12277985_10208418964418603_1405954683_n-290x400Pour chaque nouvelle édition, le Salon Fantastique propose une thématique et une anthologie. Après le steampunk, c’était au tour des abysses de dévoiler leurs mondes imaginaires sous la bannière des éditions Mythologica. La belle illustration de couverture de Mathieu Coudray suggère des univers sous-marins nimbés de mystères, peuplés de créatures inquiétantes, mais les quatorze textes ne se passent pas forcément en eaux sombres. Une chose est certaine, il ne fait pas toujours bon de s’aventurer sur là où l’Homme n’a encore jamais mis les pieds.

Ayant participé à l’anthologie, j’évoquais dans un article dédié à mon texte la relation particulière que j’entretiens avec les fosses océaniques. Mais Légendes Abyssales explore toutes sortes de limbes, inquiétantes ou merveilleuses, ce qui donne au lecteur une bonne vision panoramique. On balaye également le paysage de la littérature SFFF française avec plusieurs auteurs à l’actualité très dynamique.

Estelle Faye, la « vedette », si l’on peut dire, de ce volume a remporté le prix Imaginales de la nouvelle avec Une robe couleur d’océan, une réécriture de La Petite Sirène touchante qui, malgré une structure assez classique de conte, nous happe jusqu’à la fin. L’écriture est élégante, parvient à développer une histoire sentimentale simple, mais sans tomber dans la mièvrerie. Même mon cœur de pierre s’y est laissé prendre. Bien joué !

Chez Jean-Luc Marcastel et Benedicte Taffin, les sirènes sont un peu moins charmantes. Les auteurs nous entraînent dans un registre plus horrifique, même si Benedicte Taffin nous régale d’un ton plus graveleux et léger en rapportant les paroles d’un vieux marin bavard. Dans le registre des créatures aquatiques, comment ne pas oublier aussi les calmars géants ? Ces monstres bien réels, et à l’existence pourtant si mystérieuse. Anthony Boulanger propose une intéressante introspection, en partant d’un invertébré assez primitif et en imaginant la civilisation progressive de l’espèce. Notre règne est un texte bien mené, qui ose un point de vue surprenant. Plus loin encore Régis Goddyn imagine un monde sous la mer où tout est inversé. Une expérience déroutante.

D’autres abysses plus plus ténébreuses, tirées de vieux cultes, de la magie noire. Ici, les auteurs spécialistes du fantastique se font plaisir. Patrick Eris nous évoque un gong qui réveille de son long sommeil une entité démoniaque avec laquelle il vaut mieux ne pas pactiser, même si elle ne réclame que Quelques grammes de chair. Avec Patrick McSpare, une jeune femme revit en boucle un passé terrible. Sébastien Péguin profite de l’occasion pour rendre un bel hommage Stephen King et son roman Simetierre. Une nouvelle plus terrienne, qui s’en va creuser dans des croyances amérindiennes oubliées, bien enfouies dans le sol. Il y a comme un avant goût d’apocalypse dans ce texte qui est un véritable concentré d’horreur à l’américaine. D’ailleurs, plusieurs autres nouvelles s’intéressent au devenir de l’humanité. La montée des eaux semble une actualité inquiétante, ou simplement possible, puisque Fabien Clavel et David Bry imaginent des futurs où les hommes ont trouvé un refuge incertain sous l’eau.

L’anthologie se termine par un texte signé Nathalie Dau qui nous ramène, aussi à nos origines aquatiques, ce qui fait écho avec le texte de Céline Guillaume, pour laquelle la mer est à la fois début et fin.

Légendes Abyssales est un bel échantillon d’auteurs français, et de sensibilités littéraires. Comme la plupart des auteurs au sommaire ont aussi publié des romans, c’est une bonne entrée dans l’univers de chacun pour préparer son prochain calendrier de lecture. J’ai eu plaisir à retrouver quelques plumes et à en découvrir d’autres dont il se murmurait qu’elles avaient du talent.