9782264064417Black-out était en lice pour le prix polar 2015 SNCF. Attirée par son intrigue dans une Angleterre fin de seconde guerre mondiale, je me suis proposée de le lire. Publié pour la première fois en 1995, il aura dû attendre vingt ans pour atteindre le lectorat francophone. Alors, cela en valait-il la peine ?

Je suis assez partagée sur ce livre mais le négatif a fini par l’emporter sur mon plaisir de lecture. Les choses n’avaient pourtant pas si mal commencé. Sans être incroyable, l’écriture de John Lawton est agréable, avec ce qu’il faut de vocabulaire, de style, pour ne pas ennuyer le lecteur. Nous sommes très vite plongés dans l’ambiance de Londres en 1944, ravagée par les bombardements, ternies par plusieurs années de privations. L’auteur promet une ambiance d’époque et s’y tient. J’ai également apprécié l’idée de ne pas partir sur une sempiternelle histoire de nazis, mais de s’intéresser au contraire aux débuts de la Guerre Froide. L’inspecteur Troy est le fils d’une famille de russe émigrés, un bras tranché est retrouvé sur un site en ruine et l’enquête amène rapidement à croire que, malgré leur soutien en Europe, les américains profitent aussi de leur implantation pour s’attaquer à une autre menace… les communistes. On nous promet donc une agréable petite enquête au plus profond des secrets d’État, de la magouille, de la corruption, bref, tout ce qu’il faut pour s’abandonner à une lecture distrayante. L’ennui, c’est que le suspens peine à se maintenir.

Le polar est un genre vers lequel je me tourne assez peu souvent, étant souvent gênée par les personnages interchangeables que l’on peut rencontrer d’un auteur à l’autre. Le genre souffre d’une codification assez forte et John Lawton n’en sort pas, au point que je me suis demandée si le pastiche des vieux romans d’espionnage n’était pas volontaire. Les portraits de chaque nouveau protagoniste annoncent très vite la couleur. Frederick Troy se montre rapidement agaçant dans son rôle de flic tête brûlée, plus doué que les autres, mais avec au fond l’incontournable personnalité trouble qui pourrait le rendre aussi sombre que les froids criminels qu’il traque. Mais cela passerait encore si nous ne retrouvions pas également confrontés à des personnages féminins consternants. Objet de désirs et bonne aubaine pour obtenir des indices qui font progresser le récit, elles réagissent de manière incompréhensible et peu crédible, en particulier Tosca qui semble prête à accepter n’importe qui dans son lit parce que… Eh bien, à part le fait que cela arrange le scénario, je ne vois pas. J’espérais au début des motivations mieux dessinées, mais l’apparence des personnages est si lisse que les tentatives d’explication finale peinent à convaincre.

En général, je me lance dans la lecture d’un polar ou d’un thriller avec l’idée que, peu importe l’épaisseur du titre, si l’ensemble est bien géré, il ne devrait pas me tenir plus d’une semaine. Je ne crois pas avoir été une seule fois réellement impliquée dans l’intrigue. En voulant faire dans la complexité, l’auteur se perd un peu et délaisse même l’investigation pour jouer sur l’aspect intuition (car Troy est un super flic !) et les révélations qui tombent à pic. A un moment, cela se perd tellement dans les coucheries du « héros » qui alterne entre deux femmes d’un chapitre à l’autre que je me suis demandée si je n’étais pas dans un roman érotique ou dans une parodie de James Bond, à la limite. Je ne sais pas si la dernière impression était souhaitée, mais dans ce cas, il aurait fallu pousser davantage l’humour pour que l’on puisse trouver le concept amusant. Là, ça devenait juste très pénible. L’autre élément agaçant sur la durée est une tendance à donner des références typiques de l’époque tous les trois paragraphes. Si j’apprécie l’intention de vouloir nous faire ressentir l’ambiance des années 40, la culture des gens à ce moment donné, il faut cependant rester dans la mesure. Quand ça vire à l’étalage, que les personnages ne peuvent pas s’empêcher de citer tel ou tel auteur pour se donner l’air intéressant, on atteint vite la saturation.

Black-out est donc une lecture très moyenne. On regrettera que la maîtrise de l’écriture et de l’époque ne permette pas de transcender le récit. Si j’ai apprécié le voyage et que cela fait réviser ses connaissances historiques, voire donne envie de les creuser, j’espérais une expérience plus passionnante, moins longue. Troy étant un personnage que l’auteur suit sur plusieurs romans, je suis assez frileuse à l’idée de poursuivre même si les enquêtes en pleine Guerre Froide sont séduisantes.