins quand un truc me contrarie ça se voit tout de suite. Ceux qui vont pleurer après parce que j’ai été méchant avec eux, je me dis qu’ils sont aussi débiles que ces gens qui se font mordre parce qu’ils essayent de caresser un chien qui grogne. Donc qu’on n’aille pas dire je suis incohérent ! »

Dessin improvisé par Stéphane Maillard Peretti

Dessin improvisé par Stéphane Maillard Peretti

Caractère :
« J’ai toujours l’impression d’avoir un raisonnement simple et logique mais il parait que ce n’est absolument pas le cas, ou du moins, les gens ne réagissent pas comme moi ou comme j’estime qu’ils le devraient, et ça finit toujours par m’énerver. J’ai le sentiment d’être un peu le seul dans ce monde à avoir une ligne de conduite fixe. Je change rarement d’avis, j’ai des pensées claires, blanc, noir, pas de place pour le gris, et je déteste par-dessus tout qu’on vienne me parler de nuances simplement pour éviter d’avoir à donner un Vrai point de vue. On m’a fait très vite comprendre que j’allais morfler dans la vie en fait, qu’avec un cerveau comme le mien j’étais mal barré. Il parait que je suis devenu très vite complètement ingérable, violent, coupable de toutes les conneries de gosse possibles et infernal en cours. Je refusais de faire les exercices parce que je trouvais ça bidon, j’avais l’impression qu’on se payait gentiment ma tête, puis les autres gamins autour de moi, je les voyais réfléchir comme des malades sur des trucs débiles, ça m’a vite fait conclure que j’étais entouré d’abrutis. Bon du coup on m’a diagnostiqué surdoué, à un niveau relativement élevé mais comptez pas sur moi pour vous donner mon QI parce que sérieux, je m’en fous, mes parents m’ont trop saoulé avec ça. T’es là, à même pas sept ans on t’explique gentiment que t’es différent mais que ça va bien se passer, on va te prendre en charge tout ça, tu vas grandir comme les autres… Je ne sais pas comment les autres se débrouillent, mais je suis le parfait exemple de l’échec. Et pourtant ils étaient fiers mes parents au début ! ça les consolait un peu d’avoir un fils absolument ingérable, soudain j’avais une excuse, j’étais un génie. Ils s’imaginaient, je sais pas, que j’allais avoir mon diplôme à treize ans peut-être. Faut pas rêver. J’en ai vraiment rien à cirer de l’école. J’aime pas perdre du temps sur des trucs qui ne m’intéressent pas. Ça m’ennuie, je ne supporte pas de m’ennuyer, ça bouillonne trop dans ma tête, alors si un truc me gonfle, en deux secondes j’ai zappé et je suis passé à autre chose. Plutôt qu’avoir un 20/20 je préfère aller monter une stratégie de psychopathe sur un jeu en ligne et exploser tout le monde. Je vais vers ce qui me satisfait le plus mentalement sur le moment et non je n’ai aucune envie de faire des efforts. T’as vu comme je parle ? Je pourrais te la faire à la Cicéron si je le voulais. T’inquiète j’ai été élevé par un magistrat et une sénateur, si tu veux de la joute verbale de haute volée, j’te prend quand tu veux. Mais si je parlais tout le temps comme ça, comme ces glandus qui ont besoin de montrer à tout le monde qu’ils sont supra intelligents parce que c’est un peu tout ce qui leur donne une identité au final, abusé, je me déprimerais moi-même. »

L’Yitzhak des bons jours est un jeune homme taquin et plein d’humour. Il est infernal, insupportable, mais néanmoins de bonne compagnie puisque ses vantardises les plus éhontées ne se font jamais sans l’invocation du second degré. Son amitié est souvent recherchée pour les distractions qu’elle apporte. A l’écouter, sa vie ressemble à une vaste fête foraine. Il est toujours le premier à lancer des jeux idiots en soirée, vous l’entendrez parler de sa vie sexuelle comme de sa dernière journée shopping un premier jour de soldes, et, enchaîner les réparties sans jamais s’épuiser. La force de sa personnalité est d’une luminosité aveuglante pour les esprits faibles. Il lui arrive souvent d’influencer les autres sans le vouloir à sa seule manière d’être et de parler. Yitzhak arrive toujours tout entier, comme un bloc de béton lâché sur de l’asphalte encore tendre. On le sent, c’est évident, ce gars-là ne doute jamais de lui, c’est le genre à vous démontrer de A par Z que les autres ont tort, cela tout en restant sincère. Sa franchise, sa façon de dire les choses de manière directe, violente, sous une argumentation parfaitement structurée, font qu’on est souvent tenté de le croire.
Il se pose avec des qualités et des défauts parfaitement assumés. Bien mal avisé serait celui qui lui demanderait de changer. Mais parlons d’abord de ses qualités. Il est caractérisé par une immense droiture définie par des valeurs qui lui sont propres. Pour lui, la parole est sacrée. De ce fait, s’il vous estime ou vous apprécie, vous pourrez lui faire une confiance aveugle. En trahissant son amitié, en revanche, vous commettrez presque un acte suicidaire.
Même si ses réparties sont parfois très blessantes, ce n’est pas un garçon cruel. Sa franchise oublie les concepts de délicatesse et de subtilité, mais il ne se trouvera jamais coupable en faisant fondre quelqu’un en larmes après l’avoir verbalement trainé plus bas que terre. Ce n’est pas être méchant, c’est être réaliste.

« Tu vois la personne qui passe son temps à se plaindre, à se dévaloriser pour obtenir des ‘mais nooooon, dis pas des choses pareilles’, bah je lui déconseille de jouer à ça avec moi. Si elle a raison, si c’est vraiment une loque humaine, je vois pas pourquoi je ferai semblant de penser le contraire. C’est de l’hypocrisie ça, de la lâcheté, c’est pas lui rendre service de la conforter dans son misérabilisme. Puis si ça lui plait pas, alors faut croire qu’il y a pour elle une certaine complaisance à être pathétique, et là je vais lui passer l’envie de se lamenter pour rien. Je déteste ça. Mais le pire, c’est encore les gens bien qui refusent d’admettre qu’ils sont bien. Eux, j’me sens toujours obligé de les prendre en charge, je les lâche plus, je les harcèle, mais je te jure, je leur enfoncerais de l’amour-propre dans le crâne avec un marteau-piqueur si je le pouvais. Ça part pas d’une mauvaise intention mais au final je passe surtout pour un tyran. »

Par-dessus tout, Yitzhak considère que le plus important est de rester soi-même. Il ne supporte pas de voir des personnes, très bien dans le fond, se faire dominer moralement et détruire par des individus qui, selon ses propres mots, ne méritent pas de vivre. Bien qu’extrême, il sait toucher juste lorsqu’il s’agit de remonter le moral à quelqu’un ou de lui insuffler une bonne dose de confiance en lui. Il peut alors devenir un soutien précieux, ce genre de personne à l’air inébranlable qui vous fera croire que vous êtes invincible. L’ennui, c’est qu’il le fera parfois pour pousser quelqu’un au centre des pires ennuis. Un exemple ? « quoi, ces personnes te persécutent et tu dis rien ? Réveille-toi ! Explose les ces connards ! ». Il est certain qu’il aurait pu faire un excellent terroriste anarchiste, un leader né, en réalité. Mais pour lui, la logique est simple, il n’y a pas à se prendre la tête sur un problème qui peut se résoudre par la violence.
Les bonnes intentions ne sont néanmoins pas toujours au rendez-vous. Il vaut mieux ne pas avoir Yitzhak en ennemi car tout est très constant chez lui, et sa haine ne vous lâchera pas. Le jeune homme n’est pas aussi frondeur qu’il n’en a l’air. C’est un stratège hors pair doté d’une pensée véritablement machiavélique. Si l’attaque frontale ne marche pas, son esprit d’analyse se met alors en marche. Coincer la proie, l’acculer, la mettre échec et mat, c’est un plaisir de l’esprit dont il ne pourrait se priver. Lui résister, c’est l’entraîner dans un jeu, et il ne s’autorise jamais rien d’autre que la victoire.
Vous comprenez maintenant ce regard ? Il est à la fois sensible et impitoyable, toujours animé par un flux de pensés qui ne cessent de s’entrechoquer pour provoquer des éclairs. Il ne cède rien. La plupart des ordres, donnés de manière trop impérative, mènent automatiquement au conflit. Vous ne lui ferez jamais faire ce dont il n’a pas envie. De la même manière, il pourrait être condamné à mort sans ciller, et si quelqu’un le tenait entre la vie et la mort en attendant qu’il le supplie de l’épargner, il préfèrerait encore l’insulter. La demi-mesure ? Les règles de base de survie ? Non, non, il ne les connait définitivement pas.

« Je ne suis pas suicidaire, j’aime la vie, et c’est pour ça que je veux qu’elle soit le plus intense possible. Dès que ça devient trop morne, trop commun, je m’ennuie, ça me rend fou, je me sens complètement inutile et je me mets à déprimer. Je suis insatiable, il m’en faut toujours plus. Moi je suis comme un boulimique, mais du cerveau. Là-dedans, y’a une flamme immense qui consume tout en un rien de temps. Alors une fois que quelqu’un comme moi a goûté au danger, il ne peut plus s’en passer. J’aime voir mon existence comme une partie de pocker. Et si j’ai soif de puissance, c’est justement parce que je veux continuer à la gagner encore longtemps. »