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Quand je critique les autres.

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Scream Test – Grégoire Hervier

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scream testJ’avais juré de ne rien acheter au salon du livre jeunesse de Montreuil. Je n’y allais que pour y faire du repérage, pour avoir le plaisir de dire que « j’y étais », parce que ça fait toujours bien, etc. Evidemment, comme toujours, j’ai fini par craquer sur un stand, celui du Diable Vauvert, un éditeur qui me fait de l’œil depuis de nombreuses années. Ça devient presque une habitude. Dès que je croise un auteur de cette maison en dédicaces, je cède. Il faut bien soutenir les indépendants qui nous plaisent, et, même si ce sont les auteurs américains qui m’ont amenée vers le Diable (Poppy Z. Brite, Scott Heim), j’ai beaucoup de curiosité pour les français qu’ils publient.
La découverte de Grégoire Hervier a d’abord été très humaine. Entre un slasher dans une téléréalité internet et une dystopie orwelienne, il y avait de quoi discuter des heures, partager des références, des idées, en oubliant presque de passer par la caisse. Je suis finalement repartie avec le thriller et sa couverture sanglante tout à fait indiquée pour montrer de saines lectures pendant ses pauses au travail, et, cette fois, le roman n’a pas attendu l’année suivante pour devenir autre chose qu’un titre sur une étagère. Je l’ai lu dans la semaine. Une histoire plus légère, écrite pour tenir en haleine, à côté de toutes les choses très moyennes que j’ai difficilement terminées ces derniers mois, était la bienvenue pour me sauver d’une profonde lassitude de la lecture.

Histoire : Sans être d’une originalité exceptionnelle, le speech sait retenir l’attention. L’idée d’une téléréalité où les candidats sortants sont littéralement éliminés est amusante. Forcément, nous y avons tous déjà pensés un jour. Ici, il n’y aura pas de jeu de survie cependant. Les candidats n’ont aucun contact avec l’extérieur, l’émission est aussi plate que Loft Story. Ils sont six, il n’en restera qu’un seul. Ils ont six jours pour faire leurs preuves, ou mourir si le public ne parvient pas à les sauver…

Critique :

Scream Test est une bonne lecture pour qui veut plonger dans un slasher rapide, efficace, qui emprunte au thriller sans adhérer complètement au genre. Etant une lectrice très peu portée sur tout ce qui touche au polar, ce dernier point m’allait très bien. Les amateurs de film d’horreur reconnaîtront d’ailleurs beaucoup de références et de clins d’œil aux formules classiques des scénarios, à commencer par le choix des personnages de l’émission. Tous incarnent l’archétype d’un slasher. Il n’y a donc pas de réel suspens sur le dénouement de chaque journée. Une fois les présentations faites, l’ordre d’exécution est, pour ainsi dire, déjà donné : la pimbêche et le sportif d’abord, la vierge et l’asocial en dernier. En bon spécialiste du cinéma, et plus particulièrement de celui auquel il rend hommage, l’auteur assume le pastiche en nouant une agréable connivence avec son lectorat. Nous frôlons parfois la parodie, avec les bévues ridicules du FBI ou le cliché d’un tueur fan de Marilyn Manson, mais sans tomber dans une mauvaise surenchère. L’humour est implicite, il est même dommage que l’auteur ne l’assume pas davantage.

D’ailleurs, le défaut principal du livre est bien là. Beaucoup de bonnes idées, mais une exploitation encore trop timide. Les personnages ne sortent pas de la caricature, l’enquêtrice ne parvient pas à s’affirmer, elle ne sert qu’à faire progresser l’enquête et nous suivons tout en surface. Le choix de ne presque rien dire de ce qui se passe à l’intérieur de l’émission est un parti pris défendable, mais qui semble retenir beaucoup d’analyse possible. Nous en apprenons très peu sur le quotidien des victimes, et, par conséquent, nous n’avons pas le temps de nous y attacher un minimum pour être dérangé par leur mort ou par le chagrin de leur famille. C’est ennuyeux dans la mesure où l’auteur donne très rapidement toutes les clés en main pour connaître une très large partie du dénouement.

Malgré de bons arguments, Scream Test restera donc un livre distrayant, assez dynamique pour fonctionner mais trop rapide si l’on cherche à trembler ou à réfléchir sur le phénomène de société qu’est la téléréalité. Dans sa hâte, l’auteur passe à côté d’un certain nombre d’éléments qui auraient pu donner un impact très lourd au texte. L’idée de forcer les gens à payer pour empêcher l’exécution des concurrents, avec les conséquences évidentes d’un tel plan (des parents qui se ruinent pour sauver leurs enfants) avait de quoi créer beaucoup de malaise, comme la course à la gloire désespérée, et manquée, d’adolescents dupés par leurs écrans trop colorés.
Un autre regret concerne les très nombreuses références et historiques qui viennent rompre la narration. L’auteur hésite encore entre le roman et l’essai, comme s’il nous livrait ses notes de lectures au lieu de les mettre en pratique de manière concrète, vivante, au sein même de l’action. Il est toujours possible d’y voir les maladresses d’un premier roman, une certaine difficulté à se lâcher, à trouver ses marques, alors que toutes les bases sont posées pour aller plus loin. Parfois empesée, l’écriture reste cependant agréable, et s’affine au fil des pages. C’est dynamique, la structure est maîtrisée, et le point positif est que nous n’avons pas le temps de nous ennuyer.

Ce n’est certes pas la découverte de l’année, mais j’ai passé un bon moment avec cette lecture et ne peux que la conseiller pour un bon moment de détente. En ce qui concerne l’auteur, j’attends avec intérêt de lire la suite de son travail.

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Une place à prendre – J. K. Rowling

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place à prendreComme tout adolescent des années 2000, j’ai grandi avec Harry Potter. Alors, quand J. K. Rowling s’est détourné des sorciers pour aborder un roman plus mature et plus adulte, la tentation de me jeter dessus, par simple curiosité, a été très forte.
Les premières critiques sont tombées, parfois enthousiastes, parfois mitigées, jamais totalement négatives. Vu la taille du livre, j’ai préféré attendre l’été. Ensuite, je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à trouver la motivation de le terminer.

Histoire : Pagford était une petite commune apparemment tranquille jusqu’à ce qu’un notable en lice pour les prochaines élections ne soit frappé d’une mort soudaine. Les habitants sont sous le choc, et, surtout, le programme politique semble à refaire. D’un côté certains veulent reprendre le flambeau du défunt, de l’autre, certains ont des projets plus « conservateurs » tandis que quelques éléments isolés y voient la possibilité de réaliser d’obscures ambitions. Dans des familles où tout va de travers une fois la porte fermée, les adolescents vont se rebeller à leur manière contre des autorités qu’ils refusent de se reconnaître. Peu à peu, des révélations sont traînées sur la place publique par le biais d’un forum internet… Les soupçons grandissent, les querelles se cristallisent autour d’un sujet sanglant, qui n’est finalement qu’un prétexte : Faut-il ou non fermer la clinique pour drogués de la citée.

Critique :

Vous l’avez peut-être constaté, faire un résumé de ce livre est un travail ardu, ce qui permet de soulever le premier défaut du roman : il est confus. L’auteur profite de son aisance à l’écrit pour sauter d’un personnage à l’autre, mais les trop nombreux points de vue ont tendance à délayer l’action plus que de raison. Mais peut-on vraiment parler d’action ? Si une curiosité mal placée pour les petites existences de vos voisins ne vous retient pas, vous ne trouverez tout simplement pas de raison pour continuer à tourner les pages. Avec un plaisir certain, Rowling s’attarde sur des scènes du quotidien, des disputes entre parents et adolescents, maris et femmes, amants et amantes… ça n’en finit jamais. La mort brûlante qui ouvre l’histoire ne semble qu’un prétexte, la promesse d’un scénario sans cesse repoussé à plus tard.
La moitié du livre passe. Toujours rien. Les adolescents s’imposent comme des héros redresseurs de torts dont la mission est de dénoncer les vices d’adultes qui ne comprennent rien à rien, les parents sont dépassés, et la mère droguée de l’histoire, fière représentante de la clinique à fermer, est toujours autant droguée. De l’annonce d’un roman de mœurs anglais acéré (comme les britanniques savent si bien les faire) nous passons à la sitcom de 20h. Des épisodes cours, des drames, peu de contenu, mais des personnages colorés à foison, des rires, des larmes, de l’émotion. Quand la quatrième de couverture laisse espérer une intrigue politique autrement plus fine, on ne peut que se sentir un peu arnaqué.

La progression m’a beaucoup rappelé Harry Potter 7. On lit sans trop savoir pourquoi parce que l’écriture passe toute seule, et il faut attendre les 200 dernières pages pour être happé par une succession d’événements plus invraisemblable les uns que les autres. Le truc finit donc par prendre. Un peu trop tard, comme si Rowling essayait de lâcher tout ce qu’elle avait en réalisant qu’il serait peut-être temps de donner une conclusion à tout cela, même si, à force de partir dans tous les sens, ce qui aurait dû être le fil conducteur s’est perdu depuis un moment dans un fouillis de mots et d’informations inutiles. Le résultat est baroque. Soudain, le lecteur passe dans le roman noir. Violence, mort, sexe, drogue, ça ne s’arrête plus. Mais du coup, l’effet est très bancal. Ça marche, parce qu’on est trop surpris pour réfléchir à ce qui se passe. L’exagération sauve l’histoire jusqu’à ce qu’on puisse enfin fermer le livre. On a de quoi manger pour quelques heures, ça vaut un fast-food.
Malgré tout, je reconnais à l’auteur le mérite de ne pas avoir sombré dans le bon sentiment que l’on pouvait craindre. La fin sera contrastée. Quoiqu’un peu vide, elle laisse apercevoir un bon potentiel de base. Pour en venir aux qualités, j’ai apprécié la variété des points de vue qui empêchent la réelle prise de parti et rompent avec le monde manichéen d’Harry Potter. Derrière ses maladresses, l’auteur témoigne d’une vraie finesse d’esprit. Sur l’épineuse question de la clinique, le point de vue n’est pas très clair. Le personnage de la droguée n’attire pas la moindre sympathie, il est visible que son cas est sans espoir. Son assistante, pleine de bonnes intentions, voit son côté militante de gauche très souvent ridiculisé, et le cynisme des « conservateurs » a quelque chose de désespérant. Pour autant, sous les questions politiques, hypocrisie de bon ton à part, il devient vite évident que, dans le fond, tout le monde sait qu’il se porterait mieux sans ces problèmes de camés. Alors oui, en versant dans la critique sociale, il y avait de quoi faire du bon. Rowling s’aventure sur un terrain qui dérange toujours beaucoup, mais ne va pas au bout de son sujet. Elle se perd dans des tourments d’adolescents mal dans leur peau et en conflit avec leurs parents. Les deux « histoires » s’associent mal puisque, visiblement plus proche des jeunes (une déformation de sa carrière d’écrivain jeunesse ?), l’auteur revient à un ton très Potterien, en se dressant clairement contre des adultes implacables qui ratent tous leur vie, et se vengent sur leurs enfants.
Malheureusement, la richesse du ton et de la langue en pâtissent. Le roman devient une sorte d’ovni, plus proche de la littérature jeune adulte que de la littérature adulte, même s’il essaye d’y prétendre. Très clairement, si vous n’avez jamais lu l’auteur et que ce n’est pas la nostalgie qui vous pousse à ouvrir Une place à prendre, ne vous y attardez pas au-delà après avoir dépassé la barre des vingt ans.

Les points positifs restent ceux qui avaient fait la force de la saga des sorciers, une écriture très vivante, des personnages marquants, une bonne touche d’humour anglais et une compréhension du genre humain assez fine, qui se permet des envolées plus osées et sombres pour le plus grand bonheur du lecteur contrarié par la plasticité infantile des personnages d’Harry Potter. Contrairement à ce qui a pu être dit, même s’il n’y a pas de magie, Rowling est dans la continuité. On sent qu’elle a besoin de se rattraper, d’écrire sur une adolescence dont elle a dû gommer toutes les dérives avec la contrainte d’écrire pour un jeune public. Alcool, sexe, drogue, mutilation, persécution, tous les thèmes sont là… et rendent le changement de registre encore assez timide.
Sans être incroyable, Une place à prendre est donc encourageant pour la suite de la carrière de l’auteur qui, espérons le, a appris de ses erreurs et gagné en maturité dans ses prochaines œuvres. Loin de me décourager, je découvrirai donc avec plaisir son roman policier dans un futur proche.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Titus dans les ténèbres – Mervyn Peake

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titus Non ! Je ne laisserai pas mourir ce blog, mais les temps sont durs pour mes activités internet et les critiques de livres ne sont plus dans mes priorités. Depuis que je suis passée du côté des éditeurs (enfin… des stagiaires en fait. Je vous en parlerai peut-être plus tard) je me retrouve à lire tellement de choses que je n’ai plus le temps de m’y attarder vraiment. Heureusement, j’ai le souvenir de m’être engagée à quelques challenge de lecture, et l’idée de ne pas m’y tenir me contrarie un peu. Je suis comme ça, j’ai besoin de me rajouter des objectifs un peu inutiles dans mon existence. Qu’en est-il donc de ce défi Grande Bretagne ? Il n’est pas très avancé à dire vrai. D’habitude, je lis beaucoup d’auteurs anglais, mais mes stages ont perturbé ma PAL. Pour cet article, il sera donc question d’un conte découvert cet été et écrit par Mervyn Peake, auteur de la merveilleuse trilogie de Gormenghast.

Contexte : Titus dans les ténèbres a été imaginé pour un recueil auquel ont également collaboré William Golding et John Wyndham en 1956 : Quelquefois jamais. Les lecteurs de Gormenghast y retrouveront Titus, le comte d’Enfer, au début de sa rébellion adolescente. Lassé de répéter les mêmes rituels chaque jour, le jeune homme quitte son château pour partir à la découverte du monde. Une nouvelle escapade, de nouveaux personnages pour un univers enrichi, et, surtout, un conte philosophique très intelligent qui peut s’apprécier indépendamment de l’œuvre de Peake.

Critique : J’ignorais l’existence de ce petit livre. Une véritable rareté. Avoir la chance de replonger pour une centaine de pages dans l’univers merveilleux de l’auteur était un véritable bonheur. On retourne dans les murs de Gormenghast avec une certaine émotion vivre un moment privilégié, faire un dernier bond dans le passé. Cependant, il ne sera pas question du château, mais de ses extérieurs, avec son lot de personnages étranges que cela implique. Si vous avez lu le dernier tome, alors vous n’ignorez pas que, derrière les murailles de l’imposante forteresse, tout devient très hostile. Le temps d’une nuit, Titus s’offre donc une ballade qui devra le marquer lourdement.
En se pliant au format du conte, l’auteur propose une aventure invraisemblable, proche du rêve, et même d’un cauchemar plutôt angoissant. Deux personnages à l’intelligence limitée croisent les pas du jeune comte : Bouc et Hyène. Animaux, humains ? Avec un talent toujours aussi remarquable, Peake profite des avantages de la plume pour brouiller les pistes. Les protagonistes prennent des allures d’hybrides… Il est difficile de les imaginer vraiment. Une bête qui parle, qui se tient debout, pourquoi pas, nous sommes dans de la fantasy après tout… Mais ce serait mal connaître le travail d’un écrivain profondément intéressé par l’humain. Non sans horreur, la vérité apparaît doucement, il s’agit bien d’hommes qui, pour une étrange raison, ont abandonné une partie de leur esprit et adopté des attributs sauvages. La tragédie intègre cependant un bel humour grotesque, propre à inspirer les sourires crispés, et, parfois, une certaine forme de pitié.
Que veulent-ils ? De nouvelles âmes pures à apporter à leur chef, l’Agneau, un despote aveugle qui se nourrit de l’adoration de tous ceux qui se soumettent à son incroyable autorité. Hélas, le souverain millénaire se porte mal. La plupart de ses créatures ont disparues après avoir été trop violemment rongées par une insupportable contradiction avec leur bestialité. Seuls Bouc et Hyène, les idiots, lui sont restés. Ils espèrent faire de Titus, qui sera toujours appelé « Le Garçon », un nouvel adepte.

L’histoire serait trop courte pour que je vous en dévoile davantage sur les motifs réels de chacun, et les conclusions précises de cette œuvre inclassable qui, par l’absurde et dans un style inimitable, dénonce le totalitarisme, toute sorte de fanatisme en défendant le libre arbitre. Mervyn Peake ne donne pas dans le grand discours. Tout est symbole, tout est sens chez lui, ce qui rend son texte très riche, très fascinant, à lire plusieurs fois pour comprendre toutes les subtilités, ses jeux de mots, d’images et de langage.
Il sera peut-être difficile d’abord pour une personne qui ne connaît pas du tout ce cher monsieur, un poète et dessinateur qui utilise la prose pour aller là où les deux premières disciplines s’arrêtent, mais vaut néanmoins un petit détour. Vous tiendrez en tout cas un petit bijou plein de sagesse entre vos mains.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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Une illusion passagère – Dermot Bolger

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une-illusion-passagere-300701-250-400Parmi les sorties de la rentrée, le petit livre de Bolger ne paye pas de mine mais a l’avantage de marquer l’esprit. On le termine vite, mais quelque chose reste. La sensibilité de l’auteur fait mouche, cruellement.

Résumé : Pendant un voyage en Chine, Martin, un haut fonctionnaire irlandais de cinquante-cinq ans se souvient d’une vie qui s’étire derrière lui. Sa femme le délaisse, ses filles sont adultes, le futur ne sera qu’une mort lente. Etouffé par sa solitude, il demande les services d’une masseuse à son hôtel dans l’espoir inavoué de retrouver un peu de chaleur humaine, de renouer avec les plaisirs d’une jeunesse perdue.

 

Critique :
Une soirée. Les quelques centaines de pages du livre ne décriront rien de plus. Une soirée, le temps de traverser toute une vie, d’espérer encore, d’entrevoir le futur. Tout sera dit. La plume de Bolger est habile, légère, et juste. Elle nous attache à ce pauvre Martin qui, malgré son statut, ressemble à l’homme le plus banal du monde, à l’aube de cet âge où tout peu basculer à tout jamais. Un bon métier, une épouse aimée, une belle vie de famille. Que demander de plus ? Il n’y a jamais eu d’histoire à raconter, aucune fausse note dans un quotidien parfaitement réglé. Martin est toujours resté à sa place, dans l’ombre, attaché aux valeurs d’une vieille Irlande qui s’éteint, et dont l’économie elle-même voit son heure arriver. Pour son voyage en Chine, il le sait, tout ne sera qu’une mascarade destinée à laisser l’honneur sauf. L’avenir ne brille pas pour le pays, et l’idée de prendre une retraite anticipée sonne aussi le glas pour lui.
Que faire lorsque tout ce qu’on a construit est soufflé par le temps ? Ses trois filles n’ont plus besoin de lui, sa femme a décidé de faire chambre à part, elle estime avoir passé le temps pour « ces choses-là ». L’homme se souvient des bons moments et s’étonne. Comment tout à pu disparaître ? Pourquoi les sentiments d’autrefois ne peuvent-ils plus renaître ? La distance forcée dans son couple est une entaille profonde, une torture perpétuelle. Il pourrait aller voir ailleurs, bien sûr, mais Martin est un homme droit qui ne connaît pas l’excès, qui n’a jamais si s’imposer, même s’il était drôle avant. Seulement, ses traits d’humour aussi ont fini par disparaître avec l’âge et les longues journées sérieuses au travail.

Seul dans une chambre d’hôtel à des kilomètres de son foyer, serait-il temps de céder pour la première fois ? Bolger oppose fantasme et réalité en explorant les doutes, les regrets d’un homme qui, en Chine, engage une dernière lutte contre la vieillesse, l’angoisse de vivre les trente prochaines années dans un même état de stagnation. Une asiatique moitié masseuse, moitié prostituée pourrait-elle mettre fin à une existence d’austère dignité ?
Non sans humour, le texte tire un portrait grinçant d’un type ordinaire que les convenances ont vieilli avant l’âge et dont l’existence tranquille et sécuritaire n’a plus rien à apporter une fois le noyau familial morcelé. Ce n’était pas prévu, encore moins souhaité. Mais, à cinquante-cinq ans, il n’est pas dit que les convictions de toute une vie puissent changer.

Dermot Bolger est une excellente découverte. Le genre d’auteur à rendre poignant un récit aussi court que simple. Une illusion passagère nous fait partager les pensées d’un « n’importe qui » que l’on finit par trouver familier. On s’y attache, on aimerait sincèrement le soutenir dans sa quête de bonheur désespérée. L’auteur s’est fait connaître pour ses romans critiques d’une certaine bourgeoisie catholique irlandaise. Je pense que je ne manquerais pas de lire un titre plus épais pour avoir un meilleur aperçu plus dense de ses visions acérées.

[Cette lecture s’inscrit dans le Challenge United Kingdom organisé par Vashta Nerada]

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La femme à 1000° – Hallgrimur Helgason

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la-femme-a-1000--315548-250-400Lire de la littérature islandaise n’est pas une occasion qui se présente très souvent alors, puisqu’une Masse Critique s’annonçait, pourquoi ne pas la saisir ? M’étais-je dit le mois dernier. Ce serait, au moins, une découverte certaine avec ce lointain pays scandinave dont on sait finalement assez peu de choses.

Oh, comme j’ai eu tort ! Si j’avais su ce dans quoi je m’embarquais, toutes mes excuses à l’éditeur, l’auteur, aux organisateurs, mais, je n’aurais jamais signé. La quatrième de couverture me laissait pourtant redouter le pire : une vieille sur un ordinateur dans un garage pour le côté badass, un retour fantaisiste sur la seconde guerre mondiale pour l’aspect provocateur, et on obtient évidemment un parfait titre de rentrée aux allures vaguement intellectuelles. C’est dit, il y aura du concept, de l’Histoire, des discours moralisateurs, tout ce qui peut inciter n’importe quel chaland à l’achat. La couverture donnait également le ton. J’aurais dû suivre mon intuition. Mais, comme je ne l’ai pas fait, je suis bien obligée de tenter la critique d’un livre que je n’ai ni aimé, ni terminé. Pardonnez-moi encore, je mets généralement un point d’honneur à aller au bout de mes romans, mais 630 pages grand format de cette teneur étaient au-delà de mes forces. Mon cerveau en est arrivé à ce point critique où il refusait tout simplement de lier les mots les uns aux autres pour faire sens.

Pourquoi ? Simplement parce que, si on retire la toile de fond de la maigre architecture de cet ouvrage, tout tombe à terre et on ne rencontre que du vide, des lieux communs à la pelle, une trame historique douteuse, une psychologisation ratée et une assez détestable fausse modestie de la part de l’auteur comme du personnage principal.
Mis à part pour l’aspect « cool », l’idée d’une vieille femme geek dans un garage n’apporte absolument rien à l’affaire. Le concept peut faire sourire un moment, c’est bien, il fallait y penser ! L’auteur surfe sur une mode, sur un genre de fantasme qu’il essayera de nous rappeler à chaque page qui se déroule dans le présent. Le problème, c’est que non seulement, l’originalité est assez creuse, mais en plus, loin d’être sympathique, le caractère forcé de la pauvre Herra devient vite insupportable. Ce n’est rien d’autre qu’un archétype, celui du personnage féminin qui se veut fort, dominateur, au point d’en devenir ridicule. Et, très franchement, qui s’intéresse à ses histoires de trolling sur internet ? Elle se fait passer pour une femme sexy pour se moquer de vagues pervers ? Bien ! Hilarant ! J’ai fait pareil à 13 ans… Pas à ce point certes, mais ça fait toujours rire les collégiens. Pour le côté super classe, on va repasser. Je crains que l’auteur n’ait qu’une piètre idée de ce monde. On sent bien qu’il essaye. Mais, non, vraiment, il faut repasser, ça n’est pas “cool” un seul instant.
Et je ne vous cite bien sûr qu’un détail parmi toutes les choses qui m’ont donné envie de jeter ce livre par la fenêtre. Entre les discours gratuitement misandres sur tous ces hommes vraiment stupides qui lui sont passés dessus et une psychologie faiblarde du pourquoi devient-on nazi, agrémentée de grands moments de lucidité tels que « et pourtant, dans le fond, il n’était pas si méchants. », il y a de quoi pleurer de désespoir.

Donc, nous disions, la vieille dans le présent ne sert à rien, et, de toute façon, elle sait se rendre assez haïssable pour bloquer tout sentiment de compassion. C’est peut-être un peu ma faute aussi, mais je n’aime pas me faire imposer 630 pages par une vieille peau narcissique. La construction du récit elle-même, n’est également qu’une question de concept. ça brasse l’air, ça donne l’impression de mouvement, au milieu d’un vaste désert. Les allers/retours incessants d’une époque à l’autre apportent bien peu de choses, une nouvelle réflexion inutile, tout au plus. Aucune intrigue réelle ne se met en place. A aucun moment, on ne va se demander comment le personnage est arrivé à telle ou telle situation. ça ne marche pas. On s’en fiche relativement. Et puis, à force de nouvelles scènes toutes plus invraisemblables les unes que les autres afin de nous montrer sans le moindre sens de la mesure que cette dame a une vie exceptionnelle, on finit par se taper le crâne en se demandant, pourquoi, mais pourquoi donc 600 pages pour essayer désespérément d’avoir l’air cool ? A ce stade, c’est un peu symptomatique non ?

On rira peut-être des grands moments de ridicule moralisateur. Herra enfant qui reste bloquée 3 jours le bras levé pour le salut nazi après avoir été traumatisée par un allemand… Non. Je veux qu’on arrête ce massacre. Ce serait drôle si le récit était d’un burlesque assumé, mais je vous assure, je le crains, Helgason est très sérieux et se croit malin.
Puisqu’il n’y a donc rien attendre de ce récit, aucune intrigue, que l’on connaît d’avance la fin : elle va mourir, le lecteur sera enfin libéré, je doute aller plus loin. Après 400 pages de lectures à sans cesse espérer une sorte de retournement de situation, je ne m’attends pas à la moindre nouveauté, tous les chapitres suivent des segments relativement semblables, c’est d’une platitude affolante.
D’habitude, j’essaye de rester un minimum objective… Cette critique fait exception parce que… enfin… Je ne suis pas assez cruelle pour vous conseiller de voir par vous-même, il y a 600 pages, ça représente tellement d’heures de lecture plus constructives.

Néanmoins, comme je ne suis pas tout à fait vilaine, je terminerai sur des points positifs qui m’ont assez intéressée au début du roman. Du point de vue d’un français, il est toujours assez intéressant d’avoir un aperçu de ce qu’a pu être la situation des islandais pendant la seconde guerre mondiale. J’ai aussi beaucoup apprécié les comparaisons entre les scandinaves et le reste du monde, les islandais et les autres scandinaves. Pour avoir frayé avec cette culture d’assez près, je peux au moins dire qu’à ce niveau, les piques touchent juste et amusent réellement qui connaît le sujet. Après, pour faire dans la mauvaise foi, évidemment, on pourra dire que n’importe quel islandais serait capable d’en faire de même.
Pour conclure ? Helgason est peut-être très sincère dans sa démarche, mais j’ai quand même l’impression qu’il se moque un peu du monde.

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A la splendeur abandonné, suivi de : La Censure, conversation avec Marguerite Duras

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cendresCette semaine, mes lectures sont un peu confuses alors, en attendant une véritable critique, je vous laisse avec une petite réaction sur un livre très fin qui a piqué ma curiosité, pour me laisser très sceptique. Dépoussiérons donc en quelques lignes de vieilles agitations littéraire.

En 1988, une étrange affaire soulevait le monde des lettres, Julien Cendres, un auteur peu connu, s’est retrouvé en garde à vue, traité comme un criminel pour avoir écrit un poème érotique sur un jeune garçon et l’avoir envoyé à une revue belge, L’Espoir. Le texte avait été refusé et gardé dans des archives que la police a ouvertes suite à une procédure judiciaire. Le regard des enquêteurs est heurté par le texte, ils pensent tenir un dangereux pédophile, retournent à Paris pour perquisitionner son appartement. Consternés, des intellectuels français crient au scandale.

Ce petit livre a l’intérêt de rappeler une histoire étonnante et oubliée, en interrogeant, toujours, sur l’éternelle question de la liberté de l’art. Cependant, le combat enflammé des défenseurs de Julien Cendres semble très vite assez ridicule. Comme bien souvent, on a essayé de mettre de fausses problématiques sur un événement très mineur. Choquante, la réaction des forces révèle davantage le symptôme d’une vaste chasse à la sorcière. Les accusations de pédophilie pleuvent à tout va, souvent là où il n’y en a pas.

Ridicule est la réaction des intellectuels qui s’emballent dans l’espoir de vivre une grande épopée littéraire digne des guerres d’opinion du XIXe siècle. Le texte de la préface, par trop passionné, compare un écrivain plutôt secondaire, à de grandes plumes françaises. Car oui, si nous l’envoyons en prison, pourquoi ne pas en faire de même avec Lautréamont, Huysmans, Baudelaire, Rimbaud, et tant d’autres encore qui ont osé érotiser un jour de jeunes garçons. N’exagérons rien. Après ce qui n’est finalement que trois pages d’un poème très court à l’intérêt limité, et au fond dérangeant assez évident, nous pouvons lire quelques réactions des personnalités de l’époque. Elles ont au moins le mérite de montrer des avis variés. La plupart soutiennent par principe, mais certains osent préciser que le texte ne les a pas vraiment plongé en extase. Suit aussi la retranscription d’un échange avec une Marguerite Duras trop sénile pour avoir quoi que ce soit à dire.

Mais, avec le script d’une pièce de théâtre à la fin, où il s’agit de mettre très grossièrement en scène le poème, lu par un père de famille qui finit par se faire entraîner par la police, nous sombrons dans le ridicule.

Il n’y aura pas de nouveau « J’accuse », rien de plus qu’une tentative désespérée d’une partie de la gauche (sans doute) de créer un moment historique sur du presque rien. Pas sûr que tout cela ait une chance de résister au temps. En revanche, nous pouvons voir à quel point rien n’a changé en plus de vingt ans : nous aimons toujours brasser de l’air sur de faux problèmes.

Dispensable mais toujours amusant, le livre garde une certaine valeur documentaire, mais on ne peut que regretter son absence de matière face à ce qui est annoncé comme la presque « affaire du siècle » à travers de nombreuses coupures de journaux en quatrième de couverture. J’espérais en tout cas découvrir quelque chose d’un peu plus subversif. Défendre la liberté d’expression et des arts, oui. Mais, parfois, il est des petites injustices contre lesquelles il ne vaut pas tellement la peine d’insister, au risque d’en faire trop, vraiment trop. Si la raison est que notre société des arts s’ennuient, c’est même assez triste, finalement.

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Humpty Dumpty à Oakland – Philip K. Dick

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humptyJe le connaissais pour quelques adaptations cinématographiques et sa personnalité tordue mais je n’avais encore jamais eu l’occasion de lire ses livres. L’un d’eux m’est passé sous la main. Depuis le temps que je guettais l’occasion, je n’ai pas hésité une seconde. Bien sûr, je ne prends pas le meilleur chemin, je me retrouve à lire l’un des rares et méconnu roman ‘réaliste’ d’un auteur de science-fiction. Mais ça me laisse au moins une certaine primauté non ? L’essentiel, de toute façon, est que le talent de Philip K. Dick n’ait pas beaucoup souffert du passage d’un genre à l’autre.

 

Résumé : Dans les années 50, lorsque le vieux Jim Fergusson prend la décision de vendre son garage automobile pour éviter la menace d’une crise cardiaque, Al Miller s’inquiète du devenir de son petit business de voitures d’occasions. Il lui faut envisager une reconversion alors qu’il n’a jamais rien réussi dans sa vie. Le salut arrivera-t-il grâce à un riche producteur de disque dont les affaires semblent plus que suspectes ?

Critique :
Même avec un contexte des plus banales, K. Dick parvient à perdre son lecteur dans une histoire de plus en plus déroutante. Le speech de départ semblait pourtant clair : un type veut continuer à vivre, l’autre essaye de survivre. Du point de vue de Jim Fergusson, tout se passe bien. Sa retraite est assurée, et un riche producteur lui offre même l’opportunité de gérer le garage d’une zone commerciale en construction. Il hésite. Sa passion pour la mécanique le laisse très tenté malgré les mises en garde de son médecin. Après tout, il aura une équipe, ce ne sera plus à lui de mettre les mains dans le cambouis.
Pour Al Miller, les choses ne sont pas aussi simples. En fait, les choses ne sont jamais simples pour ce tout juste trentenaire qui vit avec sa femme « comme un noir », et même un moins que noir, puisque les propriétaires de son misérable appartement ne sont pas blancs. Dans une Amérique encore très marquée par la ségrégation raciale, Al ne vaut vraiment rien. En découvrant l’existence du riche producteur et en entendant quelques rumeurs à son sujet, le jeune homme est convaincu d’être en présence d’un grand manipulateur. Il se met en tête de déjouer ses plans et prouver ses mauvaises intentions même si, dans le fond, il n’a aucune idée de leur nature. Pourtant, le commercial semble des plus accorts. Serait-ce un piège ?

Humpty Dumpty à Oakland rendrait n’importe qui paranoïaque. L’auteur nous perd, nous ne savons plus très bien qui croire. Faut-il faire confiance à Jim que la maladie rend peut-être un peu sénile, ou à Al, qui a tout du parfait looser ? Comme lui, nous nous surprenons à nous méfier de tout, à entrer dans les calculs très méfiants d’un petit prolétaire qui se sent pris au piège d’une logique capitaliste et cherche désespérément à sauver son libre arbitre. Derrière tout cela, une machinerie infernale le dépasse. N’est-il pas suspect de voir le riche, le puissant, essayer d’aider un pauvre type comme lui ? Les questions tournent sans cesse, les thèses se confirment à un chapitre, sont écartées au suivant. Une seule chose est certaine, cette histoire tournera mal.
Il serait difficile d’en dire plus sans spoiler. Al est un cas désespéré à la logique défaillante mais parfois surprenante de lucidité. Son combat, qu’il soit fondé ou non, semble perdu d’avance. On ne lutte pas contre sa propre société quand on n’a aucun moyen d’exister. Quant aux conclusions à tirer de ce roman, je ne saurais me prononcer. Je ne suis pas certaine que l’auteur ait cherché à faire passer un message concret tant Al inspire peu d’empathie. Ce serait plutôt une expérience de lecture, l’histoire hallucinée d’un pauvre type qui ne fait que se couler, en détruisant des choses au passage. Un Humpty Dumpty à Oakland, tout simplement…

Hors des sentiers de la science-fiction, Philippe K. Dick est un excellent auteur, maître de l’absurde et de l’humour grinçant. Ce n’est ni drôle ni tragique, c’est quelque chose entre les deux, si cela peut exister. Tout ça pour une histoire de garage à vendre ! On referme le livre avec la sensation d’avoir fait un voyage des plus curieux, même si la fin est peut-être un peu en-dessous de ce qui pouvait être espéré. Si vous voulez découvrir l’auteur dans un autre registre, ou même le découvrir tout court pour les frileux de SF, n’hésitez pas sur ce titre. A défaut d’en tirer une leçon de philosophie, vous aurez le cerveau retourné bien comme il faut.

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Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil – Ronaldo Correia de Brito

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le jour ouLes chroniques littéraires reprennent avec un auteur brésilien découvert grâce à une Masse Critique de Babelio. Les tirages au sort m’ont amenée une fois de plus en Amérique latine, et, pour mon plus grand plaisir, vers les contrées nébuleuses du réalisme magique.

Présentation :
Le jour où Otacilio Mendes vit le soleil est le titre d’une nouvelle à propos d’un homme qui se laisse vivre sans trouver de goût à rien. Dix autres histoires où dominent absence, doutes, regrets, attente composent un petit recueil aussi touchant que douloureux.

 

Critique :

Le réalisme magique est un genre étonnant qui porte la trace des civilisations passées, un primitivisme puissant, une force d’évocation troublante. Les amateurs de Gabriel Garcia Marques ne seront pas déçus puisque, dans les régions reculées du Brésil, la violence des traditions écartèlent hommes et destins. Vendettas, fantômes du passé, femmes brisées, nous ne sommes pas loin de la Chronique d’une mort annoncée. La mort hante les pages, elle y rôde avec son caractère obligatoire, elle devient la solution, le seul moyen de trouver un apaisement, comme une rafale sous un soleil de plomb. Tous les personnages répondent à son appel. Pire, certains l’invitent dans un hamac sur leur seuil (Inacia Leandro) ou vont jusqu’à l’incarner (Lua Cambara) sur des terres vaporeuses qui relient le monde tangible à l’au-delà. Mais le spectre n’est jamais un danger, il reste la simple manifestation d’une existence douloureuse et troublée.

Dès la première nouvelle, le ton est donné. Un homme trop généreux a fait l’erreur d’héberger un bandit de grand chemin. Sa condamnation est sans appel, les forces de l’ordre viendront le tuer. Mais les figures les plus présentes et les plus tragiques du recueil sont principalement celles des femmes, prisonnières de leurs conditions, victimes des violences conjugales et de règlement de compte dans une culture où les hommes défendent leur honneur à coup de couteaux. Le choix compte parmi les textes qui m’ont le plus marqués. Entre un homme brutal, qui a manqué de la tuer, et un mari très tendre Aldenora Novais est partagée entre le cœur et la raison. Chaque personnage a d’ailleurs pour trait cette passion très « latine », un côté entier, sauvage, sanguin et, finalement, assez morbide.

L’espace temps est assez flou. Présent et passé se rencontre, il semble difficile de situer véritablement l’époque dans laquelle se déroulent les scènes. Cette impression est favorisée par une écriture très poétique et pudique. Correia de Brito – et c’est là un petit défaut – devient parfois confus. Alors les pistes se brouillent, il faut faire le geste assez désagréable de revenir en arrière pour retrouver le fil d’une histoire, de sorte que son recueil s’adressera avant tout aux lecteurs déjà initiés à ce type de littérature. Néanmoins, la douceur des mots, la distance du ton permet une mise en relief très dure de la violence qui pèse sur tout l’ouvrage. Quelque chose de très froid traverse les paysages désertiques du sud pour venir déranger notre inconscient. Que l’on se sente touché ou non, on ne peut en sortir tout à fait intact, et les fins laissées en suspend, dans la suggestion de ce qui arrivera, y contribuent beaucoup. Comme la mort ne semble pas définitive dans cette région, les histoires se doivent de garder elles-mêmes un aspect étrangement inachevé.

Je remercie les éditions Chandeigne pour cette découverte.

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Le trône de fer 1 & 2 – G. R. R. Martin

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Je mets la couverture la plus portable. Les éditions françaises de cette saga sont de plus en plus moches… sérieusement…

Il y a quelques années, je cherchais une série de fantasy dans un genre proche d’une saga que je venais de terminer, Les monarchies divines. Le nom – alors peu connu – du Trône de fer était alors tombé. On me promettait des intrigues royales, des personnages en demi-teinte, un univers peu axé sur la magie. Vaguement intéressée, j’ai vite été découragée par le nombre de tomes déjà édités. Je ne suis vraiment pas fan des lectures interminables. Comme je préfère les films aux séries, j’aime qu’un roman se termine vite pour atteindre un but clair et précis (trop d’auteurs à découvrir pour rester bloqué sur un seul).
Puis, l’adaptation télévisée est arrivée. Tout le monde s’est pris de passion pour Game of thrones et il devenait impossible d’y échapper. J’ai tenu bon jusqu’en mars mais, à force d’entendre le sujet revenir à chaque soirée, il fallait bien que je sache…

Pour cette critique, je passerai très rapidement sur le premier volume avant de faire un commentaire plus global sur les deux. Si vous n’êtes pas aussi loin dans votre lecture, il n’y aura pas de gros spoil, mais les plus prudent peuvent s’arrêter après la « Présentation ».

Présentation (Tome 1) :

Au risque de passer encore pour quelqu’un de trop sceptique, les premiers chapitres n’ont pas eu l’effet d’une révélation sur moi. J’avais acheté la première partie en format poche l’année dernière et je l’ai lue en septembre. C’était agréable de tomber, pour une fois, dans une histoire assez prenante (j’en lis très peu) et d’entrer dans un univers imaginaire qui cherche à nous attacher aux destins de plusieurs personnages. Un bon moment de détente qui ne m’a cependant pas tenu assez en haleine pour me donner envie d’enchaîner sur la suite.
Sans parler de la traduction hasardeuse (et de ses tournures souvent peu naturelles), l’écriture reste assez simple, l’histoire est donc le principal argument. L’univers est maîtrisé, on sent que l’auteur détient un assez bon bagage historique, les descriptions très visuelles permettent une représentation rapide des paysages, et chaque personnage principal (celui à travers lequel il nous est possible de voir l’action) se démarque suffisamment pour diversifier les expériences de lecture. Les romans à focalisations internes multiples me plaisent d’ailleurs beaucoup pour cette raison, et sont idéaux dans les récits d’aventure aussi longs, au risque de finir très fâché avec un héros unique que l’on doit subir pendant des milliers de pages.
Ici, l’archétype du héros est très vite identifié. Il s’agit bien sûr d’Eddard Stark, seigneur de Winterfell. En l’entraînant au cœur des intrigues de cour, G. R. R. Martin parvient à bousculer les codes habituels de la fantasy : pas de droiture possible en politique. Après avoir lu un nombre incalculable d’histoires menées par une personnalité bornée, butée, engoncée dans des valeurs qui devraient lui coûter la vie à chaque chapitre, le virage scénaristique a de quoi, je suppose, marquer les esprits. En tout cas, l’argument m’a fait revenir à ce genre littéraire, dont les quelques explorations m’ont souvent déçue…

Remarques générales (tome 1 & 2) :

Beaucoup vantent l’ambivalence des personnages. A ce niveau, je reste cependant plus modérée dans le sens où je n’ai jamais rencontré de caractères tout blancs ou noirs dans des lectures qui ne sont pas classées « jeunesse » (ou, à la limite, les films hollywoodiens). Donc, c’est une qualité qui me semble logique venant d’un auteur qui ne s’adresse pas aux moins de quinze ans… Je ne me suis peut-être pas suffisamment acharnée dans la fantasy pour y voir là quelque chose d’exceptionnel. Cependant, les « héros » répondent tous, me semble-t-il, à des clichés de genre très connus du côté des Stark :
–          Jon : le bâtard repoussé par sa belle-mère humble, courageux, dont on peut pressentir à l’avance un destin glorieux, malgré des chemins détournés. Le héros le plus classique après Eddard.
–            Catelyn : La femme de seigneur, mère courageuse et protectrice.
–          Arya/Sansa : D’un côté le garçon manqué qui se rebelle contre sa condition (avec le capital sympathie inévitable que cela implique), de l’autre, la sœur qui se rêve princesse et dont, on s’en doute bien, les idéaux seront vite mis à mal.
L’intérêt va donc se porter plus volontiers sur Tyrion qui, malgré son nanisme, devient rapidement le plus charismatique (quoiqu’on ait le classique du “faible” sauvé par son intelligence), et Daenerys.
Les points de vue se nuanceront peut-être à l’avenir mais, de la fin du tome 2, je ne vois pas de mouvement majeur. Là est d’ailleurs un gros souci du livre. A vouloir donner trop d’histoires personnelles, Martin allonge considérablement son scénario. Un début d’action met parfois 200 pages avant de se relancer, ce qui, à la longue, peut vite venir à bout des plus patients. A cela s’ajoute, et surtout à partir du Tome 2, énormément de scènes inutiles. Sur un chapitre, il faudra rarement s’attendre à une information intéressante avant la dernière page. L’auteur se perd dans un fouillis de scènes presque capricieuses et dans ses visions kaléidoscopiques. L’enthousiasme qui nous prend parfois à la lecture est vite déçu.
Motivée à la fin du premier tome, j’ai commencé à comprendre la lourdeur que lui reprochaient beaucoup de personnes à la moitié du second. L’action patine beaucoup trop et, à moins d’être dans le fan service pour l’un des héros, on s’ennuie… La progression est pénible, on avance souvent pour revenir à la case départ sans qu’il y ait la moindre justification scénaristique. Pour exemple, les chapitres de la fuite d’Arya qui se sont avérés ne mener à rien m’ont franchement agacée. Martin nous fait tourner en rond pour faire durer un suspens assez inutile, qui marcherait tout aussi bien sur une durée plus courte, avec des effets mieux gérés et des ellipses bienvenues. J’ai de plus en plus tendance à penser qu’il fait finalement un meilleur scénariste qu’écrivain.
Il est, en tout cas certain que le Trône de fer est très à la croisé des genres. Sa structure répond à celle d’un certain nombre de romans tout en étant trop maladroite pour tenir sur le long terme. Sans la motivation de la série et la peur du spoil, je pense que je n’irai pas au bout, et, finalement, je laisse de plus en plus les gens me révéler des informations, pour la seule raison qu’à la fin du tome 2 beaucoup de choses se déduisent facilement… sauf qu’elles se passeront peut-être dans 2 000 pages, voire plus. Sans le format télévisé, je doute que beaucoup de lecteurs seraient allés si loin (et l’on me dit que les plaintes quant à l’inanité de la saison 3 commencent à gronder…)
Les amateurs de combats épiques et sanglants aux tonalités homériques peuvent rengainer. Il n’y aura pas grand-chose à se mettre sous la dent de ce côté, ce que je regrette un peu. C’est un aspect que j’avais adoré avec Les monarchies divines.

Tout en étant mitigée sur les choix d’écriture de G. R. R. Martin, j’apprécie la saga pour ce qu’elle est, une bonne lecture de distraction, et je me donne encore la lecture du tome 3 avant de faire une bonne pause sous peine d’indigestion. Un bon point du tome 2 est l’apparition de chapitres pour un personnage qui, à ce stade, me semble le meilleur de tous : Theon. Loin des archétypes, le garçon des îles-de-fer pose un véritable problème de positionnement et ses pages sont (de mon point de vue) les plus intéressantes à lire, celles qui me redonnaient le plus sûrement envie de prendre le livre. Sauvagerie perverse mêlée à la naïveté et l’inconscience enfantine sont un terrible mélange. On lui souhaite un revers de bâton pour le regretter ensuite, en découvrant ses pensées tout étonnées de mal-aimé.
Un caractère bien trouvé, bien maîtrisé par son auteur et qui vaut vraiment le coup d’être découvert sur papier (la série l’édulcore en partie pour épargner les âmes sensibles). Le bâtard Balon en focalisation interne devrait aussi épicer un peu les chapitres du tome 3 à côté des pâlots Stark et même de Daenerys qui, passionnante à suivre dans le premier, fut d’un ennui profond dans le T2. J’ai également gardé Bran parce que je le considère aussi à part à sa façon. Même s’il n’est pas très passionnant à suivre, je l’aime bien, je le trouve plus intelligent que ses frères et sœurs et je ne peux m’empêcher de me dire qu’il va se passer quelque chose avec lui. J’espère que ses jambes auront, en tout cas, été brisées à des fins scénaristiques utiles parce que, en attendant, on ne peut pas dire qu’il nous distraie beaucoup…

Je m’arrête là et reviendrais peut-être sur le fond même de l’histoire pour le tome 3, puisque je pense que mes remarques sur la forme seront toujours valables (hélas !).

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Gatsby le magnifique – Francis Scott Fitzgerald

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gatsby-le-magnifiqueInitiée à Fitzgerald par Les heureux et les damnés, qui furent un grand moment de découverte littéraire, je me tourne vers Gatsby sur le tard, un peu comme tout le monde en ce moment, à cause de la sortie du film.
J’attendais beaucoup de ce petit roman. Un an et demi après être tombée sous le charme de son auteur, j’allais enfin replonger dans son univers, lire ce que chaque critique annonce comme son chef d’œuvre.

Résumé : Gatsby est un parvenu dont les uns recherchent la compagnie, et dont les autres se méfient. Lorsqu’il emménage dans une maison voisine à la sienne, Nick Caraway entend toutes sortes de rumeurs sur son compte. Quels secrets terribles dissimule cet homme ?

Alors qu’une vague de chroniques enthousiastes auréole à nouveau ce titre, je ne peux retenir un avis plus mitigé. Je ressors peu marquée et même assez déçue de cette lecture. Bien sûr, la prose est agréable, les scènes s’enchâssent bien, l’intrigue, assez dépouillée, atteint une portée universelle mais, pour tout dire, je me suis plutôt ennuyée. Seule l’apothéose du dernier chapitre est parvenue à me faire un peu vibrer. Fitzerald raconte la tragédie d’une société à laquelle, comme son héros, il ne fut jamais complètement lié. Son narrateur fait le constat d’un monde terrible, sur le déclin, où l’on ne peut arriver autrement que par la naissance.
Pourquoi ce roman a-t-il remporté un si grand succès ? Peut-être à cause de sa simplicité savamment dosée. Tout passe par la suggestion, le passé trouble de Gatsby comme les tensions de la belle société américaine des années folles. En arrière fond, la prohibition, la mafia, les excès d’un monde perturbé, à moitié renversé. Le scénario est un peu fou, étonnant, d’une certaine façon, mais le ton de Fitzgerald est si détaché que rien ne dérange un seul instant. Entre la thématique de l’amour impossible et celle de l’homme seul contre les calomnies de l’élite sociale, il y avait de quoi toucher durablement un très large public. La sortie d’une nouvelle adaptation et l’engouement autour de l’œuvre le prouvent.  Gatsby est la pointe émergée de la bibliographie de l’auteur, une bonne entrée en matière, mais peut-être pas la meilleure approche de Fitzgerald.

Après Les heureux et les damnés, dont la structure peu évidente ne pouvait toucher un large lectorat, l’écrivain de la génération perdue fait, avec son troisième roman, une synthèse brillante de tous les développements du second en utilisant, cette fois, un personnage auquel il est aisé de s’identifier (quand Anthony Patch est un rejeton de l’aristocratie la plus hautaine). Comme d’autres artistes de son époque, il continue de prendre sa revanche sur un milieu huppé où règnent les cultes de l’image et de l’argent, où le démon alcool avilit tout. Dans les deux cas, la conclusion est désespérée. Cependant, moins frontalement tragique, celle des Heureux et des damnés m’a laissée une impression bien plus glaçante. Au lieu de se concentrer sur le destin d’un homme, Fitzgerald condamne au surplace un monde tout entier, celui de Daisy et Tom, qui se délite de l’intérieur sans que personne – à part le lecteur – ne le constate clairement. Sans ce titre, je ne sais si la lecture de Gatsby m’aurait incitée à avancer plus loin. Il faut dire que la barre avait été mise assez haute dans mon esprit, et voir un résumé condensé du roman précédent, plus orienté vers la compassion me satisfait moins.
D’une manière encore plus subjective, je dirais que l’idée d’un amour cristallisé peine à balayer mon cynisme et que je préfère suivre par conséquent, un Anthony Patch constamment ivre, déprimé, désabusé, qu’un Jay Gatsby larmoyant collé aux basques d’une greluche.
En parlant de mes impressions autour de moi, j’ai d’ailleurs constaté que les autres admirateurs de l’auteur n’étaient pas davantage conquis par son « chef-d’œuvre ». Comme eux, je vous inciterais donc à ouvrir des romans plus délaissés et plus mordants si ce petit roman ne vous a pas convaincus.

Arrêt sur la dernière adaptation :

L’annonce d’un film pour mai m’a motivée à me remettre dans Fitzgerald et j’étais assez curieuse pour me laisser tenter malgré quelques critiques peu élogieuses. En regardant le scénario, je me suis dit que Gatsby était véritablement fait pour être porté au grand écran et j’ai un peu mieux saisi la portée de l’œuvre, l’émotion qui m’avait manquée à la lecture m’a saisi à un point où je me suis demandée comment la lecture avait pu me laisser si insensible. L’histoire est très fidèle, Di Caprio se débrouille bien et… avouons-le, c’est davantage pour l’acteur que pour le réalisateur que l’on peut se laisser tenter par cette affiche… car les beaux passages du livre sont massacrés tout le long par un mauvais goût qui frôle bien souvent le ridicule. Avalanche de kitch à tous les étages, pluies aveuglantes de paillettes, exagérations outrées qui allongent inutilement le film et confinent à l’ennui… Des lettres qui ressortent de l’écran, un visage dans les nuages, et j’en passe… J’avais comme l’impression de voir, par moment, les séquences d’un clip pakistanais. La musique, également, fut une grande déception. Pour les années folles, on pouvait s’attendre à des musiques d’époques savamment remise au goût du jour, du jazz, du charleston, ce genre de choses. Mais non, ce fut, au contraire, une ambiance jet-set sur de la musique de boîte de nuit (c’est-à-dire, de la très mauvaise electro), du r’n’b à la sauce Jennifer Lopez et autres chanteurs en parfait décalage avec le contexte. Le résultat, loin de montrer une recherche artistique osée, est grossier, vulgaire. Et, quoique l’on dise pour le justifier, le motif est évident : on donne au public populaire ses références pour s’assurer les salles pleines. Un autre point plus anecdotique mais révélateur de l’esprit du film est le personnage de Meyer Wolfsheim, subtilement incarné par un arabe (séférade ?) avec un accent bien marqué… Avec un nom pareil ? Quand on sait, de plus, qu’il a un accent bien germanique dans le livre ? Et, surtout, un homme puissant d’une telle origine dans les années 20 ? Par pitié, que l’on arrête de prendre des gens pour des imbéciles en changeant, l’air de rien – mais avec une odieuse mauvaise foi – le personnage et le discours de l’auteur qu’on adapte.

Si vous n’avez pas encore vu Gatsby ou que vous en ressortez avec des impressions proches de miennes, je vous conseille l’adaptation méconnue en France de Ces corps vils d’Evelyn Waugh : Bright young things de Stephen Fry qui réussi parfaitement la réalisation d’un film contemporain sans dénaturer les années 20 et le ton de l’auteur.

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