seraphita-honore-de-balzac-precedee-de-la-philosophie-de-balzacPour certains, le souvenir de la découverte de Balzac évoque un traumatisme littéraire, une lecture forcée du lycée. Mon premier contact avec l’auteur a été légèrement plus tardif. Pendant ma première année universitaire, j’ai dû lire Le Médecin de campagne. Le titre ne me disait trop rien, et ce fut une petite claque. Je me souviens encore du nombre de passages notés à la hâte dans les transports, ou des pages que je cornais pour y revenir plus tard. Balzac a souvent des mots justes pour parler des gens, des formules brillantes qui, d’un coup, éclairent toute une réalité. J’y suis retournée quelques années plus tard, toujours pour les études, avec Le Cousin Pons, puis je me suis attaquée au monument que sont Les Illusions perdues et là, on peut dire que j’ai tenu entre les mains le roman qui restera à vie l’un de mes préférés. D’autres œuvres de Balzac patientent tristement dans ma bibliothèque mais voilà des années que je ne trouve pas l’élan ou le temps pour m’y mettre. Alors, quand on partenariat pour un texte peu connu de l’auteur a été proposé sur Livraddict, je me suis dit que ce serait l’occasion de m’y remettre, avec l’espoir d’avoir une nouvelle bonne surprise. Malheureusement, je crains que la lecture de Séraphîta n’ait cet arrière-goût désagréable que garde Le Père Goriot pour plusieurs personnes.

Résumé : Dans l’histoire de la littérature français, La Comédie humaine est sans doute la démonstration en acte la plus monumentale et la plus aboutie d’un système de pensée. Conçue comme la couronnement des « Études philosophiques », Séraphîta constitue le point culminant de l’œuvre de Balzac. C’est dans ce récit que se dévoile la vision balzacienne de l’homme et du monde, et que se trouve assurée la cohérence (quasi parfaite) de La Comédie humaine tout entière. Symbole mythique de l’androgyne, le personnage de Séraphîta représenta le diversité dans l’Unité, incarne l’idée de l’Absolu et du rappor entre le corps et l’esprit, le matériel et le spirituel, le fini et l’infini, l’homme et Dieu. D’inspiration mystique, s’appuyant sur les travaux et la pensée de Swedenborg, Séraphîta vise une explication totale du monde et de l’homme, où l’Amour constitue le point central.

Sans être une grande lectrice de philosophie, j’y ai fait d’assez nombreuses incursions. Mais il faut dire qu’à part Nietzsche, Bataille et, dans une moindre mesure, Sade, peu d’auteurs m’ont réellement passionnée. J’ai sans doute pour cette matière un point de vue trop rationnel et scientifique. Peu de choses me semble du coup plus inutile qu’une vision purement mystique du monde, ou ayant en tout cas la volonté de rester sur des idées abstraites.

Je pensais avoir de l’intérêt pour Séraphîta étant justement fascinée par l’aisance avec laquelle Balzac arrive à se glisser dans l’intérieur de personnages très différents, en sortir toute la complexité, et garder à chaque fois de l’ambivalence pour dépeindre un monde où personne n’est jamais strictement mauvais ou absolument bon. J’ai aimé le fait de travailler sur un personnage androgyne, tour à tour perçu comme un homme et une femme selon les attirances des êtres qui le désirent. C’est un bel exercice de style et, d’ailleurs, les moments de narration purs sont un plaisir pour qui aime la plume de l’auteur. Mais, au-delà de ça, Séraphîta est un texte très rébarbatif. Au final, j’ai eu ce sentiment désagréable et fréquent à ma lecture d’essais philosophiques que, sous le coup d’une révélation, l’auteur développait de long en large un concept évident qui ne me semble pas mériter tant d’explications. Notre perception d’homme est limitée, c’est un fait. Ces 200 pages ne disent pas grand-chose de plus. Je n’ai pas non plus saisi pourquoi l’auteur prenait tant de temps à paraphraser Swedenborg. Pourquoi ne pas simplement renvoyer les lecteurs à ses textes ? Ça m’a laissée assez perplexe et c’est à ce moment que j’ai vraiment commencé à décrocher. L’une des grandes raisons aussi est que je n’ai pas été convaincue du tout par la dimension du propos. Les envolées Romantiques ne sont pas du tout une chose à laquelle je suis sensible, surtout quand elles s’enfoncent de plus en plus lourdement dans une dimension religieuse. L’avant-propos a beau proposer aux lecteurs modernes de voir cela comme une métaphore, je ne suis pas persuadée que toutes ces histoires de cieux, anges et visions christiques puissent nous éloigner d’un point de vue profondément chrétien.

Au final, j’ai trouvé le texte d’introduction plus intéressant et instructif. Il résume assez bien le contenu de l’œuvre à suivre. Je n’en ai pas découvert davantage ensuite. Ça ne me fera pas aimer moins Balzac, mais je sais en tout cas désormais que tout n’est pas destiné à trouver une grande admiratrice en moi dans sa vaste bibliographie. Je dirais que c’est un bon complément pour les personnes qui souhaitent tout connaître de l’auteur, et certainement une lecture pleine d’une belle sagesse que pourront apprécier des férus de philosophie héritière de Platon, ou des personnes touchée par une pensée religieuse. L’esprit cynique en moi n’aura fait qu’hausser les sourcils sans tirer beaucoup de plaisir du voyage.

C’est un beau projet d’édition, avec un accompagnement critique solide. Merci aux éditions Sur le fil pour le partage. Je regrette d’être passée à côté et de ne pas pouvoir faire une critique qui rendra hommage à ce travail éditorial qui trouvera certainement un public plus réceptif que moi.